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Articles avec #suisse tag

Rapport 2016 du SRC (4 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Lutte contre l’influence culturelle étrangère et promotion des normes chinoises

En cette période de globalisation et de circulation rapide de l’information via les différents médias, la Chine a mis en place une véritable politique de lutte contre l’influence culturelle étrangère et de promotion de ses propres normes. Cette importance accordée au soft power se traduit notamment par le développement d’un vaste réseau mondial d’instituts Confucius et l’ouverture de nombreux bureaux de la télévision centrale chinoise dans le monde entier.

Cette volonté de se prémunir des influences idéologiques externes s’explique par le fait que le système politique est de type communiste et autoritaire. Le rapport du SRC mentionne en effet un document du parti communiste chinois de 2013 mettant en garde contre les dangers que représentent notamment "la liberté de la presse, les droits de l’homme universels, la démocratie multipartite, l’Etat de droit et le constitutionnalisme".

Toutefois, l’attitude des autorités chinoises s’expliquent, selon nous, sans doute aussi par d’autres facteurs. Il ne faut pas négliger les aspects nationalistes de la posture chinoise. Le souvenir du "siècle de la honte nationale" durant lequel l’influence culturelle étrangère a été très forte, avec les conséquences négatives dont nous avons parlé, en est un. De plus, il ne faut pas oublier non plus que la Chine est un Etat multiséculaire et que sa culture est multimillénaire. Pourquoi devrait-elle accepter des normes extérieures en provenance de puissances sur le déclin ou beaucoup plus récentes qu’elle?

Les nouvelles Routes (maritimes et terrestres) de la Soie (© blogdéfense)

Les nouvelles Routes (maritimes et terrestres) de la Soie (© blogdéfense)

Emploi de la puissance économique comme moyen d’influence mondial

A travers les deux initiatives mentionnées – Routes de la Soie et Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) –, la Chine cherche à recréer l’ancien système des tributs. Comme à l’époque, le but est, via des investissements économiques massifs, de mettre en place "une nouvelle architecture économique régionale, qui va mettre les Etats environnants dans un rapport de dépendance accru vis-à-vis de la Chine". Le système, qui regroupera plus de 50 Etats d’Asie, d’Afrique et d’Europe, repose sur des accords bilatéraux. La Chine se trouve au centre de ce système hiérarchique et c’est elle qui "pilote le flux des biens commerciaux vers les pays rattachés".

En ce qui concerne plus directement la Suisse, le SRC voit le développement de la puissance chinoise comme une opportunité, mais aussi un risque. Si la Suisse profite de cette situation, notamment dans les domaines du tourisme et des exportations, le SRC perçoit au moins deux risques majeurs. Tout d’abord, la dépendance accrue de la santé économique helvétique vis-à-vis de la croissance économique chinoise. Un ralentissement économique ou une forte variation du yuan peuvent avoir un impact négatif important sur l’économie suisse.

L’autre risque réside dans le fait que la Chine pourrait devenir prochainement une concurrente pour certaines branches économiques suisses. En effet, les investisseurs chinois s’intéressent tout particulièrement à des secteurs dans lesquels la Suisse occupe une position dominante, comme les industries innovantes, les services financiers et le tourisme, et pour lesquels la Chine cherche à mener une politique de rattrapage. En investissant dans des entreprises suisses ou en les reprenant, la Chine acquiert un savoir-faire qu’elle ne possède pas et devient propriétaire de marques ayant une réputation mondiale de qualité.

De cette politique économique et culturelle chinoise, nous devrions, selon nous, retenir deux choses. Premièrement, le fait que la Chine ne laissera pas pénétrer sans rien faire des idéologies qui pourraient remettre en cause son unité et sa puissance. L’Occident devrait s’inspirer d’une telle attitude, notamment en ce qui concerne l’islamisme. Ensuite, il faudrait que nos dirigeants politiques aient toujours à l’esprit cette double politique de soft power et d'impérialisme économique dans le cadre de leurs relations avec la Chine et qu’ils ne se pâment pas d’aise et d’admiration lorsque des Chinois investissent massivement dans nos Etats ou rachètent nos fleurons économiques et industriels! (Fin)

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Rapport 2016 du SRC (3)

Publié le par Dimitry Queloz

Chine

Le thème central du rapport du Service de Renseignement de la Confédération est consacré à la Chine. Ce pays connaît un développement économique gigantesque depuis les réformes menées par Den Xiaoping à la fin des années 1970. Avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, la puissance chinoise s’est encore renforcée. En dépit de la crise de 2008 et de la nécessité de réformes économiques – actuellement, la croissance chinoise repose encore trop sur les exportations et les investissements dans les infrastructures –, la Chine est parvenue à sortir de la pauvreté 500 millions de personnes – l’équivalent de la population de l’Union européenne! – et elle est devenue la deuxième puissance économique mondiale. Sur le plan intérieur, le parti consolide son emprise sur l’Etat et la population, tout en luttant plus systématiquement contre la corruption qui gangrène le pays. Enfin, dans le domaine militaire, la Chine accorde désormais la priorité au développement de ses forces aériennes et de sa marine, au détriment de l’armée de terre, longtemps force privilégiée. Un deuxième changement d’importance a également eu lieu au cours des trois dernières décennies. La qualité prévaut désormais sur la quantité. La Chine développe ainsi des armements de meilleure qualité que précédemment, en collaboration avec d’autres Etats ou en recourant massivement à l’espionnage. Si les forces chinoises sont encore touchées par de nombreuses carences et que leurs capacités opérationnelles sont encore limitées, les progrès sont indéniables et laissent présager pour bientôt des possibilités de projection de forces et de puissance avec lesquelles les autres puissances devront compter.

Ce renforcement global de la puissance chinoise conduit à une présence accrue de l’Etat sur la scène internationale dans de nombreux domaines. Depuis quelques années en effet, outre les nombreux investissements économiques à l’étranger, en Afrique et en Europe notamment, les forces chinoises sont davantage présentes dans divers endroits du globe et les revendications sur certains territoires en mer de Chine se font plus agressives. Au vu de cette évolution, il était normal que le SRC se livre à un exercice de veille stratégique et nous livre ses conclusions sur le développement de ce pays et de sa puissance.

Budget militaire chinois (© blogdéfense)

Budget militaire chinois (© blogdéfense)

Du rapport, nous retenons les points suivants: l’influence de l’histoire sur la politique chinoise actuelle, la lutte contre l’influence culturelle étrangère et la promotion des normes chinoises, l’emploi de la puissance économique comme moyen d’influence mondial.

Influence de l’histoire sur la politique chinoise

Contrairement à de nombreux pays occidentaux qui se détournent de leur passé, la Chine se souvient de son histoire, en tire des enseignements et s’en inspire dans le développement de ses politiques étrangère et économique actuelles.

Entre la fin du Moyen Age et le milieu du XIXe siècle, la Chine contrôlait de nombreux territoires extérieurs grâce à un système régional de tributs. L’empereur chinois recevait des cadeaux et des hommages en échange de promesses de protection et de biens économiques. Cette grande période multiséculaire de prospérité sert actuellement de modèle à la mise en place de la politique économique axée notamment sur les "nouvelles Routes de la Soie" et le développement de l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), dont le but est de concurrencer/compléter le système de Bretton-Woods.

Le "siècle de la honte nationale" n’est pas oublié non plus par les dirigeants chinois. La Chine est encore actuellement profondément marquée par la période 1850-1950 au cours de laquelle elle a vu sa prospérité économique décliner, sa puissance politique humiliée et certains de ses territoires occupés du fait de l’ingérence occidentale et japonaise. Par le développement de sa puissance, elle cherche à effacer cette période, à éviter d’en revivre une seconde, à occuper à nouveau une place centrale en Asie et à limiter l’influence des autres puissances dans la région. (A suivre)

Conflits territoriaux en mer de Chine (© blogdéfense)

Conflits territoriaux en mer de Chine (© blogdéfense)

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Rapport 2016 du SRC (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Union européenne

L’actualité montre la pertinence du rapport du Service de Renseignement de la Confédération en ce qui concerne la situation de l’Union européenne. Le document souligne en effet que cette dernière doit faire face à une triple crise – crise de la dette, crise institutionnelle et crise du terrorisme – dont les conséquences à court et à moyen termes seront lourdes tant sur le processus d’intégration que sur le niveau de prospérité économique des membres. Le SRC présente un avenir plutôt sombre pour le Vieux Continent, comme en témoigne ce passage choc, mais plein de réalisme: "la gestion des crises politiques et économiques, difficile depuis plusieurs années, a affecté la confiance entre les Etats membres. Même si l’UE, l’euro et le marché commun devaient survivre à cette longue série de crises, les charges qui pèsent lourdement sur les caisses étatiques et l’instabilité persistante du système bancaire européen retarderont la relance économique et augmenteront les tensions sociales."

Publié deux mois avant la décision britannique de quitter l’Union européenne – le SRC se montre prudent à propos du référendum britannique, mais il souligne que sa simple existence démontre bien "que l’intégration européenne n’est pas irréversible" –, le rapport insiste sur la remise en cause du processus d’intégration européen. "Il est de plus en plus difficile d’obtenir des majorités politiques pour des solutions qui concernent l’ensemble de l’UE. Une Europe à plusieurs vitesses est en passe de se concrétiser: les décisions prises unilatéralement par certains pays se multiplient, de même que les demandes d’exceptions nationales. Dans les cas de crise aiguë, la suspension de règles européennes communes est déjà devenue réalité."

Outre les problèmes économiques et financiers, le Service de Renseignement de la Confédération évoque deux raisons à cette désintégration institutionnelle de l’UE, la crise migratoire et la menace terroriste. Même s’il faudrait encore ajouter la question fondamentale de la nature des institutions européennes, on ne saurait être plus pertinent, comme le montrent notamment les motivations qui ont conduit les Britanniques à dire "oui" au Brexit le 23 juin dernier.

Russie

A propos de la Russie, le rapport du Service de Renseignement de la Confédération confirme la fin de la période de détente d’un quart de siècle entre l’Est et l’Ouest qui a succédé à la chute de l’Union soviétique. Le conflit entre la Russie et l’Occident n’est "pas un phénomène éphémère" et prend un caractère de plus en plus militarisé. Les quelques lignes suivantes résument les deux possibilités d’évolution envisagées par le SRC: "Les possibilités réalistes de développement en matière de politique de sécurité en Europe se limitent désormais à deux grandes catégories: l’une au sein de laquelle une entente entre l’Est et l’Ouest limite suffisamment tôt les conflits le long des zones d’influence qui se dessinent sur le continent, l’autre dans le cadre de laquelle la spirale de la violence va progressivement se renforcer dans les années à venir."

Moyen-Orient et terrorisme islamiste

Selon le Service de Renseignement de la Confédération, l’année 2015 marque un tournant. Pour la première fois, les conséquences des révoltes arabes de 2011 atteignent réellement et concrètement l’Europe, avec l’arrivée massive de migrants et les actes terroristes djihadistes. Pour le SRC, la situation ne devrait pas s’améliorer à court terme. D’une part, l’Etat islamique "devrait maintenir le contrôle sur les territoires qui lui sont propres, même si ces derniers, au vu des succès militaires de ses adversaires, se rétrécissent. Un écrasement militaire durable de l’"Etat islamique" en Irak et en Syrie est improbable en 2016 car ce groupe continue de mettre à profit les faiblesses de ses opposants. Avec ses démonstrations de puissance, qui s’étendent de l’Irak et de la Syrie à la Libye en passant par le Liban et l’Egypte, l’"Etat islamique" remet en question la légitimité précaire des frontières étatiques et l’ordre postottoman en place depuis une centaine d’années au Proche et au Moyen-Orient." D’autre part, la guerre civile en Syrie ne devrait pas trouver de solution politique durable à brève échéance, en dépit du renforcement des opérations militaires.

En ce qui concerne la Suisse, le SRC reprend largement ce qu’il avait déjà énoncé précédemment. Notre pays fait partie de l’espace occidental et est, à ce titre, une cible potentiel des terroristes djihadistes, même s’il ne constitue pas une cible prioritaire. La Suisse est sur la liste des ennemis de l’Etat islamique comme le montre bien une vidéo dans laquelle le drapeau helvétique "figurait aux côtés de 60 drapeaux d’Etats visés par des attentats."

Un dernier point du rapport nous paraît important, avec lequel nous ne somme pas d’accord. Le SRC considère que les questions migratoires ne font pas directement partie de la politique de sécurité, même si elles peuvent les influencer, notamment via l’infiltration de groupes terroristes parmi les migrants ou les réactions des groupes d’extrême droite ou d’extrême gauche face à l’arrivée de ces derniers. Dans le cadre du choc de civilisations qui est en train de se jouer, l’arrivée massive de migrants à majorité islamiste représente au contraire une réelle menace existentielle pour les pays d’accueil. En effet, beaucoup d’entre eux ne chercheront pas à s’assimiler et viendront grossir les rangs de communautés de plus en plus revendicatrices. Même s’ils ne sont que quiétistes, les islamistes dit modérés constitueront l’eau dans laquelle prospéreront les poissons djihadistes, comme le montre clairement les exemples d’implantation des différents groupes salafistes dans le monde depuis près d’un siècle. (A suivre)

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Rapport 2016 du SRC (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme d’habitude à cette période de l’année, le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) vient de publier son rapport d’analyse sur la situation internationale. Le document s’inscrit dans la tendance dessinée depuis le début de la décennie. On retrouve en effet les grandes caractéristiques de l’environnement stratégique définies dans les analyses de situation précédentes, ainsi que les menaces majeures et les principaux dangers perçus depuis quelques années par le SRC, notamment le terrorisme pour motifs religieux et ethno-nationalistes, la Russie, les extrémismes de gauche et de droite, la prolifération et le service de renseignement prohibé. L’institution s’est toutefois livrée à un très intéressant exercice de veille stratégique qui constitue le thème central du rapport: le développement de la Chine en tant que "facteur global de puissance". Nous vous en reparlerons dans un prochain article.

"Chaos" international et souveraineté en matière de renseignement

Dans l’avant-propos, le nouveau chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS), M. le Conseiller fédéral Guy Parmelin, insiste, ce qui n’est pas une nouveauté, sur la détérioration et la complexification de la situation internationale. D’une part, l’environnement stratégique de la Suisse se caractérise de plus en plus par un développement du nombre d’acteurs, étatiques ou non, jouant un rôle, positif ou négatif, dans le domaine – Guy Parmelin parle de "fractionnement" pour traduire cette nouvelle réalité que le discours décrit de plus en plus fréquemment par le terme de "chaos". D’autre part, de nouveaux dangers et menaces imprévisibles peuvent apparaître rapidement, créant une insécurité permanente et la possibilité de surprises stratégiques.

Dans ce cadre incertain et imprévisible, Guy Parmelin insiste, par le biais d’une métaphore maritime – dans une tempête, un navire ne fait confiance qu’à son propre radar, même s’il peut recevoir des informations d’autres bâtiments –, sur la nécessité pour la Suisse de conserver sa souveraineté en matière de recherche et d’acquisition de renseignement. Il rappelle également l’importance fondamentale de cette étape dans le processus de décision politique. Première phase de ce dernier, elle conditionne l’appréciation de la situation qui, elle-même, permet ensuite de déterminer la politique de sécurité et les moyens de sa mise en œuvre. Pour le nouveau Conseiller fédéral, cela implique, et nous lui donnons totalement raison, la volonté et la possibilité de rechercher et d’analyser des informations de manière autonome. D’où l’importance accordée dans les dernières lignes du texte à la nouvelle loi sur le renseignement sur laquelle les citoyens suisses se prononceront le 25 septembre prochain!

Russie, Union européenne et Moyen-Orient: la triade de l’environnement stratégique suisse

L’environnement stratégique de la Suisse est conditionnée par trois crises de longue durée qui interagissent, voire, dans certains cas, se renforcent mutuellement: les crises économique et institutionnelle dans l’Union européenne, la crise avec la Russie, les guerres au Moyen-Orient qui engendrent d’importants mouvements migratoires ainsi qu’une menace terroriste croissante. (A suivre)

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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Nouvel avion de combat: début de l’évaluation

Publié le par Dimitry Queloz

En mai 2014, le peuple suisse a refusé – 53,4% de non – d’acheter 22 avions de combat Gripen E destinés à remplacer les F-5 Tiger en service depuis plus de 30 ans. A l’époque, nous avions souligné que ce refus allait durablement affaiblir les Forces aériennes helvétiques, même si une nouvelle procédure d’acquisition était relancée rapidement. Le calendrier présenté par le nouveau Conseiller fédéral Guy Parmelin dans le cadre de l’annonce du lancement des travaux préparatoires pour évaluer un nouvel avion de combat confirme nos craintes.

La nouvelle procédure d’acquisition fera débuter les premiers travaux préparatoires au printemps prochain. Le choix du type d’appareil est prévu pour 2020 et la livraison des premiers avions pour 2025. D’ici là, les F-5 Tiger restants, déjà actuellement complètement dépassés, auront tous été retirés du service depuis plusieurs années. Les capacités d’engagement des Forces aériennes reposeront donc, pour la prochaine décennie, sur les seuls 31 F/A-18 encore disponibles. On est bien loin des 50 à 60 appareils considérés comme nécessaires pour remplir les missions assignées!

Eurofighter F-2 de la Royal Air Force (© wikimédia)

Eurofighter F-2 de la Royal Air Force (© wikimédia)

A partir de 2025, les premières livraisons du nouvel avion ne changeront pas grand-chose à la situation. En effet, bien que modernisés récemment, les F/A-18 arriveront en fin de carrière à ce moment-là. Dans un premier temps, l’entrée en service des futurs avions permettra juste de compenser le retrait de ces derniers. Le risque d’une diminution capacitaire dans la seconde moitié de la décennie 2020 est même possible, par exemple si un retard dans la procédure d’acquisition se produit. Pour éviter un tel scénario, le Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) évoque la possibilité de prolonger la durée de vie des F/A-18. Le coût de cette remise à niveau s’élèverait à 500 millions de francs et elle ne permettrait pas d’aller au-delà de cinq ans supplémentaires. D’une part, les avions auront dépassé les trente ans d’âge et seront au bout de leur potentiel. D’autre part, le constructeur Boeing cessera de produire les mises à jour des logiciels à partir de 2023. Ainsi, ce n’est qu’une fois les F/A-18 remplacés, soit vers la fin des années 2020, que les capacités des Forces aériennes pourront être réellement augmentées, à condition d’acheter un nombre d’appareils suffisant.

Rafale français au décollage sur l'aérodrome d'Emmen (© wikimédia)

Rafale français au décollage sur l'aérodrome d'Emmen (© wikimédia)

Le choix du type d’avion se fera dans quatre ans. La situation aura sensiblement évolué par rapport à la dernière procédure, même si les mêmes avions – Rafale, Eurofighter, Gripen – se trouveront certainement sur la liste des possibilités d’achat. L’évaluation n’est donc pas jouée et il n’est pas sûr que le Gripen l’emporte à nouveau.

En ce qui concerne l’appareil de Dassault, le standard F-3R sera disponible, avec de nouveaux équipements, notamment un radar AESA et la capacité de tirer le missile Meteor. De son côté, l’Eurofighter pourra être acheté dans sa version T3. Celle-ci présente des caractéristiques nettement supérieures par rapport aux précédentes. L’avion est véritablement devenu multi-rôles, avec la capacité de tirer des missiles de croisière. Comme le Rafale, il peut être équipé d’un radar AESA et il est en mesure de tirer le missile Meteor. Quant au Gripen, on ne pourra plus lui reprocher de n’être qu’un avion en projet. Le développement de l’appareil s’est en effet poursuivi. Le prototype de la version E vole depuis une année et le premier exemplaire de série devrait sortir d’usine cette année. L’entrée en service dans l’armée de l’air suédoise est prévue pour 2019.

F/A-18 E Super Hornet de l'US Navy (© wikimédia)

F/A-18 E Super Hornet de l'US Navy (© wikimédia)

En plus de ces trois appareils, d’autres pourraient aussi être pris en considération. Le Super Hornet de Boeing est un candidat potentiel. L’avionneur américain s’était toutefois retiré de la procédure d’évaluation précédente, jugeant le marché trop petit. Par ailleurs, des doutes existent quant à la production de l’appareil au-delà de 2020. La chaîne de montagne de St-Louis devait initialement être fermée en 2017, mais le vieillissement prématuré du F/A-18 C/D en raison d’une utilisation plus intense que prévue, les retards du programme F-35 et les succès récents à l’exportation conduiront certainement à un report de la date de fermeture. Le F-35 sera-t-il aussi évalué? Divers obstacles semblent s’opposer à cette hypothèse – coût à l’achat et à l’exploitation, impossibilité de participer au développement de l’appareil, difficultés et retards du programme. Une chose est cependant certaine à ce propos: au moment de l’établissement d’une première liste d’appareils potentiels, il y aura davantage de certitudes quant à la fiabilité et aux performances de l’appareil.

F-35 A de l'US Air Force (© wikimédia)

F-35 A de l'US Air Force (© wikimédia)

L’actualité mettant en évidence les qualités des avions de combat russes, il est permis de se demander si des Mig ou des Soukhoï seront également pris en considération. Une telle décision serait particulièrement audacieuse de la part du DDPS. Comme les critères techniques ne sont pas les seuls à être pris en compte dans ce genre d’achat, il est cependant permis d’en douter. Sans même parler des questions politiques, ces appareils poseraient sans doute de grands problèmes en matière d’interopérabilité avec les forces aériennes de nos voisins.

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