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Police aérienne 24: Interview du colonel EMG Peter Bruns (1)

Publié le par Dimitry Queloz

En 2008, on découvrait – ou faisait semblant de découvrir pour certains – que les Forces aériennes suisses n’assuraient pas la police aérienne de manière permanente. En réaction, l’ancien conseiller aux Etats Hans Hess déposait, l’année suivante, une motion parlementaire demandant aux Forces aériennes de remplir cette mission en tout temps. Il en est résulté le projet de service de police aérienne 24 (PA24) dont la mise en application a commencé au début de cette année. Après six mois d’expérience, il nous a paru intéressant de faire le point sur le sujet. Nous avons eu l’occasion de rencontrer en juillet dernier le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet PA24, qui a eu l’amabilité de répondre à nos questions. Nous lui adressons nos plus vifs remerciements pour son accueil cordial et le temps qu’il nous a accordé.

Le colonel EMG Bruns est un pilote professionnel. Il a 3'000 heures de vol sur des avions de type Vampire, PC-7, Hawk, F-5 Tiger et F/A-18 Hornet. Ancien de l’escadrille 11 et de l’escadre de surveillance, il est actuellement chef de la centrale des opérations des Forces aériennes depuis 2010 et remplaçant du chef des opérations des Forces aériennes. Depuis 2011, il dirige le projet PA24.

Depuis le début de cette année, le projet PA24 commence à être mis en application. Quel est le dispositif en place actuellement et quelles sont les grandes étapes de ce projet jusqu’à sa réalisation complète en 2020?

Le dispositif actuel comprend deux F/A-18 prêts à décoller en l’espace de 15 minutes au maximum entre 8 heures et 18 heures, cinq jours par semaine. Les deux appareils sont armés (canons, missiles Sidewinder et AMRAAM). Précisons qu’une intervention de police aérienne se fait toujours par deux. Un des avions vient se positionner sur la gauche de l’appareil intercepté. Il procède à l’identification visuelle et observe le comportement de l’équipage et des passagers. Le second avion se place derrière. Sa tâche consiste à observer la situation en général et à aider son co-équipier. C’est également à lui qu’incomberait la mission d’abattre l’appareil intercepté, le cas échéant. Le QRA (Quick Reaction Alert) des deux appareils est de 15 minutes. Ce délai, que le public considère souvent comme long, correspond toutefois aux standards internationaux en matière de police aérienne.

A partir du 2 janvier 2017, le projet connaîtra une nouvelle étape importante avec le passage à sept jours par semaine, tout en conservant le même horaire. Dès le 1er janvier 2019, l’horaire sera étendu: le service aura lieu entre 06h00 et 22h00. Cela permettra de pouvoir intervenir durant les heures couvrant plus de 90% du trafic aérien en Suisse. La capacité à remplir la mission de police aérienne de manière permanente sera atteinte à la fin de 2020. Jusqu’à cette date, il y aura, ponctuellement et sans information publique, des jours où le dispositif fonctionnera durant 24 heures.

Ces délais peuvent paraître longs, mais il faut du temps pour former le personnel nécessaire. Toutes les tâches sont remplies par des professionnels hautement qualifiés dont la sélection et la formation durent plusieurs années. Par exemple, celle d’un contrôleur aérien de Skyguide est de trois ans. Il faut aussi tenir compte des capacités de formation à disposition qui ne permettent pas d’instruire en une seule fois l’ensemble des personnels nécessaires. Enfin, il y a une grande variété de personnels et d’acteurs différents. En plus des pilotes appartenant aux Forces aériennes, le personnel est fourni par la Base logistique de l’armée (BLA), la Base d’aide au commandement (BAC) et Skyguide.

Le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet Police aérienne 24 (© DDPS)

Le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet Police aérienne 24 (© DDPS)

A propos de ce personnel, combien faudra-t-il en engager en plus par rapport à la situation antérieure? Quels seront les coûts de fonctionnement de l’organisation?

Le projet nécessite un peu plus d’une dizaine de pilotes supplémentaires, dont six pour l’engagement des avions proprement dit et 7 à 8 autres pour assurer la conduite et les opérations. Le gros des effectifs est cependant constitué par le reste du personnel (mécaniciens et piquet de sauvetage). Au total, il faudra engager 105 personnes, sans compter les contrôleurs aériens de Skyguide qui fournit aux Forces aériennes une prestation contre facture. Le coût total sera de maximum 30 mio de francs par année. Dans ces dépenses sont compris tous les coûts, y compris les prestations de Skyguide.

Actuellement, la police aérienne s’effectue depuis la Base aérienne de Payerne. D’autres bases pourraient-elles aussi être affectées à cette mission? Que se passe-t-il par exemple lors de travaux d’entretien sur la piste de Payerne?

La Base aérienne de Payerne est celle qui dispose des meilleures infrastructures et qui offre les meilleures conditions d’engagement. Deux autres places sont également employées, Emmen et Meiringen. Elles le seront notamment en août de cette année en raison de travaux effectués à Payerne et de la présence de la Fête fédérale de lutte sur l’aérodrome. Emmen offre cependant de moins bonnes infrastructures que Payerne. Pour Meiringen, si les infrastructures sont équivalentes à celles de Payerne, elle nécessite plus de personnels pour le contrôle aérien en raison des procédures de vol plus complexes liées aux conditions naturelles du site.

La mission de police aérienne incombe principalement aux F/A-18. Y a-t-il d’autres moyens aériens engagés, par exemple des hélicoptères pour intercepter des appareils volant à très faible vitesse ou à très basse altitude?

Pour la permanence, seuls les F/A-18 sont effectivement employés. Pour les autres cas, divers moyens peuvent être utilisés. Par exemple, il arrive, au quotidien, que l’on engage un avion déjà présent en l’air pour effectuer une mission de police de l’air. Dans certains cas spécifiques, comme lors de manifestation comme le World Economic Forum (WEF), des PC-7 ou des Super Puma sont aussi engagés. Ces derniers peuvent être armés avec des équipes des forces spéciales.

Pour les avions volant lentement, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a mis en place des procédures particulières pour permettre une interception par des jets. Pour les Forces aériennes, il n’y a pas de problème, le F/A-18 pouvant, lui aussi, voler à des vitesses relativement faibles. (A suivre)

3 avril 2008: interception d'un avion des Forces aériennes royales néerlandaises par des F/A-18 des Forces aériennes suisses (© DDPS)

3 avril 2008: interception d'un avion des Forces aériennes royales néerlandaises par des F/A-18 des Forces aériennes suisses (© DDPS)

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Wellington

Publié le par Dimitry Queloz

ARJUZON, Antoine d’, Wellington, Paris, Perrin, 2015, 528 pages

Nous ne pouvons que féliciter et remercier Antoine d’Arjuzon pour ce très bel ouvrage, seule biographie récente en langue française du duc de Wellington. L’auteur n’aborde pas seulement la carrière militaire du vainqueur de Napoléon. Il traite également de sa longue carrière politique commencée dans sa jeunesse et poursuivie au lendemain de la victoire de Waterloo, de sa vie personnelle et de ses relations avec ses frères, de son mariage malheureux avec Catherine Pakenham, de sa personnalité… toujours en donnant le contexte qui permet de situer plus largement les actions du duc dans l’histoire britannique et européenne.

La vie de Wellington est étroitement liée à l’épopée napoléonienne, même si Wellington et Napoléon ne se sont "rencontrés" qu’au cours de la bataille de Waterloo. Les deux hommes sont en effet nés la même année, en 1869. La carrière militaire de Wellington est largement due aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes, avec, bien sûr, la victoire de Waterloo en point d’orgue. Enfin, clin d’œil de l’histoire, Wellington meurt en 1852, année de l’instauration du Second Empire par le neveu de Napoléon!

Le jeune Arthur Wellesley ne semble pas fait pour le métier des armes. Pourtant, sa mère, qui ne voit aucun avenir pour son rejeton, l’inscrit à l’Académie royale d’équitation d’Angers fréquentée par de nombreux Britanniques en raison de l’absence d’école militaire en Angleterre jusqu’en 1802. Le futur duc de Wellington entre ensuite dans l’armée grâce à son frère Richard qui lui achète un grade d’enseigne en 1787. A partir de 1793, le capitaine Wellesley prend en main sa carrière militaire. En 1794-95, il participe, à la tête du 33e régiment d’infanterie, à la difficile campagne de l’armée du duc d’York en Belgique et aux Pays-Bas. Il dira plus tard à propos de cette première expérience de la guerre qu’il y a appris tout ce qu’il ne faut pas faire à la guerre en concluant: "C’est déjà quelque chose".

La suite de la carrière de Wellesley se poursuit aux Indes à partir de 1796. Il y reste jusqu’en 1803 et retrouve ses frères Richard, gouverneur général des Indes, et Henry, secrétaire de ce dernier. Il montre de grandes qualités d’organisation, fait preuve d’honnêteté, de prudence et de sens politique, se montre soucieux d’éviter les pertes parmi ses hommes. L’expédition menée contre Tippou Sahib, à laquelle il participe, est une belle réussite. En 1803, il remporte la victoire d’Assaye qui marque le début de sa "réputation de bravoure et de sang-froid" au sein de l’armée britannique.

En 1808 commence la longue campagne en Espagne et au Portugal. Il se bat dans la péninsule ibérique jusqu’en 1813, avant de franchir la frontière française par surprise à l’estuaire de la Bidassoa et de débuter la campagne de France qui le mène à Saint-Jean-de-Luz, Orthez et Toulouse. Durant ces six années, il affronte les grands généraux de Napoléon, Junot, Soult, Victor, Masséna. S’il obtient de belles victoires, Vimeiro, Talaveira, Torres Vedras, il connaît aussi des périodes difficiles, comme au lendemain de la convention de Cintra où il doit passer devant une commission d’enquête.

Durant les Cent jours, l’Angleterre hésite à reprendre les hostilités contre Napoléon. Le propre frère de Wellington, Richard, est opposé au conflit. Finalement, l’armée britannique, dirigée par Wellington, joue le rôle déterminant dans la campagne, même si la guerre n’est pas officiellement déclarée entre les deux Etats. La bataille décisive a lieu à Waterloo, lieu que Wellington connaît bien pour avoir reconnu le site quelques mois plus tôt. La victoire permet de vaincre définitivement l’Empereur et fait de Wellington un des plus grands généraux britanniques de tous les temps. Elle permet aussi à l’Angleterre de dominer le monde tout au long du XIXe siècle.

La carrière politique et diplomatique de Wellington est généralement moins connue que sa carrière militaire. Elle a également commencé dans sa jeunesse, au Parlement de Dublin. C’est là qu’il rencontre un jeune parlementaire, Robert Stewart, vicomte Castlereagh, futur ministre de la Guerre puis des Affaires étrangères. Les deux hommes deviennent amis et Castlereagh soutient Wellington lors de la guerre dans la péninsule ibérique. Leur bonne entente en 1814-1815 – Wellington est alors ambassadeur à Paris – permet à l’Angleterre d’imposer ses points de vue, notamment en ce qui concerne la restauration de Louis XVIII. Après Waterloo, Wellington est à la tête des armées d’occupation en France jusqu’en 1818, ce qui lui vaut une grande impopularité dans le pays.

En 1819, Wellington devient grand maître de l’Artillerie, ce qui lui donne une place dans le Cabinet. Neuf ans plus tard, il est nommé commandant en chef de l’armée, poste où il ne brille guère. Entre 1828 et 1830, il occupe le poste de Premier ministre. Bien que très conservateur par nature – il est membre du parti Tory –, Wellington fait passer une réforme importante, la loi d’émancipation des catholiques qui accorde à ces derniers la quasi égalité des droits civils avec les protestants. Cependant, il est battu à la Chambre des communes à propos de la réforme du Parlement et doit démissionner. Il sert encore les gouvernements Peel en 1834-1835, notamment comme ministre des Affaires étrangères, et en 1841-1846, comme ministre sans portefeuille.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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Rapport 2016 du SRC (4 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Lutte contre l’influence culturelle étrangère et promotion des normes chinoises

En cette période de globalisation et de circulation rapide de l’information via les différents médias, la Chine a mis en place une véritable politique de lutte contre l’influence culturelle étrangère et de promotion de ses propres normes. Cette importance accordée au soft power se traduit notamment par le développement d’un vaste réseau mondial d’instituts Confucius et l’ouverture de nombreux bureaux de la télévision centrale chinoise dans le monde entier.

Cette volonté de se prémunir des influences idéologiques externes s’explique par le fait que le système politique est de type communiste et autoritaire. Le rapport du SRC mentionne en effet un document du parti communiste chinois de 2013 mettant en garde contre les dangers que représentent notamment "la liberté de la presse, les droits de l’homme universels, la démocratie multipartite, l’Etat de droit et le constitutionnalisme".

Toutefois, l’attitude des autorités chinoises s’expliquent, selon nous, sans doute aussi par d’autres facteurs. Il ne faut pas négliger les aspects nationalistes de la posture chinoise. Le souvenir du "siècle de la honte nationale" durant lequel l’influence culturelle étrangère a été très forte, avec les conséquences négatives dont nous avons parlé, en est un. De plus, il ne faut pas oublier non plus que la Chine est un Etat multiséculaire et que sa culture est multimillénaire. Pourquoi devrait-elle accepter des normes extérieures en provenance de puissances sur le déclin ou beaucoup plus récentes qu’elle?

Les nouvelles Routes (maritimes et terrestres) de la Soie (© blogdéfense)

Les nouvelles Routes (maritimes et terrestres) de la Soie (© blogdéfense)

Emploi de la puissance économique comme moyen d’influence mondial

A travers les deux initiatives mentionnées – Routes de la Soie et Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) –, la Chine cherche à recréer l’ancien système des tributs. Comme à l’époque, le but est, via des investissements économiques massifs, de mettre en place "une nouvelle architecture économique régionale, qui va mettre les Etats environnants dans un rapport de dépendance accru vis-à-vis de la Chine". Le système, qui regroupera plus de 50 Etats d’Asie, d’Afrique et d’Europe, repose sur des accords bilatéraux. La Chine se trouve au centre de ce système hiérarchique et c’est elle qui "pilote le flux des biens commerciaux vers les pays rattachés".

En ce qui concerne plus directement la Suisse, le SRC voit le développement de la puissance chinoise comme une opportunité, mais aussi un risque. Si la Suisse profite de cette situation, notamment dans les domaines du tourisme et des exportations, le SRC perçoit au moins deux risques majeurs. Tout d’abord, la dépendance accrue de la santé économique helvétique vis-à-vis de la croissance économique chinoise. Un ralentissement économique ou une forte variation du yuan peuvent avoir un impact négatif important sur l’économie suisse.

L’autre risque réside dans le fait que la Chine pourrait devenir prochainement une concurrente pour certaines branches économiques suisses. En effet, les investisseurs chinois s’intéressent tout particulièrement à des secteurs dans lesquels la Suisse occupe une position dominante, comme les industries innovantes, les services financiers et le tourisme, et pour lesquels la Chine cherche à mener une politique de rattrapage. En investissant dans des entreprises suisses ou en les reprenant, la Chine acquiert un savoir-faire qu’elle ne possède pas et devient propriétaire de marques ayant une réputation mondiale de qualité.

De cette politique économique et culturelle chinoise, nous devrions, selon nous, retenir deux choses. Premièrement, le fait que la Chine ne laissera pas pénétrer sans rien faire des idéologies qui pourraient remettre en cause son unité et sa puissance. L’Occident devrait s’inspirer d’une telle attitude, notamment en ce qui concerne l’islamisme. Ensuite, il faudrait que nos dirigeants politiques aient toujours à l’esprit cette double politique de soft power et d'impérialisme économique dans le cadre de leurs relations avec la Chine et qu’ils ne se pâment pas d’aise et d’admiration lorsque des Chinois investissent massivement dans nos Etats ou rachètent nos fleurons économiques et industriels! (Fin)

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Rapport 2016 du SRC (3)

Publié le par Dimitry Queloz

Chine

Le thème central du rapport du Service de Renseignement de la Confédération est consacré à la Chine. Ce pays connaît un développement économique gigantesque depuis les réformes menées par Den Xiaoping à la fin des années 1970. Avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, la puissance chinoise s’est encore renforcée. En dépit de la crise de 2008 et de la nécessité de réformes économiques – actuellement, la croissance chinoise repose encore trop sur les exportations et les investissements dans les infrastructures –, la Chine est parvenue à sortir de la pauvreté 500 millions de personnes – l’équivalent de la population de l’Union européenne! – et elle est devenue la deuxième puissance économique mondiale. Sur le plan intérieur, le parti consolide son emprise sur l’Etat et la population, tout en luttant plus systématiquement contre la corruption qui gangrène le pays. Enfin, dans le domaine militaire, la Chine accorde désormais la priorité au développement de ses forces aériennes et de sa marine, au détriment de l’armée de terre, longtemps force privilégiée. Un deuxième changement d’importance a également eu lieu au cours des trois dernières décennies. La qualité prévaut désormais sur la quantité. La Chine développe ainsi des armements de meilleure qualité que précédemment, en collaboration avec d’autres Etats ou en recourant massivement à l’espionnage. Si les forces chinoises sont encore touchées par de nombreuses carences et que leurs capacités opérationnelles sont encore limitées, les progrès sont indéniables et laissent présager pour bientôt des possibilités de projection de forces et de puissance avec lesquelles les autres puissances devront compter.

Ce renforcement global de la puissance chinoise conduit à une présence accrue de l’Etat sur la scène internationale dans de nombreux domaines. Depuis quelques années en effet, outre les nombreux investissements économiques à l’étranger, en Afrique et en Europe notamment, les forces chinoises sont davantage présentes dans divers endroits du globe et les revendications sur certains territoires en mer de Chine se font plus agressives. Au vu de cette évolution, il était normal que le SRC se livre à un exercice de veille stratégique et nous livre ses conclusions sur le développement de ce pays et de sa puissance.

Budget militaire chinois (© blogdéfense)

Budget militaire chinois (© blogdéfense)

Du rapport, nous retenons les points suivants: l’influence de l’histoire sur la politique chinoise actuelle, la lutte contre l’influence culturelle étrangère et la promotion des normes chinoises, l’emploi de la puissance économique comme moyen d’influence mondial.

Influence de l’histoire sur la politique chinoise

Contrairement à de nombreux pays occidentaux qui se détournent de leur passé, la Chine se souvient de son histoire, en tire des enseignements et s’en inspire dans le développement de ses politiques étrangère et économique actuelles.

Entre la fin du Moyen Age et le milieu du XIXe siècle, la Chine contrôlait de nombreux territoires extérieurs grâce à un système régional de tributs. L’empereur chinois recevait des cadeaux et des hommages en échange de promesses de protection et de biens économiques. Cette grande période multiséculaire de prospérité sert actuellement de modèle à la mise en place de la politique économique axée notamment sur les "nouvelles Routes de la Soie" et le développement de l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), dont le but est de concurrencer/compléter le système de Bretton-Woods.

Le "siècle de la honte nationale" n’est pas oublié non plus par les dirigeants chinois. La Chine est encore actuellement profondément marquée par la période 1850-1950 au cours de laquelle elle a vu sa prospérité économique décliner, sa puissance politique humiliée et certains de ses territoires occupés du fait de l’ingérence occidentale et japonaise. Par le développement de sa puissance, elle cherche à effacer cette période, à éviter d’en revivre une seconde, à occuper à nouveau une place centrale en Asie et à limiter l’influence des autres puissances dans la région. (A suivre)

Conflits territoriaux en mer de Chine (© blogdéfense)

Conflits territoriaux en mer de Chine (© blogdéfense)

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Rapport 2016 du SRC (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Union européenne

L’actualité montre la pertinence du rapport du Service de Renseignement de la Confédération en ce qui concerne la situation de l’Union européenne. Le document souligne en effet que cette dernière doit faire face à une triple crise – crise de la dette, crise institutionnelle et crise du terrorisme – dont les conséquences à court et à moyen termes seront lourdes tant sur le processus d’intégration que sur le niveau de prospérité économique des membres. Le SRC présente un avenir plutôt sombre pour le Vieux Continent, comme en témoigne ce passage choc, mais plein de réalisme: "la gestion des crises politiques et économiques, difficile depuis plusieurs années, a affecté la confiance entre les Etats membres. Même si l’UE, l’euro et le marché commun devaient survivre à cette longue série de crises, les charges qui pèsent lourdement sur les caisses étatiques et l’instabilité persistante du système bancaire européen retarderont la relance économique et augmenteront les tensions sociales."

Publié deux mois avant la décision britannique de quitter l’Union européenne – le SRC se montre prudent à propos du référendum britannique, mais il souligne que sa simple existence démontre bien "que l’intégration européenne n’est pas irréversible" –, le rapport insiste sur la remise en cause du processus d’intégration européen. "Il est de plus en plus difficile d’obtenir des majorités politiques pour des solutions qui concernent l’ensemble de l’UE. Une Europe à plusieurs vitesses est en passe de se concrétiser: les décisions prises unilatéralement par certains pays se multiplient, de même que les demandes d’exceptions nationales. Dans les cas de crise aiguë, la suspension de règles européennes communes est déjà devenue réalité."

Outre les problèmes économiques et financiers, le Service de Renseignement de la Confédération évoque deux raisons à cette désintégration institutionnelle de l’UE, la crise migratoire et la menace terroriste. Même s’il faudrait encore ajouter la question fondamentale de la nature des institutions européennes, on ne saurait être plus pertinent, comme le montrent notamment les motivations qui ont conduit les Britanniques à dire "oui" au Brexit le 23 juin dernier.

Russie

A propos de la Russie, le rapport du Service de Renseignement de la Confédération confirme la fin de la période de détente d’un quart de siècle entre l’Est et l’Ouest qui a succédé à la chute de l’Union soviétique. Le conflit entre la Russie et l’Occident n’est "pas un phénomène éphémère" et prend un caractère de plus en plus militarisé. Les quelques lignes suivantes résument les deux possibilités d’évolution envisagées par le SRC: "Les possibilités réalistes de développement en matière de politique de sécurité en Europe se limitent désormais à deux grandes catégories: l’une au sein de laquelle une entente entre l’Est et l’Ouest limite suffisamment tôt les conflits le long des zones d’influence qui se dessinent sur le continent, l’autre dans le cadre de laquelle la spirale de la violence va progressivement se renforcer dans les années à venir."

Moyen-Orient et terrorisme islamiste

Selon le Service de Renseignement de la Confédération, l’année 2015 marque un tournant. Pour la première fois, les conséquences des révoltes arabes de 2011 atteignent réellement et concrètement l’Europe, avec l’arrivée massive de migrants et les actes terroristes djihadistes. Pour le SRC, la situation ne devrait pas s’améliorer à court terme. D’une part, l’Etat islamique "devrait maintenir le contrôle sur les territoires qui lui sont propres, même si ces derniers, au vu des succès militaires de ses adversaires, se rétrécissent. Un écrasement militaire durable de l’"Etat islamique" en Irak et en Syrie est improbable en 2016 car ce groupe continue de mettre à profit les faiblesses de ses opposants. Avec ses démonstrations de puissance, qui s’étendent de l’Irak et de la Syrie à la Libye en passant par le Liban et l’Egypte, l’"Etat islamique" remet en question la légitimité précaire des frontières étatiques et l’ordre postottoman en place depuis une centaine d’années au Proche et au Moyen-Orient." D’autre part, la guerre civile en Syrie ne devrait pas trouver de solution politique durable à brève échéance, en dépit du renforcement des opérations militaires.

En ce qui concerne la Suisse, le SRC reprend largement ce qu’il avait déjà énoncé précédemment. Notre pays fait partie de l’espace occidental et est, à ce titre, une cible potentiel des terroristes djihadistes, même s’il ne constitue pas une cible prioritaire. La Suisse est sur la liste des ennemis de l’Etat islamique comme le montre bien une vidéo dans laquelle le drapeau helvétique "figurait aux côtés de 60 drapeaux d’Etats visés par des attentats."

Un dernier point du rapport nous paraît important, avec lequel nous ne somme pas d’accord. Le SRC considère que les questions migratoires ne font pas directement partie de la politique de sécurité, même si elles peuvent les influencer, notamment via l’infiltration de groupes terroristes parmi les migrants ou les réactions des groupes d’extrême droite ou d’extrême gauche face à l’arrivée de ces derniers. Dans le cadre du choc de civilisations qui est en train de se jouer, l’arrivée massive de migrants à majorité islamiste représente au contraire une réelle menace existentielle pour les pays d’accueil. En effet, beaucoup d’entre eux ne chercheront pas à s’assimiler et viendront grossir les rangs de communautés de plus en plus revendicatrices. Même s’ils ne sont que quiétistes, les islamistes dit modérés constitueront l’eau dans laquelle prospéreront les poissons djihadistes, comme le montre clairement les exemples d’implantation des différents groupes salafistes dans le monde depuis près d’un siècle. (A suivre)

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