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Articles avec #suisse tag

Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération (2)

Publié le par Dimitry Queloz

La Russie

Le Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération consacre le premier de ses chapitres sur les risques et les menaces à la Russie. Les auteurs partent de la constatation que la Russie, après une période de retrait consécutif à la chute du régime soviétique, est de retour sur la scène internationale, tant sur le plan économique que politique. Ce changement est le résultat de la méthode de gouvernance de Vladimir Poutine qui a débuté son troisième mandat présidentiel en mai 2012. D’une part, le pouvoir central s’est renforcé et stabilisé au cours de la dernière décennie. D’autre part, ce pouvoir contrôle désormais les immenses ressources de matières premières qui font de la Russie une « superpuissance énergétique » qui se classe parmi les dix premières puissances économiques mondiales. Ce contrôle ne permet pas seulement de donner les moyens financiers nécessaires à l’Etat – les rentrées fiscales liées au secteur énergétique représentent près de 50% des dépenses russes. Il permet aussi une pénétration politico-économique à l’étranger par le biais de sociétés telles que Gazprom et Rosneft.

Politique étrangère plus offensive

En ce qui concerne la politique étrangère, le rapport souligne une double volonté de la Russie. Tout d’abord, « défendre sa place parmi les grands de ce monde » en s’appuyant sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. La Russie cherche ainsi à retrouver la position internationale qu’elle occupait avant la chute du mur de Berlin. La position face aux Etats-Unis, principal adversaire, s’est durcie depuis le retour de Poutine à la présidence. Mais la Russie doit désormais aussi tenir compte des changements en cours à l’Est et au Sud de son territoire avec la montée en puissance de l’Inde et de la Chine, cette dernière exerçant déjà une pression économico-stratégique importante en Asie centrale. Ces deux Etats seront par ailleurs bientôt en mesure de projeter leur puissance militaire grâce au développement de leur flotte.

La deuxième ambition de la Russie consiste à « rétablir son influence dans l’espace post-soviétique » - pays occidentaux de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), Caucase et Asie centrale – en Europe de l’Est et dans les Balkans. Durant ces dernières années, la Russie est ainsi parvenue à stopper la progression et l’influence de l’Union européenne et de l’OTAN dans plusieurs de ces régions. Elle a même réussi à « inverser en sa faveur la dynamique » pro-occidentale en Ukraine. Le rapport note que, à terme, l’Ukraine et la Biélorussie, bien qu’Etats formellement souverains, risquent de se retrouver « à nouveau sous une forte influence économique, voire politique, russe avec des systèmes politiques et économiques proches de Moscou et fortement subventionnés par la Russie ».

Modernisation des armées

Dans le domaine militaire, le rapport note les réformes en cours, avec la mise en place de nouvelles structures de commandement, plus simples, l’adoption d’un nouveau modèle de défense et d’importants investissements – plus de 400 milliards d’euros sur dix ans – qui permettront de doter les forces aériennes de 1'600 nouveaux avions et hélicoptères et la marine de 80 nouveaux navires. Même si ces réformes ne seront sans doute pas toutes réalisées, l’armée russe sera largement renforcée et modernisée au début de la prochaine décennie.

Quels risques pour la Suisse ?

Le retour de la Russie sur la scène internationale, son ouverture au monde et le renforcement de son autorité gouvernementale présentent à la fois des chances – possibilités de coopérations politiques et économiques - et des risques. Pour la Suisse, ces derniers sont divers et difficilement prévisibles. Le rapport mentionne plusieurs scénarios dont les conséquences, avant tout économiques et sociales, ne sont que peu développées. En cas de tensions entre l’Union européenne/l’OTAN et la Russie, la Suisse, au cœur de l’Europe, pourrait également être touchée. Cela est d’autant plus vrai que l’économie suisse est fortement liée à l’économie européenne et que la Russie fournit en gaz et en pétrole nombre de pays du Vieux Continent, notamment l’Allemagne. De son côté, la Suisse est aussi dépendante des exportations d’hydrocarbures russes puisque 25% de son approvisionnement proviennent de Russie. Un autre élément doit également être pris en considération. Genève est une des principales places du commerce des matières premières au monde et la majorité des ventes de pétrole russe se fait en Suisse. Une interruption des exportations russes aurait donc des conséquences énergétiques, industrielles et économiques importantes pour notre pays. Enfin, le rapport mentionne l’ensemble des risques liés à la criminalité économique : manque de transparence des pouvoirs économiques et des transactions financières russes, émigration illégale et criminelle, espionnage économique notamment. (A suivre)

 

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Rapport 2013 du Service de Renseignement de la Confédération (1)

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Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Il y a une semaine, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a publié son rapport de situation annuel. Ce document de 90 pages s'articule en sept grands chapitres présentant les principaux dangers et menaces auxquels la Suisse est, ou sera, confrontée, actuellement et dans un futur proche:

- La Russie

- L'extrémisme violent et le terrorisme pour motifs djihadistes

- L'extrémisme violent et le terrorisme pour motifs ethno-nationalistes

- L'extrémisme de droite, de gauche et de la cause animale

- Prolifération

- Service de renseignement prohibé

- Attaque contre les infrastructures suisses d'information

Cette structure, qui reprend largement celle du rapport de l'année dernière, permet une continuité dans la lecture et la compréhension des analyses. Notons toutefois une différence importante par rapport à 2012: le chapitre consacré au retour de la Russie, "thème central" du document de cette année.

Le rapport souligne qu'il n'existe pas de menace militaire immédiate risquant de mettre en péril l'existence du pays. Il précise toutefois qu'il ne faudrait pas prendre prétexte de cette situation pour diminuer les efforts en matière de défense classique, qui s'inscrivent dans la durée et ne peuvent s'improviser au dernier moment. A plus longue échéance, deux dangers sont cependant perçus: la réorganisation militaire de la Russie qui devrait être couronnée de succès à la fin de la décennie ainsi que la prolifération des armes de destruction massive et des vecteurs à longue portée. Mentionnons encore un point qui nous paraît important. En raison de la crise économique en Europe et de la baisse générale des dépenses militaires, les capacités de défense de nombre de nos voisins vont diminuer, notamment dans le domaine aérien, entraînant des lacunes capacitaires, affaiblissant "le cordon de sécurité militaire autour de la Suisse".

Un autre point important du rapport est l'insistance sur le fait que "l'environnement stratégique (est) en mutation". La crise européenne de la dette et les révolutions arabes ne sont pas encore terminées et toutes les conséquences ne peuvent être clairement identifiées pour le moment. L'incertitude sera sans doute de mise pour plusieurs années encore. En ce qui concerne la crise européenne, le document montre bien les risques qui pèsent, directement ou indirectement, sur la Suisse. Une nouvelle crise bancaire majeure - ou plus simplement l'aggravation ou la prolongation de la crise économique actuelle - aurait un impact aussi en Suisse sur le système bancaire, l'économie... De plus, l'avenir politique de l'Europe est incertain et la Suisse se trouvera certainement face à une Europe différente de l'actuelle - Europe "à deux voire trois vitesses" - d'ici quelques années. Enfin, mentionnons encore "les pressions croissantes" en matière économiques et fiscales exercées sur notre pays par des voisins en quête d'indispensables rentrées d'argent.

Quant aux conséquences des révolutions arabes, le rapport du SRC n'est pas très optimiste. Il souligne notamment le recul en matière de développement économiques et de sécurité dans les pays concernés, la circulation incontrôlée des armes, l'ouverture de nouveaux espaces pour les organisations terroristes et criminelles, les risques pour les ressortissants suisses présents dans ces régions, la perturbation des échanges commerciaux et de l'approvisionnement énergétique, les migrations. (A suivre)

 

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Fritz Gertsch, enfant terrible du corps des instructeurs

Publié le par Dimitry Queloz

RIEDER, David, Fritz Gertsch. Enfant terrible des schweizerischen Offizierskorps, Zurich, Orell Füssli, 2009, 480 pages

Né en 1862, Fritz Gertsch devient chapelier, comme son père. Officier d’infanterie, il entre dans le corps des instructeurs en 1886. Sa personnalité et ses idées en font l’enfant terrible de ce corps et finissent par mettre un terme à une carrière militaire particulièrement mouvementée. Dès 1902, cette dernière est déjà compromise en raison des problèmes rencontrés dans le cadre de son commandement de l’Ecole de recrues d’infanterie III/1. En 1910, Gertsch est relevé du commandement de la 6e Brigade d’infanterie et, l’année suivante, il doit abandonner son métier d’instructeur. Après un "retour en grâce" en 1917, année où il est nommé à la tête de la 3e Division, il doit renoncer à son commandement deux ans plus tard. Il meurt en 1938, isolé et totalement démuni.

Ecrivain et polémiste, Gertsch est l’acteur principal, mais anonyme, de l’affaire de l’hydre en 1903-1905. Celle-ci représente l’ultime épisode de l’opposition entre deux conceptions de l’armée apparues au sein du corps des officiers à la fin des années 1880 et voulant chacune améliorer à sa manière l’organisation militaire et l’instruction des troupes. D’un côté, les partisans de la "voie nationale" désirent une centralisation complète de l’armée. Leur conception républicaine-démocratique est basée sur le principe du citoyen-soldat, l’intégration de la landwehr et le refus d’un style de conduite prussien. Les membres de ce courant sont principalement issus de l’administration militaire et entretiennent des liens étroits avec le parti radical argovien. De l’autre côté, les adeptes de la "nouvelle voie" se regroupent autour du futur général Wille. Dans leurs rangs se trouvent principalement de jeunes instructeurs et quelques commandants des grandes unités. Ils désirent avant tout améliorer l’instruction (allongement de la durée des écoles de recrues et cours de répétition annuels) et l’organisation des troupes (armée de campagne exclusivement composée des troupes de l’élite).

Cette opposition idéologique se double d’un conflit entre personnes. D’une part, Wille n’attire pas que des sympathies, même parmi ceux qui partagent ses idées. D’autre part, Gertsch lance sa campagne de critiques également dans le but de détourner l’attention sur ses propres ennuis et mettre en difficulté le chef d’arme de l’infanterie, le divisionnaire Hungerbühler, qui a ordonné des enquêtes contre lui.

L’affaire commence avec la publication d’un article anonyme dans le Züricher Post qui attaque violemment plusieurs chefs de service du Département militaire fédéral, en les accusant de corruption et en qualifiant l’administration militaire d’"hydre bureaucratique" - l'expression donne son nom à l’affaire. En raison des succès obtenus, Gertsch et son acolyte Richard poursuivent leurs attaques et visent l’Etat-major général et son chef, le divisionnaire Keller, que Gertsch déteste, notamment en raison des mauvaises appréciations reçues pendant son passage dans le corps des officiers EMG.

A la fin de l’affaire, l’administration militaire fédérale est décapitée et le chef de l’Etat-major général a démissionné. Les partisans de la "nouvelle voie" peuvent occuper les principaux postes du Département militaire et réformer l’armée en fonction de leurs conceptions propres. Leur victoire n’est cependant pas totale : la loi sur l’organisation militaire de 1907 est un compromis qui ne reprend que partiellement leurs idées.

La thèse dont est issu cet ouvrage a reçu le prix 2009 de l’Association Suisse d’Histoire et de Sciences Militaires (ASHSM).

(© blogdefense.overblog.com)

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Ferdinand Lecomte et la guerre de Sécession

Publié le par Dimitry Queloz

AUBERSON, David, Ferdinand Lecomte, 1826-1899. Un Vaudois témoin de la guerre de Sécession, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 2012, 230 pages

Personnalité étonnante du canton de Vaud de la deuxième moitié du XIXe siècle, Ferdinand Lecomte joue un rôle important dans de nombreux domaines de la vie publique de l’époque, à tel point que David Auberson le qualifie d’« homme orchestre ». Engagé politiquement dans le parti radical, Lecomte est un proche des deux conseillers fédéraux Henri Druey et Louis Ruchonnet. Journaliste, fondateur (1856) et rédacteur (1856-1895) de la Revue militaire suisse, historien militaire internationalement reconnu, il publie de très nombreux écrits sur les conflits contemporains et devient le premier biographe du général Antoine-Henri Jomini, avec lequel il entretient une correspondance régulière et à qui il voue une admiration particulière en dépit de convictions politiques diamétralement opposées. Sa passion pour le métier des armes conduit en outre Lecomte jusqu’au grade de colonel-divisionnaire et commandant de la 2e Division (1875-1891). Enfin, il occupe le poste de bibliothécaire cantonal pendant quinze ans, avant de devenir chancelier de l’Etat de Vaud.

En dépit de sa notoriété, Lecomte tombe vite dans l’oubli après sa mort, sauf aux Etats-Unis, principalement en raison de ses écrits sur Jomini dont la pensée influence largement les militaires américains. En Suisse, en dehors de quelques rares publications, il faut attendre les années 2000 pour que Lecomte soit l’objet d’une série d’études, avec notamment un colloque organisé par le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et le présent ouvrage.

L'auteur s’intéresse à un épisode particulier de la vie de Lecomte, les deux voyages qu’il a faits outre-Atlantique en 1862 et 1865 pour suivre la guerre de Sécession. Les motivations de Lecomte sont diverses. Il y a tout d’abord, bien sûr, les aspects militaires. Le Vaudois étudie l’histoire des guerres et suit l’actualité militaire de son époque. De plus, il cherche absolument à connaître l’expérience du feu – il s’agit d’une véritable obsession chez lui. Enfin, Lecomte partage les idéaux politiques des Nordistes, à une époque marquée par l’excellence des relations politiques et économiques entre la Suisse et les Etats-Unis. Comme de nombreux Suisses radicaux et protestants, il se reconnaît dans le régime républicain, dans la cause de l’Union – le parallèle avec la guerre du Sonderbund est rapidement établi - et l’abolition de l’esclavage. Aussi, Lecomte n’est pas le seul Suisse à s’intéresser à la guerre de Sécession. Environ 6'000 d’entre eux s’engagent dans les armées nordistes, le plus célèbre étant le futur conseiller fédéral Emil Frey.

Les deux voyages de Lecomte sont très différents. Le premier, au sein de l’état-major de MacClellan, est marqué par les difficultés matérielles de la vie en campagne, adoucie par la fréquentation de la table du comte de Paris et du duc de Chartre, et se déroule au début de la guerre, alors que les armées sont encore largement inexpérimentées. Durand le second, Lecomte est attaché à l’état-major de Grant où sa situation matérielle est infiniment meilleure. De plus, les armées ont considérablement changé après quatre longues années de guerre très dure.

Quels enseignements Lecomte tire-t-il de ses séjours américains? Ses différents écrits montrent qu’il a été marqué par la nécessité d’équiper les soldats pour la vie en campagne (matériel de pionnier, équipement contre les intempéries et nourriture) et, surtout, frappé par le développement technique des armements et des moyens de communication (télégraphe et chemin de fer). A l’instar de beaucoup de ses contemporains, il n’a cependant pas entrevu les transformations radicales de la guerre qui allaient découler du développement industriel. Sa perception a notamment été faussée par l’influence de la pensée de Jomini pour qui les principes de la stratégie sont immuables.

 

(© blogdefense.overblog.com)

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Obligation de servir (3)

Publié le par Dimitry Queloz

La Constitution et la loi sur l'organisation militaire de 1874

La Constitution de 1874 reprend l’obligation générale de servir adoptée dès 1848. Toutefois, l'article 20 restreint radicalement les compétences des cantons. Désormais, la législation militaire est du ressort de la seule Confédération, de même que l’instruction et l’armement. Les cantons ne sont plus que des organes d’exécution, dans le cadre fixé par la Confédération et sous sa surveillance. La nouvelle loi d'organisation militaire, adoptée quelques mois plus tard, organise ensuite l'armée selon un modèle qui durera près d’un siècle et demi.

Dans le domaine de l’obligation de servir, la nouvelle législation assure pour la première fois au principe d’obligation de servir une application complète au niveau fédéral. Les contingents cantonaux sont supprimés et chaque citoyen doit faire service entre 20 et 44 ans. L’armée fédérale se compose de deux classes: l’élite (20 à 32 ans) et la landwehr (33 à 44 ans). Les effectifs sont de 215'000 homme (120'000 pour l’élite et 95'000 pour la landwehr).

 

L’organisation du landsturm (1886)

En 1886, une extension de l’obligation de servir est adoptée, avec l'organisation du landsturm. Ce dernier représente la levée en masse de tous les citoyens âgés de 17 à 50 ans, aptes au service mais non-incorporés. Cette loi permet de mettre sur pied 200'000 hommes supplémentaires. Notons toutefois qu'une telle mobilisation n'aurait lieu qu’en cas de guerre et qu’il n’y a aucune obligation de service en temps de paix pour les hommes concernés. En fin de compte, cette loi a surtout pour but d’assurer le statut de belligérants à la levée en masse du peuple en cas de conflit.

 

La loi sur l’organisation militaire de 1907

Au milieu des années 1880, les autorités politiques et militaires sont d’accords pour dire que la loi de 1874 a atteint ses limites. Il y a cependant débat sur les modalités de la réforme à adopter pour moderniser l’armée. En 1895, un projet totalement centralisateur nécessitant une modification de la Constitution est rejeté en votation populaire, mettant un terme à tout projet de centralisation complète de l’armée jusqu’en 2004.

A la suite de cet échec, le débat reprend. Après une modification de l'organisation de la landwehr en 1897, il se transforme en conflit pour des raisons personnelles. Les vainqueurs de celui-ci - les officiers regroupés autour du futur général Wille - occupent les places importantes dans l'administration militaire et dans l'armée et peuvent commencer les réformes jugées nécessaires. La nouvelle loi sur l'organisation militaire, qui ne va toutefois pas aussi loin que ce que les réformateurs souhaitaient, entre en vigueur en 1907.

Le service militaire est désormais obligatoire entre 20 et 48 ans. Les classes d’âge se composent de la manière suivante: élite de 20 à 32 ans, landwehr de 33 à 40 ans et landsturm de 41 à 48 ans. Adoptée peu avant la Première Guerre mondiale et complétée par une organisation des troupes en 1911, la loi de 1907 permet la mise sur pied de 250'000 hommes pour les formations de combat et 200'000 pour les services auxiliaires au moment de la mobilisation générale.

 

Conclusion

En Suisse, l'obligation de servir se caractérise par la précocité, la durée et un lien intime avec le système de milice. Cette obligation, héritière des législations antérieures des cantons remontant au Moyen Age, est en effet inscrite dans la Constitution fédérale dès la création de la Suisse moderne en 1848, qui se montre ainsi beaucoup plus précoce que ses voisins dans ce domaine - par exemple, en France, le service universel n'est adopté qu'en 1905. D'autre part, contrairement à nombre de pays européens, l'obligation de servir a perduré sans interruption jusqu'à nos jours.  Si, avant 1874, le principe a connu des problèmes dans son application, son existence ne saurait être niée. Quant au lien avec le système de milice, il est, lui aussi, incontestable. Dès 1848, l'armée fédérale est essentiellement composée de miliciens, à l'instar des troupes cantonales des régimes politiques antérieurs. Ces trois caractéristiques - précocité, durée et lien étroit avec le système de milice - font que l’obligation de servir a marqué de son empreinte les mentalités individuelles et collective de notre pays bien davantage que dans d'autres Etats. Comme le souligne Monsieur Streit, abandonner l'obligation de servir représenterait une véritable rupture historique! (Fin)

 

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