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Articles avec #conflits contemporains tag

Conférence du chef du DDPS à l’Université de Lausanne (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

L’acquisition frauduleuse d’information

 

Le chef du DDPS a commencé son propos en soulignant que le phénomène n’était pas nouveau. En effet, déjà dans l’Antiquité, des espions essayaient d’obtenir des informations sur l’adversaire. Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’ampleur pris par l’espionnage avec l’arrivée des nouvelles technologies liées au numérique et les possibilités offertes par ces dernières. Pour les services de renseignement, il s’agit d’un véritable défi et il est vital pour eux de disposer des personnels qualifiés en nombre suffisant dans les différents domaines informatiques. Pour illustrer cette importance, Guy Parmelin a mentionné l’exemple du MI 6 qui, au moment de la conférence, recrutait 9 spécialistes informatiques sur les 16 postes mis au concours!

 

L’emploi des nouvelles technologies à grande échelle soulève de nombreuses difficultés pour les Etats, les institutions, les industries, les individus. Tout d’abord, les activités d’espionnage peuvent être effectuées avec des moyens relativement limités et elles sont largement pratiquées, ce qui crée une grande fragilité, même envers de petits Etats respectables qui ne se privent pas d’espionner les autres pays. Par ailleurs, les possibilités d’obtenir des renseignements se sont considérablement développées du fait de la constitution des systèmes d’information. Tout, ou presque, est stocké sur des ordinateurs ou des serveurs en réseaux et les possibilités de pénétrer ces systèmes sont nombreuses via les ordinateurs, les Smartphones, les objets connectés de toute sorte qui ne sont pas toujours très bien sécurisés. Beaucoup d’utilisateurs ne prennent en effet pas toutes les précautions nécessaires, même les plus élémentaires.

 

Le deuxième problème réside dans le fait que les actions menées dans le cyberespace ne permettent pas seulement d’obtenir des informations. Elles permettent aussi de mener des opérations de propagande à une vaste échelle. Elles donnent enfin la possibilité de prendre le contrôle de certains systèmes, comme les réseaux de télécommunication ou d’énergie. Les actes de piratage peuvent conduire à la mise hors service de ces systèmes et à la paralysie d’un pays. Se pose aussi la question de la résilience. En combien de temps un pays ou une entreprise a-t-il/elle retrouvé sa situation d’avant l’attaque? Et à quel prix? En Suisse, un blackout total coûterait entre 2 et 4 mia de francs suisses par jour. En 2025, la facture pourrait s’élever à 6 mia.

 

Si nombre de ces informations et problématiques étaient déjà largement connues, les quelques minutes consacrées à la présentation de la stratégie du Conseil fédéral et des grandes orientations du chef du DDPS en matière de défense dans le domaine cyber ont été particulièrement intéressantes. Comme cela a été rappelé au moment des questions, la Suisse a mis en place une stratégie et créé un groupe de défense en 2012. Ce dernier dépendant du département des Finances et non du DDPS, plusieurs interventions parlementaires ont eu lieu en faveur de la constitution d’un pôle cyber au sein de celui-ci.

 

Guy Parmelin n’est pas forcément partisan d’une telle organisation et, surtout, il n’est pas un adepte des changements fréquents dans les organigrammes. Actuellement, il défend la thèse d’un rôle non-primaire de son département dans le domaine cyber. La réflexion est en cours et un plan d’action est à l’étude. Les moyens à disposition seront triplés dans les prochaines années, mais dans le cadre d’un budget de la défense constant.

 

Pour le chef du DDPS, les compétences en matière de lutte dans le domaine cyber doivent être réparties entre civils et militaires. La police et les entreprises doivent s’occuper de ce qui relève de la criminalité. Le rôle de l’armée doit être doublement limité. Elle ne doit s’occuper que du domaine "menace" et son action doit être subsidiaire. Ce sont donc les moyens civils qui doivent jouer le rôle principal. Dans ce cadre, Guy Parmelin a insisté sur le rôle que devraient jouer les milieux académiques, notamment l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Une collaboration étroite entre l’Etat et ces derniers est hautement souhaitable, notamment en ce qui concerne le personnel spécialisé. A l’exemple de ce qui existe en Israël, des modalités plus souples de recrutement et de service militaire pour les spécialistes formés dans les Hautes écoles seront bientôt en vigueur dans le cadre du projet DEVA.

 

L’évolution des conflits

 

Pour Guy Parmelin, il existe une conflictualité latente en Europe. Un conflit classique est peu probable, mais pas totalement exclu. L’abolition des distances – notamment avec l’emploi de drones pilotés depuis des postes très éloignés des zones d’engagement – et l’hybridation sont les deux caractéristiques majeures des conflits actuels. Ces paramètres doivent être intégrés dans les réflexions stratégiques et l’armée adaptée en conséquence. C’est ce que prévoit le projet DEVA qui se caractérise par une réduction de la taille de l’armée, une plus grande disponibilité et un meilleur équipement.

 

Terminons cette synthèse de la conférence du chef du DDPS par la réponse donnée à une question qui était sans doute la plus provocatrice, mais aussi probablement la plus intéressante: "La Russie est-elle une chance pour la sécurité et l’indépendance de l’Europe?" Pour Guy Parmelin, qui a souligné la difficulté à répondre à cette question, la Russie ne représente pas une chance. En Crimée, elle a clairement imposé une modification des frontières par la force. Cet acte a fait naître une grande inquiétude dans des pays comme les Etats baltes et la Pologne qui ont augmenté leurs budgets militaires. L’argent ainsi dépensé manquera dans d’autres domaines, ce qui constituera un frein à un développement économique et social harmonieux dans ces pays. (Fin)

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Conférence du chef du DDPS à l’Université de Lausanne (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Au lendemain de la publication du Rapport sur la politique de sécurité 2016, la Société des officiers du campus universitaire de Lausanne a décidé d’organiser, en partenariat avec l’AESSP, l’Association Mosaïque, Uthink et Innovation Time, d’inviter le chef du Département fédéral de la Défense, de la Protection de la population et des Sports (DDPS), M. le Conseiller fédéral Guy Parmelin, qui a tenu sa conférence le mercredi 12 avril dernier devant un auditoire de près de 400 personnes. Les échanges avec le public ont été nourris, constructifs et d’un bon niveau, même si les participants n’étaient pas forcément tous des inconditionnels de l’armée et que, comme l’a justement fait remarquer l’orateur, les universitaires sont, de par leur jeunesse, plus insouciants que le reste de la population et pas toujours très intéressés par les questions de sécurité. La discussion a notamment été encouragée par la possibilité de proposer des questions en direct via internet.

 

La Suisse face aux nouvelles menaces

 

Avant d’aborder les trois points qui constituaient le cœur de sa conférence, le chef du DDPS a commencé par donner un bref aperçu de la situation sécuritaire actuelle. D’emblée, il a souligné la difficulté à parler des questions de défense en raison du caractère diffus des menaces et de leur moins grande visibilité par rapport au XXe siècle durant lequel on a pu se focaliser sur deux menaces principales: le Troisième Reich et l’URSS. Cependant, il a insisté sur le besoin avéré de sécurité de notre société moderne en relevant que l’offre sécuritaire sera toujours inférieure à la demande et ne parviendra pas à empêcher toutes les attaques. Le risque zéro n’existe pas!

 

L’énumération des tensions mondiales et des incertitudes de ce début d’année 2017 – retour de la Russie sur la scène internationale (Ukraine et Syrie notamment), BREXIT, campagne présidentielle chaotique en France, nombreux problèmes en Afrique, existence d’Etats défaillants, fin du contrôle de la Corée du Nord par la Chine ("le turbulent élève n’est plus maîtrisé" par les Chinois), politique peu lisible du président Trump… – a permis à Guy Parmelin de montrer que le risque de basculement était en ce moment particulièrement fort.

 

Pour la Suisse, qui est un îlot plutôt privilégié, la stabilité en Europe et dans le Monde est fondamentale en raison des relations économiques très étroites avec les autres pays, surtout ceux de l’Union européenne. C’est pourquoi des contacts privilégiés en matière de sécurité sont entretenus avec des voisins comme la France, l’Allemagne et l’Autriche. Au moment des questions, le chef du DDPS a notamment mentionné les négociations en cours avec l’Autriche dans le but de développer la coopération en matière de sécurité aérienne – nous vous avions déjà parlé de ce problème dans un de nos articles précédents sur le projet PA24.

 

L’extrémisme violent

 

S’il existe diverses formes d’extrémisme violent, la principale est actuellement représentée par le terrorisme djihadiste. Au vu des nombreux actes terroristes islamistes qui ont frappé le Monde entier au cours de ces dernières années, la Suisse n’est pas à l’abri d’un attentat. Même si notre pays n’est pas une cible prioritaire des djihadistes, il fait partie des cibles potentielles en raison de son appartenance au monde occidental. De plus, la Suisse est directement touchée par le phénomène de radicalisation islamiste. 81 habitants, dont une trentaine de Suisses, sont partis faire le djihad en Afrique ou au Proche-Orient et quelque 500 personnes fréquentent les milieux djihadistes.

 

A ce propos, le chef du DDPS a insisté sur le rôle joué par internet qui sert à la fois de moyen de propagande, de contact et d’action. S’il n’existe pas, en Suisse, de vastes réseaux djihadistes, un individu peut sans difficulté, grâce à internet, établir des relations avec des personnes radicalisées ou se radicaliser lui-même. Comme le phénomène djihadiste est par ailleurs international et transfrontalier, il ne faut pas non plus sous-estimer les possibilités d’action et d’influence des activistes présents dans les pays voisins.

 

Pour lutter contre cette menace, la Suisse a développé une stratégie axée sur trois piliers. Le premier consiste à collaborer avec les grandes organisations internationales, notamment l’ONU. Le deuxième est celui de la collaboration en matière de renseignement avec les autres pays. Enfin, au niveau interne, la Suisse a mis en place le Réseau national de sécurité en coopération avec les cantons. Ce réseau a pour tâche d’élaborer un plan d’action contre la radicalisation et l’extrémisme violent. Notre pays a également renforcé les possibilités d’investigation en acceptant, par voie référendaire, la loi sur le renseignement qui doit entrer en vigueur le 1er septembre prochain. (A suivre)

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Vers la guerre civile moléculaire (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Le problème des démocraties modernes face à la guerre civile moléculaire

 

Une fois la guerre civile moléculaire définie, Bernard Wicht s’est penché sur l’importante question de la capacité des démocraties occidentales à faire face à cette nouvelle forme de menace. En se basant notamment sur l’ouvrage de Gil Merom, How Democracies Lose Small Wars? (Cambridge, 2003), qui analyse les échecs de l’armée française durant la guerre d’Algérie et de l’armée israélienne au Liban, le conférencier a développé la thèse selon laquelle la démocratie libérale actuelle n’était pas en mesure de gagner des conflits de basse intensité.

 

Dernier stade de la démocratie, la démocratie libérale présente un certain nombre de caractéristiques qui sont autant de faiblesses face à un adversaire pratiquant la guerre civile moléculaire. La première d’entre elles est l’absence de récit national et de valeurs communes. Dans les sociétés modernes, il est de bon ton de nier l’existence d’une histoire et d’une identité communes, que ce soit au nom de l’individualisme ultralibéral ou du multiculturalisme prôné par la gauche. Cet état d’esprit conduit une partie de la population à prendre ses distances par rapport à une société dans laquelle elle ne se reconnaît pas et pour laquelle elle ne veut plus s’engager. La société est ainsi "en panne de cause" et les individus qui la composent ne veulent plus lutter pour la défendre contre les agressions.

 

La deuxième caractéristique est l’incapacité à identifier la menace et l’ennemi.

 

La troisième consiste en une dérive policière et autoritaire qui se traduit notamment par la volonté de désarmer les citoyens honnêtes plutôt que de s’attaquer aux groupes qui créent les véritables problèmes. En Suisse, la nouvelle loi sur l’armée constitue un bel exemple de cette méfiance envers le citoyen, avec son article 113 qui contient plusieurs alinéas donnant la possibilité de restreindre la possession de l’arme à domicile.

 

Enfin, la dernière caractéristique est la possibilité de déclenchement d’une guerre civile. Les exemples de mécontentement et de refus d’accepter les règles du jeu démocratique sont nombreux. Un des derniers en date est celui des manifestations qui ont succédé à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et qui découlaient du rejet des résultats issus des urnes.

 

Comment faire face à la guerre civile moléculaire?

 

Les démocraties modernes n’étant pas en mesure de faire face à la guerre civile moléculaire pour les raisons évoquées, comment répondre à ce phénomène? La réponse proposée est complexe et se situe à deux niveaux.

 

Premièrement, il s’agit de modifier certaines attitudes actuelles qui entrainent les faiblesses mentionnées précédemment. Pour Bernard Wicht, qui reprend les écrits du sociologue Alain Joxe, il faut "considérer le désordre comme premier". La violence et la guerre sont naturelles, la paix n’est pas donnée pour toujours et il faut sans cesse lutter pour la maintenir. Ensuite, il faut "rétablir la distinction dedans/dehors", c’est-à-dire définir qui est ami et qui est ennemi. Cette distinction a souvent été, au cours de l’histoire, le moyen de maintenir la cohésion d’une société, notamment en Suisse (guerres contre les Habsbourg, mobilisation de 1856 contre la menace prussienne, etc.). Enfin, il faut "redéfinir l’unité militaire". Ici, c’est la république romaine qui tient lieu d’exemple, avec la légion qui garantit l’unité politique et sociale de Rome. Les liens entre armée, société et politique sont nombreux et étroits. Les soldats sont citoyens, les cadres militaires cadres politiques. L’armée permet de socialiser les minorités et de les faire adhérer à un but commun. A ces considérations s’ajoute, bien sûr, la nécessité de donner un récit national à la population.

 

Pour répondre à la guerre civile moléculaire, il faut cependant également agir à un autre niveau, celui de l’échelle. L’Etat moderne ne correspond pas à l’échelle à laquelle il est pertinent d’agir contre cette menace. Cela ne signifie cependant pas que l’Etat soit dépassé et qu’il faut le remplacer. Bernard Wicht voit davantage une action en complément à celle de l’Etat. Il faut "travailler dans la marge d’erreur du système" et "construire une deuxième ligne de défense". Voilà pour la méthode. D’une manière plus concrète, c’est au citoyen de jouer ce rôle fondamental. On retrouve ici le lien entre citoyen et soldat mentionné plus haut qui est à la base de la stabilité et de la sécurité de la société. Le citoyen-soldat, combattant individuel, sait pourquoi il se bat et connaît ses chances de succès. Il est en mesure de pallier les insuffisances de l’Etat et d’agir rapidement et efficacement à une échelle locale, dans un terrain et parmi une population qu’il connaît.

 

Bernard Wicht a terminé sa conférence en affirmant que les sociétés traversaient actuellement une crise de civilisation. Comme fréquemment dans l’histoire, le remède proviendra de la société elle-même qui devra s’adapter et adapter son système de sécurité. Ainsi que l’écrivait le général Eric de La Maisonneuve dans La violence qui vient (Arléa, 1997), "l’évolution du corps social sera étroitement associée à celle du système militaire". (Fin)

Remise du cadeau au conférencier par le président de la SJO. (© SJO)

Remise du cadeau au conférencier par le président de la SJO. (© SJO)

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Vers la guerre civile moléculaire (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Il y a deux semaines, la Société jurassienne des officiers a eu le plaisir d’accueillir Bernard Wicht comme conférencier lors de son assemblée générale annuelle. Enseignant en sciences politiques à l’université de Lausanne depuis 2001, Bernard Wicht est connu pour ses réflexions sur le système de milice et l’évolution des guerres contemporaines – nous vous avions notamment présenté, en son temps, son ouvrage Europe Mad Max demain?. Avec ce qu’il faut d’humour et d’esprit provocateur pour maintenir son public en haleine, avec toute la clarté qui le caractérise, il a développé un exposé fort intéressant sur la guerre civile moléculaire qui a captivé l’auditoire.

 

La guerre civile moléculaire

 

Pour Bernard Wicht, la guerre connaît une mutation totale depuis la fin de la Guerre froide, comme l’avait déjà mis en évidence Martin van Kreveld dans La transformation de la guerre paru en 1991. Avec la mondialisation et le déclin du rôle de l’Etat moderne, les deux formes de guerre auxquelles nous étions habitués – guerre interétatique et guerre civile – ont disparu pour laisser la place à la guerre civile moléculaire. Selon Bernard Wicht, ce concept développé par Hans-Magnus Enzensberger est parfaitement adapté pour décrire la situation sécuritaire problématique que connaissent actuellement certains de nos voisins et qui sera probablement également celle de la Suisse dans un avenir plus ou moins proche.

 

La guerre civile moléculaire se distingue de la guerre civile classique, dont l’exemple le plus emblématique est la guerre de Sécession, par le fait qu’elle n’oppose pas simplement deux groupes, un majoritaire dominant – généralement un Etat – et un minoritaire dominé, comme c’était le cas durant la période de constitution des Etats modernes. En raison de son caractère mutant, elle conduit par ailleurs à se poser deux questions fondamentales qui ont constitué le cœur de la conférence: Pour l’Etat démocratique occidental, qui est l’ennemi? Comment lui faire face et ne pas se préparer à la guerre d’avant-hier?

 

Dans la guerre civile moléculaire, cet ennemi présente sept caractéristiques que Bernard Wicht a longuement développées et discutées.

 

- L’ennemi est transnational

 

L’exemple de Daech illustre bien cette caractéristique. Le groupe islamiste occupe un territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak. Ses combattants proviennent du Monde entier et se fondent dans les flux de population pour aller s’installer en Afrique du Nord et en Europe. C’est, en fin de compte, une véritable "armée de la mondialisation".

 

- Sa stratégie des moyens repose sur le double principe low tech/low cost

 

Disposant de moyens financiers, techniques et logistiques limités, l’ennemi emploie tout ce qui est à sa disposition pour frapper. Le principe cardinal est celui de l’efficacité.

 

- Le recrutement se fonde sur un récit commun

 

Le recrutement se fait via une propagande qui cible les émotions et les frustrations de toute une génération. Elle propose aux futurs combattants un récit commun, une idéologie dans laquelle ils pourront se reconnaître et pour laquelle ils seront prêts à combattre et à mourir.

 

- Le contrôle des territoires selon le principe du zébrage

 

L’ennemi ne cherche pas à contrôler totalement le territoire. Seules certaines zones le sont, comme l’a bien montré l’exemple de la ville d’Alep.

 

- Le contrôle de la population par la terreur

 

Dans ce domaine, il n’y a pas d’innovation. Les vieilles techniques de terreur sont reprises, comme les assassinats, les exécutions soigneusement mises en scène, les expositions de cadavres…

 

- Une tactique visant à créer l’insécurité

 

L’ennemi recherche à déstabiliser son adversaire, à affaiblir ses forces morales. Pour ce faire, il utilise divers mode d’action de type terroriste, comme les tueries et les attentats kamikazes.

 

- Un financement par le biais de l’économie grise

 

Tous les moyens de financement sont bons, notamment les trafics en tout genre. (A suivre)

Bernard Wicht, conférencier de l'assemblée générale de la SJO. (© SJO)

Bernard Wicht, conférencier de l'assemblée générale de la SJO. (© SJO)

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Un silence religieux

Publié le par Dimitry Queloz

BIRNBAUM, Jean, Un silence religieux. La gauche face au djihadisme, Paris, Seuil, 2016, 240 pages

 

Comme l’écrivait récemment Olivier Kempf à propos d’une biographie historique de Jésus, la "religion est communément comprise comme un facteur géopolitique". Surtout depuis quelques années avec la montée en puissance de l’islamisme. Pourtant, au lendemain des différents attentats qui ont ensanglanté la France et d’autres pays d’Europe, beaucoup parmi les élites de gauche ont développé un discours pour le moins surprenant: "Ces attentats n’ont rien à voir avec l’islam".

 

Jean Birnbaum s’interroge sur cette attitude, ce discours qui a rapidement imposé un véritable "interdit" dans la réflexion sur le phénomène djihadiste et sa compréhension. Comment peut-on rejeter tout lien entre les attentats et l’islam, alors que les différents terroristes n’ont cessé de proclamer qu’ils agissaient au nom de l’islam? Une première réponse, simple, est d’ordre politique. Les élites de gauche, au pouvoir ou non, veulent éviter les problèmes avec les communautés musulmanes installées en Occident. D’où le fameux "pas d’amalgame".

 

L’auteur va cependant plus loin dans la réflexion en s’intéressant à la place de la religion dans la pensée de gauche. Il montre que celle-ci met systématiquement de côté les phénomènes religieux. Dans le cas des attentats islamistes, les explications se sont en effet concentrées, selon la tradition marxiste, sur les questions sociales et économiques, mais, aussi, sur les aspects psychiatriques. Alors que nombre d’entre eux étaient issus de familles aisées ou de la classe moyenne et beaucoup parmi eux avaient fait des études, les terroristes étaient toujours présentés soit comme des gens de banlieue victimes de la non-intégration, des déshérités au parcours scolaire chaotique, soit comme des personnes ayant des problèmes mentaux. Cette interprétation a d’ailleurs conduit le gouvernement à mener une politique de déradicalisation qui a été un véritable échec.

 

Ce phénomène d’incompréhension et de négation du religieux est récurrent dans le discours de la gauche. Pour l’auteur, ce n’est en effet pas la première fois que les élites de ce bord politique séparent complètement les événements de leurs liens avec la religion. Ainsi de la guerre d’Algérie durant laquelle elles ont, à de rares exceptions près comme l’historien Pierre Vidal-Naquet, été incapables de saisir l’importance de l’islam dans le nationalisme algérien, en dépit des nombreux indices visibles, ou de la révolution iranienne de 1979, pour laquelle Michel Foucauld a été une exception.

 

Cette incapacité de la gauche à saisir la réalité du phénomène djihadiste et à le comprendre a, selon Birnbaum, diverses origines. D’une part, les élites de gauche se montrent bienveillantes pour le djihadisme car elles le mettent en parallèle avec ce que l’on peut appeler les "engagements brigadistes" durant la guerre d’Espagne ou les révolutions en Amérique du Sud. Tout comme le militant d’extrême gauche partait naguère combattre le fascisme, le djihadiste actuel va lutter contre l’impérialisme capitaliste! D’autre part, les élites de gauche sont également les héritières des Lumières. Ces dernières ont rejeté Dieu en dehors du Monde et opposé "la croyance zélée au savoir rationnel". Il n’y a donc pas de place pour une religion sincère et profonde dans la vie d’un homme instruit!

 

Toutefois, pour l’auteur, la cause principale de cette incompréhension provient de l’idéologie marxiste, qui entretient un rapport ambigu avec la religion. Selon la fameuse expression, cette dernière est l’"opium du peuple". Dieu n’existant pas, la religion ne serait qu’une drogue aidant les opprimés "à supporter l’exploitation dont ils sont victimes. Que le mal soit guéri, et le remède devient inutile. Que les travailleurs se libèrent de la domination bourgeoise, et ils n’auront plus besoin de se réfugier dans les nuées de la spiritualité".

 

Cependant, la position de Marx par rapport à la religion est plus complexe et elle comprend un second aspect. La religion est en effet aussi une "protestation" contre la détresse humaine. Elle n’est donc pas toujours une idéologie au service des pouvoirs en place, elle est aussi capable de jouer un rôle révolutionnaire – Engels, par exemple, a comparé le christianisme primitif avec le socialisme. En ce sens, elle peut donc être une alliée de la gauche et de ses idéaux révolutionnaires. L’ouvrage du théoricien britannique Chris Harman, Le Prophète et le Prolétariat (1994) est à cet égard emblématique puisqu’il préconise de s’allier avec les islamistes pour lutter contre celle qui reste l’ennemie principale, la société bourgeoise et capitaliste. Bien sûr, Harman reconnaît qu’il y a un risque dans cette attitude, celui de se faire battre au final par cet allié de circonstance avec lequel on ne partage idéologiquement pas grand-chose et dont les buts à long terme sont radicalement différents. Cependant, convaincu que la gauche incarne le sens de l’histoire et qu’elle détient le seul réel universalisme, Harman se montre plutôt serein face à ce danger potentiel. Pour lui, la religion n’ayant aucun fondement sérieux, les islamistes ouvriront tôt ou tard les yeux, perdront leur prétendue foi et se rangeront aux côtés des forces de gauche si elles savent prendre quelques précautions pour éviter d’être débordées.

 

Terminons cette brève présentation d’un ouvrage très intéressant qui permet de mieux comprendre les ressorts qui ont conduit au développement de l’islamo-gauchisme en soulignant un de ses points forts, dont certains feraient bien de retenir la leçon. Les nombreux exemples d’alliance entre gauche et islamisme montrent que Harman s’est bel et bien trompé. Les islamistes ont généralement réussi à écarter leurs alliés d’un moment et à les supplanter. On ne soupe pas impunément avec le Diable, même si on pense avoir une très longue cuillère!

(© blogdéfense)

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