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Articles avec #relations internationales tag

Franklin D. Roosevelt

Publié le par Dimitry Queloz

PEREON, Yves-Marie, Franklin D. Roosevelt, Paris, Tallandier, 2015, 654 pages

Franklin D. Roosevelt a joué un rôle central dans l’histoire américaine et mondiale du XXe siècle. Il a en effet été confronté en tant que président des Etats-Unis à deux crises mondiales majeures, la Grande Dépression des années 1930 consécutive au krach boursier de Wallstreet et la Deuxième Guerre mondiale. Roosevelt se distingue par ailleurs par sa personnalité et son parcours personnel et politique atypique. Issu d’une famille aisée, sportif et passionné par la navigation, il étudie le droit à Harward où il montre davantage d’intérêt pour ses activités de journaliste que pour ses études. Secrétaire adjoint à la Marine durant la Première Guerre mondiale, jeune politicien, il est frappé en 1921 par la poliomyélite qui le laisse paralysé des jambes et le condamne à finir sa vie en fauteuil roulant. Après une longue période de rééducation, il reprend ses activités politiques et est élu au poste de gouverneur de l’Etat de New York en 1929. Trois ans plus tard, il devient président des Etats-Unis. Il est réélu trois fois alors que l’habitude était de ne pas briguer plus de deux mandats. Il meurt en avril 1945, dans l’exercice de ses fonctions, quelques semaines après la conférence de Yalta.

Un des aspects intéressants du livre d’Yves-Marie Péréon est la description du caractère de Roosevelt. Séduisant, élégant, arborant fréquemment un large sourire, celui-ci est en fin de compte plus charmeur que charismatique. A l’instar de la plupart de ses compatriotes, Roosevelt est aussi profondément religieux, même s’il prend certaines libertés en matière de morale, notamment en ce qui concerne sa relation extraconjugale avec sa secrétaire Lucy Mercer Rutherfurd.

Ses méthodes de travail sont particulières. Il est souvent secret et lance fréquemment des ballons d’essai, qui laissent perplexes ses interlocuteurs et apparaissent parfois comme des maladresses. Il ne désavoue que rarement ses subordonnés, mais les remplace le cas échéant sans les informer directement, souvent en confiant leurs tâches à un autre collaborateur. Il se montre aussi brouillon, au moins en apparence, comme en témoigne, par exemple, la création et le développement considérable des organes exécutifs de toutes sortes, notamment au cours du New Deal.

En ce qui concerne l’action politique du président Roosevelt, l’ouvrage comprend deux grandes parties. La première s’intéresse à la période de la Grande Dépression. Le lecteur pourra découvrir les différentes phases de la mise en place du New Deal, les sources d’inspiration et les différences par rapport aux théories keynésiennes classiques – notamment en ce qui concerne l’orthodoxie budgétaire –, les limites en matière de résultats. Il ressort du livre que les mesures les plus efficaces concernent avant tout les domaines monétaire et bancaire et que les Etats-Unis ne retrouvent le plein emploi qu’avec le réarmement et la guerre.

La seconde partie traite de la Seconde Guerre mondiale. A partir de 1939, Roosevelt doit mettre en partie de côté la politique intérieure et se consacrer davantage à la politique étrangère. Le président doit agir de manière subtile, en tenant compte de l’opinion isolationniste fortement répandue dans la population et au Congrès. Conscient du rôle que les Etats-Unis seront amenés à jouer dans la guerre qui se déroule en Europe et en Asie, il prépare son pays en prenant diverses mesures économiques et militaires. De plus, il s’engage dans une politique de soutien croissant à la Grande-Bretagne, notamment avec le programme prêt-bail qui permet de contourner la clause cash and carry. L’attaque japonaise sur Pearl Harbor fait de Roosevelt un "président de guerre". Il prend rapidement les mesures nécessaires pour mettre la totalité de la puissance industrielle américaine au service des armées alliées. Il s’occupe aussi de la mise en place d’un "programme de stabilisation économique" dans le but de combattre l’inflation. Dans le domaine stratégique, il accorde la priorité au théâtre d’opérations européen par rapport à celui du Pacifique. Il suit l’avis de Churchill en engageant l’armée américaine d’abord en Afrique du Nord plutôt qu’en Europe. Soucieux de ne pas reproduire la désastreuse situation internationale des années 1920, Roosevelt prépare également l’après-guerre. La Charte de l’Atlantique est rédigée au milieu de l’année 1941. Des conférences avec les autres alliés sont organisées: Casablanca, Téhéran, Yalta. Une organisation internationale plus efficace que la moribonde SDN, la future ONU, est prévue.

D’autres thèmes sont encore abordés d’une manière plus ou moins détaillée dans l’ouvrage, comme les relations sulfureuses avec la France de Vichy, celles, chaotiques, avec la France libre du général de Gaulle, l’attitude face au génocide juif… L’ouvrage d’Yves-Marie Péréon est dense, mais très agréable à lire. Nous ne pouvons qu’en recommander vivement la lecture, d’autant qu’il s’agit d’une des rares biographies en français consacrée à celui que l’on a surnommé le sphinx de la Maison blanche.

(© blogdéfense)

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Autour de Marignan

Publié le par Dimitry Queloz

Autour de Marignan. Le théâtre d’opérations d’Italie du Nord, 1515-1960, Pully, Centre d’histoire et de prospective militaires, 2015, 183 pages

Comme l'indique le titre, la bataille de Marignan n’est pas le thème principal de cet ouvrage qui regroupe la douzaine de contributions présentées lors du symposium 2014 du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) ainsi qu’une étude de Georges-André Chevallaz publiée une première fois en 1988. La démarche consistant à étudier un théâtre d’opérations sur plusieurs siècles est intéressante à plus d’un titre. Elle permet de montrer l’importance du milieu, donc de la géographie militaire, la permanence à travers les âges de certains éléments comme les principaux axes de communication, les points de passage obligés et les terrains-clés, mais aussi les évolutions, notamment en ce qui concerne les routes, ainsi que les changements géopolitiques découlant des modifications de frontières, des changements d’alliance, de l’évolution des situations économiques…

L’ouvrage se concentre sur une région, l’Italie du Nord, qui a joué un rôle important dans l’histoire de la Suisse durant plusieurs siècles. D’autres aspects, qui concernent moins directement notre pays, sont cependant également abordés, comme les bombardements alliés durant la Seconde Guerre mondiale ou l’analyse du théâtre d’opérations nord-italien qui devient une cible potentielle des forces du pacte de Varsovie au cours de la Guerre froide.

Au XVe siècle, le canton d’Uri, puis les Confédérés, se lancent à la conquête des territoires situés au sud du Gothard – les bailliages italiens qui formeront le futur canton du Tessin – et appartenant alors au duché de Milan. Les cantons suisses participent ainsi aux guerres d’Italie qui se terminent pour eux avec la défaite de Marignan et les conséquences qui en découlent, notamment l’alliance avec la France.

A l’époque de la guerre de Trente Ans, le Tessin et, surtout, les Grisons jouent un rôle stratégique majeur pour l’empereur et ses alliés espagnols. Les possessions des Habsbourg d’Autriche et celles de leurs cousins d’Espagne – qui détiennent Milan – sont en effet séparées par les bailliages italiens et les territoires grisons. Les deux alliés empruntent donc régulièrement les routes et les cols alpins traversant les territoires confédérés dans le cadre de leurs opérations militaires.

Durant la Révolution, l’Italie du Nord est le théâtre des conflits entre la France et ses adversaires, Autriche et Russie notamment. La Confédération voit son destin basculé avec l’invasion française de 1798. Genève et le Valais sont annexés à la République, cette dernière cherchant à contrôler les meilleurs passages en direction de l’Italie du Nord. C’est dans ce contexte géopolitique que la Suisse connaît également le passage des troupes des puissances coalisées. Souvorov, une fois l’Italie du Nord reprise, franchit le Gothard, mais finit par se faire battre par Masséna à Zurich en 1799.

Les XIXe et XXe siècles sont marqués, outre la question de l’influence des idées libérales et radicales suisses en l’Italie du Nord, ce qui déplait notamment au feld-maréchal autrichien Radetzky, d’une part par l’irrédentisme italien sur le Tessin et, d’autre part, par la volonté suisse de se défendre contre cette menace. La première question est complexe. Si les révolutionnaires italiens se montrent souvent favorables à une annexion du Tessin, le gouvernement du nouvel Etat est plus respectueux de l’intégrité du territoire helvétique, et ce même si l’armée planifie des opérations militaires à travers la Suisse dans le cadre de la Triplice. La menace italienne se précise cependant au cours de la Deuxième Guerre mondiale, avec différents plans d’opérations et des projets de démantèlement de la Suisse que l’on prévoyait de partager entre l’Allemagne, la France et l’Italie.

Durant la Belle époque, l’Italie est perçue comme une menace très sérieuse par l’Etat-major général suisse. D’une part, on est convaincu de la menace irrédentiste. D’autre part, le début du XVIe siècle marquant l’apogée de la puissance militaire suisse est perçu avec nostalgie. On regrette la perte de Milan, puis celle de la Valteline deux siècles plus tard. C’est dans ce cadre que le chef de l’Etat-major général, Arnold Keller, réalise des plans de défense du front Sud. Dans ses hypothèses les plus optimistes, il prévoit, en cas de guerre avec l’Italie, de se lancer dans une offensive qui a pour objestif de s’emparer de Milan!

(© blogdéfense)

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Engagez-vous

Publié le par Dimitry Queloz

DUFOURCQ, Jean, Engagez-vous. La relance stratégique de la France, Panazol, Lavauzelle, 2015, 136 pages

Le dernier ouvrage de l’amiral Jean Dufourcq, ancien rédacteur de la Revue Défense Nationale et actuellement co-animateur de la lettre bimensuelle d’analyse stratégique La Vigie, est un condensé de réflexion du plus haut intérêt. De plus, l’auteur n’hésite pas à mettre en évidence, dans un discours clair et cohérent, les raisons fondamentales des difficultés européennes et françaises actuelles, comme les problèmes de société, l’échec (irrémédiable) de la construction européenne actuelle, l’inféodation aux Etats-Unis, la prédominance des forces des marchés… Même si nous n’en partageons pas tous les points de vue – par exemple en ce qui concerne la thèse très optimiste relative à la complémentarité entre les trois pôles du monde méditerranéen: Europe (savoir-faire technologique), Afrique (force de travail) et Moyen-Orient (moyens financiers) –, nous ne pouvons que recommander très vivement la lecture d'Engagez-vous.

Bien que relativement court, le livre ne peut être présenté de manière synthétique tant le texte est dense et les thèmes abordés variés. L’auteur appréhende en effet les questions de sécurité et de défense en les traitant sous toutes leurs facettes, géopolitique, économique, culturelle, sociale, militaire… Nous nous contenterons donc, dans cette brève présentation, de parler de deux aspects seulement: le danger intérieur en tant que menace principale et la construction européenne.

Une priorité: le plan intérieur

Pour l’auteur, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’y a pas de danger majeur au point de vue extérieur. Depuis la fin de la Guerre froide, il n’y a plus de menace militaire à proximité des frontières françaises. Le récent retour de la Russie sur la scène international n’en fait pas pour autant un ennemi de l’Europe. Quant à l’Etat islamique, il n’est pas en mesure, en dépit de ses déclarations, de nuire à la France d’une manière décisive. Le vrai danger est intérieur et relève essentiellement du domaine des forces morales: il s’agit de la triple perte de l’"instinct vital de défense", de l’"instinct de conservation collective" et de la "volonté d’assumer [par soi-même la destiné de la France]".

Depuis plusieurs décennies, la France connaît une double évolution politique et sociale qui entraîne un affaiblissement, un recul sur la scène internationale qui est encore accentué du fait de la mondialisation. Au point de vue politique, l’auteur souligne la "défaillance collective" générale à tous les niveaux et dans tous les partis. Depuis la fin de la période gaullienne, il n’y a plus de grand projet pour la France. La politique a de la peine à se faire une place dans une période où médias et marchés dominent l’espace public. Le peuple s’est dissocié de la politique en général et de la défense en particulier. Un phénomène identique s’est produit dans le domaine social. Le sentiment national est en retrait. L’individualisme, le corporatisme et le communautarisme se développent. La liberté et l’égalité priment sur la fraternité.

Avec de forts accents gaulliens, l’amiral Dufourcq propose, comme remède, tout d’abord de relancer le récit national de manière à ce que la France, forte et consciente de ses nombreux atouts, de son prestige et de ses traditions politiques et diplomatiques, joue à nouveau sa propre partition sur la scène internationale. Ensuite, il préconise de "réengager les Français dans la sécurité de la France et les remobiliser pour la défense d’avantages acquis au cœur desquels la sécurité publique et la convivienza, le vivre ensemble, doivent désormais prévaloir sur tous les dispositifs d’équité sociale ou d’engagement juridique international". Cette proposition, forte, montre la volonté d’un retour à la primauté du collectif sur l’individuel, de la souveraineté nationale sur la communauté internationale.

Une Europe plus étendue, mais moins intégrée

En ce qui concerne les relations internationales, l’auteur fait un double constat. D’une part, l’"échec militaire européen [est] patent". D’autre part, le retour de la France au sein de l’OTAN s’est fait "à contretemps, et contrepied de l’histoire". Dans le cadre de cette double impasse politique, il préconise de développer une nouvelle approche en matière de construction européenne. Cette dernière ne peut être rejetée comme le font certains, le projet européen étant le seul capable de donner à la France le moyen de peser dans le monde futur qui comprendra 10 milliards d’habitants.

La "formule actuelle semble épuisée; elle est même probablement irréparable". C’est donc sur une base géopolitique différente celle de l’Union européenne que la construction européenne doit s’effectuer dans le futur. En raison de sa géographie et de son histoire, les véritables limites de l’Europe vont au-delà de celles définies actuellement et son territoire s’étend "de l’Atlantique à l’Oural et du Cap Nord au Sahel". Cet espace permettrait de donner à l’Europe sa véritable "centralité" entre les espaces culturels africains et asiatiques. Toutefois, ce nouvel espace européen n’étant pas uniforme, il est nécessaire de lui accorder la "souplesse" nécessaire, c’est-à-dire une moindre intégration et une forte décentralisation. Ce nouveau paradigme doit permettre régionalement aux diverses composantes de cette plus grande Europe qui le peuvent et le veulent de s’"agréger plus étroitement en noyaux homogènes", de collaborer ensemble comme c’est déjà, par exemple, le cas en matière militaire entre la France et le Royaume-Uni depuis les accords de Lancaster House.

(© Lavauzelle)

(© Lavauzelle)

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Rapport sur la politique de sécurité (4 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Migrations, islamisme et djihadisme

Le rapport envisage le développement des phénomènes migratoires en direction des Etats développés comme un fait certain, voire inéluctable. La mondialisation, les divergences d’évolution démographiques entre les pays, les écarts de richesse, l’instabilité politique et, à plus long terme, les évolutions climatiques pousseront un nombre croissant de personnes à migrer. Cette migration n’est pas perçue "en soi" comme une menace et représenterait même une solution, certes partielle, aux problèmes économiques découlant du vieillissement de la population. Cependant, le document souligne que ces mouvements migratoires peuvent également engendrer des problèmes sociaux et politiques.

C’est ici que le rapport présente réellement le flanc à la critique. Certes, le document évoque plusieurs dangers et menaces découlant d’un afflux de migrants dans le contexte international actuel. D’intéressantes questions sont posées – "Comment stabiliser et reconstruire les Etats touchés?" "Comment lutter contre les filières de passeurs?" "Comment filtrer les flux migratoires pour déceler des terroristes parmi les réfugiés et les migrants?" "Dans quelle mesure l’immigration se répercute-t-elle sur le développement de l’extrémisme et de la criminalité de base?" – mais aucune analyse réelle et, surtout, aucune réponse n’apparaissent dans le texte. De plus, certains aspects de la question ne sont absolument pas abordés.

On peut tout d’abord reprocher au rapport de se focaliser essentiellement sur les aspects économiques. Les migrants sont perçus avant tout en tant qu’acteurs économiques contribuant à résoudre les problèmes de vieillissement de la population autochtone. Les aspects politiques, sociaux et culturels au sens large du terme sont en revanche largement mis de côté, et ce en dépit des interrogations mentionnées ci-dessus.

Un autre problème est celui de la compréhension du phénomène "immigration". Celui-ci est présenté de manière neutre, un peu comme un simple rajeunissement et une simple augmentation de la population autochtone. Or, la nature du phénomène est différente. Si l’on quitte le domaine restreint de l’idéologie et des exemples, sans doute trop spécifiques, de la migration intra-européenne des Trente Glorieuses et des élites mondialisées actuelles, on remarque que les mouvements migratoires massifs sont fréquemment sources de tensions et de conflits entre populations migrantes et autochtones, surtout si les différences culturelles sont importantes. Du fait de ces "chocs" qui peuvent aller jusqu'aux affrontements les plus violents, nombre de peuples et de civilisations ont connu une (quasi-) disparition ou ont été contraints à fuir sous la pression de la population adverse. Pensons aux peuples amérindiens, aux Palestiniens, aux colons français en Algérie…

Les flux migratoires actuels en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont et seront pour longtemps la source de problèmes. Des djihadistes en profitent pour pénétrer discrètement en Europe afin de commettre des attentats et, sans doute, aussi pour constituer des cellules dormantes. De plus, beaucoup de migrants présentent d’importantes différences culturelles et leur intégration – ne parlons pas d’assimilation! – posera des difficultés certaines. Même s’ils ne sont pas djihadistes, une forte proportion d’entre eux appartient à la mouvance islamiste quiétiste voire politisée, comme le montrent les nombreux refus de consommer de la nourriture non-hallal, l’imposition, parfois par la violence, à l’ensemble de la communauté musulmane, de la pratique du jeûne du ramadan dans certains centres d’accueil, les images où l’on voit une large majorité de femmes voilées... Ces migrants constitueront à n’en pas douter des foyers islamistes qui contribueront à un développement et à une implantation durable du phénomène en Europe, avec pour corolaire la certitude de voir l’islamisme djihadiste existant encore se renforcer.

La position du rapport quant aux phénomènes migratoires n’est pas en phase avec la situation actuelle. Elle se rapproche de celle de Berlin du début de la crise de cet été. Le résultat est connu et le revirement du gouvernement allemand, incarné par les récentes déclarations de Thomas de Maizière et les décisions de la chancelière Angela Merkel, aussi. Aux acteurs politiques et sociaux suisses, durant la phase de consultation, d’apporter les changements nécessaires dans l’analyse de la situation. (Fin)

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Rapport sur la politique de sécurité 2016 (3)

Publié le par Dimitry Queloz

Dans le contexte des attentats de Paris, intéressons-nous plus particulièrement à l’une des trois menaces principales définies dans le rapport, à savoir le terrorisme djihadiste – les deux autres sont la "relation entre l’ouest et l’est" et les "risques dans le cyberespace". L’analyse de la situation est réaliste et tient compte des nombreux facteurs influençant le phénomène. Il est toutefois regrettable de trouver un certain angélisme en ce qui concerne le lien avec les questions migratoires, preuve que l’on n’est pas encore sorti d’une posture soixante-huitarde idéaliste, comme le montre d’ailleurs d’une manière très concrète la récente décision d’installer un centre d’accueil de migrants dans les infrastructures de la place d’armes de Thoune qui constitue pourtant un site sensible.

 

Une menace qui s’inscrit dans la durée

Le rapport souligne à juste titre que le terrorisme djihadiste représente une menace depuis plusieurs années déjà. Celle-ci s’est par ailleurs récemment renforcée avec l’émergence en 2014 de l’Etat islamique qui a remplacé Al-Qaïda en tant qu’organisation djihadiste phare. Si l’Etat islamique paraît quelque peu sous-estimé – il n’est présenté qu’en tant que groupe terroriste alors qu’il constitue un véritable proto-Etat –, le rapport considère que la menace restera au premier plan durant la prochaine décennie, de nombreux facteurs, notamment l’instabilité et l’insécurité régnant au Maghreb et au Moyen-Orient, contribuant à nourrir le phénomène.

Une menace multiforme qui n’épargne pas la Suisse

Le Conseil fédéral se montre également très réaliste en écrivant que la Suisse constitue une cible pour les djihadistes. D’une part, notre pays fait partie du Monde occidental et, en tant que tel, il appartient au camp ennemi. D’autre part, si la Suisse n’a, jusqu’à présent, pas été une cible privilégiée – aucun attentat n’a encore frappé directement la Suisse –, la situation peut rapidement changer. En effet, les djihadistes ciblent fréquemment leurs victimes en fonction du contexte international et d’événements nationaux particuliers. De ce fait, certaines décisions politiques – pensons aux initiatives en cours actuellement visant à interdire le port du voile intégral – pourraient être perçues comme hostiles à l’islam et notre pays devenir une cible prioritaire des djihadistes.

Quant à la forme de la menace, le rapport en souligne le caractère multiforme. Elle peut aller des atteintes à des intérêts suisses à l’étranger à l’acte terroriste sur le territoire helvétique en passant par la prise en otages de ressortissants dans diverses régions du Monde. Dans ce cadre, l’apparition d’un "terrorisme endogène" – "homegrown" – constitue une nouveauté face à laquelle la Suisse n’a que peu d’expérience selon l’aveu du Conseil fédéral. Si la situation socio-économico-historique en Suisse ne favorise pas autant le développement du djihadisme que dans d’autres Etats européens, des personnes vivant dans notre pays se radicalisent, avec ou sans l’influence directe de groupes terroristes étrangers. Elles peuvent passer à l’acte sur le territoire suisse, partir faire le djihad à l’étranger et revenir en Suisse, représentant ainsi un risque évident, à l’instar des terroristes qui ont frappé la France au cours de ces dernières années. (A suivre)

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