Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #relations internationales tag

L'Acte de Médiation

Publié le par Dimitry Queloz

ANDREY, Georges, TORNARE, Alain-Jacques, L’Acte de Médiation. Socle d’une nouvelle Suisse, Bière, Divonne-les-Bains, 2017, 104 pages

 

L’ouvrage contient deux des principales interventions présentées lors de la 9e journée d’études napoléoniennes organisée par le Souvenir napoléonien en 2016 à Morges. La première, écrite par Alain-Jacques Tornare, spécialiste de la période napoléonienne à laquelle il a consacré de nombreux travaux, présente la genèse de l’Acte de Médiation. La Médiation, qui peut être comparée avec la Consulta de Lyon qui conduira à la première unité italienne, s’inscrit dans le cadre du Consulat et de ses nombreuses réalisations sous la houlette de Napoléon Bonaparte.

 

Alain-Jacques Tornare montre les spécificités de la Médiation, ainsi que ses aspects positifs – parmi lesquels une période de dix ans de paix et de prospérité économique alors que l’Europe est ravagée par la guerre – qui seront à l’origine de la mise en place de la Suisse moderne et démocratique en 1848. Il souligne également l'attitude paradoxale des Radicaux au milieu du XIXe siècle. Alors qu'ils doivent beaucoup à la Médiation, ils préfèrent se référer à l’ancienne Confédération.

 

Après l’échec de la République helvétique, Bonaparte renonce à une organisation unitaire qui ne correspond pas aux traditions suisses. De plus, contrairement à ce qui est souvent prétendu, le Premier Consul n’impose pas le régime de la Médiation, mais le discute longuement entre novembre 1802 et février 1803 avec les délégués suisses qui ont leur mot à dire. Par ailleurs, Bonaparte laisse une large marge de manœuvre au nouveau régime dont les institutions comprennent une Diète fédérale disposant du pouvoir législatif, ainsi qu’un landamman.

 

La seconde partie de l’ouvrage est de Georges Andrey, professeur émérite de l’université de Fribourg. L’auteur montre comment fonctionnent les institutions de la période de la Médiation et répond à la question, plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, de savoir qui gouverne la Suisse. Pour lui, la réponse est quadruple. Dans une vision "classique" mais superficielle et pas toujours en accord avec les faits, il est possible d'affirmer tout d'abord: le Premier Consul, qui gouverne depuis Paris par l’intermédiaire d’un préfet, le landamman.

 

La deuxième réponse est "sociologique". Dans la Suisse de la Médiation, le pouvoir fédéral est relativement faible et les cantons sont souverains. Or, les constitutions de ces derniers instaurent un système politique basé sur le cens, ce qui fait dire à Georges Andrey que le régime de la Médiation est une ploutocratie. Le cens régit en effet les possibilités d’élire et d’être élu, mais aussi celles d’accéder aux fonctions publiques, le tout dans un système à plusieurs étages fort complexe, intégrant diverses modalités d’élections (tirage au sort, élection à vie…).

 

La troisième réponse est "idéologique". La Suisse est officiellement apolitique – "Nous ne sommes ni aristocrates, ni libéraux" selon la formule du premier landamman Louis d’Affry, pourtant "aristocrate libéral" –, les partis étant interdits et la presse étroitement contrôlée, comme elle l’est d’ailleurs aussi en France. Cette neutralité idéologique s’établit "au nom d’une conciliation générale censée mobiliser toutes les énergies du pays au service du nouveau régime".

 

La dernière réponse est "politique". Georges Andrey montre que, dans la réalité, le landamman n’est pas seul à détenir le pouvoir au niveau fédéral. Un "triumvirat informel" se met en place, qui comprend les trois plus importants landammans de la période, à savoir le Fribourgeois Louis d’Affry (1803, 1809), le Bernois Nicolas Rodolphe de Watteville (1804, 1810) et le Zurichois Hans von Rheinhard (1807, 1813). Tous trois s’entendent et coopèrent discrètement pour diriger au mieux la Suisse dans un contexte européen marqué par la toute-puissance napoléonienne et les guerres de l’Empire. Ce triumvirat est par ailleurs fort habilement secondé par le chancelier fédéral, en la personne du Vaudois Marc Mousson dont les compétences seront reconnues à l’échelle européenne.

 

En résumé, un très bel ouvrage, court, précis et détaillé, tout en étant très accessible, qui permet de (re)découvrir et mieux comprendre une période fondatrice et controversée de la Suisse moderne.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

Voir les commentaires

Conférence du chef du DDPS à l’Université de Lausanne (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

L’acquisition frauduleuse d’information

 

Le chef du DDPS a commencé son propos en soulignant que le phénomène n’était pas nouveau. En effet, déjà dans l’Antiquité, des espions essayaient d’obtenir des informations sur l’adversaire. Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’ampleur pris par l’espionnage avec l’arrivée des nouvelles technologies liées au numérique et les possibilités offertes par ces dernières. Pour les services de renseignement, il s’agit d’un véritable défi et il est vital pour eux de disposer des personnels qualifiés en nombre suffisant dans les différents domaines informatiques. Pour illustrer cette importance, Guy Parmelin a mentionné l’exemple du MI 6 qui, au moment de la conférence, recrutait 9 spécialistes informatiques sur les 16 postes mis au concours!

 

L’emploi des nouvelles technologies à grande échelle soulève de nombreuses difficultés pour les Etats, les institutions, les industries, les individus. Tout d’abord, les activités d’espionnage peuvent être effectuées avec des moyens relativement limités et elles sont largement pratiquées, ce qui crée une grande fragilité, même envers de petits Etats respectables qui ne se privent pas d’espionner les autres pays. Par ailleurs, les possibilités d’obtenir des renseignements se sont considérablement développées du fait de la constitution des systèmes d’information. Tout, ou presque, est stocké sur des ordinateurs ou des serveurs en réseaux et les possibilités de pénétrer ces systèmes sont nombreuses via les ordinateurs, les Smartphones, les objets connectés de toute sorte qui ne sont pas toujours très bien sécurisés. Beaucoup d’utilisateurs ne prennent en effet pas toutes les précautions nécessaires, même les plus élémentaires.

 

Le deuxième problème réside dans le fait que les actions menées dans le cyberespace ne permettent pas seulement d’obtenir des informations. Elles permettent aussi de mener des opérations de propagande à une vaste échelle. Elles donnent enfin la possibilité de prendre le contrôle de certains systèmes, comme les réseaux de télécommunication ou d’énergie. Les actes de piratage peuvent conduire à la mise hors service de ces systèmes et à la paralysie d’un pays. Se pose aussi la question de la résilience. En combien de temps un pays ou une entreprise a-t-il/elle retrouvé sa situation d’avant l’attaque? Et à quel prix? En Suisse, un blackout total coûterait entre 2 et 4 mia de francs suisses par jour. En 2025, la facture pourrait s’élever à 6 mia.

 

Si nombre de ces informations et problématiques étaient déjà largement connues, les quelques minutes consacrées à la présentation de la stratégie du Conseil fédéral et des grandes orientations du chef du DDPS en matière de défense dans le domaine cyber ont été particulièrement intéressantes. Comme cela a été rappelé au moment des questions, la Suisse a mis en place une stratégie et créé un groupe de défense en 2012. Ce dernier dépendant du département des Finances et non du DDPS, plusieurs interventions parlementaires ont eu lieu en faveur de la constitution d’un pôle cyber au sein de celui-ci.

 

Guy Parmelin n’est pas forcément partisan d’une telle organisation et, surtout, il n’est pas un adepte des changements fréquents dans les organigrammes. Actuellement, il défend la thèse d’un rôle non-primaire de son département dans le domaine cyber. La réflexion est en cours et un plan d’action est à l’étude. Les moyens à disposition seront triplés dans les prochaines années, mais dans le cadre d’un budget de la défense constant.

 

Pour le chef du DDPS, les compétences en matière de lutte dans le domaine cyber doivent être réparties entre civils et militaires. La police et les entreprises doivent s’occuper de ce qui relève de la criminalité. Le rôle de l’armée doit être doublement limité. Elle ne doit s’occuper que du domaine "menace" et son action doit être subsidiaire. Ce sont donc les moyens civils qui doivent jouer le rôle principal. Dans ce cadre, Guy Parmelin a insisté sur le rôle que devraient jouer les milieux académiques, notamment l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Une collaboration étroite entre l’Etat et ces derniers est hautement souhaitable, notamment en ce qui concerne le personnel spécialisé. A l’exemple de ce qui existe en Israël, des modalités plus souples de recrutement et de service militaire pour les spécialistes formés dans les Hautes écoles seront bientôt en vigueur dans le cadre du projet DEVA.

 

L’évolution des conflits

 

Pour Guy Parmelin, il existe une conflictualité latente en Europe. Un conflit classique est peu probable, mais pas totalement exclu. L’abolition des distances – notamment avec l’emploi de drones pilotés depuis des postes très éloignés des zones d’engagement – et l’hybridation sont les deux caractéristiques majeures des conflits actuels. Ces paramètres doivent être intégrés dans les réflexions stratégiques et l’armée adaptée en conséquence. C’est ce que prévoit le projet DEVA qui se caractérise par une réduction de la taille de l’armée, une plus grande disponibilité et un meilleur équipement.

 

Terminons cette synthèse de la conférence du chef du DDPS par la réponse donnée à une question qui était sans doute la plus provocatrice, mais aussi probablement la plus intéressante: "La Russie est-elle une chance pour la sécurité et l’indépendance de l’Europe?" Pour Guy Parmelin, qui a souligné la difficulté à répondre à cette question, la Russie ne représente pas une chance. En Crimée, elle a clairement imposé une modification des frontières par la force. Cet acte a fait naître une grande inquiétude dans des pays comme les Etats baltes et la Pologne qui ont augmenté leurs budgets militaires. L’argent ainsi dépensé manquera dans d’autres domaines, ce qui constituera un frein à un développement économique et social harmonieux dans ces pays. (Fin)

Voir les commentaires

Vers la guerre civile moléculaire (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Le problème des démocraties modernes face à la guerre civile moléculaire

 

Une fois la guerre civile moléculaire définie, Bernard Wicht s’est penché sur l’importante question de la capacité des démocraties occidentales à faire face à cette nouvelle forme de menace. En se basant notamment sur l’ouvrage de Gil Merom, How Democracies Lose Small Wars? (Cambridge, 2003), qui analyse les échecs de l’armée française durant la guerre d’Algérie et de l’armée israélienne au Liban, le conférencier a développé la thèse selon laquelle la démocratie libérale actuelle n’était pas en mesure de gagner des conflits de basse intensité.

 

Dernier stade de la démocratie, la démocratie libérale présente un certain nombre de caractéristiques qui sont autant de faiblesses face à un adversaire pratiquant la guerre civile moléculaire. La première d’entre elles est l’absence de récit national et de valeurs communes. Dans les sociétés modernes, il est de bon ton de nier l’existence d’une histoire et d’une identité communes, que ce soit au nom de l’individualisme ultralibéral ou du multiculturalisme prôné par la gauche. Cet état d’esprit conduit une partie de la population à prendre ses distances par rapport à une société dans laquelle elle ne se reconnaît pas et pour laquelle elle ne veut plus s’engager. La société est ainsi "en panne de cause" et les individus qui la composent ne veulent plus lutter pour la défendre contre les agressions.

 

La deuxième caractéristique est l’incapacité à identifier la menace et l’ennemi.

 

La troisième consiste en une dérive policière et autoritaire qui se traduit notamment par la volonté de désarmer les citoyens honnêtes plutôt que de s’attaquer aux groupes qui créent les véritables problèmes. En Suisse, la nouvelle loi sur l’armée constitue un bel exemple de cette méfiance envers le citoyen, avec son article 113 qui contient plusieurs alinéas donnant la possibilité de restreindre la possession de l’arme à domicile.

 

Enfin, la dernière caractéristique est la possibilité de déclenchement d’une guerre civile. Les exemples de mécontentement et de refus d’accepter les règles du jeu démocratique sont nombreux. Un des derniers en date est celui des manifestations qui ont succédé à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et qui découlaient du rejet des résultats issus des urnes.

 

Comment faire face à la guerre civile moléculaire?

 

Les démocraties modernes n’étant pas en mesure de faire face à la guerre civile moléculaire pour les raisons évoquées, comment répondre à ce phénomène? La réponse proposée est complexe et se situe à deux niveaux.

 

Premièrement, il s’agit de modifier certaines attitudes actuelles qui entrainent les faiblesses mentionnées précédemment. Pour Bernard Wicht, qui reprend les écrits du sociologue Alain Joxe, il faut "considérer le désordre comme premier". La violence et la guerre sont naturelles, la paix n’est pas donnée pour toujours et il faut sans cesse lutter pour la maintenir. Ensuite, il faut "rétablir la distinction dedans/dehors", c’est-à-dire définir qui est ami et qui est ennemi. Cette distinction a souvent été, au cours de l’histoire, le moyen de maintenir la cohésion d’une société, notamment en Suisse (guerres contre les Habsbourg, mobilisation de 1856 contre la menace prussienne, etc.). Enfin, il faut "redéfinir l’unité militaire". Ici, c’est la république romaine qui tient lieu d’exemple, avec la légion qui garantit l’unité politique et sociale de Rome. Les liens entre armée, société et politique sont nombreux et étroits. Les soldats sont citoyens, les cadres militaires cadres politiques. L’armée permet de socialiser les minorités et de les faire adhérer à un but commun. A ces considérations s’ajoute, bien sûr, la nécessité de donner un récit national à la population.

 

Pour répondre à la guerre civile moléculaire, il faut cependant également agir à un autre niveau, celui de l’échelle. L’Etat moderne ne correspond pas à l’échelle à laquelle il est pertinent d’agir contre cette menace. Cela ne signifie cependant pas que l’Etat soit dépassé et qu’il faut le remplacer. Bernard Wicht voit davantage une action en complément à celle de l’Etat. Il faut "travailler dans la marge d’erreur du système" et "construire une deuxième ligne de défense". Voilà pour la méthode. D’une manière plus concrète, c’est au citoyen de jouer ce rôle fondamental. On retrouve ici le lien entre citoyen et soldat mentionné plus haut qui est à la base de la stabilité et de la sécurité de la société. Le citoyen-soldat, combattant individuel, sait pourquoi il se bat et connaît ses chances de succès. Il est en mesure de pallier les insuffisances de l’Etat et d’agir rapidement et efficacement à une échelle locale, dans un terrain et parmi une population qu’il connaît.

 

Bernard Wicht a terminé sa conférence en affirmant que les sociétés traversaient actuellement une crise de civilisation. Comme fréquemment dans l’histoire, le remède proviendra de la société elle-même qui devra s’adapter et adapter son système de sécurité. Ainsi que l’écrivait le général Eric de La Maisonneuve dans La violence qui vient (Arléa, 1997), "l’évolution du corps social sera étroitement associée à celle du système militaire". (Fin)

Remise du cadeau au conférencier par le président de la SJO. (© SJO)

Remise du cadeau au conférencier par le président de la SJO. (© SJO)

Voir les commentaires

Vers la guerre civile moléculaire (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Il y a deux semaines, la Société jurassienne des officiers a eu le plaisir d’accueillir Bernard Wicht comme conférencier lors de son assemblée générale annuelle. Enseignant en sciences politiques à l’université de Lausanne depuis 2001, Bernard Wicht est connu pour ses réflexions sur le système de milice et l’évolution des guerres contemporaines – nous vous avions notamment présenté, en son temps, son ouvrage Europe Mad Max demain?. Avec ce qu’il faut d’humour et d’esprit provocateur pour maintenir son public en haleine, avec toute la clarté qui le caractérise, il a développé un exposé fort intéressant sur la guerre civile moléculaire qui a captivé l’auditoire.

 

La guerre civile moléculaire

 

Pour Bernard Wicht, la guerre connaît une mutation totale depuis la fin de la Guerre froide, comme l’avait déjà mis en évidence Martin van Kreveld dans La transformation de la guerre paru en 1991. Avec la mondialisation et le déclin du rôle de l’Etat moderne, les deux formes de guerre auxquelles nous étions habitués – guerre interétatique et guerre civile – ont disparu pour laisser la place à la guerre civile moléculaire. Selon Bernard Wicht, ce concept développé par Hans-Magnus Enzensberger est parfaitement adapté pour décrire la situation sécuritaire problématique que connaissent actuellement certains de nos voisins et qui sera probablement également celle de la Suisse dans un avenir plus ou moins proche.

 

La guerre civile moléculaire se distingue de la guerre civile classique, dont l’exemple le plus emblématique est la guerre de Sécession, par le fait qu’elle n’oppose pas simplement deux groupes, un majoritaire dominant – généralement un Etat – et un minoritaire dominé, comme c’était le cas durant la période de constitution des Etats modernes. En raison de son caractère mutant, elle conduit par ailleurs à se poser deux questions fondamentales qui ont constitué le cœur de la conférence: Pour l’Etat démocratique occidental, qui est l’ennemi? Comment lui faire face et ne pas se préparer à la guerre d’avant-hier?

 

Dans la guerre civile moléculaire, cet ennemi présente sept caractéristiques que Bernard Wicht a longuement développées et discutées.

 

- L’ennemi est transnational

 

L’exemple de Daech illustre bien cette caractéristique. Le groupe islamiste occupe un territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak. Ses combattants proviennent du Monde entier et se fondent dans les flux de population pour aller s’installer en Afrique du Nord et en Europe. C’est, en fin de compte, une véritable "armée de la mondialisation".

 

- Sa stratégie des moyens repose sur le double principe low tech/low cost

 

Disposant de moyens financiers, techniques et logistiques limités, l’ennemi emploie tout ce qui est à sa disposition pour frapper. Le principe cardinal est celui de l’efficacité.

 

- Le recrutement se fonde sur un récit commun

 

Le recrutement se fait via une propagande qui cible les émotions et les frustrations de toute une génération. Elle propose aux futurs combattants un récit commun, une idéologie dans laquelle ils pourront se reconnaître et pour laquelle ils seront prêts à combattre et à mourir.

 

- Le contrôle des territoires selon le principe du zébrage

 

L’ennemi ne cherche pas à contrôler totalement le territoire. Seules certaines zones le sont, comme l’a bien montré l’exemple de la ville d’Alep.

 

- Le contrôle de la population par la terreur

 

Dans ce domaine, il n’y a pas d’innovation. Les vieilles techniques de terreur sont reprises, comme les assassinats, les exécutions soigneusement mises en scène, les expositions de cadavres…

 

- Une tactique visant à créer l’insécurité

 

L’ennemi recherche à déstabiliser son adversaire, à affaiblir ses forces morales. Pour ce faire, il utilise divers mode d’action de type terroriste, comme les tueries et les attentats kamikazes.

 

- Un financement par le biais de l’économie grise

 

Tous les moyens de financement sont bons, notamment les trafics en tout genre. (A suivre)

Bernard Wicht, conférencier de l'assemblée générale de la SJO. (© SJO)

Bernard Wicht, conférencier de l'assemblée générale de la SJO. (© SJO)

Voir les commentaires

Retour sur l'engagement du Kuznetsov en Syrie (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Des capacités maritimes indéniables

 

Au cours de son déploiement au large de la Syrie, la marine russe a prouvé qu’elle disposait de réelles capacités d’engagement, même si elles ne doivent pas être surestimées. Ses navires étaient globalement bien entretenus et ses équipages ont montré un certain savoir-faire. Un observateur a ainsi confié au site Mer et marine qu’il ne fallait pas "sous-estimer les Russes", qu’ils faisaient preuve de créativité et qu’ils étaient "de vrais marins et de vrais soldats". Ils ont su faire preuve de discrétion sur le plan électromagnétique et positionner leurs bâtiments de manière à couvrir judicieusement l’espace aéromaritime.

 

La marine russe s’est révélée capable de déployer un important groupe aéronaval loin de ses bases durant plusieurs mois, tout en menant un certain nombre de missions de guerre, parmi lesquels des bombardements aériens contre des objectifs au sol et des tirs de missiles de croisière. Ces derniers ont été effectués dès le début de l’engagement par la frégate Amiral Grigorovich, confirmant les capacités russes dans ce domaine. Pour rappel, la marine russe avait déjà engagé de telles armes, à la surprise des observateurs occidentaux, depuis des frégates et des sous-marins dans les premiers temps de son intervention en Syrie en automne 2015.

 

De plus, comme l’a souligné Alexandre Vautravers dans le dernier numéro de la Revue militaire suisse, la marine russe a été capable de coordonner l’action d’au moins trois groupes navals et de nombreux avions, en dépit d’une provenance éloignée et de conditions parfois difficiles, notamment en ce qui concerne le ravitaillement des navires – la flotte russe n’a ainsi pas été autorisée à se ravitailler en carburant dans les ports espagnols à la suite des pressions américaines. Cela montre une grande maîtrise des moyens de communication.

Le déploiement du Kuznetsov et son suivi par la Royal Navy selon le Dailymail. (© Dailymail)

Le déploiement du Kuznetsov et son suivi par la Royal Navy selon le Dailymail. (© Dailymail)

Des capacités aériennes limitées

 

Si la marine russe a montré, dans son ensemble, de réelles capacités opérationnelles, le porte-avions Kuznetsov a, quant à lui, connu d’importantes difficultés dans son engagement. D’après le Kremlin, ses appareils auraient effectué 420 sorties et détruit 1'252 cibles. Ces chiffres sont, bien sûr, difficilement vérifiables. De plus, il faudrait savoir comment ils se répartissent au cours de la période d'engagement pour en tirer de réels enseignements, d’autant qu’il existe des inconnues en ce qui concerne le temps réel durant lequel le bâtiment a été opérationnel. Si on calcule une moyenne quotidienne sur l’ensemble des deux mois, on arrive à sept sorties par jours pour une douzaine d’avions. Cette moyenne peut paraître faible, mais on peut la comparer avec celle de l’engagement du Charles-de-Gaulle au cours de l’opération Harmattan. Avec 16 avions embarqués, le porte-avions français a mené 1'350 sorties en 120 jours, soit une moyenne quotidienne de 11,25 sorties. Les capacités des deux porte-avions seraient donc en apparence similaires, mais il existe trop d’inconnues et des différences notoires – capacités de frappe supérieure des Rafale, engagement d’une durée double pour le Charles-de-Gaulle… – pour tirer des conclusions pertinentes. En revanche, ce qui est certain c’est que, d’une manière générale, le rôle joué par les appareils du Kuznetsov dans la guerre en Syrie a été moindre. Ils ont en effet effectué un peu plus de 2% des quelque 19'000 sorties de l’aviation russe depuis le début de son engagement.

 

Les limites capacitaires du Kuznetsov ont été étalées au grand jour à la suite de deux accidents survenus à la mi-novembre et au début décembre. Au cours du premier, un MiG-29K est tombé en panne de carburant et s’est abîmé en mer car il ne pouvait plus atterrir en raison d’un problème dans le dispositif d’appontage du porte-avions. Lors du deuxième accident, c’est un Su-33 qui a été perdu à la suite d’une erreur d’appontage. D’après Mer et Marine, qui reprend une déclaration du ministère de la Défense russe, le brin d’arrêt s’est rompu au moment où la crosse de l’appareil l’a accroché et le pilote n’a pas réussi à remettre les gaz. Notons que ce n’est pas la première fois qu’un accident de ce genre se produit sur le Kuznetsov. Un avion avait déjà été perdu en 2005 dans des circonstances similaires.

 

Ces accidents à répétition montrent que les Russes ne maîtrisent pas totalement, techniquement et opérationnellement, le système de récupération des avions du Kuznetsov. Celui-ci a sans doute été révisé avant le déploiement et il n’est pas normal qu’il ait connu une panne aussi peu de temps après et qu’un brin d’arrêt se soit rompu trois semaines plus tard, d’autant que le nombre de sorties a été plutôt faible. A titre de comparaison, l’US Navy change les câbles de ses porte-avions après 2'000 appontages!

 

Les raisons de ces problèmes peuvent être multiples. Cela peut être dû au manque d’entraînement des pilotes, notamment sur MiG-29, ou à une erreur de pilotage. Certains analystes ont cependant également évoqué les erreurs de conception du Kuznetsov. Les brins d’arrêt sont mal répartis sur le pont oblique qui est par ailleurs relativement court. Les pilotes seraient donc peut-être obligés d’atterrir avec une vitesse élevée pour pouvoir redécoller en cas de nécessité, entraînant des tensions très fortes sur les câbles qui peuvent conduire à des dommages, voire des ruptures. Une autre cause, qui pourrait s’additionner au problème que nous venons d’évoquer, découlerait des insuffisances de propulsion du Kuznetsov. Celui-ci ne serait pas toujours en mesure d’atteindre sa vitesse maximale. Comme, lors d’un appontage, la vitesse du navire vient se soustraire à la vitesse de l’avion, ce dernier aurait toujours une vitesse relative élevée qui contribuerait à une usure prématurée des câbles.

 

En raison des problèmes du système de récupération des avions, le Kuznetsov a débarqué une partie de son groupe aérien pour le faire opérer à partir de la base de Humaymim en Syrie. Ce fait a été rendu public par le magazine Jane’s qui a analysé une photo satellite montrant 8 SU-33 et un MiG-29K sur la base le 20 novembre. De son côté, la Russie a cherché à cacher les difficultés rencontrées. D’une part, le ministère de la Défense a diffusé, au lendemain du premier accident, des vidéos des opérations aériennes depuis le Kuznetsov pour montrer que les problèmes de brins d’arrêt étaient résolus. D’autre part, et en dépit du débarquement d’une partie de son groupe aérien, le Kuznetsov a été maintenu au large de la Syrie jusqu’au début janvier. Comme le mentionne le Fauteuil de Colbert, le débarquement d’une partie des appareils était peut-être le signe que le navire n’était plus opérationnel. Un retrait rapide du bâtiment pour effectuer les réparations nécessaires aurait été logique, mais aurait constitué un aveu d’échec qui aurait été désastreux tant au niveau de la diplomatie que de la propagande.

Photo satellite montrant 8 Su-33 de la marine russe sur la base aérienne de Humaymim en Syrie. (© Jane's)

Photo satellite montrant 8 Su-33 de la marine russe sur la base aérienne de Humaymim en Syrie. (© Jane's)

Conclusion

 

Le premier engagement du Kuznetsov a donné des résultats mitigés. La marine russe a montré qu’elle ne maîtrisait pas le nouveau concept d’emploi de son porte-avions, qui comprend, en plus des missions traditionnelles de défense aérienne, de lutte antinavires et anti-sous-marine, la projection de puissance vers la terre. Un tel savoir-faire est difficile à acquérir et il faut des années d’entraînement pour y parvenir. Comme le souligne Mer et marine, l’engagement du Kuznetsov a surtout été l’occasion d’une montée en puissance des capacités du bâtiment. La marine russe a certainement beaucoup appris techniquement et opérationnellement. Les enseignements tirés seront sans aucun doute utiles pour la prochaine refonte du navire et pour la construction d’un futur porte-avions. (Fin)

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>