Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Joyeux Noël et Bonne année 2015!

Publié le par Dimitry Queloz

Nous vous souhaitons un Joyeux Noël, de belles vacances (pour ceux qui en ont...) ainsi qu'une heureuse Année 2015!

De notre côté, nous prenons quelques jours de repos qui nous permettront de lire certains ouvrages de la pile de livres qui grandit sur notre bureau. De quoi préparer de prochains articles!

Joyeuses fêtes et au plaisir de vous retrouver en janvier!

Voir les commentaires

L'agonie d'une monarchie

Publié le par Dimitry Queloz

BLED, Jean-Paul, L’agonie d’une monarchie. Autriche-Hongrie, 1914-1920, Paris, Tallandier, 2014, 464 pages

Avec cet ouvrage, Jean-Paul Bled nous offre une très belle synthèse sur les dernières années d’existence de l’Empire austro-hongrois. En dépit de son déclin à la fin du XIXe siècle et de ses problèmes liés à sa composition multinationale, celui-ci aborde la crise de l’été 1914 avec d’importants atouts et son éclatement, quatre années plus tard, n’est pas inéluctable. L’"ensemble habsbourgeois" est cimenté par un "patriotisme dynastique (…) encore bien vivant" incarné par le vieil empereur François-Joseph, monté sur le trône en 1848. De plus, l’existence de l’Empire n’est pas contestée et ce n’est qu’à partir de l’été 1918 que le slogan tardif de Benes, "Détruisez l’Autriche-Hongrie", devient une option pour l’Entente. Par ailleurs, des réformes politiques sont menées avant guerre, qui montrent que les rivalités nationales ne sont pas insurmontables. Enfin, l’économie représente un autre facteur d’intégration. D’une part, la croissance économique et l’augmentation du niveau de vie sont réelles à la fin du XIXe siècle, même si d’importantes disparités continuent à exister. D’autre part, la complémentarité économique des différentes régions tisse des liens étroits au sein de l’espace habsbourgeois, surtout entre l’Autriche et la Hongrie depuis la disparition des douanes intérieures en 1867.

Un autre aspect fort intéressant de l’ouvrage est l’analyse consacrée à la situation balkanique d’avant guerre et à la crise de juillet 1914. L’auteur voit dans le changement dynastique de 1903 en Serbie un élément fondamental du processus qui conduit à la guerre puisqu’il modifie radicalement la relation entre la Double Monarchie et son voisin. Désormais, la Serbie n’est plus un allié mais un "ennemi potentiel" qui devient de plus en plus puissant et dangereux, notamment après les guerres balkaniques de 1912-1913, et qui s’est rapproché de la Russie. Le danger est d’autant plus grand pour Vienne que les liens avec ses autres alliés se distendent et qu’elle se voit ainsi de plus en plus isolée. Si François-Joseph est un partisan de la paix – tout comme ses ministres des Affaires étrangères d’ailleurs –, il ne peut qu'adopter une attitude inflexible à la suite de l’attentat de Sarajevo. L’honneur de la dynastie des Habsbourg est en jeu. De plus, l’Autriche-Hongrie, après une certaine passivité dans les crises des années précédentes, est contrainte de montrer la plus grande fermeté si elle veut encore exister en tant que grande puissance.

A propos de la crise de juillet 1914, un point mérite encore d’être souligné. Le comportement des instances dirigeantes austro-hongroises est, tout comme en Allemagne, influencé par l’idéologie socio-darwinienne – voir à ce sujet l’ouvrage de Thomas Lindemann, Les doctrines darwiniennes et la guerre de 1914, dont la thèse est ici confortée. La Double Monarchie se sent de plus en plus isolée face aux Slaves qui deviennent de plus en plus puissants. En juillet 1914, les dirigeants austro-hongrois sont convaincus que, "si Vienne ne prend pas les devants, "une attaque concentrique contre l’Autriche" contre laquelle s’associeraient la Russie, la Serbie et la Roumanie" représentera une menace à moyen terme.

Enfin, terminons par la question des relations avec l’Allemagne. Dès le début de la guerre, la différence de puissance entre les deux alliés est défavorable à la Double Monarchie. La crise alimentaire, les problèmes de production industrielle, les difficultés militaires et internes de toutes sortes rendent l’Autriche-Hongrie de plus en plus dépendante de l’Allemagne. Avec le temps, la Double Monarchie finit par devenir le vassal de son allié. L’emprise allemande commence d’abord dans le domaine militaire. Après l’arrêt de l’offensive Broussilov en 1916, l’Allemagne impose la création d’un commandement unique sur le front russe, qui se transforme quelques temps plus tard sous la pression du tandem Hindenburg – Ludendorff en un commandement unique pour l’ensemble des fronts. Le processus de vassalisation a également lieu dans le domaine politique, surtout après la mort de François-Joseph. Son successeur Charles Ier et son ministre des Affaires étrangères Czernin doivent se rendre à l’évidence: la guerre ne peut être gagnée que grâce à l’Allemagne, mais, en cas de victoire, la Double Monarchie se verra reléguée au second rang et subira le même sort que la Bavière en son temps. Face à ce dilemme, la Double Monarchie essaie de s’en sortir par le biais de négociations directes avec les membres de l’Entente. Celles-ci vont finir par se révéler désastreuses pour Vienne. La lettre de l’Empereur confiée au prince Sixte contient en effet une véritable bombe à retardement. Charles y affirme que les revendications françaises sur l’Alsace et la Lorraine sont légitimes! Une fois le contenu de la lettre rendu public, conséquence ultime d’un discours provocateur de Czernin, Charles perd toute crédibilité non seulement auprès de ses alliés allemands, mais aussi en Autriche-Hongrie. Guillaume II profite de la faiblesse de Charles, obligé d’en passer par un voyage à Canossa, pour lui imposer une mise sous tutelle complète. Les conséquences de cette affaire ne s’arrêtent pas là. Le contrôle total de l’Allemagne sur l’Autriche-Hongrie conduit l’Entente à ne plus la ménager. C’est à partir de ce moment que les Alliés se décident à inscrire le démantèlement de la Double Monarchie dans leurs buts de guerre.

(© blogdefense)

(© blogdefense)

Voir les commentaires

La force nucléaire française. L'aide des Etats-Unis

Publié le par Dimitry Queloz

VILLAIN, Jacques, La force nucléaire française. L’aide des Etats-Unis, Paris, Institut de stratégie comparée, 2014, 122 pages

Ce très intéressant petit ouvrage (122 pages) de Jacques Villain analyse l’aide apportée par les Etats-Unis à la réalisation de la force de dissuasion française. L’auteur a participé à la mise en place et au développement de cette dernière entre 1969 et 2007. Il nous apporte ainsi quelques précieux témoignages personnels sur cette "étrange" collaboration longtemps peu connue et souvent minimisée, voire occultée: "L’histoire a retenu que la France ne voulant pas dépendre des Etats-Unis pour sa sécurité, avait réalisée, seule, sa force de dissuasion voulue par le général de Gaulle."

La Seconde Guerre mondiale marque l’avènement du missile balistique développé par les Allemands (la fusée V-2) et de la bombe atomique que les Américains emploient à deux reprises contre le Japon, détruisant les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Les autres grandes puissances cherchent également à se doter de ces deux armements, à les améliorer et à les utiliser de manière conjointe, le missile servant de vecteur à l’arme atomique. En dépit de sa situation politique précaire, la France se lance aussi dans la course. Sous le régime de Vichy déjà, le commandant Jean-Jacques Barré, disciple du visionnaire Robert Esnault-Pelterie qui, dans les années trente, a imaginé des forces de dissuasion équipées de fusées transportant des explosifs conventionnels ou des armes chimiques, met au point la première fusée française. Après la capitulation allemande, la France parvient à récupérer de nombreux ingénieurs allemands – presqu’autant que les Américains, mais ils sont moins brillants. Leur concours est cependant fondamental dans le cadre des divers programmes des années 1950 et 1960, notamment Pierres précieuses et Ariane. En ce qui concerne l’arme atomique, c’est tout naturellement vers les Etats-Unis, leaders dans le domaine, que les regards se tournent.

L’auteur distingue trois périodes dans la mise au point de la force de dissuasion et la collaboration avec les Etats-Unis. Jusqu’en 1954, la France accorde la priorité à la reconstruction du pays et les efforts en vue de réaliser une telle force sont inconstants. A la fin de l’année, Pierre Mendès-France prend la décision de lancer des programmes de fabrication d’armes nucléaires et de sous-marins atomiques. S’ouvre alors une deuxième période qui se termine en 1960. Au cours de celle-ci, les Américains cherchent à éviter la prolifération nucléaire. Ils proposent de mettre des armes nucléaires à disposition des pays européens dans le cadre de l’OTAN, tout en en gardant la maîtrise d’emploi. Enfin, à partir de 1960, la France du général de Gaulle fait le choix d’une force de dissuasion purement nationale, qui est toutefois réalisée grâce à une "collaboration" américaine qui commence réellement au début des années 1970 seulement, une fois terminée l’ère Kennedy-Johnson – tous deux sont opposés à la force de dissuasion française – et le général de Gaulle parti.

Si la France réussit à mettre au point sa bombe atomique de manière presqu’autonome, l’aide américaine est importante en ce qui concerne les vecteurs: carburants solides des missiles, systèmes de guidage, durcissement des ogives pour résister aux systèmes antimissiles soviétiques, appareils de ravitaillement en vol pour donner aux bombardiers Mirage IV l’allonge nécessaire… Souvent, cette aide a lieu de manière indirecte et involontaire, voire en complète opposition avec la politique officielle des Etats-Unis qui appliquent avec plus ou moins de rigueur la loi Mac Mahon de 1946.

Divers canaux ont permis à la France de perfectionner ses savoirs-faires et, souvent, d’éviter de disperser ses moyens limités dans de coûteuses recherches pouvant déboucher sur des impasses: envoi de chercheurs dans les grands instituts de recherche américains, relations personnelles entre scientifiques, participation à des colloques, contacts entre industriels, discussions informelles… Ce qui a cependant le plus frappé l’auteur est la quantité d’informations obtenues par l’intermédiaire des revues scientifiques et techniques en vente libre et par le biais des publications officielles du Gouvernement américain. "La fameuse loi (Freedom Information Act) si chère au peuple américain a donc son revers. En jouant une grande transparence envers les citoyens américains, elle met à disposition des étrangers de précieuses informations." Et l’auteur de souligner que la France n’est certainement pas la seule à en avoir profité. L’URSS, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran en ont aussi certainement bénéficié!

(© blogdefense)

(© blogdefense)

Voir les commentaires

DEVA ou la fin de l'euphorie kantienne (3 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

La fin de l’"euphorie kantienne"

Avec la réforme DEVA, l’armée tourne la page de l’"euphorie kantienne" apparue à la fin de la Guerre froide. Cette utopie inspirée des Lumières, largement diffusée dans les milieux politiques, intellectuels et même militaires, consistait à croire que l’Europe se trouvait dans une situation de paix durable suite à la chute du Mur de Berlin et à la disparition du bloc communiste, que la démocratie et le libre marché allaient s'imposer dans le Monde entier, que les relations entre Etats désormais démocratiques et peuplés de consommateurs heureux deviendraient pacifiques. Un quart de siècle plus tard, cette vision idéalisée et occidentalocentrée des relations internationales a montré toutes ses limites. Contrairement à ce que certains pensaient, l'histoire ne s'est pas arrêtée, bien au contraire!

Cette nouvelle posture de l'armée représente une autre facette du réalisme évoqué précédemment et montre l’intégration de la détérioration de la situation internationale dans la réflexion stratégique du Conseil fédéral et du Commandement de l'armée. Les attentats du 11-Septembre, la crise de l’Euro, le printemps arabe qui s’est rapidement transformé en hiver islamiste, la crise ukrainienne ont conduit à un revirement à 180°. Il n’est plus question de "Ten-Year Rule", ni de montée en puissance de l’armée avant d’être en mesure de répondre à une situation de crise. L’armée adopte désormais une nouvelle stratégie des moyens qui doit lui permettre de remplir ses missions rapidement, dans la durée et d’emblée avec des forces relativement importantes en dépit d’effectifs diminués.

Trois des quatre objectifs de la nouvelle organisation vont dans ce sens. L’armée doit tout d’abord être bien instruite et entièrement équipée de matériels modernes. Il n’est plus prévu de disposer d’une longue période pour parfaire l’instruction et acheter les équipements nécessaires avant un engagement d’envergure. La suppression des formations de réserve, mal entraînées et sous-équipées, doit permettre de dégager les moyens nécessaires pour doter toutes les troupes de leur dotation réglementaire en matière d’équipements et d’armements. La réintroduction d’une procédure de mobilisation rapide de l’armée, supprimée avec Armée XXI, constitue une autre facette de cette nouvelle stratégie des moyens. Notons enfin que, comme le souligne le message du Conseil fédéral, ces trois objectifs ont également pour but de donner un signal clair à l’étranger: la Suisse veut et a les moyens de se protéger et de se défendre avec des moyens militaires si cela est nécessaire. Vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, voilà un beau retour au concept de dissuasion!

Le concept de planification des missions et des engagements montre également la volonté de pouvoir faire face immédiatement à des situations de crises imprévues. Il distingue entre les prestations à fournir en permanence (par exemple la police de l’air), celles qui sont prévisibles comme la protection de conférences et, enfin, celles qui sont imprévisibles comme les catastrophes naturelles et les menaces terroristes. Pour répondre aux deux premières situations, l’armée dispose des formations professionnelles et en cours de répétition dont les engagements peuvent être planifiés en conséquence. En ce qui concerne les situations imprévisibles, le concept prévoit une réaction rapide, en trois temps. Les troupes professionnelles et en service doivent être en mesure de soutenir les autorités et les moyens civils en moins de quatre jours. Cinq bataillons de logistique et un bataillon de circulation et de transport ayant une disponibilité élevée doivent ensuite permettre l’engagement de 35'000 hommes dans les jours suivants. La conception de la logistique est ainsi désormais orientée vers le soutien des formations mobilisées et ne répond plus du tout à une logique d’économie d’entreprise comme c’est le cas actuellement.

Enfin, notons que le message du Conseil fédéral insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de maintenir de manière durable la capacité de défense "classique" de l’armée. Si des spécialisations sont nécessaires, si les Divisions territoriales chargées essentiellement de l’appui aux autorités civiles deviennent une des composantes majeures de l’armée, toutes les troupes doivent être en mesure de remplir des missions de défense. (Fin)

Voir les commentaires