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Bréviaire stratégique

Publié le par Dimitry Queloz

COUTAU-BEGARIE, Hervé, Bréviaire stratégique, Paris, Argos, 2013, 112 pages

Cet ouvrage posthume d’Hervé Coutau-Bégarie, malheureusement décédé en février 2012, est tout simplement excellent! Il représente la synthèse de plusieurs décennies de recherches et d’intenses réflexions et nous livre en quelque nonante (ou quatre-vingt-dix) pages et 555 aphorismes "tout le jus" de la stratégie. Ecrit d’une manière claire et concise, dans un langage accessible au profane, il constitue la meilleure synthèse que nous ayons lue jusqu’à présent et un préalable à la lecture d’ouvrages plus développés.

Le livre n’est cependant pas une simple synthèse de l’histoire de la théorie et de la pensée stratégique. Il est aussi une réflexion personnelle, une expression de la conception "bégarienne" de la stratégie. A ce titre, il mériterait une étude poussée pour comprendre la pensée d’un des plus grands stratégistes contemporains.

Après un remarquable avant-propos d’Olivier Zajec, Hervé Coutau-Bégarie aborde, en dix chapitres, l’ensemble du champ stratégique: définition; stratégie en tant que science et en tant qu’art; méthode et principes; influences culturelles; stratégies nucléaire, maritime et aérienne; qualités du stratège (ce dernier chapitre étant d’un intérêt tout particulier).

Il ne saurait être question de présenter ici l’ensemble du contenu de ce livre si riche. Nous nous contenterons de nous arrêter brièvement sur deux points fondamentaux, hélas trop souvent oubliés de nos jours dans les débats relatifs aux questions de défense.

Hervé Coutau-Bégarie insiste sur les "deux dimensions" de la stratégie: la "matérielle" et l’"intellectuelle". Complémentaires (la réflexion permet un emploi judicieux des moyens), elles ne sauraient être opposées l’une à l’autre. Si la dimension matérielle "tend à devenir prépondérante à l’époque contemporaine avec l’industrialisation de la guerre, le progrès technique et la mobilisation totale", elle n’en est "pas pour autant exclusive" et la "supériorité matérielle peut être, au moins partiellement, neutralisée ou contournée par des stratégies alternatives (guerre révolutionnaire; techno-guérilla; déception…)". Il faut donc se méfier des conceptions techno-centrées, d’autant que les facteurs culturels, sociologiques et sociétaux influencent également l’efficacité des armées: "Des armes ou des tactiques ne sont pleinement efficaces que si elles s’intègrent dans des institutions aptes à les recevoir et à les pratiquer." D’un autre côté, la dimension matérielle ne doit pas être négligée non plus. L’aspect quantitatif a son importance: "Il n’y a pas de stratégie sans moyens." Dans un contexte de diminution des dépenses militaires, "le choix des programmes d’armement devient la décision centrale de toute politique de défense".

Le deuxième point concerne la "spécificité de la stratégie". Pour Hervé Coutau-Bégarie, la stratégie ne doit pas être confondue avec l’économie, la politique ou le droit. De plus, elle ne doit pas être reléguée au second plan par rapport à ces domaines: en stratégie, "une trop grande attention portée aux aspects politiques, économiques ou sociaux peut conduire à une perte d’efficacité militaire". La stratégie, dans son essence, est directement liée à la guerre et le concept ne doit pas être globalisé, en dépit de l’interdépendance des problèmes. "Les problèmes d’environnement ou de sécurité sociétale sont fondamentalement politique, la tentative d’en faire les composantes d’une stratégie de sécurité globale est totalement dépourvue de signification. Même si les problèmes sociaux sont aujourd’hui étroitement interdépendants les uns des autres, les catégories n’ont pas pour autant disparu." En conclusion, la guerre n’est pas totalement morte et "la volonté de nier le conflit découle d’une préférence idéologique plus que d’une analyse objective de la société internationale".

(© blogdefense.overblog.com)

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Votation du 22 septembre sur l'obligation de servir

Publié le par Dimitry Queloz

Zéro pointé en mathématiques pour le GSsA!

"On peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut!" C’est la méthode employée par le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) dans l'argumentaire de son initiative visant à supprimer l’obligation de servir en Suisse, initiative sur laquelle nos concitoyens auront à se prononcer le 22 septembre prochain. Dans une interview parue dans le quotidien La Liberté du lundi 12 août dernier, Tobias Schnebli, membre du comité d’initiative, affirme – l’argument est repris sur le site internet du GSsA – que "même avec la réduction des effectifs à 100'000 hommes décidée par le parlement, la Suisse disposera encore du même nombre de soldats que l’Autriche, la Norvège, le Danemark et la Suède réunis". D’où viennent ces chiffres? Comment ont-ils été calculés? A quoi correspondent-ils exactement?

La lecture du Military Balance 2013 édité par l’IISS de Londres nous permet de voir que, pour arriver à de tels chiffres, le GSsA ne tient compte que des forces armées actives et met de côté les réservistes (cf. le tableau ci-dessous). Ce faisant, le GSsA "oublie" de comptabiliser quelque 298'000 hommes!

 

 

Armée active

Réserve

Total

Autriche

23'250

176'450

199'700

Danemark

16'450

53'500

69'950

Norvège

24'450

45'250

69'700

Suède

20'500

22'000 (auxiliaires volontaires

800 (paramilitaires)

43'300

Total

84'650

298'000

382'650

 

Articles en relation:

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Obligation de servir (2)

Obligation de servir (3)

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Exposition sur les services secrets

Publié le par Dimitry Queloz

Le Château de Morges (en Suisse, près de Lausanne) présente actuellement une très intéressante exposition sur les services secrets, dont le commissaire est Monsieur Jacques Baud, spécialiste suisse bien connu du terrorisme et des services de renseignement.

Les textes de présentation des thèmes de l'exposition, à la fois courts, précis et compréhensibles pour les profanes, donnent de nombreuses informations sur les services secrets et leur fonctionnement (cycle du renseignement, différences entre services de renseignement et services secrets, entre code et chiffre, noms et fonctions des différents personnels…) ou sur certains épisodes historiques, dont beaucoup sont en relation directe avec la Suisse. Les objets présentés, plus de 500, sont également très intéressants. Nombre d’entre eux concernent bien évidemment l’écoute, l’enregistrement, les transmissions et la photographie. Ils permettent de saisir la révolution technique engendrée depuis quelques années par l’arrivée des nouvelles technologies de l’informatique. Nous retiendrons, parmi les plus curieux de ces objets, notamment un parachute pour pigeon voyageur, des émetteurs et des détecteurs camouflés en crottes de chien et de singe, un kit rectal d’évasion américain!

L’exposition se focalise plus particulièrement sur deux périodes: la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre froide. En ce qui concerne la première d’entre elles, l’exposition veut montrer le rôle fondamental joué par la Suisse dans la lutte clandestine contre l’Allemagne nazie et le soutien apporté aux Alliés dont les services spéciaux (OSS, SOE, SIS) étaient largement implantés dans notre pays. Parmi les nombreuses activités de ces services, mentionnons les vols des Lysander du Squadron 161 de la Royal Air Force pour venir chercher les chronomètres Breitling qui équipaient les avions anglais et américains. Ces précieux instruments de navigation étaient apportés par le directeur de la fabrique en personne, Willy Breitling, qui les remettait aux équipages des appareils qui se posaient sur des terrains improvisés dans les Franches-Montagnes.

Pour la Guerre froide, l’objet le plus intéressant est sans doute cette valise enterrée par le KGB dans la campagne fribourgeoise et contenant un émetteur destiné à un agent opérant en Suisse. Le lieu de cette planque n’avait pas été choisi au hasard. Dans cette région se trouvaient deux sites de première importance de la défense aérienne helvétique, la base aérienne de Payerne et celle de DCA Bloodhound de Torny-le-Grand, contre lesquels il était prévu de mener des opérations de sabotage. Ces actions s’inscrivaient dans un cadre opérationnel plus vaste puisqu’elles faisaient partie du plan de contournement des défenses antiaériennes de l’OTAN via le couloir neutre Autriche – Suisse. Il est donc très probable que d’autres émetteurs de ce genre soient encore cachés en Suisse, notamment dans la région zurichoise.

A voir jusqu’au 30 novembre 2013.

(© blogdefense.overblog.com)

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Blogdefense est de retour

Publié le par Dimitry Queloz

Après quelques semaines de vacances, Blogdefense est de retour, en espérant que vous avez passé un bel été.

Nous avons profité de cette période estivale pour modifier quelque peu notre design. Vous trouverez au bas de la première page, donc de manière plus immédiatement accessible qu’auparavant, la liste de nos blogs préférés. Cette liste ne se veut pas exhaustive; d’ailleurs, nous sommes limités techniquement quant au nombre. Vous pourrez toujours accéder, en utilisant la page "autres liens", aux divers sites internet que nous vous proposions déjà. Si nous les avons maintenus là où ils étaient, c’est parce que, en tant que sites, ils sont mis à jour moins régulièrement que les blogs.

L’été a aussi été l’occasion de lire quelques livres dont nous vous parlerons prochainement. Vous trouverez également, dans nos futurs articles, quelques exclusivités qui, nous l’espérons, susciteront tout particulièrement votre intérêt.

Au plaisir de vous retrouver bientôt et, d'ores et déjà, bonne lecture!

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