Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

histoire

Mobilité du chevalier au Moyen Age. Interview du Dr. Daniel Jaquet (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Y a-t-il des différences fondamentales, en termes de mobilité, en fonction des époques ?

 

Il n’y a pas de différence en fonction des époques. En revanche, il y en a en fonction de l’équipement. L’armure est un compromis entre résistance, mobilité et vision. On faisait des choix conscients entre ces trois facteurs et on choisissait de privilégier l’un ou l’autre d’entre eux en fonction des contextes (joutes, guerre…).

 

Quelles sources sont employées dans les récentes recherches ?

 

Il existe trois types de sources : les objets, l’iconographie et les documents écrits. L’iconographie comprend les décorations de manuscrits et les illustrations d’écrits techniques. Ces dernières sont plus précises que les premières. En ce qui concerne les écrits, ils se répartissent en trois catégories. Il y a tout d’abord la littérature narrative. Il y a ensuite la littérature technique qui est beaucoup plus précise. Il y a enfin les livres de combat. Il s’agit de la mise par écrit des techniques personnelles de combat. On pourrait comparer ces livres à des manuels d’arts martiaux.

 

Vous avez récemment réalisé une expérience comparative de mobilité entre un homme en armure, un pompier équipé de ses bouteilles d’oxygène et un militaire moderne équipé d’un gilet pare-balles. Pouvez-vous nous décrire plus précisément les buts et les conditions de cette expérience ?

 

Cette expérience avait un but de vulgarisation scientifique pour un grand public dans le cadre d’une exposition de musée. Il s’agissait aussi d’une illustration scientifique de recherches faites en amont. Nous avons choisi un pompier et un soldat car ces deux combattants permettent au public actuel de mieux s’identifier.

 Nous avons travaillé avec l’Institut des sciences du sport de l’université de Lausanne pour objectiver les résultats. Nous avons étudié les paramètres suivants : rythme cardiaque, taux de lactate dans le sang et temps. L’expérience s’est faite sur la piste d’obstacles de la place d’armes de Bière.

 Nous avons aussi dû tenir compte des questions de sécurité. Nous avons ainsi fixé des limites en ce qui concerne les sauts en raison du poids. La charge portée par les trois combattants représentait environ 40% de leur masse corporelle.

Quels sont les principaux résultats obtenus ?

 

Les résultats sont proches pour les trois combattants. La différence de temps nécessaire à la réalisation de l’épreuve se situe dans une fourchette de 20 secondes.

 Nous avons aussi remarqué que les problèmes rencontrés sur certains obstacles étaient liés aux personnes plutôt qu’aux équipements.

 

Ces résultats peuvent-ils être comparés avec ceux obtenus en médecine du sport par exemple ?

 

 Non, car nous n’avons pas travaillé avec des protocoles et n’avons pas réalisé d’expérience à grande échelle. Nous n’avions pas pour but de réaliser une véritable expérimentation scientifique, avec tout ce que cela implique. Il s’agissait d’une vulgarisation scientifique.

 

Quels enseignements pourraient servir actuellement pour l’entraînement des militaires ?

 

Aucun.

 

Les concepteurs des tenues des astronautes se sont inspirés des armures du Moyen Age. Pouvez-vous nous dire en quoi ?

 

A la fin du Moyen Age, qui représente l’âge d’or des armures de plate, le niveau de connaissance et d’exécution est très élevé dans la réalisation d’exosquelettes. Cette capacité à encapsuler le corps fait qu’il n’y a pas de lumière qui touche le corps, même lors de mouvements complexes. Cette technologie a été perdue par la suite. C’est cette capacité qui était recherchée par les concepteurs des tenues des astronautes. C’est la raison pour laquelle ils ont étudié les armures. (Fin)

 

Plus d’informations sur les travaux du Dr. Daniel Jaquet sur le site : http://www.djaquet.info/.

Voir les commentaires

Mobilité du chevalier au Moyen Age. Interview du Dr. Daniel Jaquet (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Daniel Jaquet a obtenu son doctorat en histoire à l’université de Genève en 2013, avec une thèse sur le combat en armure à la fin du Moyen Age. Il a ensuite effectué deux post-docs, le premier au Max-Planck Institut de Berlin et le second à l’université de Tours. Spécialiste du savoir technique lié au maniement des armes, il travaille actuellement comme responsable de la médiation culturelle et de la recherche scientifique au Château de Morges et ses musées. Nous le remercions pour son aimable accueil et pour le temps qu’il nous a consacré pour répondre à nos questions.

 

Avec des armures de quelle époque travaillez-vous ? Pouvez-vous nous présenter brièvement ce genre d’armure (matériaux, poids, fabrication, prix…) ?

 

Je travaille avec des armures de la fin du Moyen Age. Il existe trois catégories d’armures. Il y a tout d’abord les armures de mailles. Il y a ensuite les armures en textile ou en matière organique. Il y a enfin les armures de plate, composées de plaques d’acier qui recouvrent tout le corps. C’est pour cette dernière catégorie que j’ai le plus d’intérêt. La fin du Moyen Age est son âge d’or.

 Les armures de plate sont fabriquées en acier trempé, elles sont donc soumises à l’action de la rouille. Leur poids est important et correspond à celui de l’équipement du soldat actuel. Elles comprennent une partie métallique, l’armure proprement-dite, et un habit porté en-dessous qui est un vêtement complexe, lui aussi renforcé.

 En ce qui concerne le prix, il est très variable en fonction de la qualité. Les armures princières, pour lesquelles nous possédons des factures, sont des produits de luxe. Lorsque l’on parle du prix d’une armure, il faut aussi tenir compte du fait qu’on achetait souvent des kits qui comprenaient plusieurs types d’armures utilisées dans différents contextes, pour les campagnes, les joutes ou les tournois à pied par exemple.

 

Y avait-il de grandes différences de qualité en fonction du fabricant et du prix ? Cela avait-il un impact sur les possibilités de mouvement ?

 

Oui, il y a d’importantes différences en fonction du fabricant et du prix. Les armures sont généralement faites sur mesures. Cela coûtait cher, mais elles étaient parfaitement adaptées à la morphologie de ceux qui les portaient. A la fin du Moyen Age sont apparues les armures à munition. Elles étaient destinées à équiper les troupes professionnelles. Elles étaient fabriquées en série et n’étaient donc pas faites sur mesure. Leur prix était plus bas mais la mobilité des combattants était réduite.

 

Depuis le XIXe siècle et jusqu’à récemment, on pensait que les armures limitaient considérablement les mouvements des chevaliers. Comment expliquez-vous cela ? Depuis quand a-t-on une vision différente et comment les connaissances dans ce domaine ont-elles évolué ?

 

Cette idée reçue remonte à une nouvelle de Marc Twain A Connecticut Yankee in King’s Arthur Court publiée en 1889. Dans cet ouvrage, se trouve l’invention du mythe du chevalier hissé en selle au moyen d’une grue. Ce mythe a été repris dans le film de Lawrence Olivier Henry V qui est une adaptation de la pièce de William Shakespeare. La science historique s’en est ensuite emparé. C’est ainsi que l’on trouve ce mythe dans certains manuels scolaires notamment.

 Toutefois, cette thèse a été très rapidement critiquée. Bashford Dean, conservateur au Metropolitan Museum de New York dans les années 1920, s’y est opposé. Plusieurs chercheurs actuels, dont je fais partie, s’inscrivent dans le courant critique de Bashford Dean. On peut encore citer Dirk Breiding et Tobias Capwell, conservateur à la Wallace Collection de Londres, la plus grande collection privée d’armes au Royaume-Uni.

Les particularités de certaines batailles, comme Morgarten ou Azincourt, durant lesquelles d’importantes forces de chevalerie ont été entravées dans leurs manœuvres et leurs mouvements sur le champ de bataille, ont-elles contribué à maintenir le mythe d’une chevalerie peu mobile ?

 

Oui, mais il faut nuancer. L’armure ajoute bien évidemment du poids et rend moins mobile. Toutefois, un chevalier à terre peut se relever. Dans certains contextes précis de bataille, il est vrai que les chevaliers pouvaient avoir beaucoup de peine à le faire. Cela était le cas, par exemple, quand il y avait beaucoup de cadavres de chevaux et d’hommes, que le terrain était meuble ou que le feu ennemi était nourri. La description de la bataille d’Azincourt faite par Froissart dans ses Chroniques correspond à ces particularités.

 On peut donc répondre affirmativement à votre question, mais il faut tenir compte de ces particularités. Sinon, on est dans la désinformation en raison de l’apriori de départ.

 

Y avait-il des exercices spécifiques qui étaient pratiqués pour s’entraîner à supporter le poids des armures ? Pouvez-vous citer quelques exemples de mouvements possibles avec une armure et auxquels on ne penserait pas a priori ?

 

Les exercices quotidiens ne sont pas connus. Un texte nous décrit comment le maréchal Boucicaut s’entraînait pour les tournois. Le programme était varié : parcours du combattant, course, grimpe, passage d’obstacles, frappe sur cible, monter à cheval sans les étriers, grimper le revers d’une échelle à la seule force des bras. Tous ces exercices se faisaient en armure, mais souvent sans casque.

 Boucicaut était très connu pour pouvoir faire le "soubresaut". On ne sait pas ce que ce mot signifie exactement. Il peut vouloir dire "culbute", "roue" ou "saut périlleux". C’est cette dernière signification qui a été choisie par l’éditeur du texte. Ces trois possibilités ont été testées dans la pratique. Toutes trois sont possibles. (A suivre)

Voir les commentaires

Juge et soldat

Publié le par Dimitry Queloz

MONNIER, Félicien, Juge et soldat. Essai sur les fondements de la justice militaire suisse, Pully, Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), 2016, 160 pages

 

La justice militaire suisse est peu connue, aussi bien au point de vue historique qu’institutionnel, en dehors des milieux concernés. Aussi l’ouvrage de Félicien Monnier est-il le bienvenu. Dans une première partie historique, l’auteur montre l’étroitesse des liens qui unissent la Confédération, les cantons, l’armée et la justice militaire au fil des siècles. Dans un deuxième temps, il se penche sur la question de l’objection de conscience et du service civil pour montrer que "la conception que promeut (celui-ci) met en danger l’existence même de la société, donc de la justice".

 

Le Code pénal de 1851 assimile ce délit à la désertion. Ce système, trop rigide, montre ses limites avec la mobilisation générale de 1914-1918. Aussi, le Conseil fédéral édicte-t-il l’Ordonnance relative à la poursuite des militaires qui ne se sont pas présentés au service actif ou qui l’ont déserté. Ce document distingue l’"insoumission" de la "désertion". La première de ces deux infractions n’est pas en lien avec une "conduite déshonorante" de la part du militaire réfractaire qui peut, en outre, bénéficier de circonstances atténuantes qui peuvent conduire à un acquittement. Une première brèche apparaît dans le principe de l’obligation de servir, puisqu’un militaire peut "justifier par des arguments valables sa non-entrée en service, voire son refus d’entrer en service".

 

Avec le Code pénal de 1927, dans sa version d’origine, les objecteurs de conscience sont le plus souvent condamnés pour refus de servir, selon l’article 81. La peine peut être atténuée en cas de mobile honorable chez l’accusé. Les tribunaux n’ont cependant jamais recours à des motifs religieux ou éthiques. Ils emploient l’article 44 qui leur permet de prendre en compte la situation générale de l’accusé.

 

Après la Deuxième Guerre mondiale, les objecteurs bénéficient de divers assouplissements de la législation pénale militaire. Une novelle de 1950 abolit la suppression des droits civiques pour les objecteurs ayant des motifs religieux. Il s’agit d’une atteinte majeur à "la figure du citoyen-soldat. Avec cette novelle, on admet désormais que le respect de l’obligation de servir n’est plus constitutif de manière absolue de la qualité de citoyen (…) le lien que cette peine accessoire tissait entre droits et obligations civiques a perdu une grande partie de sa force symbolique". Dans les années 1960, diverses interventions parlementaires sont déposées en faveur de la création d’un service civil. Si le Conseil fédéral se montre toujours hostile à ce dernier, il propose une novelle en 1967, que le Parlement adopte en automne, qui étend le statut d’objecteur de conscience aux objecteurs pour motifs moraux.

 

Dans les années 1980, Jean-Pascal Delamuraz, chef du Département militaire fédéral, met sur pied la Commission Barras, du nom de son président, le brigadier Raphaël Barras, auditeur en chef de l’armée. Le "projet Barras" de modification du code pénal militaire est accepté en votation populaire en 1991 après référendum. L’objection de conscience décriminalisée n’est plus limitée aux "convictions religieuses ou morales" du réfractaire, elle est désormais étendue à ses "valeurs éthiques fondamentales". De plus, celui-ci est astreint à un travail d’intérêt général dont la durée correspond en principe à une fois et demie la durée du service militaire refusé.

 

Parallèlement, une commission parlementaire travaille à l’instauration d’un service civil qui est accepté par le peuple et les cantons en 1992. Du nouvel article 18 alinéa 1 de la Constitution découle en 1995 la loi sur le service civil. Celui-ci est conçu comme service de substitution au service militaire et il n’est pas question d’un libre choix entre les deux. De plus, le réfractaire est soumis à ce que l’on appelle l’"examen de conscience".

 

En 2003, une novelle apporte une modification importante par rapport à la question du conflit de conscience. Le "point de vue" du réfractaire devient central dans l’appréciation de la demande. Enfin, en 2008, une nouvelle modification entre en vigueur qui supprime l’examen de conscience et instaure le principe de la preuve par l’acte. Pour le réfractaire, il suffit désormais de déclarer être d’accord d’accomplir un service civil d’une durée supérieur au service militaire. Depuis l’introduction de cette modification, et en dépit d’une ordonnance visant à limiter les demandes pour effectuer un service civil, celles-ci augmentent régulièrement. 1'632 demandes sont acceptées en 2008 et 5'757 en 2014 !

 

En un siècle et demi, les conceptions philosophiques qui soutiennent l’obligation de servir et la position face à l’objection de conscience ont radicalement changé. A l’instar de ce que l’on peut remarquer dans d’autres domaines de la société, un processus d’individualisation s’est imposé. L’objecteur de conscience est devenu autonome et ne se situe plus dans un rapport de verticalité par rapport à la collectivité et au droit. En opposition totale avec la conception aristotélicienne de la société qui définit des liens étroits entre le groupe et les individus qui le composent, une logique de rapports juridiques horizontaux s’est installée et l’objecteur de conscience "ne saurait subir de contraintes autres que celles qu’il veut bien se donner".

 

De plus, le service que l’objecteur rend à la société n’est pas du même ordre ni de la même nature que celui que rend le militaire. Le premier, dans ses activités pour la collectivité, ne sert que des intérêts bien spécifiques – et parfois même surtout les siens –, et ce sans mettre en péril sa vie. Le second, prêt au sacrifice suprême, sert l’ensemble de la société le cas échéant. Sans cette action, celle-ci peut être menacée dans son existence même, rendant toutes les autres activités, même les plus nobles, bien futiles.

 

Un ouvrage à lire dans le contexte des débats actuels sur l’obligation de servir et la place du service civil!

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

Voir les commentaires

Capitaine Cérésole (1836-1881)

Publié le par Dimitry Queloz

GUISOLAN, Jérôme, Capitaine Cérésole (1836-1881). Un officier suisse au service de France, Pully, Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), 2016, 136 pages

 

Jérôme Guisolan a puisé dans le très riche fonds de la famille Cérésole conservé aux Archives cantonales Vaudoises pour réaliser cet ouvrage. Il a utilisé le remarquable Journal de campagne – outre le texte, il contient de fort belles illustrations – d’Adolphe Cérésole et la nombreuse correspondance que celui-ci a entretenue avec les membres de sa famille, notamment ses parents – sa mère en particulier – et son frère Paul, personnage incontournable de l’époque puisqu’il a été, entre autres, commandant de la 2e division et du 1er corps d’armée, député puis Conseiller d’Etat vaudois, Conseiller national, Conseiller fédéral, juge militaire, directeur de la Compagnie Suisse Occidentale-Simplon… Le fonds comprend encore de très beaux objets ayant appartenus au capitaine Cérésole, pièces d’uniformes, décorations et, surtout, le drapeau du 145e bataillon de la Commune de Paris!

 

La vie et le parcours de Cérésole sont présentés de manière chronologique par l’auteur, qui lui laisse souvent la parole. C’est que Cérésole écrit bien – il a fréquenté durant deux ans les cours de l’Académie de Lausanne –, il a un style vif, ne cache pas le fond de sa pensée. "Il décrit la guerre telle qu’elle est, telle qu’il la voit, telle qu’il la vit, avec son cortège d’événements singuliers, sans en rajouter inutilement ni édulcorer le propos. Parallèlement, cette même guerre, il la fait telle qu’il en ressent la nécessité, totale. Mais il se comporte avec ses semblables, soit les autres officiers et ses soldats, les civils, en gentleman en dehors des scènes d’action, dans les salons feutrés, lors des bals, à l’occasion de mondanités."

 

Cérésole est un militaire ambitieux. A l’exception des dernières années, durant toute sa carrière, il cherche à monter en grade, à obtenir des décorations. Il met toute son énergie et sa volonté, souvent au péril de sa vie, à obtenir la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur qu’il finit par recevoir à la suite de son comportement lors de la journée du 16 avril 1871 au cours des combats menés contre la Commune de Paris.

 

Engagé volontaire en 1855 dans la Légion étrangère, Cérésole ne participe pas à la guerre de Crimée. Après un séjour en Afrique du Nord, il se rattrape lors de la campagne d’Italie de 1859. A la bataille de Magenta, il connaît l’ivresse du combat, mais écrit, dans son journal, que "le lendemain est un vilain jour", avec le désolant spectacle des destructions, des cadavres couverts de mouches, des odeurs de putréfaction…

 

Libéré de ses obligations envers la Légion étrangère en 1861, le sergent Cérésole revient en Suisse. Il travaille dans l’administration militaire fédérale et obtient ses galons de capitaine de l’Etat-major général. Toutefois, "né avec la bosse des aventures et des voyages", Cérésole s’ennuie dans sa vie de bureau. Il s’engage alors à nouveau dans la Légion étrangère en 1865, avec le grade de sous-lieutenant, et participe à l’expédition du Mexique. Cette campagne est cependant décevante pour lui. Le pays est "triste", les combats rares, l’activité militaire, surtout administrative, ennuyeuse.

 

La guerre suivante est celle de 1870-71 contre la Prusse. Les troupes de la Légion étrangère débarquent en France en octobre. Cérésole est nommé lieutenant à la fin du mois. Il se bat à Coulmier, à Orléans, avant d’être intégré dans l’armée du général Bourbaki. Nommé capitaine, il est fait prisonnier le 15 janvier 1871 près de Montbéliard. S’il s’est montré téméraire à la tête de ses hommes, sa capture est avant tout due au comportement des gardes mobiles de la Gironde qui ont fui "au premier coup de feu", laissant les légionnaires seuls sur le champ de bataille. D’où un véritable mépris pour les moblots, qu’il n’hésite pas à exprimer dans des propos très durs, et à plusieurs reprises, dans son journal.

 

Après quelques semaines de captivité à Neuburg puis à Munich – les conditions de sa captivité, qui rappellent celles pratiquées pour la noblesse au Moyen Age, sont d’un autre temps et choqueront sans doute le lecteur postmoderne –, Cérésole est libéré le 10 mars 1871. Après un bref passage en Suisse, il est engagé, toujours avec la Légion, contre la Commune de Paris. C’est dans le cadre de ces combats qu’il reçoit enfin la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur tant ambitionnée et qu’il s’empare du drapeau du 145e bataillon de la Commune. La haine des Fédérés, défendant une vision de la société totalement opposée à la sienne, apparaît à de nombreuses reprises dans ses écrits. On peut ainsi lire dans une de ses lettres à sa mère en date du 6 juillet 1871: "(Je suis) doublement content de l’(la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur) avoir gagnée dans la plus juste des guerres; jamais je ne me suis battu avec autant d’acharnement que contre ces affreuses crapules de l’Internationale car tu sais combien j’ai toujours détesté ces gens-là et j’espère bien un jour avoir le plaisir de les écraser encore s’ils relèvent la tête."

 

Confirmé dans le grade de capitaine, Cérésole se prépare pour devenir commandant de bataillon. Mais en 1876, une enquête est ouverte contre lui pour ivresse – il semble que Cérésole ait eu un penchant pour la bouteille durant une grande partie de sa carrière militaire. Il reste donc capitaine et meurt quelques années plus tard, en 1881.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

Voir les commentaires

Henri Guisan (1874-1960)

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, Henri Guisan (1874-1960). Un général suisse face à la Seconde Guerre mondiale, Nancy, Le Polémarque, 2017, 128 pages

 

Avec ce petit ouvrage synthétique, Pierre Streit clôt une série de publications consacrée au général Guisan, entamée en 2010, année de commémoration du 50e anniversaire de sa mort. Cette série comprend Le général Guisan et l’esprit de résistance, publié en collaboration avec Jean-Jacques Langendorf, la réédition du texte de Bernard Barbey, P.C. du Général. Journal du chef de l’état-major particulier du général Guisan et Général Guisan. Ecrits de guerre (1939-1945) qui regroupe les principaux ordres d’armées et ordres du jour du commandant en chef de l’armée durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Préfacé par Maurice Decoppet, petit-fils du général Guisan, le livre est destiné à un large public. S'il ne remplacera pas la biographie publiée par Willi Gautschi en 1991 dans sa version française, qui, avec ses plus de 900 pages, constitue actuellement toujours la référence, l'ouvrage permettra, notamment aux jeunes générations, de découvrir et de connaître en quelques heures de lecture l’essentiel de la vie du général Guisan et de son rôle durant la Deuxième Guerre mondiale.

 

Pierre Streit retrace la vie du général Guisan en quatre chapitres. Le premier, "Les racines vaudoises", s’intéressent à ses origines. Originaire d’Avenches, né à Mézières et installé en 1902 à Pully, dans la propriété de Verte Rive construite par son beau-père, Guisan est profondément attaché au canton de Vaud et à la diversité de ses régions. Homme de la terre, tout comme le conseiller fédéral Rudolf Minger avec qui il collaborera à la fin des années 1930 et au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Guisan, après avoir obtenu son baccalauréat, devient paysan. Il témoignera une dernière fois de cet attachement à son canton deux ans avant sa mort en rédigeant l’avant-propos du livre de Jean Nicollier, Pays de Vaud. Une terre, plusieurs visages.

 

Dans "Le cavalier et le soldat", l’auteur retrace brièvement la carrière militaire de Guisan jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le futur général est alors commandant de corps et il a commandé les 1er et 2e corps d’armée. Il connaît donc les deux tiers de l’armée et les deux principales communautés linguistiques, avec leurs spécificités. De plus, Guisan parle le suisse-allemand, qu'il a appris lors de stages, ce qui lui permettra d’entrer facilement en contact avec la population et les soldats et sera une des raisons de son immense popularité auprès du peuple suisse.

 

Le cœur de l’ouvrage est constitué par le troisième chapitre intitulé "L’action et les mots d’un général". Comprenant 40 pages, il retrace l’action de Guisan au cours de la Seconde Guerre mondiale. On retiendra plus particulièrement l’insistance de l’auteur sur l’aspect psychologique de la défense et l’importance des forces morales que Guisan considère comme primordiaux comme le montrent nombre de ses écrits, de ses discours et de ses réalisations: "On doit, en grande partie, au général Guisan d’avoir évité durant la Seconde Guerre mondiale les fossés entre peuple et gouvernants, entre soldats et officiers, entre Suisse alémaniques et minorités latines."

 

Enfin, "De la Pontaise à Verte Rive" évoque les années d’après-guerre, la retraite de Guisan qui, contrairement à d’autres généraux très populaires, a refusé de jouer un rôle politique. Guisan a toutefois encore eu une certaine influence sur l’armée, notamment par le biais de son rapport sur le service actif qui a fait polémique et dont une étude fouillée reste à réaliser.

 

Trois chapitres – "Henri Guisan, "Romand du siècle"", "Un personnage historique" et "Questions-réponses actuelles" – abordent la question de la place de Guisan dans l’histoire. Adulé par la génération de la mobilisation, ce dernier est perçu comme un héros jusqu’à sa mort, comme en témoigne la présence de 300'000 personnes à ses funérailles. Cette image perdure jusqu’à nos jours dans la population puisqu’en 2011 les Romands ont désigné le général Guisan "Romand du siècle". Toutefois, depuis les années 1960, des critiques sont apparues avec la publication des ouvrages de John Kimche, Spying for Peace, General Guisan and Swiss Neutrality, et d’Alice Meyer, Anpassung oder Widerstand. Elles ont été reprises et développées ultérieurement par des historiens qui revendiquent le qualificatif de "critiques" et qui cherchent notamment à minimiser le rôle du général Guisan et de l’armée dans la défense de la Suisse et à montrer que seuls les facteurs économiques ont été déterminants dans le fait que celle-ci n’a pas été envahie. A ces détracteurs du général Guisan, l’auteur répond : "Dans toute analyse du rôle des différents acteurs durant cette période de l’histoire suisse, il faut prendre en compte les contraintes auxquelles ceux-ci furent exposés, ainsi que leur liberté d’action, tout en essayant de comprendre pourquoi ils ont finalement agi ainsi. Ceux qui jugent des comportements passés selon des valeurs morales actuelles ou des considérations politiques, voire idéologiques, doivent alors proposer des alternatives et démontrer leur réalisme dans une situation historique donnée. Jusqu’à présent, personne n’y est parvenu."

 

A noter encore que l’ouvrage contient un petit recueil d’une quinzaine de citations du général Guisan – les "phrases clés" – datant de la période 1939-1945.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>