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Articles avec #deuxieme guerre mondiale tag

Henri Guisan (1874-1960)

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, Henri Guisan (1874-1960). Un général suisse face à la Seconde Guerre mondiale, Nancy, Le Polémarque, 2017, 128 pages

 

Avec ce petit ouvrage synthétique, Pierre Streit clôt une série de publications consacrée au général Guisan, entamée en 2010, année de commémoration du 50e anniversaire de sa mort. Cette série comprend Le général Guisan et l’esprit de résistance, publié en collaboration avec Jean-Jacques Langendorf, la réédition du texte de Bernard Barbey, P.C. du Général. Journal du chef de l’état-major particulier du général Guisan et Général Guisan. Ecrits de guerre (1939-1945) qui regroupe les principaux ordres d’armées et ordres du jour du commandant en chef de l’armée durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Préfacé par Maurice Decoppet, petit-fils du général Guisan, le livre est destiné à un large public. S'il ne remplacera pas la biographie publiée par Willi Gautschi en 1991 dans sa version française, qui, avec ses plus de 900 pages, constitue actuellement toujours la référence, l'ouvrage permettra, notamment aux jeunes générations, de découvrir et de connaître en quelques heures de lecture l’essentiel de la vie du général Guisan et de son rôle durant la Deuxième Guerre mondiale.

 

Pierre Streit retrace la vie du général Guisan en quatre chapitres. Le premier, "Les racines vaudoises", s’intéressent à ses origines. Originaire d’Avenches, né à Mézières et installé en 1902 à Pully, dans la propriété de Verte Rive construite par son beau-père, Guisan est profondément attaché au canton de Vaud et à la diversité de ses régions. Homme de la terre, tout comme le conseiller fédéral Rudolf Minger avec qui il collaborera à la fin des années 1930 et au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Guisan, après avoir obtenu son baccalauréat, devient paysan. Il témoignera une dernière fois de cet attachement à son canton deux ans avant sa mort en rédigeant l’avant-propos du livre de Jean Nicollier, Pays de Vaud. Une terre, plusieurs visages.

 

Dans "Le cavalier et le soldat", l’auteur retrace brièvement la carrière militaire de Guisan jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le futur général est alors commandant de corps et il a commandé les 1er et 2e corps d’armée. Il connaît donc les deux tiers de l’armée et les deux principales communautés linguistiques, avec leurs spécificités. De plus, Guisan parle le suisse-allemand, qu'il a appris lors de stages, ce qui lui permettra d’entrer facilement en contact avec la population et les soldats et sera une des raisons de son immense popularité auprès du peuple suisse.

 

Le cœur de l’ouvrage est constitué par le troisième chapitre intitulé "L’action et les mots d’un général". Comprenant 40 pages, il retrace l’action de Guisan au cours de la Seconde Guerre mondiale. On retiendra plus particulièrement l’insistance de l’auteur sur l’aspect psychologique de la défense et l’importance des forces morales que Guisan considère comme primordiaux comme le montrent nombre de ses écrits, de ses discours et de ses réalisations: "On doit, en grande partie, au général Guisan d’avoir évité durant la Seconde Guerre mondiale les fossés entre peuple et gouvernants, entre soldats et officiers, entre Suisse alémaniques et minorités latines."

 

Enfin, "De la Pontaise à Verte Rive" évoque les années d’après-guerre, la retraite de Guisan qui, contrairement à d’autres généraux très populaires, a refusé de jouer un rôle politique. Guisan a toutefois encore eu une certaine influence sur l’armée, notamment par le biais de son rapport sur le service actif qui a fait polémique et dont une étude fouillée reste à réaliser.

 

Trois chapitres – "Henri Guisan, "Romand du siècle"", "Un personnage historique" et "Questions-réponses actuelles" – abordent la question de la place de Guisan dans l’histoire. Adulé par la génération de la mobilisation, ce dernier est perçu comme un héros jusqu’à sa mort, comme en témoigne la présence de 300'000 personnes à ses funérailles. Cette image perdure jusqu’à nos jours dans la population puisqu’en 2011 les Romands ont désigné le général Guisan "Romand du siècle". Toutefois, depuis les années 1960, des critiques sont apparues avec la publication des ouvrages de John Kimche, Spying for Peace, General Guisan and Swiss Neutrality, et d’Alice Meyer, Anpassung oder Widerstand. Elles ont été reprises et développées ultérieurement par des historiens qui revendiquent le qualificatif de "critiques" et qui cherchent notamment à minimiser le rôle du général Guisan et de l’armée dans la défense de la Suisse et à montrer que seuls les facteurs économiques ont été déterminants dans le fait que celle-ci n’a pas été envahie. A ces détracteurs du général Guisan, l’auteur répond : "Dans toute analyse du rôle des différents acteurs durant cette période de l’histoire suisse, il faut prendre en compte les contraintes auxquelles ceux-ci furent exposés, ainsi que leur liberté d’action, tout en essayant de comprendre pourquoi ils ont finalement agi ainsi. Ceux qui jugent des comportements passés selon des valeurs morales actuelles ou des considérations politiques, voire idéologiques, doivent alors proposer des alternatives et démontrer leur réalisme dans une situation historique donnée. Jusqu’à présent, personne n’y est parvenu."

 

A noter encore que l’ouvrage contient un petit recueil d’une quinzaine de citations du général Guisan – les "phrases clés" – datant de la période 1939-1945.

(© blogdéfense)

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Leclerc. Le croisé de la France libre

Publié le par Dimitry Queloz

NOTIN, Jean-Christophe, Leclerc. Le croisé de la France libre, Paris, Perrin, 2015, 224 pages
 

Auteur d’une biographie de Leclerc publiée en 2005 qui fait autorité, Jean-Christophe Notin avait toutes les qualités pour réaliser ce volume de la collection "Maîtres de guerre" des éditions Perrin. Fort bien écrit, agréable à lire et richement illustré, il représente une belle synthèse qui ravira celui qui veut découvrir la vie de Leclerc et son rôle militaire et politique au cours la Deuxième Guerre mondiale.

 

Né en 1902 dans une famille de la vieille noblesse picarde, Philippe de Hauteclocque est un pur produit de son milieu social, dont les deux fondements sont le service de Dieu et celui de la France. Il en a les valeurs, lisant l’Action française, en dépit de l’interdiction du Pape, et souhaitant une certaine forme de révolution nationale au cours de la Deuxième Guerre mondiale, même si sa position a évolué au cours des trois années passées en Afrique. L’auteur ne cache par ailleurs pas le caractère insupportable du personnage – apanage des grands hommes selon Churchill! –, qui apparaît presque à chaque page du livre, ainsi que ces zones d’ombre – voir notamment l’épisode de l’exécution sans jugement de douze prisonniers à Bad Reichenhall à la fin de la guerre, sans que l’on sache exactement quel rôle il a joué.

 

Notin retrace chronologiquement la carrière militaire intense et mouvementée du Picard, qui prend le pseudonyme de Leclerc au moment où il rejoint la France libre au lendemain de la débâcle de juin 1940. Après le ralliement du Cameroun, puis du Gabon, Leclerc est envoyé au Tchad où il prépare l’attaque contre Koufra qui a lieu en février 1941. Les moyens engagés sont faibles, la position sans réelle valeur stratégique – qualifiée de "tas de cailloux sans intérêt" par Larminat, elle est remise aux Britanniques peu de temps après. Pourtant, la propagande transforme ce maigre succès en une victoire de premier ordre. L’impact moral est important pour la France libre qui remporte une de ses premières victoires militaires. Surtout, il y a le serment qui fait entrer Leclerc et ses hommes dans la légende.

 

Après cette victoire, Leclerc poursuit son aventure africaine par une longue pause entrecoupée, au début de 1942, par quelques opérations dans le Fezzan. Le grand acteur militaire des FFL au cours de cette période est le général Koenig qui se couvre de gloire à Bir Hakeim. Au lendemain de l’opération Torch, Leclerc peut enfin lancer sa deuxième campagne du Fezzan puis participer à la reconquête de l’Afrique du Nord. Quatre mois durant lesquels il fait preuve de talents.

 

Au cours de l’été 1943, les troupes de Leclerc sont transformées en une "division politique". D’une part, elles sont totalement équipées, grâce à l’aide américaine, pour constituer une division blindée. La 2e DB est née. D’autre part, la nouvelle grande unité est prévue pour être engagée en France dans le cadre du débarquement prévu dans les mois futurs. Sa mission: la libération de Paris. C’est ainsi que la 2e DB participe au débarquement en Normandie, après moult péripéties. Leclerc doit se battre, notamment contre les Américains, pour entrer en premier dans la capitale.

 

La libération de l’Est de la France est tout aussi compliquée. En plus des divergences de vue avec les Américains, Leclerc doit faire face à la concurrence de De Lattre, qu’il déteste. Finalement, la 2e DB parvient à libérer Strasbourg, autre lieu hautement symbolique de la lutte contre l’Allemagne. Le serment de Koufra est accompli! Durant les derniers mois de la guerre, Leclerc et ses troupes sont engagés dans le Sud de l’Allemagne, avec, toujours, la crainte de ne jouer qu’un rôle secondaire. Finalement, la 2e DB ajoute un dernier exploit à la liste de ses hauts faits: si les Américains sont les premiers à entrer dans Berchtesgaden, les hommes de Leclerc les devancent au Berghof et au Nid d’Aigle.

 

Le dernier chapitre aborde de manière très brève la carrière de Leclerc après la capitulation allemande. Engagé en Extrême-Orient, il représente la France lors de la capitulation japonaise, puis commande le corps expéditionnaire chargé de reprendre l’Indochine. Pour l’auteur, les divergences entre Leclerc et l’amiral d’Argenlieu, nommé haut-commissaire, au cours de cette opération relèvent davantage de la forme que du fond.

 

Notin termine son ouvrage avec l’épisode tragique de la mort de Leclerc survenue le 28 novembre 1947 alors qu’il se rend en avion à Colomb-Béchar. Pour lui, la thèse de l’accident est certaine. L’appareil, un B-25 modifié pour le transport de passagers, connaît des problèmes de centrage qui le rendent très instable dans certaine situations de vol. A la suite d’une manœuvre trop brusque du pilote, il est tombé en vrille et s’est écrasé au sol.

 

L’ouvrage n’est cependant pas qu’une biographie de Leclerc. Le lecteur y trouvera également des éléments fort intéressants concernant l’armée française en général, notamment sur les relations entre les hommes de l’armée d’Afrique et ceux de la France libre. Les rivalités entre les deux camps ne sont pas seulement d’ordre personnel, elles sont aussi et surtout idéologiques. Elles perdureront deux décennies après la fin des hostilités, d’autant que nombre d’anciens de Vichy occupent les plus hautes fonctions au sein de l’armée d’après guerre. En 1943, l’amalgame entre, d’une part, les ex-troupes de Vichy ralliées difficilement et en raison des circonstances particulières de la fin de l’année 1942 et, d’autre part, les FFL de la première heure est donc difficile, comme en témoignent les expressions employées pour désigner certaines formations issues de l’autre camp. C’est ainsi que le 12e régiment de cuirassiers est taxé de "12e nazi" par les ex-FFL, tandis que les hommes de l’ancienne armée de Vichy parlent du 1er régiment de Spahis marocains en l’affublant du surnom de "royal voyou"!

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Un pont trop loin?

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, Arnhem 1944. Un pont trop loin?, Paris, Economica, 2016, 110 pages

L’ouvrage est une synthèse sur l’opération Market Garden que le grand public connaît généralement grâce au très beau film de Richard Attenborough Un pont trop loin. Il se focalise sur les liens entre les opérations, qui sont brièvement présentées jour par jour, et le renseignement, dont les failles sont, pour beaucoup d’historiens, à l’origine de l’échec britannique.

Pierre Streit commence son livre par une brève présentation du développement des forces aéroportées après la Première Guerre mondiale et leur engagement au cours de la Deuxième. Après 1918, ce sont les Soviétiques qui développent les forces aéroportées et leur doctrine d’emploi dans le cadre du concept de bataille en profondeur (cf. les généraux Toukhatchevski et Triandafillov). Dans les années 1930, les purges de Staline freinent ce développement et ce sont les Allemands qui prennent le relai. Sous l’impulsion de Goering et en suivant l’exemple des Soviétiques, ils créent des forces aéroportées. Celles-ci sont utilisées dès 1940 au Danemark et en Norvège, aux Pays-Bas et en Belgique. Après les difficultés rencontrées en Crète en 1941, les parachutistes allemands ne sont plus engagés que comme infanterie d’élite dans les combats les plus durs.

Les Britanniques et les Américains sont en retard dans le domaine. Ils commencent à constituer des forces aéroportées seulement à partir de 1940. Le développement sera toutefois rapide. En 1944, les Alliés disposent d’une force aéroportée comprenant 2 divisions anglaises, 2 américaines et 1 brigade polonaise. L’emploi opérationnel se limite à la couverture des flancs et à la prise des terrains clés situés immédiatement en arrière du dispositif de l’adversaire dans le cadre des opérations de débarquement. Market Garden, dont le concept d’emploi est très proche de celui des Allemands au début de la guerre, constitue donc une première. "Il s’agit par une action audacieuse menée dans la profondeur adverse de précipiter tout simplement la fin de la guerre. En réalité, il s’agit d’une véritable opération aéroterrestre qui combine actions aéroportées et actions terrestres."

Market Garden est un échec tactique, opératif et stratégique, même si la plupart des objectifs ont été atteints. La 1ère division aéroportée n’a en effet pas réussi à s’emparer de l’objectif principal, le pont routier d’Arnhem, et à le tenir jusqu’à l’arrivée du 30e corps blindé. La traversée rapide du Rhin, la pénétration en Allemagne du Nord et la victoire avant l’hiver n’auront pas lieu. La défaite nazie devra attendre le printemps de l’année 1945 et ce sont les Soviétiques qui entreront dans Berlin.

Les raisons de cet échec sont nombreuses. Un premier facteur est d’ordre psychologique. Les Alliés ont été trop optimistes et ont largement sous-estimé les forces allemandes en raison des rapides succès obtenus dans les semaines qui ont suivi la victoire en Normandie. En dépit de la surprise, la résistance allemande est au contraire immédiate et déterminée sous la conduite d’officiers très combattifs.

Les mauvaises conditions météorologiques expliquent aussi en partie l’échec de Market Garden. Pour la réussite de l’opération, il aurait fallu disposer de trois jours continus de beau temps. Mais, dès le deuxième jour, le mauvais temps perturbe le plan. Le ravitaillement et le renforcement de la 1ère division ne s’effectuent que difficilement, l’appui tactique des troupes au sol et les opérations d’interdiction sont impossibles. L’armée allemande peut donc envoyer les renforts nécessaires à la bataille.

Les problèmes logistiques sont également nombreux. Il n’y a pas assez d’appareils de transport pour déployer d’un coup l’ensemble du 1er corps aéroporté. La 1ère division est donc transportée en trois jours, ce qui est contraire au principe de concentration des forces. De plus, ses moyens de transmission sont défaillants. Elle ne peut communiquer ni avec la RAF, ni avec le QG du 1er corps à Nimègue, sans compter la trop faible portée des radios qui ne permettent pas de relier entre elles ses unités trop éloignées les unes des autres.

C’est toutefois dans le domaine du renseignement que les carences sont les plus graves. L’opération a été préparée en trop peu de temps et les négligences ont été importantes. Toutefois, l’auteur précise que c’est la distribution plus que la collecte du renseignement qui a été problématique. Dans la planification, on n’a pas tenu suffisamment compte du terrain et de l’adversaire. Les rapports de la résistance hollandaise indiquant la présence d’unités blindées SS dans le secteur ont été négligés. Le secteur d’engagement de la 1ère division est mal connu. Les abords immédiats des objectifs ne sont pas propices à un aéroportage de masse. La présence d’une forte DCA sur l’aéroport de Deelen conduit la RAF à exiger que les troupes soient larguées à 12 km du pont routier d’Arnhem qui est l’objectif principal. Il faudra cinq heures aux parachutistes pour l’atteindre, ce qui enlève tout effet de surprise. Concernant le terrain que doit traverser le 30e corps, la situation est sans doute encore pire. Les marécages et les canaux empêchent un déploiement des chars. Il y a une seule route, souvent surélevée, ce qui expose ces derniers au feu des armes antichars allemandes. La progression du 30e corps est considérablement ralentie. Alors qu’il aurait dû franchir les 100 km qui le séparaient d’Arnhem en deux jours, il ne parviendra pas à atteindre le pont avec le gros de ses forces, même au 9e jour de combat!

Finalement, comme l’a souligné un officier du 30e corps, le problème fondamental de l’opération était peut-être non pas d’avoir voulu aller un pont trop loin, mais plutôt d’avoir manqué d’une route!

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Franklin D. Roosevelt

Publié le par Dimitry Queloz

PEREON, Yves-Marie, Franklin D. Roosevelt, Paris, Tallandier, 2015, 654 pages

Franklin D. Roosevelt a joué un rôle central dans l’histoire américaine et mondiale du XXe siècle. Il a en effet été confronté en tant que président des Etats-Unis à deux crises mondiales majeures, la Grande Dépression des années 1930 consécutive au krach boursier de Wallstreet et la Deuxième Guerre mondiale. Roosevelt se distingue par ailleurs par sa personnalité et son parcours personnel et politique atypique. Issu d’une famille aisée, sportif et passionné par la navigation, il étudie le droit à Harward où il montre davantage d’intérêt pour ses activités de journaliste que pour ses études. Secrétaire adjoint à la Marine durant la Première Guerre mondiale, jeune politicien, il est frappé en 1921 par la poliomyélite qui le laisse paralysé des jambes et le condamne à finir sa vie en fauteuil roulant. Après une longue période de rééducation, il reprend ses activités politiques et est élu au poste de gouverneur de l’Etat de New York en 1929. Trois ans plus tard, il devient président des Etats-Unis. Il est réélu trois fois alors que l’habitude était de ne pas briguer plus de deux mandats. Il meurt en avril 1945, dans l’exercice de ses fonctions, quelques semaines après la conférence de Yalta.

Un des aspects intéressants du livre d’Yves-Marie Péréon est la description du caractère de Roosevelt. Séduisant, élégant, arborant fréquemment un large sourire, celui-ci est en fin de compte plus charmeur que charismatique. A l’instar de la plupart de ses compatriotes, Roosevelt est aussi profondément religieux, même s’il prend certaines libertés en matière de morale, notamment en ce qui concerne sa relation extraconjugale avec sa secrétaire Lucy Mercer Rutherfurd.

Ses méthodes de travail sont particulières. Il est souvent secret et lance fréquemment des ballons d’essai, qui laissent perplexes ses interlocuteurs et apparaissent parfois comme des maladresses. Il ne désavoue que rarement ses subordonnés, mais les remplace le cas échéant sans les informer directement, souvent en confiant leurs tâches à un autre collaborateur. Il se montre aussi brouillon, au moins en apparence, comme en témoigne, par exemple, la création et le développement considérable des organes exécutifs de toutes sortes, notamment au cours du New Deal.

En ce qui concerne l’action politique du président Roosevelt, l’ouvrage comprend deux grandes parties. La première s’intéresse à la période de la Grande Dépression. Le lecteur pourra découvrir les différentes phases de la mise en place du New Deal, les sources d’inspiration et les différences par rapport aux théories keynésiennes classiques – notamment en ce qui concerne l’orthodoxie budgétaire –, les limites en matière de résultats. Il ressort du livre que les mesures les plus efficaces concernent avant tout les domaines monétaire et bancaire et que les Etats-Unis ne retrouvent le plein emploi qu’avec le réarmement et la guerre.

La seconde partie traite de la Seconde Guerre mondiale. A partir de 1939, Roosevelt doit mettre en partie de côté la politique intérieure et se consacrer davantage à la politique étrangère. Le président doit agir de manière subtile, en tenant compte de l’opinion isolationniste fortement répandue dans la population et au Congrès. Conscient du rôle que les Etats-Unis seront amenés à jouer dans la guerre qui se déroule en Europe et en Asie, il prépare son pays en prenant diverses mesures économiques et militaires. De plus, il s’engage dans une politique de soutien croissant à la Grande-Bretagne, notamment avec le programme prêt-bail qui permet de contourner la clause cash and carry. L’attaque japonaise sur Pearl Harbor fait de Roosevelt un "président de guerre". Il prend rapidement les mesures nécessaires pour mettre la totalité de la puissance industrielle américaine au service des armées alliées. Il s’occupe aussi de la mise en place d’un "programme de stabilisation économique" dans le but de combattre l’inflation. Dans le domaine stratégique, il accorde la priorité au théâtre d’opérations européen par rapport à celui du Pacifique. Il suit l’avis de Churchill en engageant l’armée américaine d’abord en Afrique du Nord plutôt qu’en Europe. Soucieux de ne pas reproduire la désastreuse situation internationale des années 1920, Roosevelt prépare également l’après-guerre. La Charte de l’Atlantique est rédigée au milieu de l’année 1941. Des conférences avec les autres alliés sont organisées: Casablanca, Téhéran, Yalta. Une organisation internationale plus efficace que la moribonde SDN, la future ONU, est prévue.

D’autres thèmes sont encore abordés d’une manière plus ou moins détaillée dans l’ouvrage, comme les relations sulfureuses avec la France de Vichy, celles, chaotiques, avec la France libre du général de Gaulle, l’attitude face au génocide juif… L’ouvrage d’Yves-Marie Péréon est dense, mais très agréable à lire. Nous ne pouvons qu’en recommander vivement la lecture, d’autant qu’il s’agit d’une des rares biographies en français consacrée à celui que l’on a surnommé le sphinx de la Maison blanche.

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Volonté et confiance

Publié le par Dimitry Queloz

Volonté et confiance. Hier comme demain

Une manifestation de plus pour commémorer le 75e anniversaire du Rapport du Rütli, cet événement capital de l’histoire suisse de la Deuxième Guerre mondiale! Après le grand rassemblement organisé par la Société des officiers le 25 juillet sur la mythique prairie et l’ouvrage de Pierre Streit et Suzette Sandoz dont nous vous avons parlé il y a quelques semaines, le château de Morges a réalisé une exposition intitulée Volonté et confiance. Hier comme demain qui est complétée par un bel ouvrage de Jean-Jacques Langendorf, richement illustré et disponible en trois langues, français, allemand et italien.

L’exposition ne se contente pas d’évoquer le Rapport du 25 juillet 1940. Elle s’intéresse largement aux causes et au contexte, en suivant une approche chronologique. Le visiteur commence ainsi son parcours avec une partie consacrée à la Première Guerre mondiale, suivie d’une autre sur les années d’entre-deux-guerres, avant d’arriver à la Seconde Guerre mondiale proprement dite où il pourra notamment s’informer sur la mobilisation en Suisse, la Drôle de guerre, l’offensive allemande à l’Ouest…De petits textes bilingues, en français et en allemand, présentent de manière assez succincte – parfois trop – les différents thèmes.

Objets ayant appartenu au général Guisan. (© Château de Morges)

Objets ayant appartenu au général Guisan. (© Château de Morges)

Les objets et les documents de l’exposition sont variés et beaucoup sont d’un intérêt particulier. Ils éveillent la curiosité, comme cette chope à bière de la Bürgerbräukeller de Munich datant des années 1920, ou font naître l’émotion comme les nombreux objets ayant appartenu au général Guisan, parmi lesquels les plaques et le fanion fédéral de sa voiture, son livret de service, deux de ses armes de poing – un Parabellum modèle 1900 et un Browning modèle 1906. Les documents écrits sont de la même veine. Plusieurs proviennent des Archives fédérales, comme l’ordre d’armée distribué aux participants au Rapport et destiné à être lu à leurs subordonnés. La presse, qui occupe une place importante, permet de montrer toute la complexité de la période. Ainsi de cet article d’Antoine de Saint-Exupéry paru dans Paris-soir au lendemain des Accords de Munich montrant l’oscillation des sentiments par rapport à la situation internationale et dans lequel on peut lire: "Quand la paix nous semblait menacée, nous découvrions la honte de la guerre. Quand la guerre nous semblait épargnée, nous ressentions la honte de la Paix". Ou de cette une de Paris-Match du 21 mars 1940 consacrée à Joseph Darnand, héros de la Drôle de guerre pour ses coups-de-main dans les lignes allemandes et futur chef de la Milice… Notons encore la forte présence de livres, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire.

L’exposition comprend plusieurs fils rouges, le principal étant bien sûr celui retraçant la carrière et le rôle du général Guisan. L’extrême droite apparaît également à diverses reprises. On la trouve dans la partie consacrée aux années 1930, avec l’un de ses emblèmes romands, le Genevois Georges Oltramare, fondateur du Pilori et membre de l’Union nationale. Elle réapparaît ultérieurement, au moment de la défaite française, avec les propositions d’alignement sur l’ordre nouveau, notamment celle du Conseiller national vaudois Charles Gorgerat. On la retrouve enfin dans la dernière partie de l’exposition, avec la brève évocation de la polémique entourant le contenu du discours du Général du 25 juillet 1940 – un article du milieu des années 1980, basé sur les documents ayant servi à préparer le discours tenu au Rütli affirme que Guisan était alors favorable à l’instauration d’un régime politique plus autoritaire.

Le système militaire de milice, typiquement helvétique, est une autre thématique récurrente de l’exposition. Une scène de la vie familiale l’évoque en montrant un soldat debout dans son appartement, près de sa femme assise en train de coudre et de son enfant, habillé en marin, jouant avec des petits soldats suisses en plastic. Il est aussi évoqué via un regard extérieur, par le journal Paris-Match du 30 novembre 1939 qui publie un reportage sur la Suisse, son Général et son système politique.

Les combats aériens de mai-juin 1940. (© Château de Morges)

Les combats aériens de mai-juin 1940. (© Château de Morges)

Le Rapport du Rütli, cœur de l’exposition, est présenté sous ses divers aspects qui permettent d’en saisir toute l’importance. La menace allemande est montrée au travers des combats aériens germano-suisses de mai-juin 1940 et des plans d’invasion allemands de juin-juillet de la même année. La nouvelle stratégie du réduit, destinée à répondre à la nouvelle situation politico-militaire au lendemain de la défaite française, fait l’objet d’une présentation intéressante qui met en évidence ses origines, qui remontent au XIXe siècle – l’exposition présente les conceptions développées en matière de fortification nationale à cette époque par Hans Konrad Finsler, Guillaume-Henri Dufour et Emil Rothpletz –, et l’évolution de sa conception entre 1940 et 1941 – passage du "réduit-repli" au "réduit-d’emblée". L’évocation du rapport lui-même se fait par le biais d’une maquette du vapeur Stadt-Luzern III qui a transporté les officiers depuis Lucerne jusqu’au Rütli, de photos, de témoignage sur la journée du 25 juillet et le discours de Guisan… Point d’orgue de l’exposition et élément fondamental à en retenir, le texte d’introduction qui conclut à propos de ce dernier: "Le Rapport va exercer un effet positif vivifiant sur les officiers et la troupe car, désormais, la consigne est claire: résister sur de fortes positions. Ainsi, il marque un important tournant."

Belle et intéressante exposition, à voir jusqu’au 29 novembre prochain au château de Morges.

(© Château de Morges)

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