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Articles avec #relations internationales tag

Rapport 2016 du SRC (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme d’habitude à cette période de l’année, le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) vient de publier son rapport d’analyse sur la situation internationale. Le document s’inscrit dans la tendance dessinée depuis le début de la décennie. On retrouve en effet les grandes caractéristiques de l’environnement stratégique définies dans les analyses de situation précédentes, ainsi que les menaces majeures et les principaux dangers perçus depuis quelques années par le SRC, notamment le terrorisme pour motifs religieux et ethno-nationalistes, la Russie, les extrémismes de gauche et de droite, la prolifération et le service de renseignement prohibé. L’institution s’est toutefois livrée à un très intéressant exercice de veille stratégique qui constitue le thème central du rapport: le développement de la Chine en tant que "facteur global de puissance". Nous vous en reparlerons dans un prochain article.

"Chaos" international et souveraineté en matière de renseignement

Dans l’avant-propos, le nouveau chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS), M. le Conseiller fédéral Guy Parmelin, insiste, ce qui n’est pas une nouveauté, sur la détérioration et la complexification de la situation internationale. D’une part, l’environnement stratégique de la Suisse se caractérise de plus en plus par un développement du nombre d’acteurs, étatiques ou non, jouant un rôle, positif ou négatif, dans le domaine – Guy Parmelin parle de "fractionnement" pour traduire cette nouvelle réalité que le discours décrit de plus en plus fréquemment par le terme de "chaos". D’autre part, de nouveaux dangers et menaces imprévisibles peuvent apparaître rapidement, créant une insécurité permanente et la possibilité de surprises stratégiques.

Dans ce cadre incertain et imprévisible, Guy Parmelin insiste, par le biais d’une métaphore maritime – dans une tempête, un navire ne fait confiance qu’à son propre radar, même s’il peut recevoir des informations d’autres bâtiments –, sur la nécessité pour la Suisse de conserver sa souveraineté en matière de recherche et d’acquisition de renseignement. Il rappelle également l’importance fondamentale de cette étape dans le processus de décision politique. Première phase de ce dernier, elle conditionne l’appréciation de la situation qui, elle-même, permet ensuite de déterminer la politique de sécurité et les moyens de sa mise en œuvre. Pour le nouveau Conseiller fédéral, cela implique, et nous lui donnons totalement raison, la volonté et la possibilité de rechercher et d’analyser des informations de manière autonome. D’où l’importance accordée dans les dernières lignes du texte à la nouvelle loi sur le renseignement sur laquelle les citoyens suisses se prononceront le 25 septembre prochain!

Russie, Union européenne et Moyen-Orient: la triade de l’environnement stratégique suisse

L’environnement stratégique de la Suisse est conditionnée par trois crises de longue durée qui interagissent, voire, dans certains cas, se renforcent mutuellement: les crises économique et institutionnelle dans l’Union européenne, la crise avec la Russie, les guerres au Moyen-Orient qui engendrent d’importants mouvements migratoires ainsi qu’une menace terroriste croissante. (A suivre)

(© blogdéfense)

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Histoire de la construction de l'Europe

Publié le par Dimitry Queloz

KAHN, Sylvain, Histoire de la construction de l’Europe depuis 1945, Paris, PUF, 2011, 336 pages

Cet ouvrage général de Sylvain Kahn sur la construction européenne accorde une place importante aux questions militaires et de défense. Publié en 2011, il ne traite ces thèmes que jusqu’au début des grandes crises auxquelles l’Union européenne doit faire face actuellement: crise ukrainienne, guerres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, développement et implantation de l’islamisme, afflux massif de migrants…

L’auteur montre avec justesse à quel point les débuts de la construction européenne ont été influencés par les deux guerres mondiales et leurs conséquences, ainsi que par les questions de défense liées aux premières années de la Guerre froide. Le plan Schuman, la CECA, puis la CEE avaient pour but d’éviter les erreurs commises au lendemain de la Première Guerre mondiale – Kahn parle de la CECA comme d’un "anti-traité de Versailles" – et de construire une Europe pacifiée, dans laquelle les différents Etats abandonneraient les politiques de puissance concurrentes qui avaient constitué les fondements des relations internationales depuis plusieurs siècles.

Un des aspects très intéressants de l’ouvrage réside dans le fait qu’il ne se concentre pas uniquement sur les différentes étapes de la construction européenne ayant abouti à l’Union européenne que l’on connaît aujourd’hui. Dans les années 1940-1950, d’autres projets d’Europe, temporaires ou appelés à durer, ont également été mis en place, toujours en relation directe avec la Deuxième Guerre mondiale, ses destructions matérielles et ses atrocités. L’OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique) a ainsi été créée pour mettre en œuvre la Plan Marshall à partir de 1948. Elle a disparu en 1960 et a été remplacée par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) qui s’est élargie géographiquement en intégrant la plupart des pays industrialisés du Monde. Dans le domaine de la défense des droits de l’homme et de la garantie de l’Etat de droit, qui venait de connaître une période particulièrement sombre avec les régimes fascistes et nazi, la création du Conseil de l’Europe en 1949 a joué un rôle fondamental. Si l’organisation apparaît actuellement comme nettement moins importante que l’UE, elle est antérieure aux prémices de cette dernière et a soutenu une caractéristique fondamentale "du développement historique de la culture et des réalisations européennes".

Enfin, dans le domaine de la défense, en dépit des échecs, trois projets se sont succédé. En 1947, le traité de Dunkerque a réuni la France et le Royaume-Uni contre un éventuel retour de la menace allemande. L’année suivante, les pays du Benelux ont rejoint l’alliance par le traité de Bruxelles qui a créé l’Union Occidentale (UO). La crise de Berlin et le début de la Guerre froide ont cependant très rapidement modifié la situation et les Etats-Unis ont été appelés à s’engager aux côtés de l’UO dans la défense de l’Europe contre la menace soviétique. En 1949, le traité de Washington a été signé, l’OTAN créée. La crainte française de voir la puissance militaire de l’Allemagne renaître a conduit au projet de Communauté Européenne de Défense (CED) qui a avorté en 1954.

Dans la deuxième moitié du livre, Kahn aborde la difficile mise en place de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) adoptée avec la signature du traité de Maastricht en 1992. A peine créée, celle-ci connaît son baptême du feu avec la crise en Bosnie. L’auteur donne plusieurs raisons à l’absence d’intervention de l’UE. La désunion n’est pas seule en cause et le "décalage" explique largement l’impuissance européenne. "La guerre dans l’ex-Yougoslavie, c’était l’anti-intégration européenne. Du point de vue des valeurs et des principes. Mais aussi du point de vue des méthodes."

Après la période faste au point de vue institutionnel de la fin des années 1990 – traité d’Amsterdam, sommet franco-britannique de Saint-Malo, Conseils européens d’Helsinki et de Nice –, l’UE et nombre de ses membres à titre individuel se sont lancés dans une politique d’interventions civilo-militaires qui s’est vite trouvée en contradiction avec leur système de valeurs – bannissement de la guerre, primauté du droit, de la coopération et de la mutualisation –, d’autant que cette politique était doublée d’une politique de coopération avec des Etats peu démocratiques et encore moins respectueux des principes et des valeurs européennes (politique de voisinage avec les pays arabes ou l’Ukraine par exemple).

De cet ouvrage fort intéressant, nous retiendrons plus particulièrement deux points. Le premier est le choix délibéré et adopté très tôt – dès 1949 – d’un lien très étroit avec les Etats-Unis en ce qui concerne la défense. Ce choix continue à influencer la politique de défense européenne actuelle qui accorde la prépondérance à l’OTAN et qui conduit, par conséquent, à une vassalisation par rapport aux USA. Le second point est la philosophie sur laquelle repose les institutions européennes, à savoir la mutualisation fonctionnaliste et technocratique. Ces deux éléments sont les causes majeures de l’impuissance et du désarroi actuels de l’UE qui ne parvient plus du tout à faire face aux crises existentielles qui la frappent et dont les pathétiques pleurnicheries de Federica Mogherini constituent le triste symbole.

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Franklin D. Roosevelt

Publié le par Dimitry Queloz

PEREON, Yves-Marie, Franklin D. Roosevelt, Paris, Tallandier, 2015, 654 pages

Franklin D. Roosevelt a joué un rôle central dans l’histoire américaine et mondiale du XXe siècle. Il a en effet été confronté en tant que président des Etats-Unis à deux crises mondiales majeures, la Grande Dépression des années 1930 consécutive au krach boursier de Wallstreet et la Deuxième Guerre mondiale. Roosevelt se distingue par ailleurs par sa personnalité et son parcours personnel et politique atypique. Issu d’une famille aisée, sportif et passionné par la navigation, il étudie le droit à Harward où il montre davantage d’intérêt pour ses activités de journaliste que pour ses études. Secrétaire adjoint à la Marine durant la Première Guerre mondiale, jeune politicien, il est frappé en 1921 par la poliomyélite qui le laisse paralysé des jambes et le condamne à finir sa vie en fauteuil roulant. Après une longue période de rééducation, il reprend ses activités politiques et est élu au poste de gouverneur de l’Etat de New York en 1929. Trois ans plus tard, il devient président des Etats-Unis. Il est réélu trois fois alors que l’habitude était de ne pas briguer plus de deux mandats. Il meurt en avril 1945, dans l’exercice de ses fonctions, quelques semaines après la conférence de Yalta.

Un des aspects intéressants du livre d’Yves-Marie Péréon est la description du caractère de Roosevelt. Séduisant, élégant, arborant fréquemment un large sourire, celui-ci est en fin de compte plus charmeur que charismatique. A l’instar de la plupart de ses compatriotes, Roosevelt est aussi profondément religieux, même s’il prend certaines libertés en matière de morale, notamment en ce qui concerne sa relation extraconjugale avec sa secrétaire Lucy Mercer Rutherfurd.

Ses méthodes de travail sont particulières. Il est souvent secret et lance fréquemment des ballons d’essai, qui laissent perplexes ses interlocuteurs et apparaissent parfois comme des maladresses. Il ne désavoue que rarement ses subordonnés, mais les remplace le cas échéant sans les informer directement, souvent en confiant leurs tâches à un autre collaborateur. Il se montre aussi brouillon, au moins en apparence, comme en témoigne, par exemple, la création et le développement considérable des organes exécutifs de toutes sortes, notamment au cours du New Deal.

En ce qui concerne l’action politique du président Roosevelt, l’ouvrage comprend deux grandes parties. La première s’intéresse à la période de la Grande Dépression. Le lecteur pourra découvrir les différentes phases de la mise en place du New Deal, les sources d’inspiration et les différences par rapport aux théories keynésiennes classiques – notamment en ce qui concerne l’orthodoxie budgétaire –, les limites en matière de résultats. Il ressort du livre que les mesures les plus efficaces concernent avant tout les domaines monétaire et bancaire et que les Etats-Unis ne retrouvent le plein emploi qu’avec le réarmement et la guerre.

La seconde partie traite de la Seconde Guerre mondiale. A partir de 1939, Roosevelt doit mettre en partie de côté la politique intérieure et se consacrer davantage à la politique étrangère. Le président doit agir de manière subtile, en tenant compte de l’opinion isolationniste fortement répandue dans la population et au Congrès. Conscient du rôle que les Etats-Unis seront amenés à jouer dans la guerre qui se déroule en Europe et en Asie, il prépare son pays en prenant diverses mesures économiques et militaires. De plus, il s’engage dans une politique de soutien croissant à la Grande-Bretagne, notamment avec le programme prêt-bail qui permet de contourner la clause cash and carry. L’attaque japonaise sur Pearl Harbor fait de Roosevelt un "président de guerre". Il prend rapidement les mesures nécessaires pour mettre la totalité de la puissance industrielle américaine au service des armées alliées. Il s’occupe aussi de la mise en place d’un "programme de stabilisation économique" dans le but de combattre l’inflation. Dans le domaine stratégique, il accorde la priorité au théâtre d’opérations européen par rapport à celui du Pacifique. Il suit l’avis de Churchill en engageant l’armée américaine d’abord en Afrique du Nord plutôt qu’en Europe. Soucieux de ne pas reproduire la désastreuse situation internationale des années 1920, Roosevelt prépare également l’après-guerre. La Charte de l’Atlantique est rédigée au milieu de l’année 1941. Des conférences avec les autres alliés sont organisées: Casablanca, Téhéran, Yalta. Une organisation internationale plus efficace que la moribonde SDN, la future ONU, est prévue.

D’autres thèmes sont encore abordés d’une manière plus ou moins détaillée dans l’ouvrage, comme les relations sulfureuses avec la France de Vichy, celles, chaotiques, avec la France libre du général de Gaulle, l’attitude face au génocide juif… L’ouvrage d’Yves-Marie Péréon est dense, mais très agréable à lire. Nous ne pouvons qu’en recommander vivement la lecture, d’autant qu’il s’agit d’une des rares biographies en français consacrée à celui que l’on a surnommé le sphinx de la Maison blanche.

(© blogdéfense)

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Autour de Marignan

Publié le par Dimitry Queloz

Autour de Marignan. Le théâtre d’opérations d’Italie du Nord, 1515-1960, Pully, Centre d’histoire et de prospective militaires, 2015, 183 pages

Comme l'indique le titre, la bataille de Marignan n’est pas le thème principal de cet ouvrage qui regroupe la douzaine de contributions présentées lors du symposium 2014 du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) ainsi qu’une étude de Georges-André Chevallaz publiée une première fois en 1988. La démarche consistant à étudier un théâtre d’opérations sur plusieurs siècles est intéressante à plus d’un titre. Elle permet de montrer l’importance du milieu, donc de la géographie militaire, la permanence à travers les âges de certains éléments comme les principaux axes de communication, les points de passage obligés et les terrains-clés, mais aussi les évolutions, notamment en ce qui concerne les routes, ainsi que les changements géopolitiques découlant des modifications de frontières, des changements d’alliance, de l’évolution des situations économiques…

L’ouvrage se concentre sur une région, l’Italie du Nord, qui a joué un rôle important dans l’histoire de la Suisse durant plusieurs siècles. D’autres aspects, qui concernent moins directement notre pays, sont cependant également abordés, comme les bombardements alliés durant la Seconde Guerre mondiale ou l’analyse du théâtre d’opérations nord-italien qui devient une cible potentielle des forces du pacte de Varsovie au cours de la Guerre froide.

Au XVe siècle, le canton d’Uri, puis les Confédérés, se lancent à la conquête des territoires situés au sud du Gothard – les bailliages italiens qui formeront le futur canton du Tessin – et appartenant alors au duché de Milan. Les cantons suisses participent ainsi aux guerres d’Italie qui se terminent pour eux avec la défaite de Marignan et les conséquences qui en découlent, notamment l’alliance avec la France.

A l’époque de la guerre de Trente Ans, le Tessin et, surtout, les Grisons jouent un rôle stratégique majeur pour l’empereur et ses alliés espagnols. Les possessions des Habsbourg d’Autriche et celles de leurs cousins d’Espagne – qui détiennent Milan – sont en effet séparées par les bailliages italiens et les territoires grisons. Les deux alliés empruntent donc régulièrement les routes et les cols alpins traversant les territoires confédérés dans le cadre de leurs opérations militaires.

Durant la Révolution, l’Italie du Nord est le théâtre des conflits entre la France et ses adversaires, Autriche et Russie notamment. La Confédération voit son destin basculé avec l’invasion française de 1798. Genève et le Valais sont annexés à la République, cette dernière cherchant à contrôler les meilleurs passages en direction de l’Italie du Nord. C’est dans ce contexte géopolitique que la Suisse connaît également le passage des troupes des puissances coalisées. Souvorov, une fois l’Italie du Nord reprise, franchit le Gothard, mais finit par se faire battre par Masséna à Zurich en 1799.

Les XIXe et XXe siècles sont marqués, outre la question de l’influence des idées libérales et radicales suisses en l’Italie du Nord, ce qui déplait notamment au feld-maréchal autrichien Radetzky, d’une part par l’irrédentisme italien sur le Tessin et, d’autre part, par la volonté suisse de se défendre contre cette menace. La première question est complexe. Si les révolutionnaires italiens se montrent souvent favorables à une annexion du Tessin, le gouvernement du nouvel Etat est plus respectueux de l’intégrité du territoire helvétique, et ce même si l’armée planifie des opérations militaires à travers la Suisse dans le cadre de la Triplice. La menace italienne se précise cependant au cours de la Deuxième Guerre mondiale, avec différents plans d’opérations et des projets de démantèlement de la Suisse que l’on prévoyait de partager entre l’Allemagne, la France et l’Italie.

Durant la Belle époque, l’Italie est perçue comme une menace très sérieuse par l’Etat-major général suisse. D’une part, on est convaincu de la menace irrédentiste. D’autre part, le début du XVIe siècle marquant l’apogée de la puissance militaire suisse est perçu avec nostalgie. On regrette la perte de Milan, puis celle de la Valteline deux siècles plus tard. C’est dans ce cadre que le chef de l’Etat-major général, Arnold Keller, réalise des plans de défense du front Sud. Dans ses hypothèses les plus optimistes, il prévoit, en cas de guerre avec l’Italie, de se lancer dans une offensive qui a pour objestif de s’emparer de Milan!

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Engagez-vous

Publié le par Dimitry Queloz

DUFOURCQ, Jean, Engagez-vous. La relance stratégique de la France, Panazol, Lavauzelle, 2015, 136 pages

Le dernier ouvrage de l’amiral Jean Dufourcq, ancien rédacteur de la Revue Défense Nationale et actuellement co-animateur de la lettre bimensuelle d’analyse stratégique La Vigie, est un condensé de réflexion du plus haut intérêt. De plus, l’auteur n’hésite pas à mettre en évidence, dans un discours clair et cohérent, les raisons fondamentales des difficultés européennes et françaises actuelles, comme les problèmes de société, l’échec (irrémédiable) de la construction européenne actuelle, l’inféodation aux Etats-Unis, la prédominance des forces des marchés… Même si nous n’en partageons pas tous les points de vue – par exemple en ce qui concerne la thèse très optimiste relative à la complémentarité entre les trois pôles du monde méditerranéen: Europe (savoir-faire technologique), Afrique (force de travail) et Moyen-Orient (moyens financiers) –, nous ne pouvons que recommander très vivement la lecture d'Engagez-vous.

Bien que relativement court, le livre ne peut être présenté de manière synthétique tant le texte est dense et les thèmes abordés variés. L’auteur appréhende en effet les questions de sécurité et de défense en les traitant sous toutes leurs facettes, géopolitique, économique, culturelle, sociale, militaire… Nous nous contenterons donc, dans cette brève présentation, de parler de deux aspects seulement: le danger intérieur en tant que menace principale et la construction européenne.

Une priorité: le plan intérieur

Pour l’auteur, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’y a pas de danger majeur au point de vue extérieur. Depuis la fin de la Guerre froide, il n’y a plus de menace militaire à proximité des frontières françaises. Le récent retour de la Russie sur la scène international n’en fait pas pour autant un ennemi de l’Europe. Quant à l’Etat islamique, il n’est pas en mesure, en dépit de ses déclarations, de nuire à la France d’une manière décisive. Le vrai danger est intérieur et relève essentiellement du domaine des forces morales: il s’agit de la triple perte de l’"instinct vital de défense", de l’"instinct de conservation collective" et de la "volonté d’assumer [par soi-même la destiné de la France]".

Depuis plusieurs décennies, la France connaît une double évolution politique et sociale qui entraîne un affaiblissement, un recul sur la scène internationale qui est encore accentué du fait de la mondialisation. Au point de vue politique, l’auteur souligne la "défaillance collective" générale à tous les niveaux et dans tous les partis. Depuis la fin de la période gaullienne, il n’y a plus de grand projet pour la France. La politique a de la peine à se faire une place dans une période où médias et marchés dominent l’espace public. Le peuple s’est dissocié de la politique en général et de la défense en particulier. Un phénomène identique s’est produit dans le domaine social. Le sentiment national est en retrait. L’individualisme, le corporatisme et le communautarisme se développent. La liberté et l’égalité priment sur la fraternité.

Avec de forts accents gaulliens, l’amiral Dufourcq propose, comme remède, tout d’abord de relancer le récit national de manière à ce que la France, forte et consciente de ses nombreux atouts, de son prestige et de ses traditions politiques et diplomatiques, joue à nouveau sa propre partition sur la scène internationale. Ensuite, il préconise de "réengager les Français dans la sécurité de la France et les remobiliser pour la défense d’avantages acquis au cœur desquels la sécurité publique et la convivienza, le vivre ensemble, doivent désormais prévaloir sur tous les dispositifs d’équité sociale ou d’engagement juridique international". Cette proposition, forte, montre la volonté d’un retour à la primauté du collectif sur l’individuel, de la souveraineté nationale sur la communauté internationale.

Une Europe plus étendue, mais moins intégrée

En ce qui concerne les relations internationales, l’auteur fait un double constat. D’une part, l’"échec militaire européen [est] patent". D’autre part, le retour de la France au sein de l’OTAN s’est fait "à contretemps, et contrepied de l’histoire". Dans le cadre de cette double impasse politique, il préconise de développer une nouvelle approche en matière de construction européenne. Cette dernière ne peut être rejetée comme le font certains, le projet européen étant le seul capable de donner à la France le moyen de peser dans le monde futur qui comprendra 10 milliards d’habitants.

La "formule actuelle semble épuisée; elle est même probablement irréparable". C’est donc sur une base géopolitique différente celle de l’Union européenne que la construction européenne doit s’effectuer dans le futur. En raison de sa géographie et de son histoire, les véritables limites de l’Europe vont au-delà de celles définies actuellement et son territoire s’étend "de l’Atlantique à l’Oural et du Cap Nord au Sahel". Cet espace permettrait de donner à l’Europe sa véritable "centralité" entre les espaces culturels africains et asiatiques. Toutefois, ce nouvel espace européen n’étant pas uniforme, il est nécessaire de lui accorder la "souplesse" nécessaire, c’est-à-dire une moindre intégration et une forte décentralisation. Ce nouveau paradigme doit permettre régionalement aux diverses composantes de cette plus grande Europe qui le peuvent et le veulent de s’"agréger plus étroitement en noyaux homogènes", de collaborer ensemble comme c’est déjà, par exemple, le cas en matière militaire entre la France et le Royaume-Uni depuis les accords de Lancaster House.

(© Lavauzelle)

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