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Articles avec #premiere guerre mondiale tag

Churchill - De Gaulle

Publié le par Dimitry Queloz

Destins croisés de deux géants du XXe siècle au Musée de l’armée

Le Musée des Invalides et la Fondation Charles de Gaulle viennent d’inaugurer une fort belle exposition qui retrace les destins croisés des deux plus grands dirigeants politiques européens du XXe siècle. Le visiteur peut suivre les itinéraires de Winston Churchill et de Charles de Gaulle au travers d’une série de thèmes exposés le plus souvent chronologiquement: enfance et formation, carrière politique et militaire entre 1900 et 1940, rencontre et relations au cours de la Deuxième Guerre mondiale, départ du gouvernement en 1945-1946, écriture des Mémoires, position sur la construction européenne… Les documents présentés sont variés, souvent du plus grand intérêt, parfois touchants. Ils comprennent notamment des extraits de discours, des films dont certains sont visibles sur Youtube, une très riche iconographie, de nombreuses tenues – nous retiendrons plus particulièrement un uniforme des hussards et une combinaison en velours de Churchill –, des lettres et des bulletins de notes, le disque sur lequel est enregistré le discours de de Gaulle du 22 juin 1940…

En dépit de leurs nombreuses différences – origine sociale, âge, éducation, parcours jusqu’à leur rencontre de l’été 1940 –, Churchill et de Gaulle partagent de nombreux points communs, que ce soit en matière de personnalité ou de conception du Monde: sens de l’histoire, esprit de grandeur, force de caractère, passion pour la littérature et l’écriture, goût pour la modernité, volonté de combattre... Comme le souligne très justement un texte de l’exposition, ce sont des "esprits non conformistes et paradoxalement fidèles aux traditions nationales".

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Cette exposition si riche et chargée d’émotion – le visiteur ressent à chaque instant le poids de l’histoire et l’esprit des deux géants – commence par mettre en exergue l’importance du verbe. Churchill et de Gaulle sont des "orateurs remarquables". Ils ont tout deux employé le nouveau media de l’époque, la radio, qui permettait d’atteindre un large public, directement, même dans des pays lointains, en dépit de la censure et des brouillages. Au cours de la guerre, Churchill a ainsi prononcé 56 discours à la BBC et de Gaulle 67, sans compter les nombreux autres devant le Parlement pour le premier, à l’Albert Hall et à radio Brazzaville pour le second.

Un autre aspect développé dans l’exposition est l’importance accordée à la culture et à la formation – à retenir, surtout par les temps qui courent! Si Churchill a été un cancre tout au long de sa scolarité, il s’est ensuite rendu compte, à 22 ans alors qu’il était en garnison à Bangalore, de son manque de connaissances et s’est mis à s’instruire, en lisant. De son côté, dans Vers l’armée de métier, de Gaulle écrit: "La véritable école du Commandement est la culture générale". Sa formation est classique, sous l’influence de son père, "homme de pensée, de culture, de tradition". L’histoire et la littérature en constituent les deux piliers. Chateaubriand et surtout Péguy ont marqué la jeunesse du Général qui ne pouvait que se reconnaître dans l’esprit profondément religieux et patriote des écrits de ce dernier – "Mère, voici vos fils qui se sont tant battus", "L’ordre et l’ordre seul fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude". Churchill et de Gaulle ont aussi beaucoup écrit, et bien écrit. Le premier a reçu le Prix Nobel de littérature en 1953, ce qui a peut-être rendu jaloux le second comme le laisse croire une superbe caricature de l’exposition. Quant aux écrits du Général, leur qualité est incontestable et certaines de ses pages, notamment dans les Mémoires de guerre, sont dignes de figurer dans les anthologies de la littérature française.

Terminons cette trop brève présentation en disant encore quelques mots à propos des relations entre les deux hommes. Avant juin 1940, Churchill et de Gaulle ne se connaissent pas. Le 13, au terme d’une de leurs premières rencontres, Churchill discerne en de Gaulle "l’homme du destin" qui partage nombre de ses convictions quant à la situation du moment: volonté de se battre, même vision d’une guerre où se joue l’avenir de la civilisation occidentale, caractère planétaire du conflit. Il le soutient dès lors dans sa poursuite du combat aux côtés de l’Angleterre. Les relations sont toutefois difficiles, les crises et les menaces de rupture fréquentes – les textes de l’exposition parlent de "mésentente cordiale". Les intérêts nationaux, parfois divergents, sont en jeu. De plus, le rôle grandissant des Etats-Unis dans la guerre ne fait qu’aggraver les tensions. L’Angleterre doit tenir compte de la position américaine en raison du soutien indispensable reçu d’outre-Atlantique. Surtout, Roosevelt est profondément hostile à de Gaulle en qui il voit un antidémocrate et un putschiste. Le président américain jouera la carte de Vichy, puis celle de Giraud, jusqu’à la dernière extrémité. De Gaulle ne sera reconnu comme autorité légitime qu’après le débarquement en Normandie, comme le montre bien le projet d’administration de la France libérée (AMGOT). Finalement, le pire a été évité. Les proches de Churchill et de de Gaulle ont joué un rôle de modération. De son côté, le Premier Ministre britannique, conscient des intérêts communs entre les deux pays et désireux de maintenir un équilibre en Europe, était contraint d’éviter toute ascension aux extrêmes.

L’exposition est à voir absolument jusqu’au 26 juillet 2015 au Musée des Invalides. Pour de plus amples informations, voir les sites internet du Musée de l’armée et de la Fondation Charles de Gaulle.

(© Musée de l'armée)

(© Musée de l'armée)

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L'agonie d'une monarchie

Publié le par Dimitry Queloz

BLED, Jean-Paul, L’agonie d’une monarchie. Autriche-Hongrie, 1914-1920, Paris, Tallandier, 2014, 464 pages

Avec cet ouvrage, Jean-Paul Bled nous offre une très belle synthèse sur les dernières années d’existence de l’Empire austro-hongrois. En dépit de son déclin à la fin du XIXe siècle et de ses problèmes liés à sa composition multinationale, celui-ci aborde la crise de l’été 1914 avec d’importants atouts et son éclatement, quatre années plus tard, n’est pas inéluctable. L’"ensemble habsbourgeois" est cimenté par un "patriotisme dynastique (…) encore bien vivant" incarné par le vieil empereur François-Joseph, monté sur le trône en 1848. De plus, l’existence de l’Empire n’est pas contestée et ce n’est qu’à partir de l’été 1918 que le slogan tardif de Benes, "Détruisez l’Autriche-Hongrie", devient une option pour l’Entente. Par ailleurs, des réformes politiques sont menées avant guerre, qui montrent que les rivalités nationales ne sont pas insurmontables. Enfin, l’économie représente un autre facteur d’intégration. D’une part, la croissance économique et l’augmentation du niveau de vie sont réelles à la fin du XIXe siècle, même si d’importantes disparités continuent à exister. D’autre part, la complémentarité économique des différentes régions tisse des liens étroits au sein de l’espace habsbourgeois, surtout entre l’Autriche et la Hongrie depuis la disparition des douanes intérieures en 1867.

Un autre aspect fort intéressant de l’ouvrage est l’analyse consacrée à la situation balkanique d’avant guerre et à la crise de juillet 1914. L’auteur voit dans le changement dynastique de 1903 en Serbie un élément fondamental du processus qui conduit à la guerre puisqu’il modifie radicalement la relation entre la Double Monarchie et son voisin. Désormais, la Serbie n’est plus un allié mais un "ennemi potentiel" qui devient de plus en plus puissant et dangereux, notamment après les guerres balkaniques de 1912-1913, et qui s’est rapproché de la Russie. Le danger est d’autant plus grand pour Vienne que les liens avec ses autres alliés se distendent et qu’elle se voit ainsi de plus en plus isolée. Si François-Joseph est un partisan de la paix – tout comme ses ministres des Affaires étrangères d’ailleurs –, il ne peut qu'adopter une attitude inflexible à la suite de l’attentat de Sarajevo. L’honneur de la dynastie des Habsbourg est en jeu. De plus, l’Autriche-Hongrie, après une certaine passivité dans les crises des années précédentes, est contrainte de montrer la plus grande fermeté si elle veut encore exister en tant que grande puissance.

A propos de la crise de juillet 1914, un point mérite encore d’être souligné. Le comportement des instances dirigeantes austro-hongroises est, tout comme en Allemagne, influencé par l’idéologie socio-darwinienne – voir à ce sujet l’ouvrage de Thomas Lindemann, Les doctrines darwiniennes et la guerre de 1914, dont la thèse est ici confortée. La Double Monarchie se sent de plus en plus isolée face aux Slaves qui deviennent de plus en plus puissants. En juillet 1914, les dirigeants austro-hongrois sont convaincus que, "si Vienne ne prend pas les devants, "une attaque concentrique contre l’Autriche" contre laquelle s’associeraient la Russie, la Serbie et la Roumanie" représentera une menace à moyen terme.

Enfin, terminons par la question des relations avec l’Allemagne. Dès le début de la guerre, la différence de puissance entre les deux alliés est défavorable à la Double Monarchie. La crise alimentaire, les problèmes de production industrielle, les difficultés militaires et internes de toutes sortes rendent l’Autriche-Hongrie de plus en plus dépendante de l’Allemagne. Avec le temps, la Double Monarchie finit par devenir le vassal de son allié. L’emprise allemande commence d’abord dans le domaine militaire. Après l’arrêt de l’offensive Broussilov en 1916, l’Allemagne impose la création d’un commandement unique sur le front russe, qui se transforme quelques temps plus tard sous la pression du tandem Hindenburg – Ludendorff en un commandement unique pour l’ensemble des fronts. Le processus de vassalisation a également lieu dans le domaine politique, surtout après la mort de François-Joseph. Son successeur Charles Ier et son ministre des Affaires étrangères Czernin doivent se rendre à l’évidence: la guerre ne peut être gagnée que grâce à l’Allemagne, mais, en cas de victoire, la Double Monarchie se verra reléguée au second rang et subira le même sort que la Bavière en son temps. Face à ce dilemme, la Double Monarchie essaie de s’en sortir par le biais de négociations directes avec les membres de l’Entente. Celles-ci vont finir par se révéler désastreuses pour Vienne. La lettre de l’Empereur confiée au prince Sixte contient en effet une véritable bombe à retardement. Charles y affirme que les revendications françaises sur l’Alsace et la Lorraine sont légitimes! Une fois le contenu de la lettre rendu public, conséquence ultime d’un discours provocateur de Czernin, Charles perd toute crédibilité non seulement auprès de ses alliés allemands, mais aussi en Autriche-Hongrie. Guillaume II profite de la faiblesse de Charles, obligé d’en passer par un voyage à Canossa, pour lui imposer une mise sous tutelle complète. Les conséquences de cette affaire ne s’arrêtent pas là. Le contrôle total de l’Allemagne sur l’Autriche-Hongrie conduit l’Entente à ne plus la ménager. C’est à partir de ce moment que les Alliés se décident à inscrire le démantèlement de la Double Monarchie dans leurs buts de guerre.

(© blogdefense)

(© blogdefense)

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"L’archéologie s’en va-t-en guerre!"

Publié le par Dimitry Queloz

Jeudi dernier 16 octobre, nous avons eu le plaisir d’assister à une conférence de M. Michaël Landolt, du Pôle d’Archéologie Interdépartemental Rhénan (PAIR) de Sélestat. Intitulée "L’archéologie s’en va-t-en guerre! Des apports à la connaissance de la Grande Guerre aux limites des interprétations archéologiques", la conférence traitait de l’archéologie contemporaine, de ses apports méthodologiques à l’archéologie en général et de sa contribution à l’étude de la Première Guerre mondiale.

L’étude archéologique de la Première Guerre mondiale est récente. Elle a commencé à la fin des années 1980 en France et présentait alors un caractère opportuniste. Un bel exemple de fouilles de cette époque est celui du lieu de sépulture du lieutenant Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, pour connaître plus précisément les circonstances de sa mort survenue le 22 septembre 1914 à Saint-Rémy-la-Calonne. Ces fouilles ont permis de démontrer qu’il était bien mort au combat aux côtés de vingt de ses compagnons et que les Allemands les avaient enterrés dans une fosse commune.

Depuis, l’archéologie de la Grande Guerre a évolué. Elle est maintenant programmée et connaît un développement important depuis 2005, notamment en Alsace. Un des principaux sites est celui de Carspach, première fouille archéologique préventive en Alsace et peut-être même en France. Il s’agit d’une galerie, vestige d’un abri souterrain allemand construit en 1915-1916 baptisé Kilianstollen. Cette galerie a été partiellement détruite le 18 mars 1918 au cours d’une préparation d’artillerie alliée. Les fouilles ont permis de retrouver les corps des 21 soldats du 94e Régiment d’infanterie de réserve allemand qui n’avaient pu être retirés de l’abri à l’époque, en dépit d’une opération de sauvetage. La nature du site et son importance ont conduit certains archéologues à le comparer à Pompéi!

Pour le conférencier, l’archéologie contemporaine n’apporte pas seulement des connaissances nouvelles – connaissances à propos desquelles les sources classiques ne donnent que peu d’informations – à l’histoire de la Grande Guerre. Elle permet également de réfléchir plus globalement sur l’archéologie classique, ses concepts et ses méthodes: compréhension de l’usage d’un objet dont l’emploi est éphémère et l’existence-même très vite oubliée; récupération et réemploi des objets dans un usage totalement différent de celui prévu initialement; nécessité de distinguer pratiques exceptionnelles et pratiques courantes...

Parmi les nombreux apports relatifs à la Première Guerre mondiale développés par M. Landolt, quatre ont plus particulièrement retenu notre attention. Le site de Carspach a notamment montré qu’il existait des différences notables entre les fortifications réalisées et les plans conservés dans les archives. L’archéologie s’avère donc indispensable pour mieux comprendre l’évolution de l’organisation du front, des systèmes de tranchées et du renforcement des infrastructures. Elle permet également de mieux comprendre la fortification bétonnée: types de bétons et de systèmes de coffrage utilisés, emploi d’éléments préfabriqués, techniques de camouflage intégrées aux surfaces extérieures…

Les fouilles archéologiques ont également conduit à s’interroger sur les pratiques funéraires des troupes au cours de la guerre. Les sépultures et les rituels étaient plus ou moins organisés, en fonction du temps à disposition, du nombre de morts, de la situation tactique du moment… Les inhumations fortuites – c’est-à-dire les ensevelissements de soldats du fait des bombardements – ont montré des pratiques différentes des normes réglementaires en ce qui concerne le port des plaquettes d’identité. Celles-ci étaient fréquemment protégées dans de petits étuis et non pas simplement portées autour du cou. Certaines fosses communes montrent la volonté de rappeler la camaraderie des soldats ayant vécu côte à côte dans leurs souffrances quotidiennes avant de mourir ensemble.

Toujours à Carspach, les archéologues ont découvert une certaine variété en matière de tenues. Au printemps 1918, des soldats portaient encore l’uniforme modèle 1907/10 et n’avaient toujours pas été équipés de la veste modèle 1915/16. Ces découvertes sont la preuve du temps nécessaire pour équiper une armée de plusieurs millions d’hommes. Elles montrent également peut-être aussi les difficultés à produire les nouveaux équipements et la nécessité d’habiller les nouvelles recrues avec les tenues en stock. Ajoutons qu’elles corroborent certains faits bien connus des historiens militaires relatifs à d’autres guerres: tenues diversifiées des soldats de l’armée confédérée, elle aussi largement frappée par la pénurie, au cours de la guerre de Sécession; état vestimentaire déplorable de l’armée du général Bourbaki au moment de son internement aux Verrières au début de 1871…

Enfin, l’archéologie a permis une meilleure compréhension de la vie quotidienne des soldats. Des objets récupérés dans les maisons abandonnées des alentours, notamment de la vaisselle, apportaient un certain confort ou servaient à décorer les fortifications bétonnées. Les squelettes d’animaux retrouvés dans les dépotoirs – c’est-à-dire les "poubelles" contenant les déchets qui n’étaient pas récupérés en vue d’une revalorisation par l’industrie de guerre – ont donné de précieuses indications sur le régime alimentaires des soldats. Les troupes élevaient des animaux, notamment des chèvres, dans le but de parvenir à une certaine autonomie alimentaire. La consommation de chien est également attestée. Ce phénomène est à mettre en relations avec la présence de boucheries canines dans les villes européennes jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Enfin, certaines fêtes, comme Noël, étaient l’occasion de repas "gastronomiques" avec la consommation d’huitres et d’escargots!

Pour davantage d’informations:

- Site web du Kilianstollen

- Site web du musée archéologique de Strasbourg, exposition "A l’Est du nouveau!"

Vue aérienne de la galerie du Kilianstollen à Carspach. (© Jürgen Ehret)

Vue aérienne de la galerie du Kilianstollen à Carspach. (© Jürgen Ehret)

Tronçon effondré de la galerie. Les techniques de construction sont comparables à celles employées dans les mines avec assemblage de pièces de bois au moyen de tenons et de mortaises. (© Mathias Higelin, PAIR)

Tronçon effondré de la galerie. Les techniques de construction sont comparables à celles employées dans les mines avec assemblage de pièces de bois au moyen de tenons et de mortaises. (© Mathias Higelin, PAIR)

Vestiges de l’opération de sauvetage. (© Michaël Landolt, PAIR)

Vestiges de l’opération de sauvetage. (© Michaël Landolt, PAIR)

Fouille de la galerie et mise à jour de squelettes et de divers objets.  (© Michaël Landolt, PAIR)

Fouille de la galerie et mise à jour de squelettes et de divers objets. (© Michaël Landolt, PAIR)

Position fortifiée allemande de Geispolsheim (Bas-Rhin) en cours de fouille. (© Michaël Landolt, PAIR)

Position fortifiée allemande de Geispolsheim (Bas-Rhin) en cours de fouille. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri de compagnie bétonné de la position de Geispolsheim. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri de compagnie bétonné de la position de Geispolsheim. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri allemand du Schoenholtz découvert à Heidwiller (Haut-Rhin). (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri allemand du Schoenholtz découvert à Heidwiller (Haut-Rhin). (© Michaël Landolt, PAIR)

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Le Haut-Commandement français sur le front occidental

Publié le par Dimitry Queloz

FRANC, Claude, Le Haut-commandement français sur le front occidental, 1914-1918, SOTECA, 2012, 464 pages

Dans cette étude, Claude Franc s’intéresse à l’organisation et à l’exercice du commandement au sein du Haut-commandement français au cours de la Première Guerre mondiale sur le front franco-allemand. Il décrit les institutions et leur évolution au cours du temps, ainsi que les processus de décision. Il aborde également les différents aspects politiques, stratégiques et tactiques, sans oublier les questions de relations interpersonnelles.

L’auteur commence par présenter l’organisation du Haut-commandement en vigueur au début du XXe siècle, caractérisée par un modèle bicéphale et la dispersion des pouvoirs. A cette époque, le Haut-commandement comprend en effet un état-major de l’armée dont le chef n’accéderait pas au commandement suprême en cas de guerre. Ce poste serait occupé par le vice-président du Conseil Supérieur de la Guerre (CSG). En raison de son incohérence qui est à l’origine de nombreux problèmes de l’armée française de la Belle Epoque – voir à ce sujet les ouvrages d’André Bach et de Michel Goya ainsi que notre thèse – l’organisation est modifiée en 1911 au moment de la nomination du général Joffre qui cumule dès lors les fonctions de chef d’état-major et de vice-président du CSG.

Cette réorganisation ne résout cependant pas la délicate question de la limite des compétences en matière de conduite de la guerre entre le Président de la République, le Gouvernement et le Commandant en chef. Elle ne règle pas non plus le problème plus général des relations entre le Haut-commandement et le monde politique, d’autant que l’opposition entre républicains anticléricaux et monarchistes catholiques persiste une décennie après l’affaire des fiches et le départ du ministre André. Ainsi, le général Sarrail, commandant l’armée d’Orient, est, dans son conflit avec le général Joffre, soutenu inconditionnellement par le Parlement et le Président du Conseil Aristide Briand en dépit de ses nombreuses erreurs et incapacités, en raison de ses liens politiques et personnels très étroits avec la gauche républicaine. A l’opposé, le général de Castelnau, pourtant très compétent, est regardé avec la plus grande méfiance du fait de ses convictions religieuses – rappelons qu’il est surnommé le "Capucin botté"!

La question des relations et des rivalités personnelles occupe également une part importante dans l’ouvrage. Elle vient par ailleurs fréquemment se greffer sur les questions de délimitation des compétences. Si le tandem Joffre – Millerand fonctionne bien, la situation s’envenime avec l’arrivée de Gallieni au ministère de la Guerre à la fin de l’année 1915. Joffre et Gallieni sont pourtant de vieux camarades qui se sont côtoyés avant guerre, notamment à Madagascar, et ils s’estiment. Gallieni a d’ailleurs joué un rôle non-négligeable dans la nomination de Joffre au poste suprême en 1911. Cependant, depuis le début de la guerre, les tensions s’accumulent entre les deux hommes, attisées par leurs entourages respectifs. Lors de la mobilisation, Gallieni est désigné comme adjoint auprès du généralissime, mais ce dernier l’empêche d’exercer cette fonction en limitant sa présence au Grand Quartier Général. De plus, au moment de la bataille de la Marne, le rôle de Gallieni est minimisé – "sciemment?" s’interroge l’auteur – par le Grand Quartier Général. Enfin, face à l’enlisement de la guerre, Gallieni se met à critiquer le Commandant en chef et son entourage. La querelle se termine le 7 mars 1916, avec la démission de Gallieni qui vient d’échouer dans une tentative de "remettre le haut-commandement à la place qu’il doit occuper et l’abstraire de toute préoccupation autre que celle de la conduite des opérations militaires (et de) restituer au ministre l’essentiel de sa gestion administrative".

Enfin, dernière qualité que nous tenons à souligner, l’ouvrage se termine par une série d’annexes comprenant notamment de nombreux ordres de bataille, quelques documents-clefs, ainsi que la liste des commandants et chefs d’état-major des groupes d’armées et des armées au cours de la guerre. Ces listes viennent avantageusement compléter les biographies de divers officiers – Pétain, Nivelle, Mangin, Debeney, Maistre… – qui connaissent des ascensions fulgurantes au cours de la guerre.

(© blogdefense.overblog.com)

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Les jeux et l’histoire se rencontrent

Publié le par Dimitry Queloz

En cette année de centenaire, le Musée suisse du jeu de La Tour-de-Peilz (en Suisse, près de Lausanne) présente une très intéressante exposition intitulée Les jeux et l’histoire se rencontrent. La Première Guerre mondiale. Dès la fin du XIXe siècle, les jeux de guerre connaissent un succès commercial important. Ainsi, le Jeu d’échecs de guerre, basé sur la situation internationale de l’époque marquée par la fin du système bismarckien et le début de la mise en place du système Delcassé, gagne une médaille d’or lors de l’Internationale Ausstellung mit Wettstreit für Hygiene, Volksernährung, Armeeverpflegung, Sport und Fremdenverkehr de Baden-Baden en 1896. Une dizaine d’années plus tard, en pleine guerre russo-japonaise, un éditeur allemand inconnu met sur le marché un jeu dont le but est "de pénétrer la Mandchourie et d’occuper Moukden". Au cours de la Première Guerre mondiale, le marché des jeux de guerre, particulièrement florissant, est multiplié par quatre et représente 8% de la production totale de l'industrie des jeux.

Les jeux présentés dans l’exposition s’inspirent fréquemment de jeux traditionnels très populaires. Plusieurs reprennent le principe de celui de l’oie, comme le Jeu de la guerre 1914 proposé par Rojoux et Schaufelberger de Genève. Adoptant le point de vue français, le but est bien évidemment de parvenir le plus rapidement possible à Berlin! Les échecs et les dames représentent une autre source d’inspiration. Les jeux de cette catégorie sont plus novateurs et complexes. Ils constituent des jeux de tactique ou de stratégie que l’on peut présenter comme les ancêtres de nos wargames actuels. Enfin, d’autres jeux sont des jeux d’adresse, comme le jeu trilingue allemand Unsere Luftflotte/Notre Flotte Aérienne/De Luchtvloot où le joueur doit renverser les éléments d’un campement de l’armée britannique au moyen d’une boule, simulant ainsi un bombardement aérien.

A l’instar de ce qui se fait dans le domaine de la littérature de l’époque, nombre de jeux montrent une véritable fascination pour les nouvelles technologies. Les navires de guerre et les sous-marins, les avions et les dirigeables, l’artillerie sont mis en scène. Côté français, le fameux canon de 75, dont certains officiers disaient qu’il était à la fois "Dieu de père, le Fils et le Saint-Esprit", occupe ainsi une place de choix. Un éditeur allemand inconnu va jusqu’à proposer dès 1915 un jeu exclusivement consacré à la grenade (Hurra! Mit Handgranaten vor!), arme ancienne et presque totalement disparue des arsenaux mais qui reprend de l’importance avec la guerre des tranchées.

Si les jeux se veulent avant tout instructifs et ludiques, ils sont également fortement marqués par l’esprit de l’époque. Le nationalisme et la propagande sont omniprésents. Dans les jeux français, on parle souvent du Boche plutôt que de l’Allemand. Le Jeu de la guerre 1914 comprend des cases sur lesquelles le joueur qui s’arrête doit crier "Vive les Alliés!" sous peine de se retrouver en prison. Dans la perspective de l’Entente, l’Allemagne représente l’adversaire fondamental. Le plateau du Jeu de la guerre 1914 prend ainsi de grandes libertés avec la situation géopolitique de l’époque. Seule l’Allemagne est représentée en tant qu’adversaire. Le nom de l’Autriche-Hongrie n’apparaît pas et son territoire semble se confondre avec celui de la Suisse! Quant au Giroulette, s’il distingue trois adversaires, les Allemands constituent les cibles de choix à abattre puisqu’ils rapportent trois points à chaque coup au but tandis que leurs alliés austro-hongrois et turcs n’en rapportent respectivement que deux et un chacun!

Notons encore que plusieurs des jeux exposés ont été édités en Suisse. L’un deux – On ne passe pas!/Wir halten fest! des éditions SPES (Säuberlin et Pfeiffer Editions Suisses, Lausanne) – met en scène la situation particulière de notre pays et envisage deux scénarios différents. Le premier est une invasion par les Empires centraux: "L’un des deux joueurs fait avancer les armées d’Outre-Rhin au nombre de cinq, qui violent la neutralité suisse pour pénétrer en France, ou en Italie. L’autre fait manœuvrer une armée suisse, laquelle, dès qu’elle juge bon, peut appeler à son secours l’armée française qui attend à Frasne ou l’armée italienne qui est cantonnée à Côme." Le second scénario est basé sur une invasion des Alliés: "Les pions noirs deviennent cinq armées franco-italiennes qui envahissent la Suisse (…) L’armée allemande et l’armée autrichienne sont alors supposées alliées de la Suisse."

Cette très intéressante exposition est à voir jusqu’au 16 novembre 2014.

 (© Musée suisse du jeu)

(© Musée suisse du jeu)

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