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Thatcher. La Dame de fer

Publié le par Dimitry Queloz

LERUEZ, Jacques, Thatcher. La Dame de fer, Waterloo, André Versaille éditeur, 2012, 244 pages

Cette biographie de Margareth Thatcher est à la fois courte et de grande qualité. Ecrite par un spécialiste du monde politique britannique, elle donne de manière synthétique un "portrait contrasté" de la Dame de fer et de sa politique, qui change de ce que l’on peut lire habituellement, que ce soit en bien ou, surtout, en mal. C’est que Margareth Thatcher "admirée par certains, détestée par d’autres, rarement aimée (…) ne laissa personne indifférent".

Premier ministre pendant près de douze ans, de 1979 à 1990, Margareth Thatcher transforme profondément le Royaume-Uni, économiquement, politiquement et socialement. La longueur de son action politique, sa personnalité et ses idées marquent le pays comme aucun autre politicien ne l’a fait depuis Winston Churchill, qu’elle admire. Cette influence se prolonge durant les mandats de ses successeurs et continue, de nos jours encore, à marquer les esprits, au Royaume-Uni comme à l’étranger.

L’ouvrage comprend une introduction sur le thatchérisme et trois parties, dont les deux premières sont consacrées à l’ascension politique de Margareth Thatcher, à sa manière de conduire le gouvernement et à son action économique et sociale en tant que Premier ministre. La troisième partie, qui nous intéresse davantage ici, traite de la politique extérieure.

Margareth Thatcher inscrit sa politique étrangère dans le cadre de la "relation spéciale" avec les Etats-Unis, qui est facilitée par la proximité idéologique qu’elle entretient avec le présent Ronald Reagan. Cette entente est cependant entachée par quelques épisodes – invasion de la Grenade, embargo sur certaines technologies au cours de la construction du gazoduc entre l’Europe et l’URSS – durant lesquels Margareth Thatcher s’oppose avec fermeté à la politique américaine. Les relations avec les membres du Commonwealth ne sont pas toujours simples, même si la résolution – hélas provisoire – du problème rhodésien en 1981 représente une grande réussite. En effet, le problème de l’apartheid en Afrique du Sud mine la politique britannique à l’égard de l’association car Margareth Thatcher ne veut pas aller aussi loin que ses autres partenaires dans la condamnation du régime de Pretoria, tout comme la Communauté européenne d’ailleurs.

En matière de politique de défense, la Dame de fer se montre particulièrement ferme. Arrivée au pouvoir au moment où les relations avec l’URSS se durcissent en raison de la crise des euromissiles et de l’invasion de l’Afghanistan, Margareth Thatcher soutient l’installation des missiles de croisière et des Pershing II en Europe, augmentent les dépenses militaires et modernise la force de frappe britannique avec le remplacement des missiles Polaris par des Trident II et l’acquisition de nouveaux SNLE. Cependant, elle se montre ouverte à la discussion avec Mikhaïl Gorbatchev en qui elle distingue rapidement un partenaire fiable. La guerre des Falkland, qu’elle dirige avec une énergie et une ténacité particulières, conduit également au renforcement de l’effort militaire. Les conclusions du Livre blanc de 1981, qui prévoyait le retrait du service de deux porte-aéronefs pour des raisons économiques, sont invalidées et la Royal Navy sort finalement renforcée, ce qui permet le déploiement d’une flotte importante au cours de la première guerre du Golfe.

Le chapitre sur les relations avec la Communauté européenne est également très intéressant. Il montre la compatibilité de la construction européenne d’alors avec l’idéologie et la politique thatchériennes, même si la mise en place du Marché unique soulève pour la Grande-Bretagne des difficultés en matière d’ouverture de marché vers l’extérieur, de libre circulation des personnes et d’harmonisation fiscale et que Margareth Thatcher s’oppose à toute idée de monnaie unique. Margareth Thatcher se montre par ailleurs très favorable à la Coopération Politique Européenne (CPE) – instituée en 1969, elle a pour but d’harmoniser la politique extérieure des pays de la Communauté européenne – et contribue largement à son succès. En revanche, sa position atlantiste freine les efforts en matière de défense européenne.

(© blogdefense.overblog.com)

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Rejet massif de l’initiative du GSsA sur la suppression de l’obligation de servir

Publié le par Dimitry Queloz

Ce week-end, le peuple suisse a rejeté l’initiative du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) visant la suppression de l’obligation de servir. Le résultat est sans appel: plus de 73% des votants et la totalité des cantons ont dit non! Les Suisses ont ainsi voté dans le même sens, mais de manière encore plus nette, que leurs voisins autrichiens qui ont, en début d’année, exprimé le vœu de maintenir le service militaire obligatoire par près de 60% des suffrages. La Suisse ne suivra donc pas l’exemple de nombreux pays européens qui ont, il y a quelques années, supprimé ou suspendu le service militaire obligatoire, mais qui regrettent souvent, déjà, leur décision.

Cette défaite des adversaires de l’armée devant le peuple est la huitième depuis 1989, date du rejet de l’initiative "pour une Suisse sans armée" par 64,4% des votants et 24 cantons – cela sans compter les initiatives n’ayant pas abouti et celles relatives aux exportations d’armement. La succession des échecs ne les décourage cependant pas et, contrairement à ce qu'espère le Conseiller national Christophe Darbellay, nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles attaques contre l’armée pour les vingt prochaines années. Comme toutes les minorités agissantes et extrémistes, les opposants n’hésiteront pas à remettre l’ouvrage sur le métier et à varier les approches pour essayer de parvenir à leurs fins ou, à tout le moins, d’affaiblir l’armée au maximum. Ils sont d’ailleurs en train de lancer le référendum contre l’achat des avions de combat Gripen et le peuple devra se prononcer une fois de plus sur un sujet en relation avec l'armée, probablement au printemps prochain.

Pour cette nouvelle campagne, qui a par ailleurs déjà commencé, – voir à ce sujet l’émission Classe politique du 16 septembre dernier – les adversaires de l’armée savent qu’ils doivent absolument éviter que le débat se transforme en une opposition directe à celle-ci. C’est pourquoi, comme le mentionnait le journal Le Temps dans un article de la semaine dernière, certains ténors de la Gauche désirent que le GSsA reste en retrait et que ce soient les partis politiques qui occupent le devant de la scène, car la simple présence du groupe dont le nom est sans équivoque risque de montrer les véritables objectifs à long terme des référendaires. Ceux-ci se contenteront donc vraisemblablement d’attaquer l’avion, en mettant en doute ses qualités et la nécessité de son achat et en soulignant tous les problèmes passés de la procédure d’acquisition qui n’a pas été, il faut bien le dire, un exemple de gestion réussie. Ils pourront ainsi bénéficier du soutien de nombreux citoyens parmi les quelque 63% actuellement opposés à l’acquisition de l’appareil suédois.

De son côté, le Conseil fédéral et les partisans de l’armée devront mener la campagne parallèlement sur deux fronts. Ils auront à montrer qu’en achetant le Gripen, le Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) a fait le bon choix sur les plans technique, financier et industriel. De plus, comme a déjà commencé à le faire le Conseiller fédéral Ueli Maurer dont la position est renforcée par cette brillante victoire, il faudra exploiter la vague de soutien en faveur de l'armée qui s'est si clairement exprimée ce week-end et déjouer la stratégie de ses opposants en dénonçant leur intention de l’affaiblir par une nouvelle attaque indirecte.

 

Résultats des initiatives populaires liées à l'armée (depuis 1989)

Année

But de l’initiative

Rejet de l'initiative

1989

  Suppression de l’armée

    64,4% et 24 cantons

1993

  Interdiction d’acheter un avion de combat

   57,2% et 21 cantons

1993

  Limitation du nombre de places d’arme

   55,3 et 18 cantons

2000

  Réduction des dépenses militaires

   62,4% et  22 cantons

2001

  Suppression de l’armée

    78,1% et 26 cantons

2008

  Interdiction pour les jets de combat de survoler les zones touristiques

    68,1% et 26 cantons

2011

  Interdiction des armes à feu à domicile

    56,3% et 20 cantons

 

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Interview du chef du Service de renseignement militaire suisse (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Dans ces opérations, les drones et les forces spéciales ont joué un rôle fondamental en matière de renseignement. Pouvez-vous nous parler des moyens actuellement à disposition dans l’armée suisse?

Les drones ne représentent qu’une partie, certes importante, de l’ensemble des capteurs dont nous disposons aujourd’hui. Ceux-ci peuvent se diviser en trois grandes catégories. Il y a tout d’abord ce que l’on nomme l’IMINT (IMagery INTelligence), c’est-à-dire tout ce qui est lié à la recherche de renseignement par l’image. Il s’agit d’un domaine fondamental qui exploite les informations provenant de photos réalisées au moyen de satellites ou de drones par exemple. En ce qui concerne plus spécifiquement les drones, la Suisse dispose actuellement du système ADS 95 Ranger dont la conception remonte à la fin des années 1980. Divers types de drones sont actuellement en cours d’évaluation, dont un (projet ADS 15) destiné à remplacer le Ranger. Je peux encore ajouter que nous disposons, au Service de renseignement militaire, d’un centre d’imagerie qui est opérationnel depuis deux ans maintenant.

En ce qui concerne le domaine SIGINT (SIGnals INTelligence), c’est-à-dire le renseignement par écoute électromagnétique, la Suisse est très bien équipée. C’est même dans celui-ci qu’elle dispose des meilleurs moyens techniques.

Enfin, il y a le domaine HUMINT (HUMan INTelligence) qui recouvre tout le renseignement humain et qui est de la plus haute importance sur le champ de bataille. Les informations proviennent notamment des parachutistes et des forces spéciales.

Ces trois domaines ne sont pas isolés les uns par rapport aux autres. Il y a une fusion de l’information en provenance de ces trois sources, ainsi qu’un contrôle par l’HUMINT. C’est le seul moyen d’éviter les dégâts collatéraux.

J’aimerais encore souligner un point très important: un service de renseignement ne s’improvise pas et il faut du temps pour qu’il soit efficace. Par exemple, les spécialistes en imagerie dont je vous parlais tout à l’heure nécessitent deux années de formation spécifique. Il en est de même pour les forces spéciales. Cela a pour conséquence que, contrairement à ce que certains prétendent, il n’est pas possible d’improviser un service de ce genre au dernier moment.

Quel regard portez-vous sur le désarmement massif actuel en Europe?

Il s’agit d’une de mes préoccupations principales car je considère la situation actuelle comme un véritable désastre sécuritaire. En raison de ce désarmement massif, l’Europe devient un acteur secondaire sur la scène internationale, car elle ne peut plus exercer une réelle pression militaire. Il s’agit là d’un risque important, surtout pour les générations futures.

La défense européenne n’existe pas, c’est une vision de l’esprit. Quant aux différentes armées nationales, elles se sont réduites comme des peaux de chagrin, de sorte que l’on peut parler d’"armées bonzaïs". La France et la Grande-Bretagne, dont les armées sont encore les seules à disposer de moyens suffisants en Europe, réalisent 45% des dépenses d’armement du vieux continent, ce qui montre la faiblesse des efforts des autres pays. Cette diminution des dépenses et des moyens a pour conséquence que les pays européens, individuellement ou collectivement, ne sont plus en mesure de mener une quelconque opération militaire d’importance de manière autonome. Tous sont dépendants des Etats-Unis pour le renseignement, la logistique et le transport stratégique, comme l’ont bien montré les opérations en Libye et au Mali.

Une des grandes affaires du début de cet été en matière de renseignement a été l’"affaire Snowden". Dans quelle mesure la Suisse est-elle aussi visée par la NSA? Quel est votre avis sur cette affaire et sur le battage médiatique qui a lieu à ce propos?

Pour ma part, il n’y a pas eu de grande surprise, sauf peut-être en ce qui concerne l’ampleur du phénomène. En effet, "tout le monde espionne tout le monde" et "tout le monde le sait". Les intérêts des nations sont prioritaires et il faut absolument se protéger contre les activités d’espionnage étrangères.

J’aimerais encore souligner qu’aucune organisation, aucun système n’est totalement sûr. Il y a toujours un maillon faible: l’homme. Quant à la révélation de secrets, elle soulève d’importantes questions et met en danger les troupes en opération. (Fin)

 

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Interview du chef du Service de renseignement militaire suisse (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le vendredi 30 août dernier, le Brigadier (général de brigade) Jean-Philippe Gaudin, chef du Service de renseignement militaire de l’armée suisse, était l’hôte de la Société jurassienne des officiers dans le cadre d’une conférence intitulée L’état de la menace et l’obligation de servir dans les autres pays – cette conférence fera l’objet d’un prochain article.

Le Brigadier Gaudin nous a reçu quelques jours plus tôt dans son bureau de Berne pour une interview exclusive. Nous tenons à lui exprimer encore toute notre gratitude pour son aimable accueil et le temps qu’il nous a consacré pour répondre à nos questions.

 

Mon Brigadier, pouvez-vous nous décrire brièvement votre parcours professionnel et votre carrière militaire?

Après des études commerciales, j’ai travaillé durant trois ans à l’office du tourisme de Montreux et, dans ce cadre, j’ai été le régisseur de nombreuses manifestations culturelles, notamment le Festival de Jazz. Parallèlement, je menais ma carrière d’officier de milice. C’est en 1987 que j’ai décidé de devenir militaire professionnel. J’ai donc suivi les cours de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et j’ai ensuite passé sept ans comme officier instructeur dans les écoles de recrues de Schwytz et de Drognens. J’ai alors été affecté à l’école d’officiers des Troupes légères et mécanisées à Thoune. Après quelques mois de collaboration dans le groupe de travail Armée XXI, en 2000, j’ai été nommé à la tête de l’unité suisse engagée en Bosnie-Herzégovine. Une fois revenu en Suisse, j’ai occupé diverses fonctions dans la formation supérieure des cadres de l’armée à Lucerne, avant de suivre, en 2003, les cours du Collège de défense de l’OTAN à Rome. A mon retour en Suisse, j’ai commencé à travailler au Service de renseignement militaire que je dirige depuis 2008.

Quelle est l’organisation des services de renseignement en Suisse? Quelles sont plus particulièrement la place, l’organisation et les missions du Service de renseignement militaire que vous dirigez?

En Suisse, il y a deux services de renseignement au niveau fédéral. Le premier est le Service de Renseignement de la Confédération (SRC). Il est issu de la fusion, effectuée en 2010, des anciens Service de Renseignement Stratégique (SRC) et Service d’Analyse et de Prévention (SAP). Dirigé par Markus Seiler, le SRC s’occupe du renseignement stratégique et politique. Il est directement subordonné au chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) mais travaille également pour les autres "ministères" de la Confédération. Il s’occupe plus particulièrement du renseignement lié au terrorisme, à la criminalité organisée, aux menaces "cyber", au contre-espionnage…

Le second service est le Service de renseignement militaire, qui est plus petit, et dont je suis le chef. Ce service dépend du chef de l’armée qui en est le responsable et qui détermine les missions de base. Organiquement, il appartient à l’Etat-major de conduite de l’armée. Juridiquement, le service est régi par l’article 99 de la loi militaire et par l’ordonnance sur le renseignement de l'armée. Il existe également des organes de contrôle pour surveiller nos activités. Le plus haut de ces organes est la Commission de gestion du Parlement. A titre personnel, je trouve que ce contrôle est très important et même très positif. Le chef du service est ainsi encadré et protégé dans ses activités.

Quant aux missions, le Service de renseignement militaire en a trois: la recherche du renseignement opérationnel en vue de protéger les troupes engagées en Suisse ou à l’étranger; le suivi des forces armées étrangères (évolution des doctrines et des armements) dans le but de préparer l’armée suisse pour le futur; enfin, l’analyse des derniers conflits afin d’en tirer des enseignements pour notre armée.

A l’heure actuelle, peut-on encore faire une différence nette entre renseignement "civil"/"politique" et renseignement "militaire"? Dans ce cadre, quelles sont vos relations avec le Service de Renseignement de la Confédération?

Tout d’abord, je peux vous dire que les relations entre les deux services sont actuellement très bonnes. Cela n’a cependant pas toujours été le cas par le passé, car les coopérations entre administrations différentes sont parfois difficiles. Actuellement, plusieurs éléments facilitent nos relations, notamment le manque de ressources qui nous oblige à coopérer davantage. De plus, comme vous le dites, il y a le fait que la distinction entre renseignement "politique"/"stratégique" et renseignement d'intérêt militaire n’est pas toujours très nette. Il existe une zone d’intersection entre les intérêts respectifs des deux services de renseignement. Cela est particulièrement vrai dans le cas d’engagements de personnels militaires à l’étranger, comme en Libye actuellement, ou dans le domaine "cyber".

Plusieurs pays européens, notamment la France, ont participé ces dernières années à des opérations extérieures d’envergure, comme en Afghanistan, en Libye et au Mali. Quels enseignements militaires un pays comme la Suisse peut-il tirer de ces opérations?

Les enseignements que nous pouvons tirer de ces opérations sont nombreux. Tout d’abord, il y a l’importance déterminante du renseignement qui représente un élément-clef du concept que les Français ont appelé "connaissance et anticipation" dans leur Livre blanc de 2010. Cette fonction, qui concerne les échelons stratégique, opératif et tactique, doit permettre l’engagement des moyens à bon escient, au bon moment et au bon endroit. Cela est devenu absolument fondamental en raison de la diminution des crédits et, par conséquent, des moyens à disposition des armées.

Le deuxième enseignement à retenir concerne les forces spéciales. De nos jours, celles-ci sont indispensables et elles constituent le fer de lance des armées. Les forces spéciales ne peuvent cependant agir que si l’on dispose d’un renseignement de qualité, à la collecte duquel elles participent par ailleurs. Il y a donc une véritable synergie entre le renseignement et les forces spéciales. Notons toutefois que ces dernières ne constituent pas l’alpha et l’oméga des forces armées. Les forces spéciales ont besoin des forces conventionnelles et ne sauraient les remplacer. En effet, les forces conventionnelles sont seules capables de tenir le terrain. Il y a une complémentarité entre les deux.

Une autre leçon à retenir est la nécessité de disposer de moyens de combat lourds qui restent indispensables pour lutter contre tout adversaire, qu’il soit régulier ou irrégulier. Par exemple, la France au Mali a déployé des véhicules blindés et de l’artillerie. Même si ces moyens ne sont plus engagés en masse, une armée doit en disposer en quantité suffisante et en adapter la doctrine d’emploi.

Enfin, mentionnons encore de manière plus brève le fait que les combats futurs se dérouleront en zone urbaine, que la guerre de l’information et la maîtrise de la communication avec les média font désormais aussi partie intégrante des opérations militaires et que les moyens de transmissions des forces armées doivent être rapides et sécurisés car les actions sont à la fois rapides et permanentes. (A suivre)

 

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Le Brigadier Jean-Philippe Gaudin lors de la conférence du 30 août 2013 organisée par la Société jurassienne des officiers (© SJO)

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Le Conseil national accepte l'achat de 22 avions de combat Gripen

Publié le par Dimitry Queloz

Le Conseil national a accepté hier, par 114 voix contre 70, l'achat de 22 avions de combat Gripen E. De son côté, le Conseil des Etats se prononcera encore mercredi prochain sur l'aspect financier de la décision, ce qui devrait mettre un terme à la procédure d'acquisition parlementaire. Les débats, qui se sont déroulés sur les plans politique, économique, idéologique et, secondairement, technique, ont été fort mouvementés. Commencés en 2008 avec la présentation du programme d'armement contenant l'intention d'acheter un nouvel avion de combat destiné à remplacer les anciens F-5 E Tiger II arrivant en bout de course après plus de 30 ans de service,  ils se sont intensifiés à partir de novembre 2011, après que le fabricant d’avions suédois Saab eut remporté l’appel d’offre du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) au détriment de ses rivaux Dassault Aviation et Eurofighter.

Partisans et adversaires du Gripen se sont affrontés dans les médias, en commission et au Parlement et la procédure d’acquisition de l’appareil a connu moult rebondissements, tandis que les attaques contre l’appareil suédois étaient nombreuses. D’une part, le Parti socialiste et les Verts s’opposaient à tout achat de nouvel avion de combat, jugeant qu’il n’était pas nécessaire, dans le contexte géopolitique du moment, de remplacer les Tiger. D’autre part, à droite aussi les reproches fusaient de la part de divers milieux. Certains critiquaient la manière de gérer le dossier – d'aucuns affirmaient même que le Conseil fédéral écartait délibérément les concurrents du Gripen en raison des problèmes économiques et fiscaux avec les pays voisins – et la communication maladroite du DDPS. Il faut dire que ce dernier n’est pas exempt de tout reproche dans ce domaine. Il a en effet eu de la peine à justifier le choix d’un avion dont les performances avaient été jugées insuffisantes au cours des évaluations. Par ailleurs, les déclarations du chef du DDPS pouvaient laisser croire à un certain dilettantisme dans la gestion du dossier – rappelons qu’Ueli Maurer a avoué devant la presse qu’il n’avait pas lu dans le détail le contrat d’achat: "Ce sont 56 pages en anglais, avec beaucoup de considérations techniques, je fais confiance aux spécialistes de mon service." D’autres politiciens de droite, enfin, critiquaient le choix du Gripen et auraient préféré acheter le Rafale arrivé en tête de la procédure d’évaluation.

Au cours de l’année 2012 et, surtout, en 2013, le ciel s’est cependant lentement éclairci pour le chef du DDPS qui a su manœuvrer de manière habile et convaincre petit à petit une majorité de parlementaires de voter en faveur de l'acquisition du Gripen, redressant ainsi une situation qui paraissait à un certain moment largement compromise. En mars de cette année, le Conseil des Etats a accepté d’acheter les 22 avions de combat, même s'il en a refusé le financement dont le montant s’élève à 3,1 milliards de francs. Cette contradiction apparente s’explique par le fait qu’il aurait fallu la majorité qualifiée, en raison du "frein aux dépenses", pour faire passer la décision financière. De son côté, quelques semaines plus tard, le Conseil national se montrait d’accord d’entrer en matière, à condition d’obtenir certains éclaircissements, notamment en ce qui concernait les modalités de facturation (montant de l’acompte initial, pénalités en cas de non-respect des délais de livraison, garanties du montant de la facture en cas de renchérissement des coûts). En août, ayant obtenu partiellement satisfaction de la part du Conseil fédéral, la Commission de la politique de sécurité du Conseil national jouait la carte de la confiance et approuvait par 14 voix contre 9 et 2 abstentions l’achat des avions de combat, ouvrant ainsi la voie au vote d'hier du Conseil national.

La décision positive de ce dernier ne signifie cependant pas encore une victoire définitive pour le Conseil fédéral. Tout d'abord, comme nous l'avons dit, le Conseil des Etats doit encore se prononcer à ce sujet mercredi prochain. Ensuite, et surtout, le référendum promis par la gauche sera lancé et le peuple aura à se prononcer sur l’achat du Gripen, probablement au printemps 2014. Cette votation populaire rappelle celle de 1993 sur l’initiative du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) qui s’opposait à l’achat de 34 avions de combat F/A-18 Hornet. L'initiative avait finalement été rejetée par 57% des votants. Cette fois-ci, la campagne en faveur du Gripen sera sans doute plus difficile à gagner – les sondages indiquent que 63% des Suisses sont opposés à l'achat de l'appareil suédois. Le problème réside dans le cumul des opposants qui regroupent non seulement les milieux antimilitaristes traditionnels, mais aussi tous ceux pour qui le Gripen, en raison de ses insuffisances réelles ou supposées – nous reviendrons sur cette question dans un prochain article –, ne correspond pas aux besoins helvétiques. Le Conseil fédéral n'a, bien sûr, aucune chance de faire changer d'avis les premiers. Il devra donc concentrer ses efforts d'argumentation sur les seconds de manière à les convaincre de voter en faveur de l'acquisition du Gripen!

 

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Gripen F Demonstrator en vol au-dessus des Alpes (© DDPS)

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