Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #marine tag

A propos de Flottes de combat (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Le développement de la marine chinoise

Alors qu'elle était loin du peloton de tête dans les classements internationaux il y a encore deux décennies, la marine chinoise occupe depuis quelques années la troisième place mondiale en termes de tonnage. Actuellement, elle représente près de 920'000 tonnes et se rapproche de la flotte russe qui risque fort de se faire dépasser dans quelques années. Ce développement spectaculaire a souvent été sous-estimé, voire raillé, par nombre de spécialistes et de militaires, surtout américains. On se rappelle des blagues des marins de l'US Navy relatives au bruit des sous-marins chinois, que l'on raconte sans doute moins, ou différemment, depuis octobre 2006, lorsque l'un d'entre eux appartenant à la classe Song a fait surface au milieu du groupe aéronaval de l'USS Kitty Hawk près d'Okinawa. La même attitude condescendante a été adoptée à propos du porte-avions Liaoning. Quelques mois, voire quelques semaines avant les premiers décollages/appontages réalisés fin novembre 2012, nombre de commentateurs insistaient sur les différents problèmes techniques rencontrés au cours de la refonte du navire et sa mise en service: incapacité à faire fonctionner les ascenseurs, revêtement défectueux du pont d'envol, et surtout, absence de brins d'arrêt qui interdisait tout appontage d'avion.

Le développement de la marine chinoise est à la fois quantitatif et qualitatif comme en témoigne depuis quelques années le rythme des constructions. Ainsi, entre fin 2011 et fin 2012, ce sont quelque 50 navires de tous types - dont 1 porte-avions, 3 sous-marins, 5 destroyers lance-missiles et 5 frégates - qui ont été lancés ou mis en service. Résultat: la flotte chinoise dispose désormais de plus d'une trentaine de frégates et de destroyers modernes, soit davantage que la Royal Navy ou la Marine nationale.

En dépit de son extraordinaire développement, la marine chinoise a encore d'importants retards sur ses rivales occidentales. Toutefois, ces derniers sont en train d'être comblés. Ainsi du domaine des sous-marins à propulsion nucléaire. Deux, et sans doute bientôt trois, sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) de la classe Jin sont en service et deux autres devraient suivre. Ils seront équipés du nouveau missile balistique JL-2, d'une portée de près de 8'000 km, en cours de mise au point. La Chine possédera donc prochainement (2014?), et ce pour la première fois de son histoire, une composante maritime de dissuasion nucléaire opérationnelle. Quand aux sous-marins nucléaires d'attaque (SNA), cinq à six (3 Han et 2 à 3 Shang) sont déjà en service.

Il en est de même en matière de porte-avions, avec la mise en service du Liaoning. Constituant une sorte de prototype, il n'est pas opérationnel et servira pendant plusieurs années à améliorer les connaissances des constructeurs pour les projets en cours et futurs - deux porte-avions de fabrication nationale sont vraisemblablement en cours de construction et devraient entrer en service vers 2015 et d'autres, probablement à propulsion nucléaire, seraient prévus pour la prochaine décennie -, à former les équipages et à acquérir le savoir-faire nécessaire à la constitution d'un véritable groupe aéronaval. Ces deux dernières missions prendront plusieurs années, de sorte que la Chine ne possédera pas de groupe aéronaval pleinement opérationnel avant au moins cinq ans.

Au vu de son développement actuel, la marine chinoise devrait donc disposer à l'horizon 2020 d'une dissuasion nucléaire crédible, de deux à trois groupes aéronavals, ainsi que de nombreux autres navires modernes, notamment des sous-marins nucléaires d'attaques, des destroyers et des frégates. Si elle sera encore loin derrière l'US Navy, elle dépassera les deux principales flottes européennes, la Royal Navy et la Marine nationale. Bien que probablement encore inférieure technologiquement et en matière de savoir-faire, la marine chinoise sera largement supérieure numériquement à ces dernières et elle disposera de deux avantages importants: la permanence capacitaire en matière aéronavale et la possibilité de mener simultanément plusieurs missions importantes. Déjà maintenant, elle est en mesure de maintenir deux grands navires de surface au large de la Somalie dans le cadre de la lutte contre la piraterie. Quelles marines européennes sont encore capables d'en faire autant? (A suivre)

Voir les commentaires

A propos de Flottes de combat (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Paru en décembre dernier, l'édition 2012 de Flottes de combat, ouvrage de référence mondiale réalisé par Bernard Prézelin, vient de faire l'objet d'une série d'articles de synthèse sur le non moins remarquable site d'information et d'actualité maritime Mer et marine. Ces articles présentent les grandes tendances de ces dernières années et les récentes évolutions en ce qui concerne les flottes militaires du monde entier.

Bien que touchée par les difficultés budgétaires, l'US Navy, avec ses dix porte-avions, reste, et de loin, la plus puissante marine au monde. Elle conservera par ailleurs sa suprématie - ou à tout le moins une large supériorité - sans doute pendant plusieurs décennies encore. La flotte russe, quant à elle, se relève lentement des énormes difficultés qu'elle a connues au lendemain de la chute de l'URSS, mais elle se trouve face à de nombreux défis, notamment techniques. Sa modernisation s'effectue difficilement et deux voies différentes ont été adoptées pour la maintenir à niveau: l'achat de matériel à l'étranger avec transfert de technologie - 4 bâtiments de projection et de commandement (BPC) ont ainsi été commandés à DCNS et aux chantiers navals STX de St-Nazaire - et la mise en service de bâtiments de conception ancienne mais éprouvée, que les chantiers nationaux sont en mesure de construire. De leur côté, les marines asiatiques poursuivent leur développement qui s'inscrit dans un cadre plus général de course aux armements régionale et de tensions politiques grandissantes. La flotte chinoise continue à mettre en service de nouveaux navires à un rythme tel qu'elle va devancer celle de son voisin russe dans quelques années. La marine japonaise est désormais quatrième au classement, devant la Royal Navy, tandis que la flotte indienne talonne celle de la France et pourrait bientôt la dépasser.

Le recul des flottes européennes - essentiellement la Royal Navy et la Marine nationale, seules marines du vieux continent à capacité mondiale - dans le classement international, amorcé il y a quelques années, se confirme donc: on ne trouve plus aucune d'entre elles dans le quatuor de tête!

Ce classement, selon le tonnage, ne tient cependant pas compte de certains facteurs comme la qualité des matériels, la possession de capitalship (porte-avions et sous-marins nucléaires d'attaque), le savoir-faire technique et opérationnel ou le nombre de navires capables d'être déployés à longue distance. Les marines européennes, souvent relativement plus modernes et dotées d'un savoir-faire de premier ordre, sont donc en réalité sans doute encore supérieures à certaines de leurs rivales, même si elles sont moins importantes en termes de tonnage. Ceci dit, la tendance générale au recul est préoccupante, d'autant qu'elle risque de se renforcer dans les prochaines années par effet ciseau, en raison des coupes dans les budgets de défense européens - la déclaration du Président François Hollande du jeudi 28 mars ne donne qu'une garantie toute relative selon nous - et de l'augmentation des dépenses militaires des puissances émergentes. (A suivre)

Voir les commentaires

Julian Corbett

Publié le par Dimitry Queloz

HENROTIN, Joseph, Julian Corbett. Renouveler la stratégie maritime, Paris, Argos Editions, 2013, 146 pages

Joseph Henrotin, spécialiste des questions navales (Les fondements de la stratégie navale au XXIe siècle, Paris, Economica, 2011, 496 pages), inaugure la nouvelle collection "Maîtres de la stratégie" des éditions Argos avec ce livre synthétique consacré au Britannique Julian Stafford Corbett, dont les Principes de stratégie maritime, publiés en 1911, constituent un des ouvrages théoriques fondamentaux de la pensée militaire du XXe siècle.

Né en 1854, Julian Corbett est issu d'une famille aisée. Après de nombreux voyages et, accessoirement, des études d'avocat, il écrit des romans qui se vendent mal. Il se consacre à l'histoire et aux questions militaires à la suite du succès de deux petites biographies sur George Monk (1889) et Francis Drake (1890). Ses ouvrages portent notamment sur la marine anglaise des XVIe et XVIIe siècles, puis sur la bataille de Trafalgar. Il rédige également une histoire de la guerre navale russo-japonaise qui n'est pas publiée pour des raisons de maintien du secret militaire et est chargé par l'Amirauté, au début de la Première Guerre mondiale, d'écrire l'histoire navale officielle de la guerre .

La notoriété conduit Corbett à donner, dès 1902, des conférences sur la stratégie maritime au War Course College (futur Royal Naval War College). Proche de l'amiral Fisher, qui réforme la Royal Navy entre 1904 et 1910 en lui faisant adopter les Dreadnought et les croiseurs légers, Corbett devient l'un des premiers "analystes civils de défense". Dans ce cadre, il participe aux études consacrées à l'analyse du développement de la puissance allemande.

Au cours de la guerre, grâce à sa position institutionnelle, Corbett continue à exercer une certaine influence sur les décisions de l'Amirauté. Il rédige notamment la première instruction adressée à l'amiral Jellicoe, commandant de la Grand Fleet. Après la bataille du Jutland, Corbett se retrouve pris dans la controverse qui oppose les amiraux Jellicoe et Beatty et leurs partisans respectifs. D'une part, sa tâche d'historien officiel du conflit se complique. D'autre part, il est accusé d'avoir influencé Jellicoe. Lorsque ce dernier est remplacé par Beatty à l'Amirauté, sa situation devient de plus en plus délicate. Fatigué par le travail et usé par les critiques, il meurt en 1922, avant d'avoir pu achever la publication du troisième tome de l'historique naval de la guerre dont il avait la charge.

Corbett transpose au domaine maritime les conceptions stratégiques de Clausewitz, qu'il a lu avec beaucoup d'attention. Sa réflexion théorique se focalise notamment sur le contrôle des lignes de communication, la maîtrise de la mer et la "flotte en vie". Ses conceptions sur la guerre limitée ont été vivement critiquées - à tort - par les adeptes d'une approche mahanienne de la stratégie navale. Il a été accusé d'avoir donné une fausse idée de la guerre navale dans laquelle la bataille décisive n'aurait plus court, ce qui aurait conduit le commandement de la Royal Navy à une trop grande prudence au cours de la Première Guerre mondiale.

Les écrits de Corbett méritent d'être lus, surtout à une époque où les océans jouent un rôle majeur, que ce soit pour le commerce - plus de 90% des marchandises sont transportées par mer - ou pour leurs ressources naturelles. De plus, les conceptions théoriques du penseur britannique sont transposables dans d'autres domaines stratégiques; elles ont notamment été appliquées dans la stratégie spatiale.

 

(© blogdefense.overblog.com)

(© blogdefense.overblog.com)

Voir les commentaires

<< < 1 2 3