Mobilité du chevalier au Moyen Age. Interview du Dr. Daniel Jaquet (2 et fin)
Y a-t-il des différences fondamentales, en termes de mobilité, en fonction des époques ?
Il n’y a pas de différence en fonction des époques. En revanche, il y en a en fonction de l’équipement. L’armure est un compromis entre résistance, mobilité et vision. On faisait des choix conscients entre ces trois facteurs et on choisissait de privilégier l’un ou l’autre d’entre eux en fonction des contextes (joutes, guerre…).
Quelles sources sont employées dans les récentes recherches ?
Il existe trois types de sources : les objets, l’iconographie et les documents écrits. L’iconographie comprend les décorations de manuscrits et les illustrations d’écrits techniques. Ces dernières sont plus précises que les premières. En ce qui concerne les écrits, ils se répartissent en trois catégories. Il y a tout d’abord la littérature narrative. Il y a ensuite la littérature technique qui est beaucoup plus précise. Il y a enfin les livres de combat. Il s’agit de la mise par écrit des techniques personnelles de combat. On pourrait comparer ces livres à des manuels d’arts martiaux.
Vous avez récemment réalisé une expérience comparative de mobilité entre un homme en armure, un pompier équipé de ses bouteilles d’oxygène et un militaire moderne équipé d’un gilet pare-balles. Pouvez-vous nous décrire plus précisément les buts et les conditions de cette expérience ?
Cette expérience avait un but de vulgarisation scientifique pour un grand public dans le cadre d’une exposition de musée. Il s’agissait aussi d’une illustration scientifique de recherches faites en amont. Nous avons choisi un pompier et un soldat car ces deux combattants permettent au public actuel de mieux s’identifier.
Nous avons travaillé avec l’Institut des sciences du sport de l’université de Lausanne pour objectiver les résultats. Nous avons étudié les paramètres suivants : rythme cardiaque, taux de lactate dans le sang et temps. L’expérience s’est faite sur la piste d’obstacles de la place d’armes de Bière.
Nous avons aussi dû tenir compte des questions de sécurité. Nous avons ainsi fixé des limites en ce qui concerne les sauts en raison du poids. La charge portée par les trois combattants représentait environ 40% de leur masse corporelle.
Quels sont les principaux résultats obtenus ?
Les résultats sont proches pour les trois combattants. La différence de temps nécessaire à la réalisation de l’épreuve se situe dans une fourchette de 20 secondes.
Nous avons aussi remarqué que les problèmes rencontrés sur certains obstacles étaient liés aux personnes plutôt qu’aux équipements.
Ces résultats peuvent-ils être comparés avec ceux obtenus en médecine du sport par exemple ?
Non, car nous n’avons pas travaillé avec des protocoles et n’avons pas réalisé d’expérience à grande échelle. Nous n’avions pas pour but de réaliser une véritable expérimentation scientifique, avec tout ce que cela implique. Il s’agissait d’une vulgarisation scientifique.
Quels enseignements pourraient servir actuellement pour l’entraînement des militaires ?
Aucun.
Les concepteurs des tenues des astronautes se sont inspirés des armures du Moyen Age. Pouvez-vous nous dire en quoi ?
A la fin du Moyen Age, qui représente l’âge d’or des armures de plate, le niveau de connaissance et d’exécution est très élevé dans la réalisation d’exosquelettes. Cette capacité à encapsuler le corps fait qu’il n’y a pas de lumière qui touche le corps, même lors de mouvements complexes. Cette technologie a été perdue par la suite. C’est cette capacité qui était recherchée par les concepteurs des tenues des astronautes. C’est la raison pour laquelle ils ont étudié les armures. (Fin)
Plus d’informations sur les travaux du Dr. Daniel Jaquet sur le site : http://www.djaquet.info/.