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Articles avec #relations internationales tag

Conférence du chef du Service de Renseignement Militaire suisse (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le 30 août dernier, la Société jurassienne des officiers a reçu le Brigadier (général de brigade) Jean-Philippe Gaudin, chef du Service de Renseignement Militaire de l’armée suisse, dans le cadre d’une conférence sur L’état de la menace et l’obligation de servir dans les autres pays. Comme annoncé lors de la publication de l’interview qu’il nous a aimablement accordée quelques jours auparavant, nous avons le plaisir de vous présenter un compte-rendu de cette conférence non seulement riche et intéressante, mais aussi particulièrement captivante par sa forme. Le Brigadier Gaudin ne s’est en effet pas contenté d’illustrer ses propos au moyen d’un power-point, mais il a fait preuve de beaucoup de sens didactique, en faisant usage d’une carte de grand format sur laquelle il affichait "en direct" les différents éléments de sa présentation.

L’évolution des menaces

Le Brigadier Gaudin a commencé par donner un aperçu de l’évolution des menaces depuis la fin de la Guerre froide. Il a également souligné la volonté de la Suisse d’adapter en conséquence son outil militaire, contrairement à ce que prétendent les milieux antimilitaristes ou plus simplement peu au courant des questions de défense. Depuis la chute du Mur de Berlin, l’armée a en effet connu deux réformes majeures (Armée 95 et Armée XXI), avec d’importantes modifications d’organisation, une réduction considérable des effectifs et des moyens de combat lourds et une adaptation des doctrines d’engagement.

Pour le chef du Renseignement militaire le risque d’une guerre classique peut être considéré comme faible à moyen terme. En revanche, de nouveaux dangers sont apparus (voir notamment le Rapport de situation 2013), rendant le Monde plus complexe et incertain, avec une augmentation du nombre des régions où règne le chaos. Ces dangers, nombreux et divers – notamment les bouleversements climatiques, les catastrophes naturelles et technologiques, le terrorisme, le crime organisé, l’accès aux ressources stratégiques et la cyberguerre –, peuvent toucher tous les domaines de la vie d’une société moderne de type occidental, caractérisée par la complexité, l’interdépendance systémique et la fragilité, l’ouverture vers l’extérieur du fait de la globalisation.

Les guerres ne sont cependant pas exclues de cette longue liste des dangers développée par le conférencier. Plusieurs conflits ont récemment eu lieu ou se déroulent encore en Europe ou à ses portes (guerres en ex-Yougoslavie, en Géorgie, en Syrie…). De plus, nombre de pays européens sont intervenus militairement au cours de ces dernières années (France en Afghanistan, en Libye, au Mali; Grande-Bretagne en Irak, en Afghanistan et en Libye…). Ces guerres, qui présentent des caractéristiques différentes des guerres classiques, constituent tout de même des dangers pour la Suisse, avec les migrations qui en résultent, les risques terroristes, la déstabilisation d’Etats voisins de l’Europe.

Par rapport à cette situation géopolitique incertaine et complexe, le Brigadier Gaudin a dégagé cinq grandes tendances. Tout d’abord, la difficulté de prévoir les crises. Depuis la fin de la Guerre froide, celles-ci se sont succédé à un rythme soutenu, sans que personne ne les voient venir, que ce soient les attentats du 11 septembre 2001, la crise de l’euro ou les révoltes arabes. La "surprise stratégique" constituera, selon le conférencier, l’un des facteurs permanents du cadre géopolitique international de ces prochaines années.

Reprenant le concept développé par l’armée française, le Brigadier Gaudin a ensuite parlé de la deuxième tendance, soit la confirmation de l’existence d’un "arc de crise". Cet arc part de la Méditerranée occidentale et se termine en Asie centrale, touchant directement aux frontières sud et sud-est de l’Europe. Il comprend la plupart des zones de tensions actuelles (révoltes arabes, problème israélo-palestinien, guerre civile en Syrie, tensions caucasiennes, reconstruction irakienne…).

La troisième tendance mise en évidence a été le retrait américain d’Europe et le repositionnement stratégique en Asie – Pacifique. Pour les Etats-Unis, l’Europe a perdu de son importance géostratégique en raison de la diminution relative de sa puissance politique, économique et militaire dans le monde. Washington, qui n’a par ailleurs plus les moyens d’un engagement tous azimuts, a décidé de s’engager davantage dans la région Asie – Pacifique où se concentrent plusieurs des futures puissances économiques, militaires et politiques.

Le Brigadier Gaudin s’est ensuite penché sur le déclin militaire de l’Europe. Depuis la fin de la Guerre froide, les pays européens ont massivement réduit leurs dépenses militaires, entrainant une diminution drastique des effectifs et des moyens. Seuls deux pays ont conservé des armées dotées de réelles capacités, la France et la Grande-Bretagne, dont les dépenses militaires représentent presque 45% de celles de l’ensemble de l’Union européenne. La situation est telle qu’actuellement aucune armée européenne n’est en mesure de mener une action extérieure d’une certaine envergure de manière autonome. Les engagements en Libye et au Mali n’auraient pas été possibles sans le soutien américain, notamment dans les domaines du renseignement, du transport stratégique et du ravitaillement en vol.

Enfin, la dernière tendance développée par le Brigadier Gaudin, qu’il a bien évidemment mise en relation avec les deux précédentes, a été l’émergence des BRIC(S) – Brésil, Russie, Inde, Chine (Afrique du Sud) – qui joueront un rôle politique, économique et militaire grandissant dans le futur. (A suivre)

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Conférence du chef du Service de Renseignement Militaire suisse (2 et fin)

Interview du chef du Service de renseignement militaire suisse (1)

Interview du chef du Service de renseignement militaire suisse (2 et fin)

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Conférence du journaliste Alexandre Adler au Club 44 (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Les conséquences géopolitiques

Pour Alexandre Adler, ces trois phénomènes (anarchie du monde arabo-musulman, "acratie" des pouvoirs politiques européens et transformation de la société chinoise) entraineront d’importants changements géopolitiques.

Le premier d’entre eux n’est rien moins que le renversement des alliances en Asie – Pacifique. Dans une vision assez surprenante – très différente de celle, plus classique, d’un Edward Luttwak par exemple – il envisage un rapprochement étroit entre la Chine et le Japon, du fait du développement de leurs relations économiques, en dépit des tensions actuelles à propos de la souveraineté sur diverses îles de la mer de Chine. Ce rapprochement se doublera de la fin de l’alliance américano-japonaise. Les Etats-Unis, affaiblis par leur dette colossale, ne pourront plus se permettre de maintenir une puissance militaire capable de projections extérieures coûteuses. Ils seront tentés par un repli sur soi et concentreront leurs investissements dans le développement technologique plutôt que dans le maintien de leur puissance militaire. Malgré ces bouleversements, Alexandre Adler ne pense pas qu’il y aura des tensions majeures entre les USA et la Chine.

En ce qui concerne l’Europe, Alexandre Adler souligne la nécessité d’opérer d’importants changements politiques et économiques. Le Vieux Continent doit tout d’abord adopter de nouveaux modes de gouvernance politique car il ne peut plus continuer à vivre en suivant les modèles des XIXe et XXe siècles. Le nouveau modèle devrait s’inspirer de ceux d’Etats comme la Belgique et les Pays-Bas – ou la Suisse qui est citée en exemple dans ce domaine – qui ont adopté des systèmes politiques de coalition associant l’ensemble des forces sociales et politiques du pays. Une autre condition du maintien de l’Europe est la création d’une véritable politique économique à l’échelle du continent. Enfin, l’Europe doit se hisser au même niveau économique et industriel que l’Asie. Alexandre Adler souligne que certains pays ne sont pas prêts à relever certains de ces défis. La France, par exemple, n’est pas parvenue à moderniser son tissu industriel. De plus, ses deux grands partis politiques (UMP et PS), de par les différents courants qui les traversent, empêchent toute idée de gouvernement de coalition.

Enfin, Alexandre Adler pense que le monde arabo-musulman verra une complète recomposition politique de ses différentes régions. L’Afrique du nord et le Moyen-Orient sont en effet engagés dans un vaste processus de décomposition politique. Les habitants sont par ailleurs animés par un esprit religieux très dynamique, tandis que les disparités économiques sont importantes. Alexandre Adler compare la situation actuelle avec celle de l’Italie et de l’Allemagne de la première moitié du XIXe siècle, avant la réalisation des unités nationales. Il prévoit que plusieurs grands ensembles devraient émerger du chaos présent. Parmi ces futurs ensembles, il mentionne une "Grande Egypte" comprenant, outre l’Egypte actuelle, une partie de la Libye et une partie du Soudan, ainsi qu’une puissance moyen-orientale regroupant l’Arabie saoudite et le Qatar.

En dépit des difficultés entrevues pour l’avenir, le conférencier est resté malgré tout optimiste. Rejetant les positions apocalyptiques, il a esquissé le portrait d’un futur caractérisé par une "mondialisation productive", un rapprochement des valeurs et des modes de vie des différentes ères culturelles et le développement d’une nouvelle civilisation. (Fin)

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Conférence du journaliste Alexandre Adler au Club 44 (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Alexandre Adler, journaliste et spécialiste bien connu des relations internationales, était l’hôte du Club 44 de La Chaux-de-Fonds (Suisse) le 26 septembre dernier. Pendant plus d’une heure et demie, il nous a présenté son analyse et sa vision de la situation internationale. En préambule de sa conférence, il a insisté sur la nécessité d’une approche globale et multidisciplinaire pour comprendre le "monde interconnecté" et complexe dans lequel nous vivons. Selon lui, il n’est plus possible de parler des différentes parties du Monde en les considérant de manière isolée: la "réalité (est désormais) planétaire". De plus, il considère qu’il est tout aussi nécessaire de faire appel aux différents concepts et méthodes de l’ensemble des sciences sociales, y compris l’économie, pour comprendre les mécanismes de cette réalité.

Une fois cette question de méthodologie précisée, Alexandre Adler est entré dans le vif du sujet, en présentant brièvement les trois grands axes de sa conférence, constitués par les trois phénomènes majeurs de la situation internationale actuelle: l’incendie qui ravage le monde arabo-musulman, l’"acratie" des instances dirigeantes en Europe et la transformation de la société chinoise.

L’incendie du monde arabo-musulman

Pour Alexandre Adler, les différentes crises du "Printemps arabe" ont créé en Afrique du nord et au Moyen-Orient de vastes zones où règne l’anarchie. Ces crises ne pourront être résolues par des interventions extérieures et les solutions ne pourront être qu’internes au monde arabo-musulman. Le conférencier a par ailleurs insisté sur un autre aspect déterminant de la situation géopolitique de ces régions: l’importance énergétique du Golfe persique. Celui-ci retrouvera, en ce qui concerne le pétrole, sa position de principal exportateur mondial qu’il occupait dans les années 1950 en raison de la diminution des exportations de la part des autres producteurs. La situation sera cependant différente pour le gaz du fait de l’exploitation massive du gaz de schiste.

L’"acratie" du monde politique européen

Alexandre Adler définit le terme d’"acratie" comme la disparition du pouvoir. Pour lui, ce phénomène, qui touche essentiellement l’Europe, concerne avant tout les instances dirigeantes politiques. La société civile, elle, est épargnée. Le conférencier a ensuite dirigé ses critiques contre le processus de construction européen voulu et mis en place par les pères fondateurs de la Communauté, Jean Monnet en tête. Dans une vision comparable à celle de Christophe Réveillard dont nous avons brièvement parlé dans un article précédent, il reproche à ces derniers de n’avoir envisagé que le volet économique de cette construction et pensé qu’elle aboutirait automatiquement à une construction politique. Or, Alexandre Adler constate que cela n’est pas du tout le cas. Actuellement, il n’existe pas de gouvernement européen alors qu’il en faudrait un.

La transformation de la société chinoise

Pour Alexandre Adler, les Etats-Unis ne constituent plus le cœur de la puissance mondiale. C’est la Chine qui remplit désormais cette fonction. Ce pays a connu une croissance économique spectaculaire (plus de 10% par année) pendant vingt ans. Grâce aux excédents commerciaux, Pékin a massivement acheté des bons du trésor américain, ce qui lui a permis de maintenir un yuan sous-évalué. Toutefois, la Chine connaît depuis quelques années un ralentissement économique. Cette situation nouvelle a obligé Pékin à changer de modèle de développement. Ce changement, qui s’opère de manière feutrée comme souvent en Chine, est l’œuvre de Xi Jinping. Le nouveau président veut soutenir la croissance économique – elle devrait être de l’ordre de 7-8% par année – en distribuant du pouvoir d’achat à la classe moyenne de manière à favoriser la consommation intérieure. Le développement de la classe moyenne chinoise, amorcé depuis de nombreuses années, représente une transformation radicale de la société qui devient par ailleurs de plus en plus urbaine (plus de la moitié des Chinois habitent désormais en ville). Pour Alexandre Adler, ce développement conduira à un alignement des mentalités sur celles de l’Occident, basées sur les principes démocratiques et la recherche de la sécurité sociale. (A suivre)

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Thatcher. La Dame de fer

Publié le par Dimitry Queloz

LERUEZ, Jacques, Thatcher. La Dame de fer, Waterloo, André Versaille éditeur, 2012, 244 pages

Cette biographie de Margareth Thatcher est à la fois courte et de grande qualité. Ecrite par un spécialiste du monde politique britannique, elle donne de manière synthétique un "portrait contrasté" de la Dame de fer et de sa politique, qui change de ce que l’on peut lire habituellement, que ce soit en bien ou, surtout, en mal. C’est que Margareth Thatcher "admirée par certains, détestée par d’autres, rarement aimée (…) ne laissa personne indifférent".

Premier ministre pendant près de douze ans, de 1979 à 1990, Margareth Thatcher transforme profondément le Royaume-Uni, économiquement, politiquement et socialement. La longueur de son action politique, sa personnalité et ses idées marquent le pays comme aucun autre politicien ne l’a fait depuis Winston Churchill, qu’elle admire. Cette influence se prolonge durant les mandats de ses successeurs et continue, de nos jours encore, à marquer les esprits, au Royaume-Uni comme à l’étranger.

L’ouvrage comprend une introduction sur le thatchérisme et trois parties, dont les deux premières sont consacrées à l’ascension politique de Margareth Thatcher, à sa manière de conduire le gouvernement et à son action économique et sociale en tant que Premier ministre. La troisième partie, qui nous intéresse davantage ici, traite de la politique extérieure.

Margareth Thatcher inscrit sa politique étrangère dans le cadre de la "relation spéciale" avec les Etats-Unis, qui est facilitée par la proximité idéologique qu’elle entretient avec le présent Ronald Reagan. Cette entente est cependant entachée par quelques épisodes – invasion de la Grenade, embargo sur certaines technologies au cours de la construction du gazoduc entre l’Europe et l’URSS – durant lesquels Margareth Thatcher s’oppose avec fermeté à la politique américaine. Les relations avec les membres du Commonwealth ne sont pas toujours simples, même si la résolution – hélas provisoire – du problème rhodésien en 1981 représente une grande réussite. En effet, le problème de l’apartheid en Afrique du Sud mine la politique britannique à l’égard de l’association car Margareth Thatcher ne veut pas aller aussi loin que ses autres partenaires dans la condamnation du régime de Pretoria, tout comme la Communauté européenne d’ailleurs.

En matière de politique de défense, la Dame de fer se montre particulièrement ferme. Arrivée au pouvoir au moment où les relations avec l’URSS se durcissent en raison de la crise des euromissiles et de l’invasion de l’Afghanistan, Margareth Thatcher soutient l’installation des missiles de croisière et des Pershing II en Europe, augmentent les dépenses militaires et modernise la force de frappe britannique avec le remplacement des missiles Polaris par des Trident II et l’acquisition de nouveaux SNLE. Cependant, elle se montre ouverte à la discussion avec Mikhaïl Gorbatchev en qui elle distingue rapidement un partenaire fiable. La guerre des Falkland, qu’elle dirige avec une énergie et une ténacité particulières, conduit également au renforcement de l’effort militaire. Les conclusions du Livre blanc de 1981, qui prévoyait le retrait du service de deux porte-aéronefs pour des raisons économiques, sont invalidées et la Royal Navy sort finalement renforcée, ce qui permet le déploiement d’une flotte importante au cours de la première guerre du Golfe.

Le chapitre sur les relations avec la Communauté européenne est également très intéressant. Il montre la compatibilité de la construction européenne d’alors avec l’idéologie et la politique thatchériennes, même si la mise en place du Marché unique soulève pour la Grande-Bretagne des difficultés en matière d’ouverture de marché vers l’extérieur, de libre circulation des personnes et d’harmonisation fiscale et que Margareth Thatcher s’oppose à toute idée de monnaie unique. Margareth Thatcher se montre par ailleurs très favorable à la Coopération Politique Européenne (CPE) – instituée en 1969, elle a pour but d’harmoniser la politique extérieure des pays de la Communauté européenne – et contribue largement à son succès. En revanche, sa position atlantiste freine les efforts en matière de défense européenne.

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La puissance ou l'influence?

Publié le par Dimitry Queloz

VAISSE, Maurice, La puissance ou l’influence? La France dans le monde depuis 1958, Paris, Fayard, 2009, 650 pages

Avec cet ouvrage, Maurice Vaïsse, professeur à Sciences Po et directeur de la publication des Documents diplomatiques français (série des années 1960), nous offre une remarquable synthèse sur la politique extérieure de la France sous la Ve République. L’auteur structure son livre en neuf chapitres thématiques et adopte pour chacun d’eux une approche chronologique. Cette manière de faire présente l’avantage de bien saisir, dans le temps et pour chacun des thèmes, l’évolution des différentes politiques des gouvernements qui se sont succédé depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. En contrepartie, le lecteur aura un peu de peine à se faire une idée précise de la politique extérieure de la France dans son ensemble sous un gouvernement particulier.

Le premier chapitre est consacré aux acteurs et aux institutions: président et ses conseillers directs, ministre des Affaires étrangères et son directeur de cabinet, secrétaire général du Quai d’Orsay, administration du ministère, ambassadeurs, autres ministères (de la Culture, de l’Economie, de la Coopération et du Développement, de la Francophonie…). Maurice Vaïsse nous en montre toute la complexité, ainsi que les adaptations qui ont lieu au fil du temps, notamment en raison de la construction européenne qui conduit nombre de ministères à des coopérations directes avec Bruxelles.

En dépit de la multiplicité des acteurs, la politique extérieure de la France sous la Ve République est largement conduite par le président de la République. Cette concentration élyséenne est voulue par le général de Gaulle au moment de la mise en place des institutions. Elle est par ailleurs renforcée par le fait que le président est le chef des armées et qu’il décide, le cas échéant, de l’emploi de l’arme nucléaire. Les politiques extérieure et de défense sont donc ainsi largement liées et se caractérisent par la volonté d’indépendance, notamment par rapport aux Etats-Unis et à l’OTAN, un engagement géographique régionalement marqué (Proche- et Moyen-Orient, Afrique), la recherche d’une certaine entente avec l’URSS puis la Russie.

Pour Maurice Vaïsse, la politique étrangère de la France présente une remarquable continuité malgré les changements politiques. Même l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 ne conduit pas à des modifications radicales. Les grandes orientations définies par le général de Gaulle sont, en fin de compte, toujours reprises par ses successeurs. Une d'entre elles est le "choix de l’Europe", voulu par de Gaulle – ce choix n’était cependant pas acquis au moment de son retour au pouvoir en 1958 – et qui s'inscrit dans la ligne politique de la IVe République. Dans cette politique européenne, le couple franco-allemand constitue l’axe principal, en dépit des hauts et des bas dans les relations entre les deux pays. La politique européenne – tout comme la diplomatie multilatérale, traitée dans le huitième chapitre – sert en partie à contrebalancer la perte de puissance de la France. D’une part, elle vise à un certain contrôle de l’Allemagne. D’autre part, elle donne à la France une capacité d’influence supérieure à ses seules possibilités, l’Europe représentant un levier diplomatique permettant de peser davantage sur la scène internationale.

Terminons cette trop brève présentation d’un riche ouvrage en mentionnant encore une des particularités de la politique étrangère française: la diplomatie culturelle (dernier chapitre de l’ouvrage). Riche d’un important patrimoine culturel et ancienne puissance coloniale, la France fait d’importants efforts dans le monde entier pour défendre et promouvoir la langue et la culture françaises, notamment contre l’influence anglo-saxonne.

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