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"La Suisse vigilante" (4 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

De Beaulieu à Vidy

Dans le concept initial de l’Expo 64, il n’est pas prévu d’attribuer à l’armée un secteur particulier du site de l’exposition qui se déroule à Vidy près de Lausanne. L’armée doit en effet être intégrée dans la Voie suisse de manière à montrer la symbiose avec la société civile et la démocratie. De plus, une grande exposition de matériels et d’armements est prévue au Palais de Beaulieu dans les halles nord du Comptoir.

A la fin de l’année 1962, l’armée se sent toutefois exclue du site principal de l’exposition. Le Palais de Beaulieu se situe loin de Vidy et l’on craint que les visiteurs ne s’y rendent pas en dépit de la mise en place d’un système de navettes spéciales. Il est donc décidé de changer de concept et de construire un pavillon de l’armée sur le site même de l’Expo 64. Cette présence est par ailleurs renforcée par l’organisation de journées de l’armée à l’exposition et sur la place d’armes de Bière.

Des publicitaires au service de l’armée

En raison du manque de temps – on est à moins d’un an et demi du début de la manifestation – et de la volonté de faire de la présence de l’armée à l’Expo 64 un outil de promotion d’Armée 61, l’armée fait appel à une agence de communication bien connue, la Dr. Rudolf Farner Werbeangentur AG. Son directeur, Rudolf Farner, est un spécialiste des médias et de la communication. Il a travaillé à la Weltwoche, a suivi une formation en marketing, vente et communication aux Etats-Unis et est un des pionniers de la communication commerciale et du lobbying en Suisse. Farner a également fondé la VFWW (Verein Sicherpolitik zur Förderung des Wehrwillens und der Wehrwissenschaft) ainsi que l’Action Liberté et Responsabilité. Ses liens avec l’armée sont par ailleurs très étroits. Colonel EMG, Farner est un proche du futur divisionnaire Gustav Däniker qui travaille au sein de son agence et sera le numéro 3 de l’organisation du pavillon de l’armée. Notons encore que l’Agence Farner conduit la campagne contre l’initiative anti-atomique en 1963.

Associé au graphiste Hans Looser, le Bureau Farner développe très rapidement un concept pour le pavillon de l’armée, ses bâtiments et les expositions et animations que le public allait pouvoir visiter. La réalisation du gros œuvre – la construction du pavillon nécessite 3'300 m3 de béton armé permettant notamment la réalisation des 141 pyramides de 3,5 t chacune destinées à la réalisation du "Hérisson", symbole de la défense helvétique tout au long de la Guerre froide – se fait ensuite en un temps record, notamment grâce à l’engagement des troupes du Génie.

Une visite en cinq étapes

L’exposition a pour but de délivrer un message simple et sans équivoque: la Suisse veut se défendre, aujourd’hui et demain, et elle dispose des moyens techniques les plus modernes pour y parvenir. L’espace et les animations sont ainsi scénarisés: l’architecture et le parcours en cinq étapes successives développant chacune une thématique et un message spécifiques ont pour fonction de convaincre le visiteur. La vision de la défense présentée correspond bien évidemment aux conceptions tactiques et opératives que Farner et Däniker préconisent depuis de longues années.

Le pavillon de l’armée est en rupture avec les devises – "Croire et créer pour demain" et "La Suisse de demain vous invite aujourd’hui" – et l’ambiance gaie et positive de l’Expo 64. Le visiteur commence en effet son parcours en traversant un champ de ruines symbolisant la guerre totale et l’apocalypse atomique et en étant soumis à une insidieuse propagande défaitiste exprimée par des voix affirmant l’inutilité des efforts de défense. Passé cette étape qui lui rappelle un passé récent et la possibilité d’un avenir différent de l’esprit des Trente Glorieuses, il pénètre dans le "Hérisson" où il assiste à un spectacle son et lumière. Sur une vaste carte en relief de la Suisse sont représentés, au moyen de 13'000 signaux lumineux, les infrastructures de défense de l’armée suisse: fortifications, barrages antichars, secteurs des grandes unités… Rassuré par de si nombreux préparatifs, le visiteur peut monter à l’étage pour le "clou" de l’exposition: assister à la projection du film "Nous pouvons nous défendre". Projeté sur trois écrans géants, le film met en scène la préparation et l’exécution d’une contre-offensive de l’armée suisse qui se termine naturellement par une victoire et une apothéose patriotique. Une fois ressorti du "Hérisson", le visiteur s’arrête devant un imposant mur sur lequel est écrit dans les quatre langues nationales "Notre destin est entre nos mains", référence directe à l’Exposition nationale de 1939, la Landi, où l’on pouvait lire, également dans les quatre langues: "Prêts à nous défendre." Enfin, le parcours se termine par la visite de l’exposition d’armes "preuves tangibles de l’existence de moyens de défense valables". En raison de l’espace réduit, seuls les matériels les plus modernes sont exposés.

Un film hollywoodien

Après la conférence, nous avons eu le plaisir d’assister à la projection du film "Nous pouvons nous défendre", dans une version restaurée présentée (probablement) pour la première fois en public dans son intégralité. Le film impressionne par la modernité de sa conception, la qualité de ses images et de la mise en scène, le rythme et le dynamisme de l’action, la puissance évocatrice des différentes scènes et de l’ensemble. Un demi-siècle plus tard, cette œuvre remarquable n’a pas pris une ride!

Une version "édulcorée", moins impressionnante et dont le début est sensiblement différent de celle projetée à l’Expo 64, est disponible sur Youtube. (Fin)

Tournage du film "Nous pouvons nous défendre". D'importants moyens techniques, notamment des caméras de 70 mm, ont été employés pour obtenir des effets spectaculaires. (© Médiathèque du DDPS)

Tournage du film "Nous pouvons nous défendre". D'importants moyens techniques, notamment des caméras de 70 mm, ont été employés pour obtenir des effets spectaculaires. (© Médiathèque du DDPS)

Entrée dans le "Hérisson". A l'arrière-plan, le "champ de ruines". (© Musée historique de Lausanne)

Entrée dans le "Hérisson". A l'arrière-plan, le "champ de ruines". (© Musée historique de Lausanne)

Spectacle son et lumière. Les 13'000 signaux lumineux montrent l'impressionnant système d'infrastructures de défense de la Suisse. (© Musée historique de Lausanne)

Spectacle son et lumière. Les 13'000 signaux lumineux montrent l'impressionnant système d'infrastructures de défense de la Suisse. (© Musée historique de Lausanne)

Exposition d'armements. Au premier plan, le Char-61 de fabrication suisse. (© Musée historique de Lausanne)

Exposition d'armements. Au premier plan, le Char-61 de fabrication suisse. (© Musée historique de Lausanne)

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"La Suisse vigilante" (3)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme annoncé il y a quelques semaines, nous avons assisté jeudi dernier à la conférence de David Auberson qui nous a parlé de l’armée suisse à l’Exposition nationale de 1964 (Expo 64), conférence suivie de la projection du film "La Suisse vigilante". La soirée s’annonçait fort intéressante et nous n’avons pas du tout été déçu. Ce fut une très belle prestation de la part du conférencier et nous avons le plaisir d’offrir à nos lecteurs une petite synthèse de ses propos.

Entre débats internes et remises en cause populaires

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, si l’armée sort renforcée politiquement et matériellement du conflit, elle doit faire face à une nouvelle situation géopolitique, stratégique, technique et sociale. D’une part, la Guerre froide qui s’installe rapidement conduit à s’interroger sur la défense de la Suisse face aux armées massives des deux grandes puissances et de leurs alliés. D’autre part, le développement de l’arme nucléaire implique également de repenser la conception de la défense. Si le cadre politique – la neutralité armée – est conservé, la doctrine et l’organisation sont totalement revues. Après les Organisations des troupes de 1947 et 1951, celle de 1961 donne à l’armée suisse une structure durable puisqu’elle ne sera modifiée qu’au lendemain de la Guerre froide. L’abandon de la stratégie du Réduit national ouvre un débat doctrinal dans lequel plusieurs conceptions – défensive statique, combat mobile, guérilla – s’affrontent. La doctrine finalement adoptée en 1966, la défense combinée, caractérisée par la mobilité et le combat interarmes, exige de posséder un armement moderne et offensif: chars, aviation, artillerie autopropulsée... Quant à l’adoption de l’arme atomique, le Conseil fédéral et le Haut commandement de l’armée y songent sérieusement dans les années 1950 et au début des années 1960. Finalement, et pour de multiples raisons, l’option est abandonnée et la Suisse signe en 1969 le traité de non-prolifération nucléaire.

La période 1950-1960 est également marquée par la contestation envers l’armée. Les opposants cherchent à diminuer le budget du Département Militaire Fédéral (DMF) – le ministère de la Défense – qui absorbe entre 30% et 40% des dépenses totales de la Confédération. Trois initiatives – dites initiatives "Chevallier" du nom de l’initiateur des trois projets – sont ainsi lancées en 1954-1955. Le peuple ne se prononce finalement sur aucune d’entre elles – la première est invalidée et les deux autres retirées en raison des événements de Hongrie –, mais le succès remporté au cours de la récolte des signatures montre que l’armée n’est plus une "vache sacrée", qu’elle peut être l’objet de critiques. Par ailleurs, la volonté de se doter de l’arme atomique fait également naître la contestation. Le peuple doit se prononcer sur deux initiatives anti-atomiques au début des années 1960. Si toutes deux sont rejetées, les cantons latins les acceptent, avec des majorités allant jusqu’à près de 70%! Enfin, la critique à l’encontre de l’armée atteint son paroxysme avec l’"affaire des Mirage" qui commence en 1964, au moment où a lieu l’Exposition nationale.

Une nouvelle stratégie de communication

Dans ce contexte de critique envers l’armée et de pessimisme par rapport aux chances qu’elle aurait de l’emporter en cas de guerre contre les grandes puissances dotées de l’arme atomique, le DMF lance une vaste campagne de communication visant à informer le citoyen-soldat-contribuable sur les mutations en cours en matière d’organisation, de doctrine et d’équipements et à le convaincre du bien-fondé de ces transformations. Cette campagne ne cherche toutefois pas seulement à atteindre un but intérieur. Elle a aussi un objectif extérieur: renforcer la dissuasion. Il s’agit en effet également de démontrer aux observateurs étrangers la crédibilité du système de défense, de leur faire comprendre que la Suisse est prête à défendre sa neutralité et sa souveraineté, que le prix à payer en cas d’attaque serait élevé.

La stratégie de communication du DMF emploie une vaste palette de moyens pour parvenir à ses fins. La distribution du Livre du soldat à tous les citoyens lors du recrutement en constitue un des principaux piliers. La préface de cet ouvrage, manuel d’instruction civique et militaire et de préparation à la réalité du combat, expose clairement les intentions du chef du Département: "à une époque où l’évolution des idées et des faits met en relief l’urgente nécessité de former des caractères, autorités politiques et chefs militaires ont à veiller à maintenir le contact avec le peuple, à faire appel à son raisonnement, à son libre arbitre, à son sens des responsabilités. Un travail d’information et d’éducation s’impose. Il faut que les hommes se lèvent pour reprendre les tâches de la vie publique et maintenir le patrimoine des valeurs matérielles et morales qui leur sont confiées par leurs devanciers."

Les défilés militaires, qui permettent de mettre en scène les armements les plus modernes de l’armée, représentent un autre volet de cette politique d’information. C’est ainsi qu’un "grandiose" défilé est organisé sur l’aérodrome militaire de Payerne en 1959, auquel assistent 180'000 spectateurs. Quelques années plus tard, c’est à Dübendorf que l’armée défile, avec plus de 35'000 hommes, que viennent voir plus de 200'000 personnes.

La présence de l’armée à l’Expo 64 s’intègre bien évidemment dans le cadre de cette stratégie de communication. Pour David Auberson, le mot d’ordre de cette participation est "CONVAINCRE". (A suivre)

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"La Suisse vigilante" (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme annoncé dans un précédent article, le Centre d'Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) organise le jeudi 30 octobre prochain au Centre Général Guisan à Pully une conférence sur l'armée suisse à l'Expo 64.

En complément d'information, nous tenons à vous signaler que le film "La Suisse vigilante", projeté après la conférence de David Auberson, le sera dans une version restaurée, avec son et couleurs d'origine, ce qui constituera probablement une première en Suisse romande! Venez donc nombreux à cette manifestation!

Des images du film et de son tournage sont disponibles sur les sites de la SRF et de la NZZ. En voici quelques-unes en provenance de ces derniers, en guise d'avant-première et pour vous mettre l'eau à la bouche, à deux semaines de la projection!

Combat mobile dans les Alpes: une mitrailleuse sur une luge

Combat mobile dans les Alpes: une mitrailleuse sur une luge

Attaque au lance-flammes en combat de localité. Une telle scène montre la volonté des auteurs d'impressionner le spectateur.

Attaque au lance-flammes en combat de localité. Une telle scène montre la volonté des auteurs d'impressionner le spectateur.

Chasseur-bombardier Hunter, l'avion de combat le plus moderne en service au début des années 1960. La Suisse en a acheté 160 au total, en trois séries.

Chasseur-bombardier Hunter, l'avion de combat le plus moderne en service au début des années 1960. La Suisse en a acheté 160 au total, en trois séries.

Appui aérien. Toutes les munitions employées pour le film étaient des munitions de guerre!

Appui aérien. Toutes les munitions employées pour le film étaient des munitions de guerre!

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"La Suisse vigilante" (1)

Publié le par Dimitry Queloz

En Suisse, l'année 2014 est particulièrement chargée en commémorations. Outre le centième anniversaire du début de la Première Guerre mondiale, notre pays commémore également le centenaire de la création de ses Forces aériennes ainsi que le cinquantenaire de l’Exposition nationale de 1964 (Expo 64) qui s’est déroulée à Lausanne.

L’Expo 64 est, pour l’armée suisse, l’occasion de se présenter et de se mettre en scène dans le cadre d’un pavillon en béton en forme de hérisson, symbole de la volonté de résistance du pays dans le contexte menaçant de la Guerre froide. Un film, "La Suisse vigilante", est également réalisé à cette occasion, avec d’importants moyens financiers, matériels et techniques, qui en font une production digne d’Hollywood. Ce film a pour but d’impressionner et non d’informer selon le vœu de deux de ses principaux concepteurs, Rudolf Farner – colonel EMG partisan d’une armée hautement mécanisée et mobile et d’une aviation équipée d’armes atomiques, Farner est, au civil, directeur d’une agence de publicité et de relations publiques pionnière dans l’introduction des méthodes publicitaires et de lobbying américaines – et Gustav Däniker – collaborateur, puis directeur de l'agence de Rudolf Farner, le divisionnaire Däniker est un penseur et un écrivain militaire de premier plan qui préconise également de se doter de l’arme atomique.

Racontant l’ultime combat victorieux de l’armée suisse contre un envahisseur étranger, le film montre toute la panoplie des moyens de défense en service à cette époque dans l’armée suisse: aviation, chars, artillerie, lance-flamme… dans une série d’actions dynamiques très impressionnantes. Il se termine par une apothéose patriotique composée de paysages alpins et de drapeaux à croix blanche.

"La Suisse vigilante" est un succès, même s’il y a aussi quelques critiques, notamment en provenance de la gauche. Plus de 4 millions de visiteurs voient le film et la plupart sortent enthousiasmés de la projection. Présenté à l’étranger sous le titre "Fortress of Peace", le film est même nominé pour les Oscar en 1966 dans les catégories "court métrage" et "film d’action", mais sans remporter de titre.

Dans le cadre des commémorations d’Expo 64, le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) organise le jeudi 30 octobre prochain au Centre Général Guisan à Pully une conférence au cours de laquelle l’historien David Auberson – voir notre article sur son ouvrage consacré à Ferdinand Lecomte et la guerre de Sécession – parlera de l’histoire du Pavillon de l’armée, de la Suisse à l'époque de la Guerre froide et de sa volonté de défense, de l’armée et du rôle joué par la Division mécanisée 1 dans l’organisation de la manifestation. La conférence sera suivie de la projection du film "La Suisse vigilante". La manifestation est ouverte au public et nous espérons avoir le plaisir de vous en donner un compte-rendu dans un prochain article.

Le pavillon de l'armée à l'Expo 64 en forme de hérisson (© CHPM)

Le pavillon de l'armée à l'Expo 64 en forme de hérisson (© CHPM)

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Les jeux et l’histoire se rencontrent

Publié le par Dimitry Queloz

En cette année de centenaire, le Musée suisse du jeu de La Tour-de-Peilz (en Suisse, près de Lausanne) présente une très intéressante exposition intitulée Les jeux et l’histoire se rencontrent. La Première Guerre mondiale. Dès la fin du XIXe siècle, les jeux de guerre connaissent un succès commercial important. Ainsi, le Jeu d’échecs de guerre, basé sur la situation internationale de l’époque marquée par la fin du système bismarckien et le début de la mise en place du système Delcassé, gagne une médaille d’or lors de l’Internationale Ausstellung mit Wettstreit für Hygiene, Volksernährung, Armeeverpflegung, Sport und Fremdenverkehr de Baden-Baden en 1896. Une dizaine d’années plus tard, en pleine guerre russo-japonaise, un éditeur allemand inconnu met sur le marché un jeu dont le but est "de pénétrer la Mandchourie et d’occuper Moukden". Au cours de la Première Guerre mondiale, le marché des jeux de guerre, particulièrement florissant, est multiplié par quatre et représente 8% de la production totale de l'industrie des jeux.

Les jeux présentés dans l’exposition s’inspirent fréquemment de jeux traditionnels très populaires. Plusieurs reprennent le principe de celui de l’oie, comme le Jeu de la guerre 1914 proposé par Rojoux et Schaufelberger de Genève. Adoptant le point de vue français, le but est bien évidemment de parvenir le plus rapidement possible à Berlin! Les échecs et les dames représentent une autre source d’inspiration. Les jeux de cette catégorie sont plus novateurs et complexes. Ils constituent des jeux de tactique ou de stratégie que l’on peut présenter comme les ancêtres de nos wargames actuels. Enfin, d’autres jeux sont des jeux d’adresse, comme le jeu trilingue allemand Unsere Luftflotte/Notre Flotte Aérienne/De Luchtvloot où le joueur doit renverser les éléments d’un campement de l’armée britannique au moyen d’une boule, simulant ainsi un bombardement aérien.

A l’instar de ce qui se fait dans le domaine de la littérature de l’époque, nombre de jeux montrent une véritable fascination pour les nouvelles technologies. Les navires de guerre et les sous-marins, les avions et les dirigeables, l’artillerie sont mis en scène. Côté français, le fameux canon de 75, dont certains officiers disaient qu’il était à la fois "Dieu de père, le Fils et le Saint-Esprit", occupe ainsi une place de choix. Un éditeur allemand inconnu va jusqu’à proposer dès 1915 un jeu exclusivement consacré à la grenade (Hurra! Mit Handgranaten vor!), arme ancienne et presque totalement disparue des arsenaux mais qui reprend de l’importance avec la guerre des tranchées.

Si les jeux se veulent avant tout instructifs et ludiques, ils sont également fortement marqués par l’esprit de l’époque. Le nationalisme et la propagande sont omniprésents. Dans les jeux français, on parle souvent du Boche plutôt que de l’Allemand. Le Jeu de la guerre 1914 comprend des cases sur lesquelles le joueur qui s’arrête doit crier "Vive les Alliés!" sous peine de se retrouver en prison. Dans la perspective de l’Entente, l’Allemagne représente l’adversaire fondamental. Le plateau du Jeu de la guerre 1914 prend ainsi de grandes libertés avec la situation géopolitique de l’époque. Seule l’Allemagne est représentée en tant qu’adversaire. Le nom de l’Autriche-Hongrie n’apparaît pas et son territoire semble se confondre avec celui de la Suisse! Quant au Giroulette, s’il distingue trois adversaires, les Allemands constituent les cibles de choix à abattre puisqu’ils rapportent trois points à chaque coup au but tandis que leurs alliés austro-hongrois et turcs n’en rapportent respectivement que deux et un chacun!

Notons encore que plusieurs des jeux exposés ont été édités en Suisse. L’un deux – On ne passe pas!/Wir halten fest! des éditions SPES (Säuberlin et Pfeiffer Editions Suisses, Lausanne) – met en scène la situation particulière de notre pays et envisage deux scénarios différents. Le premier est une invasion par les Empires centraux: "L’un des deux joueurs fait avancer les armées d’Outre-Rhin au nombre de cinq, qui violent la neutralité suisse pour pénétrer en France, ou en Italie. L’autre fait manœuvrer une armée suisse, laquelle, dès qu’elle juge bon, peut appeler à son secours l’armée française qui attend à Frasne ou l’armée italienne qui est cantonnée à Côme." Le second scénario est basé sur une invasion des Alliés: "Les pions noirs deviennent cinq armées franco-italiennes qui envahissent la Suisse (…) L’armée allemande et l’armée autrichienne sont alors supposées alliées de la Suisse."

Cette très intéressante exposition est à voir jusqu’au 16 novembre 2014.

 (© Musée suisse du jeu)

(© Musée suisse du jeu)

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