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Articles avec #suisse tag

"La Suisse vigilante" (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme annoncé dans un précédent article, le Centre d'Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) organise le jeudi 30 octobre prochain au Centre Général Guisan à Pully une conférence sur l'armée suisse à l'Expo 64.

En complément d'information, nous tenons à vous signaler que le film "La Suisse vigilante", projeté après la conférence de David Auberson, le sera dans une version restaurée, avec son et couleurs d'origine, ce qui constituera probablement une première en Suisse romande! Venez donc nombreux à cette manifestation!

Des images du film et de son tournage sont disponibles sur les sites de la SRF et de la NZZ. En voici quelques-unes en provenance de ces derniers, en guise d'avant-première et pour vous mettre l'eau à la bouche, à deux semaines de la projection!

Combat mobile dans les Alpes: une mitrailleuse sur une luge

Combat mobile dans les Alpes: une mitrailleuse sur une luge

Attaque au lance-flammes en combat de localité. Une telle scène montre la volonté des auteurs d'impressionner le spectateur.

Attaque au lance-flammes en combat de localité. Une telle scène montre la volonté des auteurs d'impressionner le spectateur.

Chasseur-bombardier Hunter, l'avion de combat le plus moderne en service au début des années 1960. La Suisse en a acheté 160 au total, en trois séries.

Chasseur-bombardier Hunter, l'avion de combat le plus moderne en service au début des années 1960. La Suisse en a acheté 160 au total, en trois séries.

Appui aérien. Toutes les munitions employées pour le film étaient des munitions de guerre!

Appui aérien. Toutes les munitions employées pour le film étaient des munitions de guerre!

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"La Suisse vigilante" (1)

Publié le par Dimitry Queloz

En Suisse, l'année 2014 est particulièrement chargée en commémorations. Outre le centième anniversaire du début de la Première Guerre mondiale, notre pays commémore également le centenaire de la création de ses Forces aériennes ainsi que le cinquantenaire de l’Exposition nationale de 1964 (Expo 64) qui s’est déroulée à Lausanne.

L’Expo 64 est, pour l’armée suisse, l’occasion de se présenter et de se mettre en scène dans le cadre d’un pavillon en béton en forme de hérisson, symbole de la volonté de résistance du pays dans le contexte menaçant de la Guerre froide. Un film, "La Suisse vigilante", est également réalisé à cette occasion, avec d’importants moyens financiers, matériels et techniques, qui en font une production digne d’Hollywood. Ce film a pour but d’impressionner et non d’informer selon le vœu de deux de ses principaux concepteurs, Rudolf Farner – colonel EMG partisan d’une armée hautement mécanisée et mobile et d’une aviation équipée d’armes atomiques, Farner est, au civil, directeur d’une agence de publicité et de relations publiques pionnière dans l’introduction des méthodes publicitaires et de lobbying américaines – et Gustav Däniker – collaborateur, puis directeur de l'agence de Rudolf Farner, le divisionnaire Däniker est un penseur et un écrivain militaire de premier plan qui préconise également de se doter de l’arme atomique.

Racontant l’ultime combat victorieux de l’armée suisse contre un envahisseur étranger, le film montre toute la panoplie des moyens de défense en service à cette époque dans l’armée suisse: aviation, chars, artillerie, lance-flamme… dans une série d’actions dynamiques très impressionnantes. Il se termine par une apothéose patriotique composée de paysages alpins et de drapeaux à croix blanche.

"La Suisse vigilante" est un succès, même s’il y a aussi quelques critiques, notamment en provenance de la gauche. Plus de 4 millions de visiteurs voient le film et la plupart sortent enthousiasmés de la projection. Présenté à l’étranger sous le titre "Fortress of Peace", le film est même nominé pour les Oscar en 1966 dans les catégories "court métrage" et "film d’action", mais sans remporter de titre.

Dans le cadre des commémorations d’Expo 64, le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) organise le jeudi 30 octobre prochain au Centre Général Guisan à Pully une conférence au cours de laquelle l’historien David Auberson – voir notre article sur son ouvrage consacré à Ferdinand Lecomte et la guerre de Sécession – parlera de l’histoire du Pavillon de l’armée, de la Suisse à l'époque de la Guerre froide et de sa volonté de défense, de l’armée et du rôle joué par la Division mécanisée 1 dans l’organisation de la manifestation. La conférence sera suivie de la projection du film "La Suisse vigilante". La manifestation est ouverte au public et nous espérons avoir le plaisir de vous en donner un compte-rendu dans un prochain article.

Le pavillon de l'armée à l'Expo 64 en forme de hérisson (© CHPM)

Le pavillon de l'armée à l'Expo 64 en forme de hérisson (© CHPM)

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Les jeux et l’histoire se rencontrent

Publié le par Dimitry Queloz

En cette année de centenaire, le Musée suisse du jeu de La Tour-de-Peilz (en Suisse, près de Lausanne) présente une très intéressante exposition intitulée Les jeux et l’histoire se rencontrent. La Première Guerre mondiale. Dès la fin du XIXe siècle, les jeux de guerre connaissent un succès commercial important. Ainsi, le Jeu d’échecs de guerre, basé sur la situation internationale de l’époque marquée par la fin du système bismarckien et le début de la mise en place du système Delcassé, gagne une médaille d’or lors de l’Internationale Ausstellung mit Wettstreit für Hygiene, Volksernährung, Armeeverpflegung, Sport und Fremdenverkehr de Baden-Baden en 1896. Une dizaine d’années plus tard, en pleine guerre russo-japonaise, un éditeur allemand inconnu met sur le marché un jeu dont le but est "de pénétrer la Mandchourie et d’occuper Moukden". Au cours de la Première Guerre mondiale, le marché des jeux de guerre, particulièrement florissant, est multiplié par quatre et représente 8% de la production totale de l'industrie des jeux.

Les jeux présentés dans l’exposition s’inspirent fréquemment de jeux traditionnels très populaires. Plusieurs reprennent le principe de celui de l’oie, comme le Jeu de la guerre 1914 proposé par Rojoux et Schaufelberger de Genève. Adoptant le point de vue français, le but est bien évidemment de parvenir le plus rapidement possible à Berlin! Les échecs et les dames représentent une autre source d’inspiration. Les jeux de cette catégorie sont plus novateurs et complexes. Ils constituent des jeux de tactique ou de stratégie que l’on peut présenter comme les ancêtres de nos wargames actuels. Enfin, d’autres jeux sont des jeux d’adresse, comme le jeu trilingue allemand Unsere Luftflotte/Notre Flotte Aérienne/De Luchtvloot où le joueur doit renverser les éléments d’un campement de l’armée britannique au moyen d’une boule, simulant ainsi un bombardement aérien.

A l’instar de ce qui se fait dans le domaine de la littérature de l’époque, nombre de jeux montrent une véritable fascination pour les nouvelles technologies. Les navires de guerre et les sous-marins, les avions et les dirigeables, l’artillerie sont mis en scène. Côté français, le fameux canon de 75, dont certains officiers disaient qu’il était à la fois "Dieu de père, le Fils et le Saint-Esprit", occupe ainsi une place de choix. Un éditeur allemand inconnu va jusqu’à proposer dès 1915 un jeu exclusivement consacré à la grenade (Hurra! Mit Handgranaten vor!), arme ancienne et presque totalement disparue des arsenaux mais qui reprend de l’importance avec la guerre des tranchées.

Si les jeux se veulent avant tout instructifs et ludiques, ils sont également fortement marqués par l’esprit de l’époque. Le nationalisme et la propagande sont omniprésents. Dans les jeux français, on parle souvent du Boche plutôt que de l’Allemand. Le Jeu de la guerre 1914 comprend des cases sur lesquelles le joueur qui s’arrête doit crier "Vive les Alliés!" sous peine de se retrouver en prison. Dans la perspective de l’Entente, l’Allemagne représente l’adversaire fondamental. Le plateau du Jeu de la guerre 1914 prend ainsi de grandes libertés avec la situation géopolitique de l’époque. Seule l’Allemagne est représentée en tant qu’adversaire. Le nom de l’Autriche-Hongrie n’apparaît pas et son territoire semble se confondre avec celui de la Suisse! Quant au Giroulette, s’il distingue trois adversaires, les Allemands constituent les cibles de choix à abattre puisqu’ils rapportent trois points à chaque coup au but tandis que leurs alliés austro-hongrois et turcs n’en rapportent respectivement que deux et un chacun!

Notons encore que plusieurs des jeux exposés ont été édités en Suisse. L’un deux – On ne passe pas!/Wir halten fest! des éditions SPES (Säuberlin et Pfeiffer Editions Suisses, Lausanne) – met en scène la situation particulière de notre pays et envisage deux scénarios différents. Le premier est une invasion par les Empires centraux: "L’un des deux joueurs fait avancer les armées d’Outre-Rhin au nombre de cinq, qui violent la neutralité suisse pour pénétrer en France, ou en Italie. L’autre fait manœuvrer une armée suisse, laquelle, dès qu’elle juge bon, peut appeler à son secours l’armée française qui attend à Frasne ou l’armée italienne qui est cantonnée à Côme." Le second scénario est basé sur une invasion des Alliés: "Les pions noirs deviennent cinq armées franco-italiennes qui envahissent la Suisse (…) L’armée allemande et l’armée autrichienne sont alors supposées alliées de la Suisse."

Cette très intéressante exposition est à voir jusqu’au 16 novembre 2014.

 (© Musée suisse du jeu)

(© Musée suisse du jeu)

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Echec du Gripen: le temps de la réflexion‏

Publié le par Dimitry Queloz

Aujourd'hui, nous publions un article qui n'est pas de notre plume. Ecrit par Pierre Streit, historien militaire dont nous avons déjà parlé à quelques reprises, il souligne la nécessité d'une vision globale de notre politique de sécurité et rappelle que l'organisation et les missions de l'armée seront adaptées au cours des prochaines années en raison du nouveau Rapport de sécurité prévu pour 2015 et du DEVA (Développement de l'armée). Il s'agit donc d'une première contribution au débat sur l'armée qui ne manquera pas d'avoir lieu au cours des prochains mois. Bonne lecture! 

Après le vote historique du 18 mai, il est nécessaire de prendre le temps de s’interroger sur les raisons d’un tel échec. Tout a déjà été écrit à ce sujet et, moins d’une semaine après, certains échafaudent déjà des solutions pour remplacer le Tiger: retrofit du vénérable chasseur, achat de Gripen d’occasion, achat de Gripen pour remplacer les F-18, ... Tout ceci est prématuré. Le fait que le contrat conclu avec Saab pour l’achat du Gripen E n’est valable que jusqu’à la fin de l’année n’est certainement pas une raison suffisante pour précipiter les choses et risquer de nouveaux échecs.

Un nouveau rapport sur la politique de sécurité de la Suisse est prévu en 2015. Comme l’écrit le DDPS, responsable de son élaboration, avec le concours des autres départements, "il s’agit, d’une part, de présenter les problématiques qui ont changé ou se sont accentuées depuis 2010 (p. ex. cyber-risques) et, d’autre part, par une analyse fondée de la menace, de créer des bases solides permettant de définir à long terme l’orientation à donner aux différents instruments de politique de sécurité de notre pays".

Outre les cyber-risques, comment ne pas penser aux événements de Crimée et d’Ukraine, au désarmement unilatéral de l’Europe, au repositionnement américain en Asie, à l’évolution du terrorisme international ... Autant d’éléments qui influencent directement ou non notre environnement sécuritaire. Il faut donc prendre le temps de la réflexion et ne pas limiter celle-ci au seul remplacement (qui reste nécessaire) du Tiger. Car l’Armée suisse est un système global. S’il lui faut un toit, il faut aussi que ses murs soient solides. Cela passe donc par une défense sol-air robuste, mobile et statique, ou encore par des forces terrestres bien équipées, mobiles et polyvalentes. Ceci est d’autant plus important que l’Armée suisse a une feuille de route et qu’elle s’appelle "DEVA" (développement de l’Armée). A cette seule condition, l’Armée suisse pourra recréer autour d’elle cette "Union sacrée" qui, le 22 septembre 2013, lui a donné une légitimité incontestable.

Documents à consulter:

- RAPOLSEC 2015

- DEVA

Une défense contre avions moderne est aussi nécessaire (© wikimedia.org)

Une défense contre avions moderne est aussi nécessaire (© wikimedia.org)

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Des Forces aériennes affaiblies pour plusieurs décennies

Publié le par Dimitry Queloz

En refusant l’achat du Gripen, le peuple suisse vient de commettre une erreur aux multiples conséquences dont certaines se feront sentir pendant plusieurs décennies. Sur le plan international, cette décision sera interprétée à l’étranger comme un signe évident de faiblesse morale et politique, ce qui n’arrangera en rien l’image de notre pays déjà largement écornée au lendemain de l’affaire du Boeing éthiopien. La Suisse sera perçue comme peu encline à faire les efforts financiers nécessaires pour assurer sa souveraineté et son indépendance, alors qu’elle est un des rares Etats européens encore prospères et que ses moyens financiers lui permettraient de réaliser les dépenses nécessaires. Il s’agit là d’un très mauvais signal donné à nos voisins et à nos partenaires, d’autant que le contexte international ne cesse de devenir plus incertain, que la Suisse est, depuis la fin de la Guerre froide, la cible de nombreuses attaques et qu’elle devra (re)négocier nombre de dossiers délicats dans les prochaines années, sans même parler de l’avenir de notre pays en tant que place internationale de premier plan.

Au point de vue intérieur, la décision du peuple – que certains qualifient d’historique puisqu’il s’agit du premier succès des opposants à l’armée depuis 1987, date de l’acceptation de l’initiative sur la protection des marais de Rothenthurm – donnera certainement des ailes aux opposants à l’armée. Ceux-ci ont d’ailleurs bien vite enlevé leur masque de simples adversaires du Gripen. Les résultats des urnes à peine connus que déjà socialistes et verts demandaient d’amputer le budget du Département de Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) des 300 millions d’augmentation accordés il y a peu par le Parlement! Nul doute que, encouragés par leur succès, les opposants à l’armée reviendront très vite à la charge avec de nouveaux référendums ou initiatives, notamment lors des prochaines acquisitions d’armements: drones (pour lesquels la polémique a déjà commencé), missiles antiaériens…

De leur côté, les Forces aériennes continueront à être soumises à la cure d’amaigrissement qui a débuté au lendemain de la Guerre froide. La situation actuelle, qui n’aurait été qu’un creux de vague passager avec l’achat du Gripen, va encore se péjorer dans les années à venir. D’une part, l’entrée des Forces aériennes dans les technologies du XXIe siècle sera repoussée d’une décennie en dépit de la modernisation en cours des F/A-18 dont la conception remonte, rappelons-le, aux années 1980. L’acquisition du Gripen aurait en effet permis de disposer de certaines capacités – radar AESA, capteurs passifs, missile Meteor… – à l’horizon 2020 déjà. Avec le refus d’acheter l’appareil suédois, les Forces aériennes ne disposeront de tels moyens qu’au moment où le F/A-18 sera remplacé, c’est-à-dire probablement aux alentours de 2030.

D’autre part, les effectifs des Forces aériennes, déjà insuffisants actuellement pour faire face à une situation de crise, vont encore diminuer. Avec le refus du 18 mai, l’achat d’un nouvel avion de combat est reporté à plusieurs années. Vu les délais d’évaluation, de procédure d’acquisition et d’entrée en service, le prochain appareil qui équipera nos Forces aériennes sera le remplaçant des F/A-18. La proposition de certains politiciens consistant à acheter alors un nombre d’avions correspondant au remplacement et des Tiger et des F/A-18 est largement illusoire. Vu le coût des avions actuels, il sera en effet difficilement envisageable d’acheter plus de 25 ou 30 appareils en une fois. C’est donc sur une trentaine d’avions au maximum – et probablement plutôt une vingtaine – que l’armée suisse pourra compter au cours des trois prochaines décennies. Avec de tels effectifs, les Forces aériennes ne pourront remplir que de manière partielle les missions de police de l’air et elles perdront sans doute d’importants savoir-faire. Quant à une remontée en puissance en cas de détérioration de la situation internationale, elle sera difficile à mettre en œuvre et exigera de très nombreuses années.

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