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Articles avec #relations internationales tag

Rapport du Service de Renseignement de la Confédération (SRC) 2015 (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Dans son Rapport 2013, le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) distinguait deux dangers principaux. Le retour de la Russie en tant que puissance constituait le "thème central" du document (voir notre article). Celui-ci insistait sur les aspects économiques et politiques et reléguait au second plan les facteurs militaires. En dépit d’une sous-estimation de ces derniers et d’un certain flou dans les formes que pouvait prendre plus précisément la menace russe, on ne peut que constater la pertinence de l’analyse, comme l’a montré la crise ukrainienne. Le deuxième danger était celui lié à l’islamisme (voir notre article). Le Rapport insistait sur la diminution de la menace représentée par Al-Qaïda, sur l’extension des zones d’activités des djihadistes, sur les risques que faisaient courir le "tourisme" du djihad et sur le développement de groupuscules terroristes originaires des pays occidentaux. Si la Suisse n’était pas directement menacée par des attentats, un nombre non-négligeable de personnes en provenance de son territoire partaient faire le djihad, notamment en Somalie. Les deux années qui viennent de s’écouler ont, dans ce domaine également, montré la pertinence des analyses du SRC.

Ces deux dangers constituent tout naturellement les principaux thèmes du Rapport 2015 publié au début du mois. En ce qui concerne la Russie et la crise ukrainienne, nous retiendrons plus particulièrement les éléments suivants, d’une très grande pertinence.

Tout d’abord, le SRC insiste sur la rapidité avec laquelle la situation internationale évolue. Ainsi, l’Ukraine a passé, en deux ans, du statut d’Etat coorganisateur de l’Eurofoot – avec la Pologne – à une situation de guerre – guerre civile, menace de scission, annexion de la Crimée par la Russie!

Ensuite, pour le SRC, le retour de la Russie en tant que puissance sur la scène internationale et la crise ukrainienne représentent un véritable tournant historique qui marque la fin de la période post-guerre froide qui se caractérisait par un état de faiblesse politique, économique et militaire de la Russie et l’élaboration d’une politique de sécurité commune avec l’Europe. La situation actuelle rend un retour à cette période pacifique hautement improbable. Elle annonce au contraire le début d’"une nouvelle phase de l’historique conflit Est-Ouest sur le continent européen".

Cette vision peu réjouissante de l’évolution des relations internationales en Europe s’appuie sur deux constatations fort justes. La Russie est en train de se détourner du Monde occidental. Après la disparition de l’URSS, elle a connu une phase de "faiblesse subie", "ressentie comme une catastrophe nationale", qui a duré plus d’une décennie. Durant cette période et celle de reconstruction qui lui a succédé, le rapprochement avec l’Europe et les Etats-Unis était nécessaire, voire imposé par les circonstances. Actuellement, si la période de reconstruction n’est pas encore terminée, elle est suffisamment avancée pour que la Russie puisse se considérer "comme une puissance délibérément séparée du cadre de référence constitué par l’Europe de l’Ouest et n’accepte pas l’actuelle répartition du pouvoir en Europe".

Par ailleurs, le renforcement politique, économique et militaire du pays, ainsi que son influence sur la scène internationale, notamment dans les Etats voisins, représente un "processus durable" qui formera le cadre géopolitique international en Europe au cours des prochaines années. Le Rapport insiste sur la solidité de l’appareil politique mis en place par Poutine, sur la faiblesse de l’opposition de la classe moyenne, sur le soutien populaire. Il souligne également la solidité du système économique en dépit des sanctions occidentales. Pour le SRC, le seul risque réel de déstabilisation économique se situe dans une baisse durable du prix du pétrole.

Enfin, le SRC souligne la "résistance" occidentale qui se développe contre cette renaissance de la puissance de la Russie et sa nouvelle attitude sur la scène internationale. Il conclut: "Une période de 25 ans qui a vu reculer en Europe les conflits interétatiques a ainsi pris fin. La nouvelle ère sera vraisemblablement marquée par une confrontation stratégique durable entre l’Occident et la Russie sur un triple plan politique, économique et militaire. […] Dans le contexte des tensions grandissantes entre la Russie et l’OTAN en Europe, les ressources militaires vont aussi à nouveau gagner en importance." (A suivre)

Radar de situation 2015 du SRC (© blogdéfense)

Radar de situation 2015 du SRC (© blogdéfense)

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L'Otan au XXIe siècle

Publié le par Dimitry Queloz

KEMPF, Olivier, L’Otan au XXIe siècle. La transformation d’un héritage, Paris, Perpignan, Editions du Rocher, 2014, 614 pages (2e édition)

Cet ouvrage d’Olivier Kempf constitue une excellente synthèse sur l’OTAN. En quinze chapitres, l’auteur traite de manière claire et didactique de l’histoire de l’alliance, de son organisation et de ses institutions, de ses élargissements successifs, des relations entre les différents alliés, de leurs conceptions de l’alliance, des concepts stratégiques (1991, 1999 et 2010), des engagements réalisés, des défis actuels et de l’évolution prochaine de l’alliance…

Un premier thème particulièrement intéressant est celui de l’élargissement de l’OTAN. A l’origine, l'alliance est limitée dans son cadre géographique (nombre de membres et zone d’intérêt) et dans ses buts (défense contre l’URSS et ses alliés). Toutefois, assez rapidement, elle s’agrandit. De nouveaux Etats (Grèce, Turquie, RFA…) deviennent membres, entraînant une extension de la zone d’intérêt. Au lendemain de la chute du mur de Berlin et de la disparition de la menace constituée par le Pacte de Varsovie, l’OTAN n’est pas dissoute – cela aurait pourtant été une évolution possible et, somme toute, logique. L'alliance connaît au contraire un développement remarquable, et ce dans plusieurs domaines. Tout d’abord, de nombreux pays d’Europe de l’Est (Tchéquie, Hongrie, Pologne…) et même certains Etats ayant appartenu à l’URSS (Pays baltes) intègrent l’alliance. De plus, la zone d’intervention est étendue. C’est ainsi que l’OTAN est engagée dans des opérations en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Libye… De nouvelles missions sont par ailleurs formulées (lutte contre le terrorisme, cyberguerre…). Enfin, la constitution de partenariats divers (Partenariat pour la Paix notamment) représente également une autre forme d’élargissement politique permettant une influence à grande échelle.

Les chapitres sur les relations entre l’OTAN et la défense européenne – les différentes organisations, CED, UEO, Europe de la défense de l’UE, et leur évolution sont analysées – sont également d’un intérêt tout particulier. Washington a toujours souhaité un renforcement de l’autonomie européenne en matière de défense. Le but est de faire partager de manière plus équilibrée le poids des efforts militaires. Ainsi, à la fin de la Guerre froide, lorsqu’est signé le traité de Maastricht qui crée les premiers éléments d’une politique extérieure et de défense commune aux Etats membres de l’Union européenne, le concept d’Identité Européenne de Sécurité et de Défense (IESD) est bien accepté. Toutefois, pour les Américains, l’alliance a toujours représenté un moyen d’influencer, voire de contrôler, les politiques extérieures et de défense des pays européens. Dès lors, une trop grande autonomie européenne en la matière déplait. Lorsque la déclaration franco-britannique de Saint-Malo de 1998 insiste sur ce point, Washington réagit en imposant la règle des 3 D – pas de duplication des institutions militaires de l’OTAN, pas de découplage par rapport aux USA, pas de discrimination envers les Etats de l’OTAN non membres de l’UE. Pour la majorité des pays européens, la domination américaine et la faible autonomie de la défense européenne créent cependant une situation très confortable. Elle leur permet de disposer d’une puissante protection militaire à moindres frais.

Soulignons cependant que la relation Europe – Etats-Unis en matière de sécurité s’est complexifiée depuis une vingtaine d’année. Pour Washington, l’Europe n’a plus la même importance stratégique qu’auparavant. La disparition de la menace soviétique et la montée en puissance de la Chine ont conduit les USA à se détourner de cette région du Monde. Les attentats du 11-Septembre et le refus de certains Etats européens de les soutenir dans leur intervention en Irak en 2003 les ont également incités à faire cavalier seul et à constituer des coalitions ad hoc (doctrine Rumsfeld). Les expériences des interventions de cette dernière décennie ont toutefois montré les limites du hard power américain. La conception de la politique de sécurité européenne, basée davantage sur le soft power et une approche globale des problèmes, ne peut plus être négligée et raillée – tout le monde se rappelle de la métaphore domestique de Robert Kagan "Les Américains font la cuisine, les Européens font la vaisselle". La relation OTAN – PESD est ainsi de plus en plus envisagée dans un cadre de complémentarité plutôt que de domination.

Le lecteur regrettera de ne pas pouvoir disposer des analyses de l'auteur pour la période qui a succédé au moment de la publication de l'ouvrage. Depuis une année environ, la situation internationale, notamment en Ukraine, a en effet connu des évolutions rapides et l'OTAN se voit contrainte à s'adapter une fois de plus, notamment en ce qui concerne l’engagement américain en Europe, les missions de défense et les relations avec la Russie. On ne peut donc que souhaiter pour bientôt une troisième édition mise à jour en tenant compte des derniers rebondissements de l’actualité!

(© blogdéfense)

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Poutine. L'itinéraire secret

Publié le par Dimitry Queloz

FEDOROVSKI, Vladimir, Poutine. L’itinéraire secret, Monaco, Editions du Rocher, 2014, 232 pages

Au cours de ces derniers mois, le président russe Vladimir Poutine a fait l’objet de plusieurs ouvrages en langue française – voir notamment ceux de Frédéric Pons et de Michel Eltchaninoff dont nous parlerons peut-être dans un prochain article. Celui de Vladimir Fédorovski nous présente un portrait fort intéressant de ce personnage complexe qui "excelle dans l’art de brouiller les pistes" et qui échappe largement aux esprits occidentaux, souvent trop rationnels ou marqués par une certaine idéologie germanopratine qui conduit nombre d’entre eux à se montrer extrêmement critiques envers le chef du Kremlin, notamment en ce qui concerne les principes démocratiques, alors qu’ils ont souvent fait preuve d’une remarquable indulgence envers le régime communiste pourtant bien moins démocratique.

D’origine russe, l’auteur connaît bien le pays et sa mentalité particulière. Il nous en montre l’influence sur le monde politique et les dirigeants. De plus, il a été un acteur de l’histoire récente de la Russie. Diplomate et promoteur des réformes gorbatchéviennes, il a vécu une partie des événements présentés et en a côtoyé certains protagonistes. Le livre n’est donc pas à proprement parler une étude d’historien, mais plutôt une "histoire vivante" qui nous donne le témoignage et l’analyse personnels de l’auteur.

Poutine assume l’histoire de la Russie dans son temps long et sa globalité, en évacuant toute forme de culpabilité par rapport à la dureté du régime tsariste ou aux aspects totalitaires du communisme, y compris dans sa forme la plus criminelle sous Staline. Dans une vision qui rappelle celle de de Gaulle en son temps, il ne voit que la grandeur et la puissance du pays – qu’il cherche absolument à restaurer après le naufrage consécutif à la disparition de l’Union soviétique –, le rôle joué en ce sens par ses grands dirigeants, d’"Ivan le Terrible à Nicolas II en passant par Boris Godounov, Pierre le Grand, Catherine II ou Alexandre Ier". Même la période communiste a ses héros. Staline a forgé la puissance russe au XXe siècle dans la lutte contre le nazisme, tandis que Iouri Andropov, son ancien patron au KGB, représente son grand modèle en matière politique.

Ces conceptions particulières conduisent à une vision spécifique de la place de la Russie dans le Monde et de son rôle géopolitique. Pour l’auteur, Poutine a cherché sincèrement un rapprochement avec l’Europe avec laquelle la Russie partage une civilisation et des valeurs chrétiennes communes. Cette proximité culturelle et religieuse se double par ailleurs d’une crainte envers une menace perçue elle aussi comme commune: la montée en puissance de l’islamisme. La réalisation de ce projet géopolitique se heurte cependant à l’idéologie dominante en Europe – intériorisation des critiques marxistes, "droit-de-l’hommisme", décadence des mœurs, sous-estimation de la menace islamiste… – en laquelle Poutine ne voit qu’une source de décadence, à l’instar de l’immense majorité des Russes. Un autre volet de la vision géopolitique du président russe est la crainte de la Chine dont la puissance économique et démographique représente une menace à la fois pour la souveraineté russe en Sibérie et pour son influence en Asie centrale. La crise ukrainienne et ses conséquences semblent cependant conduire Poutine à changer ses priorités: comme la possibilité d’un rapprochement avec l’Europe paraît s’éloigner – seule l’Allemagne semble représenter un partenaire fiable –, pourquoi ne pas se rapprocher des anciens alliés de l’URSS, développer une nouvelle politique d’influence grâce à l’arme économique du gaz et ne pas entretenir de meilleures relations avec la Chine en dépit des différences entre les deux Etats?

Enfin, retenons encore un autre aspect intéressant de l’ouvrage: la mise en évidence de l’importance des services secrets dans le système de gouvernement russe. Dans ce domaine aussi, l’auteur montre que ce phénomène est une constante de l’histoire du pays. La "haute police", quel que soit le régime pour lequel elle travaille, représente en effet le "gardien du temple", le "suprême défenseur des intérêts de l’Etat". Comme son mentor politique Andropov, Poutine a été membre puis chef des services secrets (KGB/FSB) avant de devenir chef de l’Etat. Nombre d’anciens collaborateurs de l’institution ont par ailleurs trouvé des emplois dans l’administration et le système politique actuels. Même le patriarche Kirill, qui symbolise l’alliance avec l’autel, serait un ancien de la "galaxie du KGB". Le système de gouvernement Poutine est donc largement marqué par son appartenance au KGB, que ce soit en matière de réseau, de pratiques et de méthodes de travail.

(© blogdéfense)

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Churchill - De Gaulle

Publié le par Dimitry Queloz

Destins croisés de deux géants du XXe siècle au Musée de l’armée

Le Musée des Invalides et la Fondation Charles de Gaulle viennent d’inaugurer une fort belle exposition qui retrace les destins croisés des deux plus grands dirigeants politiques européens du XXe siècle. Le visiteur peut suivre les itinéraires de Winston Churchill et de Charles de Gaulle au travers d’une série de thèmes exposés le plus souvent chronologiquement: enfance et formation, carrière politique et militaire entre 1900 et 1940, rencontre et relations au cours de la Deuxième Guerre mondiale, départ du gouvernement en 1945-1946, écriture des Mémoires, position sur la construction européenne… Les documents présentés sont variés, souvent du plus grand intérêt, parfois touchants. Ils comprennent notamment des extraits de discours, des films dont certains sont visibles sur Youtube, une très riche iconographie, de nombreuses tenues – nous retiendrons plus particulièrement un uniforme des hussards et une combinaison en velours de Churchill –, des lettres et des bulletins de notes, le disque sur lequel est enregistré le discours de de Gaulle du 22 juin 1940…

En dépit de leurs nombreuses différences – origine sociale, âge, éducation, parcours jusqu’à leur rencontre de l’été 1940 –, Churchill et de Gaulle partagent de nombreux points communs, que ce soit en matière de personnalité ou de conception du Monde: sens de l’histoire, esprit de grandeur, force de caractère, passion pour la littérature et l’écriture, goût pour la modernité, volonté de combattre... Comme le souligne très justement un texte de l’exposition, ce sont des "esprits non conformistes et paradoxalement fidèles aux traditions nationales".

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Cette exposition si riche et chargée d’émotion – le visiteur ressent à chaque instant le poids de l’histoire et l’esprit des deux géants – commence par mettre en exergue l’importance du verbe. Churchill et de Gaulle sont des "orateurs remarquables". Ils ont tout deux employé le nouveau media de l’époque, la radio, qui permettait d’atteindre un large public, directement, même dans des pays lointains, en dépit de la censure et des brouillages. Au cours de la guerre, Churchill a ainsi prononcé 56 discours à la BBC et de Gaulle 67, sans compter les nombreux autres devant le Parlement pour le premier, à l’Albert Hall et à radio Brazzaville pour le second.

Un autre aspect développé dans l’exposition est l’importance accordée à la culture et à la formation – à retenir, surtout par les temps qui courent! Si Churchill a été un cancre tout au long de sa scolarité, il s’est ensuite rendu compte, à 22 ans alors qu’il était en garnison à Bangalore, de son manque de connaissances et s’est mis à s’instruire, en lisant. De son côté, dans Vers l’armée de métier, de Gaulle écrit: "La véritable école du Commandement est la culture générale". Sa formation est classique, sous l’influence de son père, "homme de pensée, de culture, de tradition". L’histoire et la littérature en constituent les deux piliers. Chateaubriand et surtout Péguy ont marqué la jeunesse du Général qui ne pouvait que se reconnaître dans l’esprit profondément religieux et patriote des écrits de ce dernier – "Mère, voici vos fils qui se sont tant battus", "L’ordre et l’ordre seul fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude". Churchill et de Gaulle ont aussi beaucoup écrit, et bien écrit. Le premier a reçu le Prix Nobel de littérature en 1953, ce qui a peut-être rendu jaloux le second comme le laisse croire une superbe caricature de l’exposition. Quant aux écrits du Général, leur qualité est incontestable et certaines de ses pages, notamment dans les Mémoires de guerre, sont dignes de figurer dans les anthologies de la littérature française.

Terminons cette trop brève présentation en disant encore quelques mots à propos des relations entre les deux hommes. Avant juin 1940, Churchill et de Gaulle ne se connaissent pas. Le 13, au terme d’une de leurs premières rencontres, Churchill discerne en de Gaulle "l’homme du destin" qui partage nombre de ses convictions quant à la situation du moment: volonté de se battre, même vision d’une guerre où se joue l’avenir de la civilisation occidentale, caractère planétaire du conflit. Il le soutient dès lors dans sa poursuite du combat aux côtés de l’Angleterre. Les relations sont toutefois difficiles, les crises et les menaces de rupture fréquentes – les textes de l’exposition parlent de "mésentente cordiale". Les intérêts nationaux, parfois divergents, sont en jeu. De plus, le rôle grandissant des Etats-Unis dans la guerre ne fait qu’aggraver les tensions. L’Angleterre doit tenir compte de la position américaine en raison du soutien indispensable reçu d’outre-Atlantique. Surtout, Roosevelt est profondément hostile à de Gaulle en qui il voit un antidémocrate et un putschiste. Le président américain jouera la carte de Vichy, puis celle de Giraud, jusqu’à la dernière extrémité. De Gaulle ne sera reconnu comme autorité légitime qu’après le débarquement en Normandie, comme le montre bien le projet d’administration de la France libérée (AMGOT). Finalement, le pire a été évité. Les proches de Churchill et de de Gaulle ont joué un rôle de modération. De son côté, le Premier Ministre britannique, conscient des intérêts communs entre les deux pays et désireux de maintenir un équilibre en Europe, était contraint d’éviter toute ascension aux extrêmes.

L’exposition est à voir absolument jusqu’au 26 juillet 2015 au Musée des Invalides. Pour de plus amples informations, voir les sites internet du Musée de l’armée et de la Fondation Charles de Gaulle.

(© Musée de l'armée)

(© Musée de l'armée)

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Encore un projet de force militaire européenne!

Publié le par Dimitry Queloz

Dans une interview parue dimanche dernier dans le journal allemand die Welt, le président de la Commission européenne a évoqué l’idée de créer une armée européenne. Cette déclaration s’inscrit dans le cadre de la crise ukrainienne qui montre, une fois de plus, la faiblesse politique et militaire de l’Union européenne. Pour Jean-Claude Junker, la création d’une armée européenne renforcerait la crédibilité de l’UE face à la Russie. Plus largement, cette armée contribuerait à la construction d’une politique étrangère et de sécurité commune, permettrait à l’Union européenne d’assumer ses responsabilités dans le monde et lui donnerait la possibilité de réagir à une menace dirigée contre un de ses Etats membres ou un pays voisin.

Un troisième projet de force militaire européenne en 15 ans?

Si les déclarations du président de la Commission européenne ne représentent pas une simple "bouteille à la mer" et sont le signe d’une "réelle volonté" de créer une force militaire européenne – voir à ce sujet l’article de Nicolas Gros-Verheyde dans Bruxelles2 –, l’Union européenne se lancerait dans un nouveau projet qui ne serait que le troisième du genre– rien que ça! – en 15 ans!

En effet, la première proposition de constituer une force militaire européenne remonte à 1999 lors du Conseil européen d’Helsinki, durant lequel les représentants européens ont abordé la question des capacités militaires de l’Union européenne et ont défini un objectif de capacités (Headline Goal). Un Corps européen comprenant 50 à 60'000 hommes devait être opérationnel en 2003. Très vite cependant, le projet a été remis en question (structure trop grande et pas assez souple pour une intervention rapide, manque de moyens des Etats de l’UE) et il a fini par être abandonné en raison du manque de soutien politique.

Très vite également – on ne manque jamais de bonnes idées! –, un nouveau concept a vu le jour, celui des groupements tactiques (battlegroups) qui devaient avoir la souplesse et la réactivité que n’avait pas le défunt Corps européen. Adopté en 2004, le programme prévoyait que 13 d’entre eux seraient opérationnels en 2007. Depuis, les 18 groupements tactiques existants n’ont jamais été engagés pour des raisons financières et politiques de toute sorte.

Toujours et encore une approche technocratique et fonctionnaliste!

Les déclarations de Jean-Claude Junker montrent par ailleurs qu’il ne s’interroge pas sur les raisons profondes des échecs du Corps européen et des groupements tactiques. Outre la question des moyens qui a certes joué un rôle important, ces échecs découlent essentiellement de l’approche technocratique et fonctionnaliste qui a prévalu à la conception des projets. Ainsi, en dépit de 8 années d’existence des groupements tactiques, aucune politique commune d’engagement n’a vu le jour – ou plutôt la seule politique qui existe est une politique de non-engagement!

Malgré les problèmes créés par cette approche, le président de la Commission européenne ne semble pas vouloir en changer. Il continue à penser que la mise en commun de moyens nationaux finira par faire naître une politique de sécurité et de défense commune. Il s’agit là d’une grave erreur de méthode qui montre plus fondamentalement une incompréhension de la nature de la politique et des institutions de gouvernement. Seul un pouvoir politique et des institutions appropriés peuvent définir et conduire une politique, créer les outils nécessaires et les adapter et, le cas échéant, en décider l’engagement.

Rester dans la dépendance de l’OTAN!

Un autre élément de continuité du discours du président de la Commission européenne est le maintien de la dépendance militaire de l’UE par rapport à l’OTAN et, par voie de conséquence, par rapport aux Etats-Unis. L’armée européenne à construire ne devrait en effet pas constituer une concurrence pour l’Alliance atlantique. Jean-Claude Junker reste donc dans le cadre du traité de Lisbonne qui spécifie bien, dans son article 42, que l’OTAN reste, pour l’Union européenne et les Etats qui en sont membres, "le fondement de la défense collective et l’instance de sa mise en œuvre".

Les déclarations de Jean-Claude Junker s’inscrivent, on le voit, dans la droite ligne de ce qui s’est fait jusqu’à présent en matière d’Europe de la défense. Il n’y a rien de nouveau, ni en matière d’approche, ni en ce qui concerne la création d’un réel pouvoir politique supranational, seul capable de définir et de mettre en œuvre une politique de défense, ni dans une volonté de sortir de la dépendance américaine. Comme l’écrivait justement Nicole Gnesotto dans son dernier ouvrage présenté dans un article précédent: "Vingt ans après Maastricht, l’OTAN demeure la limite politique de la défense européenne: la question de l’autonomie stratégique de l’Europe reste, sinon un tabou, du moins une question perçue comme inutile, irréaliste, coûteuse, bref une question à éviter." Même pour le Président de la Commission européenne!

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