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Articles avec #suisse tag

Le général Jomini

Publié le par Dimitry Queloz

SAINTE-BEUVE, Charles-Augustin, Le général Jomini. Etude, Nancy, Editions Le Polémarque, 2014, 124 pages

Saluons cette belle initiative des éditions Le Polémarque qui rééditent la biographie du général Jomini écrite par Sainte-Beuve, texte qui n’avait pas connu de réimpression depuis 1880! Si l’auteur est actuellement peu connu et encore moins lu – sauf peut-être ses maximes –, il n’en était pas de même à la fin du XIXe siècle. Sainte-Beuve était en effet, à l’époque, un critique littéraire et un écrivain renommés. Il a également enseigné dans diverses universités, notamment à Lausanne où une rue porte son nom, et était membre de l’Académie française où il a été reçu en 1845 par Victor Hugo.

La démarche scientifique de Sainte-Beuve représente un des nombreux intérêts du livre. Si sa méthode d’analyse accordant une place prépondérante à la vie de l’auteur étudié prête le flanc à la critique dans le cadre d’études littéraires – voir à ce sujet le célèbre Contre Sainte-Beuve de Marcel Proust –, elle lui donne cependant les outils nécessaires lorsqu’il fait œuvre d’historien et de biographe. Sainte-Beuve emploie une large palette de sources. Il utilise avec beaucoup de précautions les écrits de Jomini, la biographie – certains diraient l’hagiographie – de Ferdinand Lecomte publiée une dizaine d’années plus tôt, même s’il en reprend certaines légendes, notamment celle sur les origines italiennes du Vaudois. Ayant connu Jomini, il fait également appel à ses propres souvenirs. Enfin, il n’hésite pas à consulter les archives du Dépôt de la guerre à Paris. Ces diverses sources sont comparées, critiquées, hiérarchisées.

Sainte-Beuve "dresse un portrait psychologique et moral" de Jomini. Il s’intéresse à sa personnalité dont il montre certains traits de caractère saillants. Ses côtés hypocondriaque et pleurnichard, qui lui servaient souvent d’excuses pour ne pas affronter certaines situations délicates ou justifier certains de ces actes, sont ainsi mis en évidence, de même que l’influence qu’une telle attitude a pu avoir sur sa carrière militaire. Apparaît également la double ambition jominienne de jouer un rôle majeur dans les événements tragiques de l’épopée napoléonienne qui bouleversent le Monde et de laisser une trace positive dans l’histoire. Sainte-Beuve souligne ainsi les arrangements de Jomini avec l’histoire, à l’image de l’épisode de l’entretien de Mayence avec l’Empereur – épisode qui a fait de lui le "devin de Napoléon" –, le contrôle exercé sur la biographie de Lecomte dont certains passages sont dictés, voire corrigés, par ses soins.

Homme de lettres et peu au fait des aspects techniques de la guerre, Sainte-Beuve aborde peu la pensée militaire proprement dite de Jomini. Il présente les principales œuvres du Vaudois en fin d’ouvrage et souligne toute l’importance de l’apport de sa pensée dans l’histoire de la stratégie. Le Précis de l’art de la guerre est ainsi qualifié de "quintessence de l’art militaire (dont il constituera) la base permanente".

Terminons la présentation de cette très intéressante biographie écrite par une des grandes plumes du XIXe siècle en mentionnant qu’elle comprend également une introduction de David Auberson et une postface de Jean-Jacques Langendorf, tous deux spécialistes de Lecomte et de Jomini.

(© blogdefense)

(© blogdefense)

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Géraldine Savary et les avions de transport: Ca varie!

Publié le par Dimitry Queloz

Après le refus du Gripen il y a quelques mois, un nouveau débat à propos de l’aviation militaire agite le monde politique suisse. Dans ses missions extérieures, notre armée se trouve confrontée à des problèmes logistiques. Ne disposant pas d’avion de transport, elle dépend totalement des moyens aériens d’autres Etats pour transporter et ravitailler ses troupes engagées à l’étranger. Il en est de même en ce qui concerne les évacuations de ressortissants suisses en cas de situation politique ou sanitaire dangereuses. Pour remédier à ce double problème, le Président de la Confédération Didier Burkhalter, par ailleurs en charge du Département des Affaires étrangères, aurait proposé d’acheter des avions de transport au cours de l'année dernière, mais le Conseil fédéral aurait refusé. Certains parlementaires sont donc venus à la rescousse par le biais d’une motion préconisant d’acheter un tel avion. Si aucun type n’est proposé officiellement, une préférence semble se dessiner en faveur de l’Airbus A400M.

Airbus A400M au cours d'un vol d'essai dans la région de Toulouse. (© wikipédia)

Airbus A400M au cours d'un vol d'essai dans la région de Toulouse. (© wikipédia)

Parmi les signataires de la motion, Madame Géraldine Savary, Conseillère aux Etats socialiste vaudoise, qui défend le projet avec l’énergie et la conviction des nouveaux convertis. On l’a ainsi vue et entendue à plusieurs reprises dans les médias défendre la nécessité d’acquérir un avion de transport: "Cette année, nous avons dû renoncer à deux missions à l’étranger par manque de moyen de transport". Cet achat permettrait par ailleurs, toujours selon elle, de rejoindre le pool européen de transport militaire EATC réunissant la France, l’Allemagne, les pays du Benelux, l’Italie et l’Espagne. Madame Savary est même allée jusqu’à citer les trois missions de l’armée inscrites dans la Constitution pour soutenir l’achat – espérons qu’elle fera bon usage de ce savoir auprès de ces petits camarades Socialistes et Verts qui ne cessent de déclarer que les missions de l’armée sont mal, voire pas du tout, définies!

Mais au fait, pourquoi cette carence en moyens de transport aérien dans notre armée, et à qui la faute? Au chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports et au haut commandement de l’armée qui ne sont capables d’envisager qu’une défense militaire classique du pays, comme l’a écrit si péremptoirement Jacques Pilet en octobre dernier dans L’Hebdo?

Que nenni! Retour en décembre 2004 sur un épisode semble-t-il largement oublié mais dont les détails rappellent curieusement ceux du débat actuel qui n'a donc pas grand'chose de neuf. Cette année-là, le Conseil fédéral propose, dans le cadre du Programme d’armement, d’acheter deux avions de transport C-295 fabriqués par le constructeur espagnol CASA. Cette proposition est le résultat de l’expérience des premiers engagements militaires suisses à l’étranger au lendemain de la Guerre froide, notamment l’opération ALBA au cours de laquelle la Suisse a déployé un petit contingent de 50 hommes et trois hélicoptères dans le cadre de missions humanitaires en Albanie. L’absence d’avion de transport avait conduit à dépendre de l’étranger. Des évaluations avaient alors été faites en 1999 et le C-295 avait fini par être choisi après un long débat au cours duquel les critiques envers le projet avaient été nombreuses. L’idée n’était pas de disposer d’une autonomie complète en matière de transport aérien, mais de pouvoir intégrer le pool de transport européen alors en cours de création.

C-295 des Forces aériennes espagnoles. (© wikipédia)

C-295 des Forces aériennes espagnoles. (© wikipédia)

A la suite de l’acceptation du Programme d’armement 2004 par le Conseil des Etats, le Conseil national se prononce le 16 décembre. La proposition d’acheter le C-295 rencontre l’opposition conjuguée de la gauche, Verts et Socialistes, et de l’UDC, qui s’oppose à tout engagement militaire à l’étranger. L’argumentation de la gauche est plus complexe. Outre l’opposition systématique traditionnelle à l’armée et la proposition, tout aussi traditionnelle, de résoudre le problème par le biais d'une coopération avec des Etats voisins, on peut sentir une large méfiance envers les opérations extérieures à un moment où les Américains et l’OTAN sont en pleine frénésie interventionniste.

Après d’importants débats et l’emploi de tous les moyens possibles pour torpiller le projet, l’achat du C-295 est refusé par 100 voix (dont 13 Verts, 40 Socialistes, 37 UDC) contre 76 et 9 abstentions. Le débat continue l’année suivante dans le cadre de la procédure de conciliation entre les deux chambres, mais chaque camp reste sur ses positions. Le 17 mars 2015, le projet est définitivement enterré et la décision met ainsi fin à l'ambition d’autonomie logistique de l’armée dans le cadre de ses engagements extérieurs.

Encore un détail: parmi les opposants de 2004 à l’achat de l’appareil, une certaine Géraldine Savary, alors Conseillère nationale socialiste vaudoise!

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DEVA ou la fin de l'euphorie kantienne (3 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

La fin de l’"euphorie kantienne"

Avec la réforme DEVA, l’armée tourne la page de l’"euphorie kantienne" apparue à la fin de la Guerre froide. Cette utopie inspirée des Lumières, largement diffusée dans les milieux politiques, intellectuels et même militaires, consistait à croire que l’Europe se trouvait dans une situation de paix durable suite à la chute du Mur de Berlin et à la disparition du bloc communiste, que la démocratie et le libre marché allaient s'imposer dans le Monde entier, que les relations entre Etats désormais démocratiques et peuplés de consommateurs heureux deviendraient pacifiques. Un quart de siècle plus tard, cette vision idéalisée et occidentalocentrée des relations internationales a montré toutes ses limites. Contrairement à ce que certains pensaient, l'histoire ne s'est pas arrêtée, bien au contraire!

Cette nouvelle posture de l'armée représente une autre facette du réalisme évoqué précédemment et montre l’intégration de la détérioration de la situation internationale dans la réflexion stratégique du Conseil fédéral et du Commandement de l'armée. Les attentats du 11-Septembre, la crise de l’Euro, le printemps arabe qui s’est rapidement transformé en hiver islamiste, la crise ukrainienne ont conduit à un revirement à 180°. Il n’est plus question de "Ten-Year Rule", ni de montée en puissance de l’armée avant d’être en mesure de répondre à une situation de crise. L’armée adopte désormais une nouvelle stratégie des moyens qui doit lui permettre de remplir ses missions rapidement, dans la durée et d’emblée avec des forces relativement importantes en dépit d’effectifs diminués.

Trois des quatre objectifs de la nouvelle organisation vont dans ce sens. L’armée doit tout d’abord être bien instruite et entièrement équipée de matériels modernes. Il n’est plus prévu de disposer d’une longue période pour parfaire l’instruction et acheter les équipements nécessaires avant un engagement d’envergure. La suppression des formations de réserve, mal entraînées et sous-équipées, doit permettre de dégager les moyens nécessaires pour doter toutes les troupes de leur dotation réglementaire en matière d’équipements et d’armements. La réintroduction d’une procédure de mobilisation rapide de l’armée, supprimée avec Armée XXI, constitue une autre facette de cette nouvelle stratégie des moyens. Notons enfin que, comme le souligne le message du Conseil fédéral, ces trois objectifs ont également pour but de donner un signal clair à l’étranger: la Suisse veut et a les moyens de se protéger et de se défendre avec des moyens militaires si cela est nécessaire. Vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, voilà un beau retour au concept de dissuasion!

Le concept de planification des missions et des engagements montre également la volonté de pouvoir faire face immédiatement à des situations de crises imprévues. Il distingue entre les prestations à fournir en permanence (par exemple la police de l’air), celles qui sont prévisibles comme la protection de conférences et, enfin, celles qui sont imprévisibles comme les catastrophes naturelles et les menaces terroristes. Pour répondre aux deux premières situations, l’armée dispose des formations professionnelles et en cours de répétition dont les engagements peuvent être planifiés en conséquence. En ce qui concerne les situations imprévisibles, le concept prévoit une réaction rapide, en trois temps. Les troupes professionnelles et en service doivent être en mesure de soutenir les autorités et les moyens civils en moins de quatre jours. Cinq bataillons de logistique et un bataillon de circulation et de transport ayant une disponibilité élevée doivent ensuite permettre l’engagement de 35'000 hommes dans les jours suivants. La conception de la logistique est ainsi désormais orientée vers le soutien des formations mobilisées et ne répond plus du tout à une logique d’économie d’entreprise comme c’est le cas actuellement.

Enfin, notons que le message du Conseil fédéral insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de maintenir de manière durable la capacité de défense "classique" de l’armée. Si des spécialisations sont nécessaires, si les Divisions territoriales chargées essentiellement de l’appui aux autorités civiles deviennent une des composantes majeures de l’armée, toutes les troupes doivent être en mesure de remplir des missions de défense. (Fin)

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DEVA ou la fin de l'euphorie kantienne (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Une réforme marquée du sceau du réalisme

La réforme DEVA est marquée du sceau du réalisme. Elle tient en effet bien mieux compte que les deux précédentes organisations militaires des contraintes financières, démographiques et économiques propres au pays, ainsi que des limites du système de milice. Le fait d’inscrire la nouvelle réforme dans un cadre réaliste dans ces différents domaines doit être salué. L’armée vient de traverser en moins de vingt ans deux réformes majeures qui ont conduit à des impasses pour ne pas avoir suffisamment tenu compte de ces facteurs – notons toutefois que les problèmes de financement sont largement dus à la versatilité parlementaire. On ne peut donc qu’applaudir à la volonté de réaliser une réforme pérenne, économiquement et démographiquement viable dans le long terme. Cette stabilité est une question de survie pour notre armée qui ne peut, de par le système de milice, digérer de constantes réformes.

En ce qui concerne les moyens, c’est-à-dire le budget et les effectifs, le message du Conseil fédéral insiste sur la nécessité de maintenir un équilibre durable entre les ressources économiques et démographiques à disposition et les prestations à fournir. La diminution des effectifs et la faible augmentation du budget pèseront certes sur certaines capacités, notamment le combat classique, et c’est regrettable. L’évolution démographique, avec une baisse de la natalité, ne peut cependant pas être ignorée. Il est par ailleurs illusoire de penser, dans le contexte économique et politique actuel, et même si la situation internationale s’est notablement dégradée au cours de ces dernières années, que le Parlement accordera des moyens budgétaires nettement supérieurs qui permettraient de financer une armée moderne aux effectifs beaucoup plus importants.

A propos des effectifs et des moyens matériels, soulignons encore que la situation future ne sera pas fondamentalement différente (ni pire) qu’actuellement. La diminution des effectifs n’est en effet pas aussi importante qu’il y paraît au premier abord. Celle-ci est largement obtenue par la suppression des formations de réserve mal équipées et peu entraînées, donc peu disponibles à court et moyen termes – seules 20 formations actives sont supprimées sur un total de 72. Les 40'000 hommes du volant de "réserve" sont en outre bien mieux intégrés dans l’armée – leur disponibilité est donc supérieure – que les réserves d’Armée XXI. Quant aux moyens matériels, ils ne diminueront pas du fait de la réforme: les 134 chars de combat, les 133 obusiers et les 32 avions de combat qui équipent les brigades blindées et les forces aériennes resteront en service. L’élimination progressive des matériels désaffectés et obsolètes viendra par ailleurs redonner des capacités budgétaires supplémentaires pour l’acquisition de nouveaux moyens modernes indispensables dans les prochaines années.

La réforme de l’instruction constitue un deuxième aspect de ce réalisme de bon aloi. Armée XXI, désirant diminuer la charge de service des cadres, a raccourci la durée de leur école de recrues et celle de leurs paiements des galons. Il en a résulté des sous-officiers et des officiers plus jeunes et moins expérimentés. Le retour au système antérieur, avec une école de recrues complète pour tous et des paiements des galons dans le cadre d’écoles de recrues elles-aussi complètes, tient bien davantage compte des limites de notre système de milice, où les écoles de cadres sont moins longues que dans certaines armées professionnelles, ainsi que de l’expérience de vie et du commandement, forcément restreinte, de la jeunesse. Ce retour en arrière permettra de redonner aux cadres de milice une meilleure instruction technique et, surtout, une expérience dans la conduite des troupes, ainsi qu’une maturité dans la gestion des affaires humaines qui font actuellement défaut et qui constituaient des qualités importantes d’Armée 61 et d’Armée 95.

Enfin, le réalisme de la réforme tient aussi au fait qu’elle prend mieux en compte d'autres aspects du système de milice où les intérêts de l’économie, de la jeunesse et de l’armée sont en concurrence. Le raccourcissement de la durée des écoles de recrues et des cours de répétitions, la meilleure harmonisation des calendriers des services d’instruction de base avec ceux des universités et des hautes écoles devraient permettre de mieux concilier l’ensemble de ces intérêts. C'est le seul moyen si l'on veut éviter que les jeunes désireux de grader ne perdent un temps précieux dans leur formation civile ou finissent par renoncer devant de trop grands sacrifices, d'autant que le contexte actuel de la mondialisation et de la libre circulation des travailleurs exerce de fortes contraintes sur la vie professionnelle. (A suivre)

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DEVA ou la fin de l'euphorie kantienne (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Après Armée 95 et Armée XXI, l’armée suisse s’apprête à vivre une nouvelle réforme – DEVA, pour Développement de l’armée – dont les Chambres fédérales ont commencé à débattre au cours de leur dernière session. Les délibérations se poursuivront jusqu’en 2015 et la nouvelle organisation de l’armée, une fois acceptée par le Parlement et si aucun référendum n’est lancé, devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2017.

Cette réforme constitue un retour au réalisme et marque la fin de l’euphorie kantienne née au lendemain de la chute du mur de Berlin. Avant de développer plus largement ces deux aspects dans de prochains articles, voici, dans ses grandes lignes, le projet DEVA.

Le cadre politico-budgétaire

Le message du Conseil fédéral du 3 septembre dernier fixe clairement le cadre politico-budgétaire de la nouvelle réforme. Le principe de neutralité de la Suisse est maintenu. De ce fait, la marge de manœuvre politique est étroite en ce qui concerne la coopération avec les Etats voisins. Celle-ci peut avoir lieu dans des domaines comme l’instruction, le partage d’informations et de renseignements, l’acquisition d’armements. En revanche, les possibilités de collaboration en matière d’engagement sont beaucoup plus restreintes, sauf en ce qui concerne la promotion de la paix. Il serait, par exemple, juridiquement très difficile de constituer une police de l’air totalement intégrée avec un ou plusieurs de nos voisins et absolument impossible de participer à la mise en place du système antimissiles développé par l’OTAN.

Les trois missions de l’armée – la défense, l’appui aux autorités civiles et la promotion de la paix – sont également maintenues. Définies dès le milieu des années 1990 – voir l’article 1 de la loi du 3 février 1995 sur l’armée – elles ont été reprises depuis lors dans tous les grands documents relatifs à l’organisation de l’armée et à la politique de sécurité: Constitution fédérale (article 58, alinéa 2), rapports sur la politique de sécurité de 2000 et de 2010, plan directeur de l’Armée XXI, rapport sur l’armée de 2010.

Quant au budget, il est, selon le vœu du Parlement, légèrement augmenté après plusieurs décennies de baisse ou de stagnation. Sa limite supérieure est désormais fixée à 5 mia de francs par année.

Une structure simplifiée et une instruction réorganisée

L’armée voit ses effectifs diminuer. Ils sont réduits à 100'000 militaires (effectifs réglementaires), qui permettent de constituer 106 bataillons, groupes et escadres, contre 178 aujourd’hui. Les effectifs réels sont toutefois de 140'000 hommes. Chaque formation dispose ainsi d’un volant de personnels de 40% permettant de maintenir ses effectifs réglementaires en dépit des dispenses diverses (obligations professionnelles, maladies, séjours à l’étranger…), causes fréquentes d’absence dans une armée de milice.

La structure de l’armée est simplifiée et comprend désormais trois domaines: instruction, engagement et appui, ce qui conduit à la création de deux nouvelles fonctions, toutes deux directement subordonnées au chef de l’armée: chef Opérations et chef Instruction. Le commandement des Opérations a comme principaux subordonnés directs les Forces terrestres – comprenant 2 brigades mécanisées, les forces spéciales et auxquelles peuvent être attribués des moyens supplémentaires – les 4 Divisions territoriales, dotées chacune notamment de 4 bataillons d’infanterie, la Police militaire et les Forces aériennes.

L’organisation de l’instruction est, elle aussi, largement revue et reprend nombre de principes des organisations antérieures. La nouvelle formation des cadres de milice vise à leur donner davantage d’expérience. Pour ce faire, les candidats à l’avancement suivent une école de recrues complète et paient leurs galons également dans une école de recrues complète, comme sous les régimes d’Armée 61 et, partiellement, d’Armée 95. Autre retour en arrière: le rythme bisannuel des écoles de recrues. Avec deux écoles par année au lieu de trois, le système espère une meilleure harmonisation entre le calendrier des services d’instruction de base et celui des universités et des hautes écoles, ainsi qu’une utilisation plus optimale des infrastructures d’instruction. Enfin, les écoles de recrues sont raccourcies, passant de 21 à 18 semaines, cette dernière durée étant considérée comme la limite inférieure pour donner une instruction suffisante.

Quant aux cours de répétition, ils passent de trois à deux semaines par année. Toutefois, il est prévu la possibilité d’ordonner périodiquement des cours de trois semaines. Le nombre de jours de service diminue ainsi de manière significative. Annuellement, il passe de 6 à 5 mio. De son côté, un soldat ne doit plus effectuer que 225 jours de service contre 260 actuellement. (A suivre)

Evolution des effectifs de l'armée depuis Armée 61. (© DDPS)

Evolution des effectifs de l'armée depuis Armée 61. (© DDPS)

Evolution du nombre des bataillons/groupes/escadres depuis Armée 61. (© DDPS)

Evolution du nombre des bataillons/groupes/escadres depuis Armée 61. (© DDPS)

Evolution des dépenses de la Confédération et de l'armée (valeurs réelles). (© DDPS)

Evolution des dépenses de la Confédération et de l'armée (valeurs réelles). (© DDPS)

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