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Rapport 2016 du SRC (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Union européenne

L’actualité montre la pertinence du rapport du Service de Renseignement de la Confédération en ce qui concerne la situation de l’Union européenne. Le document souligne en effet que cette dernière doit faire face à une triple crise – crise de la dette, crise institutionnelle et crise du terrorisme – dont les conséquences à court et à moyen termes seront lourdes tant sur le processus d’intégration que sur le niveau de prospérité économique des membres. Le SRC présente un avenir plutôt sombre pour le Vieux Continent, comme en témoigne ce passage choc, mais plein de réalisme: "la gestion des crises politiques et économiques, difficile depuis plusieurs années, a affecté la confiance entre les Etats membres. Même si l’UE, l’euro et le marché commun devaient survivre à cette longue série de crises, les charges qui pèsent lourdement sur les caisses étatiques et l’instabilité persistante du système bancaire européen retarderont la relance économique et augmenteront les tensions sociales."

Publié deux mois avant la décision britannique de quitter l’Union européenne – le SRC se montre prudent à propos du référendum britannique, mais il souligne que sa simple existence démontre bien "que l’intégration européenne n’est pas irréversible" –, le rapport insiste sur la remise en cause du processus d’intégration européen. "Il est de plus en plus difficile d’obtenir des majorités politiques pour des solutions qui concernent l’ensemble de l’UE. Une Europe à plusieurs vitesses est en passe de se concrétiser: les décisions prises unilatéralement par certains pays se multiplient, de même que les demandes d’exceptions nationales. Dans les cas de crise aiguë, la suspension de règles européennes communes est déjà devenue réalité."

Outre les problèmes économiques et financiers, le Service de Renseignement de la Confédération évoque deux raisons à cette désintégration institutionnelle de l’UE, la crise migratoire et la menace terroriste. Même s’il faudrait encore ajouter la question fondamentale de la nature des institutions européennes, on ne saurait être plus pertinent, comme le montrent notamment les motivations qui ont conduit les Britanniques à dire "oui" au Brexit le 23 juin dernier.

Russie

A propos de la Russie, le rapport du Service de Renseignement de la Confédération confirme la fin de la période de détente d’un quart de siècle entre l’Est et l’Ouest qui a succédé à la chute de l’Union soviétique. Le conflit entre la Russie et l’Occident n’est "pas un phénomène éphémère" et prend un caractère de plus en plus militarisé. Les quelques lignes suivantes résument les deux possibilités d’évolution envisagées par le SRC: "Les possibilités réalistes de développement en matière de politique de sécurité en Europe se limitent désormais à deux grandes catégories: l’une au sein de laquelle une entente entre l’Est et l’Ouest limite suffisamment tôt les conflits le long des zones d’influence qui se dessinent sur le continent, l’autre dans le cadre de laquelle la spirale de la violence va progressivement se renforcer dans les années à venir."

Moyen-Orient et terrorisme islamiste

Selon le Service de Renseignement de la Confédération, l’année 2015 marque un tournant. Pour la première fois, les conséquences des révoltes arabes de 2011 atteignent réellement et concrètement l’Europe, avec l’arrivée massive de migrants et les actes terroristes djihadistes. Pour le SRC, la situation ne devrait pas s’améliorer à court terme. D’une part, l’Etat islamique "devrait maintenir le contrôle sur les territoires qui lui sont propres, même si ces derniers, au vu des succès militaires de ses adversaires, se rétrécissent. Un écrasement militaire durable de l’"Etat islamique" en Irak et en Syrie est improbable en 2016 car ce groupe continue de mettre à profit les faiblesses de ses opposants. Avec ses démonstrations de puissance, qui s’étendent de l’Irak et de la Syrie à la Libye en passant par le Liban et l’Egypte, l’"Etat islamique" remet en question la légitimité précaire des frontières étatiques et l’ordre postottoman en place depuis une centaine d’années au Proche et au Moyen-Orient." D’autre part, la guerre civile en Syrie ne devrait pas trouver de solution politique durable à brève échéance, en dépit du renforcement des opérations militaires.

En ce qui concerne la Suisse, le SRC reprend largement ce qu’il avait déjà énoncé précédemment. Notre pays fait partie de l’espace occidental et est, à ce titre, une cible potentiel des terroristes djihadistes, même s’il ne constitue pas une cible prioritaire. La Suisse est sur la liste des ennemis de l’Etat islamique comme le montre bien une vidéo dans laquelle le drapeau helvétique "figurait aux côtés de 60 drapeaux d’Etats visés par des attentats."

Un dernier point du rapport nous paraît important, avec lequel nous ne somme pas d’accord. Le SRC considère que les questions migratoires ne font pas directement partie de la politique de sécurité, même si elles peuvent les influencer, notamment via l’infiltration de groupes terroristes parmi les migrants ou les réactions des groupes d’extrême droite ou d’extrême gauche face à l’arrivée de ces derniers. Dans le cadre du choc de civilisations qui est en train de se jouer, l’arrivée massive de migrants à majorité islamiste représente au contraire une réelle menace existentielle pour les pays d’accueil. En effet, beaucoup d’entre eux ne chercheront pas à s’assimiler et viendront grossir les rangs de communautés de plus en plus revendicatrices. Même s’ils ne sont que quiétistes, les islamistes dit modérés constitueront l’eau dans laquelle prospéreront les poissons djihadistes, comme le montre clairement les exemples d’implantation des différents groupes salafistes dans le monde depuis près d’un siècle. (A suivre)

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