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Joyeuses Fêtes de Pâques

Publié le par Dimitry Queloz

Chers lecteurs,

Nous prenons quelques jours de vacances pour effectuer un petit séjour à Paris durant lequel nous aurons le plaisir de présenter une conférence sur l'offensive à outrance au Service Historique de la Défense au château de Vincennes, en attendant de vous retrouver prochainement. Les personnes intéressées par la conférence trouveront les renseignements utiles sur le site d'information du SHD.

Nous vous souhaitons de Joyeuses Fêtes de Pâques et vous disons à bientôt!

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Histoire de la construction de l'Europe

Publié le par Dimitry Queloz

KAHN, Sylvain, Histoire de la construction de l’Europe depuis 1945, Paris, PUF, 2011, 336 pages

Cet ouvrage général de Sylvain Kahn sur la construction européenne accorde une place importante aux questions militaires et de défense. Publié en 2011, il ne traite ces thèmes que jusqu’au début des grandes crises auxquelles l’Union européenne doit faire face actuellement: crise ukrainienne, guerres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, développement et implantation de l’islamisme, afflux massif de migrants…

L’auteur montre avec justesse à quel point les débuts de la construction européenne ont été influencés par les deux guerres mondiales et leurs conséquences, ainsi que par les questions de défense liées aux premières années de la Guerre froide. Le plan Schuman, la CECA, puis la CEE avaient pour but d’éviter les erreurs commises au lendemain de la Première Guerre mondiale – Kahn parle de la CECA comme d’un "anti-traité de Versailles" – et de construire une Europe pacifiée, dans laquelle les différents Etats abandonneraient les politiques de puissance concurrentes qui avaient constitué les fondements des relations internationales depuis plusieurs siècles.

Un des aspects très intéressants de l’ouvrage réside dans le fait qu’il ne se concentre pas uniquement sur les différentes étapes de la construction européenne ayant abouti à l’Union européenne que l’on connaît aujourd’hui. Dans les années 1940-1950, d’autres projets d’Europe, temporaires ou appelés à durer, ont également été mis en place, toujours en relation directe avec la Deuxième Guerre mondiale, ses destructions matérielles et ses atrocités. L’OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique) a ainsi été créée pour mettre en œuvre la Plan Marshall à partir de 1948. Elle a disparu en 1960 et a été remplacée par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) qui s’est élargie géographiquement en intégrant la plupart des pays industrialisés du Monde. Dans le domaine de la défense des droits de l’homme et de la garantie de l’Etat de droit, qui venait de connaître une période particulièrement sombre avec les régimes fascistes et nazi, la création du Conseil de l’Europe en 1949 a joué un rôle fondamental. Si l’organisation apparaît actuellement comme nettement moins importante que l’UE, elle est antérieure aux prémices de cette dernière et a soutenu une caractéristique fondamentale "du développement historique de la culture et des réalisations européennes".

Enfin, dans le domaine de la défense, en dépit des échecs, trois projets se sont succédé. En 1947, le traité de Dunkerque a réuni la France et le Royaume-Uni contre un éventuel retour de la menace allemande. L’année suivante, les pays du Benelux ont rejoint l’alliance par le traité de Bruxelles qui a créé l’Union Occidentale (UO). La crise de Berlin et le début de la Guerre froide ont cependant très rapidement modifié la situation et les Etats-Unis ont été appelés à s’engager aux côtés de l’UO dans la défense de l’Europe contre la menace soviétique. En 1949, le traité de Washington a été signé, l’OTAN créée. La crainte française de voir la puissance militaire de l’Allemagne renaître a conduit au projet de Communauté Européenne de Défense (CED) qui a avorté en 1954.

Dans la deuxième moitié du livre, Kahn aborde la difficile mise en place de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) adoptée avec la signature du traité de Maastricht en 1992. A peine créée, celle-ci connaît son baptême du feu avec la crise en Bosnie. L’auteur donne plusieurs raisons à l’absence d’intervention de l’UE. La désunion n’est pas seule en cause et le "décalage" explique largement l’impuissance européenne. "La guerre dans l’ex-Yougoslavie, c’était l’anti-intégration européenne. Du point de vue des valeurs et des principes. Mais aussi du point de vue des méthodes."

Après la période faste au point de vue institutionnel de la fin des années 1990 – traité d’Amsterdam, sommet franco-britannique de Saint-Malo, Conseils européens d’Helsinki et de Nice –, l’UE et nombre de ses membres à titre individuel se sont lancés dans une politique d’interventions civilo-militaires qui s’est vite trouvée en contradiction avec leur système de valeurs – bannissement de la guerre, primauté du droit, de la coopération et de la mutualisation –, d’autant que cette politique était doublée d’une politique de coopération avec des Etats peu démocratiques et encore moins respectueux des principes et des valeurs européennes (politique de voisinage avec les pays arabes ou l’Ukraine par exemple).

De cet ouvrage fort intéressant, nous retiendrons plus particulièrement deux points. Le premier est le choix délibéré et adopté très tôt – dès 1949 – d’un lien très étroit avec les Etats-Unis en ce qui concerne la défense. Ce choix continue à influencer la politique de défense européenne actuelle qui accorde la prépondérance à l’OTAN et qui conduit, par conséquent, à une vassalisation par rapport aux USA. Le second point est la philosophie sur laquelle repose les institutions européennes, à savoir la mutualisation fonctionnaliste et technocratique. Ces deux éléments sont les causes majeures de l’impuissance et du désarroi actuels de l’UE qui ne parvient plus du tout à faire face aux crises existentielles qui la frappent et dont les pathétiques pleurnicheries de Federica Mogherini constituent le triste symbole.

(© blogdéfense)

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Franklin D. Roosevelt

Publié le par Dimitry Queloz

PEREON, Yves-Marie, Franklin D. Roosevelt, Paris, Tallandier, 2015, 654 pages

Franklin D. Roosevelt a joué un rôle central dans l’histoire américaine et mondiale du XXe siècle. Il a en effet été confronté en tant que président des Etats-Unis à deux crises mondiales majeures, la Grande Dépression des années 1930 consécutive au krach boursier de Wallstreet et la Deuxième Guerre mondiale. Roosevelt se distingue par ailleurs par sa personnalité et son parcours personnel et politique atypique. Issu d’une famille aisée, sportif et passionné par la navigation, il étudie le droit à Harward où il montre davantage d’intérêt pour ses activités de journaliste que pour ses études. Secrétaire adjoint à la Marine durant la Première Guerre mondiale, jeune politicien, il est frappé en 1921 par la poliomyélite qui le laisse paralysé des jambes et le condamne à finir sa vie en fauteuil roulant. Après une longue période de rééducation, il reprend ses activités politiques et est élu au poste de gouverneur de l’Etat de New York en 1929. Trois ans plus tard, il devient président des Etats-Unis. Il est réélu trois fois alors que l’habitude était de ne pas briguer plus de deux mandats. Il meurt en avril 1945, dans l’exercice de ses fonctions, quelques semaines après la conférence de Yalta.

Un des aspects intéressants du livre d’Yves-Marie Péréon est la description du caractère de Roosevelt. Séduisant, élégant, arborant fréquemment un large sourire, celui-ci est en fin de compte plus charmeur que charismatique. A l’instar de la plupart de ses compatriotes, Roosevelt est aussi profondément religieux, même s’il prend certaines libertés en matière de morale, notamment en ce qui concerne sa relation extraconjugale avec sa secrétaire Lucy Mercer Rutherfurd.

Ses méthodes de travail sont particulières. Il est souvent secret et lance fréquemment des ballons d’essai, qui laissent perplexes ses interlocuteurs et apparaissent parfois comme des maladresses. Il ne désavoue que rarement ses subordonnés, mais les remplace le cas échéant sans les informer directement, souvent en confiant leurs tâches à un autre collaborateur. Il se montre aussi brouillon, au moins en apparence, comme en témoigne, par exemple, la création et le développement considérable des organes exécutifs de toutes sortes, notamment au cours du New Deal.

En ce qui concerne l’action politique du président Roosevelt, l’ouvrage comprend deux grandes parties. La première s’intéresse à la période de la Grande Dépression. Le lecteur pourra découvrir les différentes phases de la mise en place du New Deal, les sources d’inspiration et les différences par rapport aux théories keynésiennes classiques – notamment en ce qui concerne l’orthodoxie budgétaire –, les limites en matière de résultats. Il ressort du livre que les mesures les plus efficaces concernent avant tout les domaines monétaire et bancaire et que les Etats-Unis ne retrouvent le plein emploi qu’avec le réarmement et la guerre.

La seconde partie traite de la Seconde Guerre mondiale. A partir de 1939, Roosevelt doit mettre en partie de côté la politique intérieure et se consacrer davantage à la politique étrangère. Le président doit agir de manière subtile, en tenant compte de l’opinion isolationniste fortement répandue dans la population et au Congrès. Conscient du rôle que les Etats-Unis seront amenés à jouer dans la guerre qui se déroule en Europe et en Asie, il prépare son pays en prenant diverses mesures économiques et militaires. De plus, il s’engage dans une politique de soutien croissant à la Grande-Bretagne, notamment avec le programme prêt-bail qui permet de contourner la clause cash and carry. L’attaque japonaise sur Pearl Harbor fait de Roosevelt un "président de guerre". Il prend rapidement les mesures nécessaires pour mettre la totalité de la puissance industrielle américaine au service des armées alliées. Il s’occupe aussi de la mise en place d’un "programme de stabilisation économique" dans le but de combattre l’inflation. Dans le domaine stratégique, il accorde la priorité au théâtre d’opérations européen par rapport à celui du Pacifique. Il suit l’avis de Churchill en engageant l’armée américaine d’abord en Afrique du Nord plutôt qu’en Europe. Soucieux de ne pas reproduire la désastreuse situation internationale des années 1920, Roosevelt prépare également l’après-guerre. La Charte de l’Atlantique est rédigée au milieu de l’année 1941. Des conférences avec les autres alliés sont organisées: Casablanca, Téhéran, Yalta. Une organisation internationale plus efficace que la moribonde SDN, la future ONU, est prévue.

D’autres thèmes sont encore abordés d’une manière plus ou moins détaillée dans l’ouvrage, comme les relations sulfureuses avec la France de Vichy, celles, chaotiques, avec la France libre du général de Gaulle, l’attitude face au génocide juif… L’ouvrage d’Yves-Marie Péréon est dense, mais très agréable à lire. Nous ne pouvons qu’en recommander vivement la lecture, d’autant qu’il s’agit d’une des rares biographies en français consacrée à celui que l’on a surnommé le sphinx de la Maison blanche.

(© blogdéfense)

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