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Articles avec #renseignement tag

Rapport 2016 du SRC (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Union européenne

L’actualité montre la pertinence du rapport du Service de Renseignement de la Confédération en ce qui concerne la situation de l’Union européenne. Le document souligne en effet que cette dernière doit faire face à une triple crise – crise de la dette, crise institutionnelle et crise du terrorisme – dont les conséquences à court et à moyen termes seront lourdes tant sur le processus d’intégration que sur le niveau de prospérité économique des membres. Le SRC présente un avenir plutôt sombre pour le Vieux Continent, comme en témoigne ce passage choc, mais plein de réalisme: "la gestion des crises politiques et économiques, difficile depuis plusieurs années, a affecté la confiance entre les Etats membres. Même si l’UE, l’euro et le marché commun devaient survivre à cette longue série de crises, les charges qui pèsent lourdement sur les caisses étatiques et l’instabilité persistante du système bancaire européen retarderont la relance économique et augmenteront les tensions sociales."

Publié deux mois avant la décision britannique de quitter l’Union européenne – le SRC se montre prudent à propos du référendum britannique, mais il souligne que sa simple existence démontre bien "que l’intégration européenne n’est pas irréversible" –, le rapport insiste sur la remise en cause du processus d’intégration européen. "Il est de plus en plus difficile d’obtenir des majorités politiques pour des solutions qui concernent l’ensemble de l’UE. Une Europe à plusieurs vitesses est en passe de se concrétiser: les décisions prises unilatéralement par certains pays se multiplient, de même que les demandes d’exceptions nationales. Dans les cas de crise aiguë, la suspension de règles européennes communes est déjà devenue réalité."

Outre les problèmes économiques et financiers, le Service de Renseignement de la Confédération évoque deux raisons à cette désintégration institutionnelle de l’UE, la crise migratoire et la menace terroriste. Même s’il faudrait encore ajouter la question fondamentale de la nature des institutions européennes, on ne saurait être plus pertinent, comme le montrent notamment les motivations qui ont conduit les Britanniques à dire "oui" au Brexit le 23 juin dernier.

Russie

A propos de la Russie, le rapport du Service de Renseignement de la Confédération confirme la fin de la période de détente d’un quart de siècle entre l’Est et l’Ouest qui a succédé à la chute de l’Union soviétique. Le conflit entre la Russie et l’Occident n’est "pas un phénomène éphémère" et prend un caractère de plus en plus militarisé. Les quelques lignes suivantes résument les deux possibilités d’évolution envisagées par le SRC: "Les possibilités réalistes de développement en matière de politique de sécurité en Europe se limitent désormais à deux grandes catégories: l’une au sein de laquelle une entente entre l’Est et l’Ouest limite suffisamment tôt les conflits le long des zones d’influence qui se dessinent sur le continent, l’autre dans le cadre de laquelle la spirale de la violence va progressivement se renforcer dans les années à venir."

Moyen-Orient et terrorisme islamiste

Selon le Service de Renseignement de la Confédération, l’année 2015 marque un tournant. Pour la première fois, les conséquences des révoltes arabes de 2011 atteignent réellement et concrètement l’Europe, avec l’arrivée massive de migrants et les actes terroristes djihadistes. Pour le SRC, la situation ne devrait pas s’améliorer à court terme. D’une part, l’Etat islamique "devrait maintenir le contrôle sur les territoires qui lui sont propres, même si ces derniers, au vu des succès militaires de ses adversaires, se rétrécissent. Un écrasement militaire durable de l’"Etat islamique" en Irak et en Syrie est improbable en 2016 car ce groupe continue de mettre à profit les faiblesses de ses opposants. Avec ses démonstrations de puissance, qui s’étendent de l’Irak et de la Syrie à la Libye en passant par le Liban et l’Egypte, l’"Etat islamique" remet en question la légitimité précaire des frontières étatiques et l’ordre postottoman en place depuis une centaine d’années au Proche et au Moyen-Orient." D’autre part, la guerre civile en Syrie ne devrait pas trouver de solution politique durable à brève échéance, en dépit du renforcement des opérations militaires.

En ce qui concerne la Suisse, le SRC reprend largement ce qu’il avait déjà énoncé précédemment. Notre pays fait partie de l’espace occidental et est, à ce titre, une cible potentiel des terroristes djihadistes, même s’il ne constitue pas une cible prioritaire. La Suisse est sur la liste des ennemis de l’Etat islamique comme le montre bien une vidéo dans laquelle le drapeau helvétique "figurait aux côtés de 60 drapeaux d’Etats visés par des attentats."

Un dernier point du rapport nous paraît important, avec lequel nous ne somme pas d’accord. Le SRC considère que les questions migratoires ne font pas directement partie de la politique de sécurité, même si elles peuvent les influencer, notamment via l’infiltration de groupes terroristes parmi les migrants ou les réactions des groupes d’extrême droite ou d’extrême gauche face à l’arrivée de ces derniers. Dans le cadre du choc de civilisations qui est en train de se jouer, l’arrivée massive de migrants à majorité islamiste représente au contraire une réelle menace existentielle pour les pays d’accueil. En effet, beaucoup d’entre eux ne chercheront pas à s’assimiler et viendront grossir les rangs de communautés de plus en plus revendicatrices. Même s’ils ne sont que quiétistes, les islamistes dit modérés constitueront l’eau dans laquelle prospéreront les poissons djihadistes, comme le montre clairement les exemples d’implantation des différents groupes salafistes dans le monde depuis près d’un siècle. (A suivre)

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Rapport 2016 du SRC (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme d’habitude à cette période de l’année, le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) vient de publier son rapport d’analyse sur la situation internationale. Le document s’inscrit dans la tendance dessinée depuis le début de la décennie. On retrouve en effet les grandes caractéristiques de l’environnement stratégique définies dans les analyses de situation précédentes, ainsi que les menaces majeures et les principaux dangers perçus depuis quelques années par le SRC, notamment le terrorisme pour motifs religieux et ethno-nationalistes, la Russie, les extrémismes de gauche et de droite, la prolifération et le service de renseignement prohibé. L’institution s’est toutefois livrée à un très intéressant exercice de veille stratégique qui constitue le thème central du rapport: le développement de la Chine en tant que "facteur global de puissance". Nous vous en reparlerons dans un prochain article.

"Chaos" international et souveraineté en matière de renseignement

Dans l’avant-propos, le nouveau chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS), M. le Conseiller fédéral Guy Parmelin, insiste, ce qui n’est pas une nouveauté, sur la détérioration et la complexification de la situation internationale. D’une part, l’environnement stratégique de la Suisse se caractérise de plus en plus par un développement du nombre d’acteurs, étatiques ou non, jouant un rôle, positif ou négatif, dans le domaine – Guy Parmelin parle de "fractionnement" pour traduire cette nouvelle réalité que le discours décrit de plus en plus fréquemment par le terme de "chaos". D’autre part, de nouveaux dangers et menaces imprévisibles peuvent apparaître rapidement, créant une insécurité permanente et la possibilité de surprises stratégiques.

Dans ce cadre incertain et imprévisible, Guy Parmelin insiste, par le biais d’une métaphore maritime – dans une tempête, un navire ne fait confiance qu’à son propre radar, même s’il peut recevoir des informations d’autres bâtiments –, sur la nécessité pour la Suisse de conserver sa souveraineté en matière de recherche et d’acquisition de renseignement. Il rappelle également l’importance fondamentale de cette étape dans le processus de décision politique. Première phase de ce dernier, elle conditionne l’appréciation de la situation qui, elle-même, permet ensuite de déterminer la politique de sécurité et les moyens de sa mise en œuvre. Pour le nouveau Conseiller fédéral, cela implique, et nous lui donnons totalement raison, la volonté et la possibilité de rechercher et d’analyser des informations de manière autonome. D’où l’importance accordée dans les dernières lignes du texte à la nouvelle loi sur le renseignement sur laquelle les citoyens suisses se prononceront le 25 septembre prochain!

Russie, Union européenne et Moyen-Orient: la triade de l’environnement stratégique suisse

L’environnement stratégique de la Suisse est conditionnée par trois crises de longue durée qui interagissent, voire, dans certains cas, se renforcent mutuellement: les crises économique et institutionnelle dans l’Union européenne, la crise avec la Russie, les guerres au Moyen-Orient qui engendrent d’importants mouvements migratoires ainsi qu’une menace terroriste croissante. (A suivre)

(© blogdéfense)

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Un pont trop loin?

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, Arnhem 1944. Un pont trop loin?, Paris, Economica, 2016, 110 pages

L’ouvrage est une synthèse sur l’opération Market Garden que le grand public connaît généralement grâce au très beau film de Richard Attenborough Un pont trop loin. Il se focalise sur les liens entre les opérations, qui sont brièvement présentées jour par jour, et le renseignement, dont les failles sont, pour beaucoup d’historiens, à l’origine de l’échec britannique.

Pierre Streit commence son livre par une brève présentation du développement des forces aéroportées après la Première Guerre mondiale et leur engagement au cours de la Deuxième. Après 1918, ce sont les Soviétiques qui développent les forces aéroportées et leur doctrine d’emploi dans le cadre du concept de bataille en profondeur (cf. les généraux Toukhatchevski et Triandafillov). Dans les années 1930, les purges de Staline freinent ce développement et ce sont les Allemands qui prennent le relai. Sous l’impulsion de Goering et en suivant l’exemple des Soviétiques, ils créent des forces aéroportées. Celles-ci sont utilisées dès 1940 au Danemark et en Norvège, aux Pays-Bas et en Belgique. Après les difficultés rencontrées en Crète en 1941, les parachutistes allemands ne sont plus engagés que comme infanterie d’élite dans les combats les plus durs.

Les Britanniques et les Américains sont en retard dans le domaine. Ils commencent à constituer des forces aéroportées seulement à partir de 1940. Le développement sera toutefois rapide. En 1944, les Alliés disposent d’une force aéroportée comprenant 2 divisions anglaises, 2 américaines et 1 brigade polonaise. L’emploi opérationnel se limite à la couverture des flancs et à la prise des terrains clés situés immédiatement en arrière du dispositif de l’adversaire dans le cadre des opérations de débarquement. Market Garden, dont le concept d’emploi est très proche de celui des Allemands au début de la guerre, constitue donc une première. "Il s’agit par une action audacieuse menée dans la profondeur adverse de précipiter tout simplement la fin de la guerre. En réalité, il s’agit d’une véritable opération aéroterrestre qui combine actions aéroportées et actions terrestres."

Market Garden est un échec tactique, opératif et stratégique, même si la plupart des objectifs ont été atteints. La 1ère division aéroportée n’a en effet pas réussi à s’emparer de l’objectif principal, le pont routier d’Arnhem, et à le tenir jusqu’à l’arrivée du 30e corps blindé. La traversée rapide du Rhin, la pénétration en Allemagne du Nord et la victoire avant l’hiver n’auront pas lieu. La défaite nazie devra attendre le printemps de l’année 1945 et ce sont les Soviétiques qui entreront dans Berlin.

Les raisons de cet échec sont nombreuses. Un premier facteur est d’ordre psychologique. Les Alliés ont été trop optimistes et ont largement sous-estimé les forces allemandes en raison des rapides succès obtenus dans les semaines qui ont suivi la victoire en Normandie. En dépit de la surprise, la résistance allemande est au contraire immédiate et déterminée sous la conduite d’officiers très combattifs.

Les mauvaises conditions météorologiques expliquent aussi en partie l’échec de Market Garden. Pour la réussite de l’opération, il aurait fallu disposer de trois jours continus de beau temps. Mais, dès le deuxième jour, le mauvais temps perturbe le plan. Le ravitaillement et le renforcement de la 1ère division ne s’effectuent que difficilement, l’appui tactique des troupes au sol et les opérations d’interdiction sont impossibles. L’armée allemande peut donc envoyer les renforts nécessaires à la bataille.

Les problèmes logistiques sont également nombreux. Il n’y a pas assez d’appareils de transport pour déployer d’un coup l’ensemble du 1er corps aéroporté. La 1ère division est donc transportée en trois jours, ce qui est contraire au principe de concentration des forces. De plus, ses moyens de transmission sont défaillants. Elle ne peut communiquer ni avec la RAF, ni avec le QG du 1er corps à Nimègue, sans compter la trop faible portée des radios qui ne permettent pas de relier entre elles ses unités trop éloignées les unes des autres.

C’est toutefois dans le domaine du renseignement que les carences sont les plus graves. L’opération a été préparée en trop peu de temps et les négligences ont été importantes. Toutefois, l’auteur précise que c’est la distribution plus que la collecte du renseignement qui a été problématique. Dans la planification, on n’a pas tenu suffisamment compte du terrain et de l’adversaire. Les rapports de la résistance hollandaise indiquant la présence d’unités blindées SS dans le secteur ont été négligés. Le secteur d’engagement de la 1ère division est mal connu. Les abords immédiats des objectifs ne sont pas propices à un aéroportage de masse. La présence d’une forte DCA sur l’aéroport de Deelen conduit la RAF à exiger que les troupes soient larguées à 12 km du pont routier d’Arnhem qui est l’objectif principal. Il faudra cinq heures aux parachutistes pour l’atteindre, ce qui enlève tout effet de surprise. Concernant le terrain que doit traverser le 30e corps, la situation est sans doute encore pire. Les marécages et les canaux empêchent un déploiement des chars. Il y a une seule route, souvent surélevée, ce qui expose ces derniers au feu des armes antichars allemandes. La progression du 30e corps est considérablement ralentie. Alors qu’il aurait dû franchir les 100 km qui le séparaient d’Arnhem en deux jours, il ne parviendra pas à atteindre le pont avec le gros de ses forces, même au 9e jour de combat!

Finalement, comme l’a souligné un officier du 30e corps, le problème fondamental de l’opération était peut-être non pas d’avoir voulu aller un pont trop loin, mais plutôt d’avoir manqué d’une route!

(© blogdéfense)

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Rapport du Service de Renseignement de la Confédération (SRC) 2015 (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Le terrorisme, et plus particulièrement le terrorisme djihadiste, constitue le "thème central" du Rapport 2015 du Service de Renseignement de la Confédération. Par rapport au Rapport 2013, il a remplacé la menace russe et représente désormais la préoccupation numéro une du SRC. Ce changement est dû à l’évolution du Printemps arabe et à l’"expansion spectaculaire" de l’Etat islamique en 2014. Pour le SRC, il n’y a pas d’apaisement en vue dans le voisinage méridional de l’Europe. Les dangers pouvant toucher directement la Suisse sont nombreux et concernent de larges pans de la politique intérieure et de la politique extérieure: mise en péril de la sécurité des ressortissants et des représentations diplomatiques, menaces terroristes, enlèvements, perturbation du commerce et de l’approvisionnement énergétique, gestion des régimes de sanctions et des avoirs de certaines personnalités, immigration.

L’analyse du SRC se montre très pertinente, notamment en ce qui concerne la compréhension du phénomène islamiste-djihadiste et des différentes formes qu’il peut prendre. Tout d’abord, le Rapport insiste sur le fait que les djihadistes ont un but politique clair: "la domination universelle de l’islam". Ensuite, le Rapport inscrit le phénomène dans le long terme. D’une part, le SRC souligne que "les fondements spirituels de l’islam politique remontent à plusieurs siècles" et ne constituent pas un épiphénomène récent. D’autre part, il envisage la persistance de la menace des deux principaux groupes djihadistes actuels, Al-Qaïda et Etat islamique. "Il faut partir du principe qu’à long terme, le noyau dur d’Al-Qaïda et le groupe "Etat islamique" resteront parmi les acteurs les plus influents de la mouvance djihadiste, même si certaines tendances de scission et de fragmentation apparaissent dans ces deux organisations. Le conflit en Syrie et l’influence du groupe "Etat islamique" continueront à marquer la situation sécuritaire dans la région et en Europe. Ce conflit a le potentiel de radicaliser à l’avenir aussi des sympathisants et des personnes pour qu’elles soutiennent le djihad."

Enfin, et ce dernier aspect concerne la forme actuellement la plus virulente de l’islamisme djihadiste, l’Etat islamique, le SRC souligne qu’il n’est pas seulement une "organisation terroriste" comme on l’entend et le lit souvent dans les médias ou les discours de certains politiciens. Pour lui, l’Etat islamique est "bien plus encore. Ce constat est d’une importance cruciale pour la manière d’appréhender le phénomène, sans que cela ne constitue toutefois une légitimation inutile [de l’EI]. L’exigence d’établir un califat va de pair avec une volonté de constituer une véritable structure étatique." Par ailleurs, et contrairement à ce que beaucoup avaient prédit, l’ancrage territorial et le développement de structures étatiques représentent un moyen de renforcer la puissance de l’organisation. "Le contrôle physique exercé sur des territoires et les populations qui y résident crée les conditions nécessaires pour disposer d’une capacité d’action économique et militaire, et le contrôle durable d’un territoire constitue l’expression mesurable du succès." Les événements récents de Palmyre et de Ramadi montrent toute la justesse de ces propos!

En ce qui concerne les activités djihadistes en Suisse, nous retiendrons deux points essentiels. Pour le SRC, si notre pays est moins touché que certains Etats européens, la menace ne doit pas être sous-estimée et des passages à l’acte sont possibles. Ces activités sont essentiellement le fait d’individus isolés ou de groupuscules dont les effectifs sont relativement faibles. Le Rapport précise toutefois qu’il n’existe aucune donnée précise et que le nombre de personnes actives ne peut que faire l’objet de spéculations. Ce qui est cependant certains, c’est que le tourisme djihadiste, suivi depuis 2001 par le SRC, continue à se développer. Selon Le Temps du 5 mai, celui-ci a identifié 64 individus ayant entrepris un voyage dans une zone de djihad. Depuis 2013, les destinations se diversifient et la Somalie n’est plus le lieu privilégié de ce tourisme. La Syrie et l’Irak attire désormais davantage les djihadistes, avec une quarantaine de voyage dans cette région.

Par ailleurs, internet constitue un instrument fondamental pour l’activité djihadiste. Les médias électroniques et les réseaux sociaux sont devenus un espace privilégié pour diffuser l’idéologie, mettre en relation groupes et individus, recueillir le soutien de sympathisants qui affichent publiquement leurs convictions. La propagande diffusée sur la toile est très efficace puisqu’elle peut pousser certains, isolés ou en petit groupe, à se rendre dans des zones de conflit pour soutenir ou participer au djihad. Elle peut également en conduire d'autres à planifier des attentats en Suisse. Pour toutes ces raisons, internet est devenu un espace privilégié pour l’action du SRC. La lutte contre le djihadisme y a commencé il y a trois ans. "Dans le cadre de ce monitoring du djihadisme, plus de 200 internautes ont à ce jour été identifiés après avoir attiré l’attention en diffusant en Suisse ou à partir de notre pays du matériel prônant l’idéologie djihadiste ou en se connectant avec des personnes en Suisse ou à l’étranger qui défendent les mêmes idées."

Terminons cette brève présentation du Rapport en nous penchant sur l’introduction de Monsieur le Conseiller fédéral Ueli Maurer intitulée "Préserver la liberté". Le chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) fait preuve de réalisme et de prudence en mettant en exergue la permanence de la menace djihadiste et l’impossibilité de s’en prémunir de manière absolue: "les attentats terroristes à Paris et à Copenhague en début d’année ont montré que les pays européens doivent tenir compte de deux faits marquants: premièrement, que la lutte djihadiste a le potentiel de menacer concrètement et par surprise des citoyens dans nos pays et, deuxièmement, que les Etats qui disposent de possibilités très étendues au niveau juridique et en personnel ne peuvent pas détecter précocement et empêcher toutes les activités terroristes".

Quant aux conclusions que le chef du DDPS tire de ces constats, elles montrent le refus d’une solution ultra-sécuritaire qui ne parviendrait par ailleurs pas à nous prémunir contre tout risque d’attentat. Le chef du DDPS pense même qu’une telle solution pourrait être contre-productive car elle risquerait de conduire à une désapprobation de la politique de sécurité de la part de la population. Toutefois, le point le plus important selon nous est le fait que la lutte contre le djihadisme est envisagée d’une manière globale. D’une part, pour Ueli Maurer, le combat doit être mené en coopération avec les autres Etats, y compris les Etats musulmans dont les communautés "souffrent des agissements criminels de leurs coreligionnaire". D’autre part – et nous aimerions souligner cet aspect absolument fondamental –, l’islamisme-djihadiste ne pourra être vaincu que si l’on s’attaque à ses fondements idéologiques et culturels, en un mot que si l’on arrive à réformer l’islam de manière à en promouvoir une interprétation "éclairé(e)". (Fin)

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Rapport du Service de Renseignement de la Confédération (SRC) 2015 (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Dans son Rapport 2013, le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) distinguait deux dangers principaux. Le retour de la Russie en tant que puissance constituait le "thème central" du document (voir notre article). Celui-ci insistait sur les aspects économiques et politiques et reléguait au second plan les facteurs militaires. En dépit d’une sous-estimation de ces derniers et d’un certain flou dans les formes que pouvait prendre plus précisément la menace russe, on ne peut que constater la pertinence de l’analyse, comme l’a montré la crise ukrainienne. Le deuxième danger était celui lié à l’islamisme (voir notre article). Le Rapport insistait sur la diminution de la menace représentée par Al-Qaïda, sur l’extension des zones d’activités des djihadistes, sur les risques que faisaient courir le "tourisme" du djihad et sur le développement de groupuscules terroristes originaires des pays occidentaux. Si la Suisse n’était pas directement menacée par des attentats, un nombre non-négligeable de personnes en provenance de son territoire partaient faire le djihad, notamment en Somalie. Les deux années qui viennent de s’écouler ont, dans ce domaine également, montré la pertinence des analyses du SRC.

Ces deux dangers constituent tout naturellement les principaux thèmes du Rapport 2015 publié au début du mois. En ce qui concerne la Russie et la crise ukrainienne, nous retiendrons plus particulièrement les éléments suivants, d’une très grande pertinence.

Tout d’abord, le SRC insiste sur la rapidité avec laquelle la situation internationale évolue. Ainsi, l’Ukraine a passé, en deux ans, du statut d’Etat coorganisateur de l’Eurofoot – avec la Pologne – à une situation de guerre – guerre civile, menace de scission, annexion de la Crimée par la Russie!

Ensuite, pour le SRC, le retour de la Russie en tant que puissance sur la scène internationale et la crise ukrainienne représentent un véritable tournant historique qui marque la fin de la période post-guerre froide qui se caractérisait par un état de faiblesse politique, économique et militaire de la Russie et l’élaboration d’une politique de sécurité commune avec l’Europe. La situation actuelle rend un retour à cette période pacifique hautement improbable. Elle annonce au contraire le début d’"une nouvelle phase de l’historique conflit Est-Ouest sur le continent européen".

Cette vision peu réjouissante de l’évolution des relations internationales en Europe s’appuie sur deux constatations fort justes. La Russie est en train de se détourner du Monde occidental. Après la disparition de l’URSS, elle a connu une phase de "faiblesse subie", "ressentie comme une catastrophe nationale", qui a duré plus d’une décennie. Durant cette période et celle de reconstruction qui lui a succédé, le rapprochement avec l’Europe et les Etats-Unis était nécessaire, voire imposé par les circonstances. Actuellement, si la période de reconstruction n’est pas encore terminée, elle est suffisamment avancée pour que la Russie puisse se considérer "comme une puissance délibérément séparée du cadre de référence constitué par l’Europe de l’Ouest et n’accepte pas l’actuelle répartition du pouvoir en Europe".

Par ailleurs, le renforcement politique, économique et militaire du pays, ainsi que son influence sur la scène internationale, notamment dans les Etats voisins, représente un "processus durable" qui formera le cadre géopolitique international en Europe au cours des prochaines années. Le Rapport insiste sur la solidité de l’appareil politique mis en place par Poutine, sur la faiblesse de l’opposition de la classe moyenne, sur le soutien populaire. Il souligne également la solidité du système économique en dépit des sanctions occidentales. Pour le SRC, le seul risque réel de déstabilisation économique se situe dans une baisse durable du prix du pétrole.

Enfin, le SRC souligne la "résistance" occidentale qui se développe contre cette renaissance de la puissance de la Russie et sa nouvelle attitude sur la scène internationale. Il conclut: "Une période de 25 ans qui a vu reculer en Europe les conflits interétatiques a ainsi pris fin. La nouvelle ère sera vraisemblablement marquée par une confrontation stratégique durable entre l’Occident et la Russie sur un triple plan politique, économique et militaire. […] Dans le contexte des tensions grandissantes entre la Russie et l’OTAN en Europe, les ressources militaires vont aussi à nouveau gagner en importance." (A suivre)

Radar de situation 2015 du SRC (© blogdéfense)

Radar de situation 2015 du SRC (© blogdéfense)

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