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Articles avec #histoire tag

Henri Guisan (1874-1960)

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, Henri Guisan (1874-1960). Un général suisse face à la Seconde Guerre mondiale, Nancy, Le Polémarque, 2017, 128 pages

 

Avec ce petit ouvrage synthétique, Pierre Streit clôt une série de publications consacrée au général Guisan, entamée en 2010, année de commémoration du 50e anniversaire de sa mort. Cette série comprend Le général Guisan et l’esprit de résistance, publié en collaboration avec Jean-Jacques Langendorf, la réédition du texte de Bernard Barbey, P.C. du Général. Journal du chef de l’état-major particulier du général Guisan et Général Guisan. Ecrits de guerre (1939-1945) qui regroupe les principaux ordres d’armées et ordres du jour du commandant en chef de l’armée durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Préfacé par Maurice Decoppet, petit-fils du général Guisan, le livre est destiné à un large public. S'il ne remplacera pas la biographie publiée par Willi Gautschi en 1991 dans sa version française, qui, avec ses plus de 900 pages, constitue actuellement toujours la référence, l'ouvrage permettra, notamment aux jeunes générations, de découvrir et de connaître en quelques heures de lecture l’essentiel de la vie du général Guisan et de son rôle durant la Deuxième Guerre mondiale.

 

Pierre Streit retrace la vie du général Guisan en quatre chapitres. Le premier, "Les racines vaudoises", s’intéressent à ses origines. Originaire d’Avenches, né à Mézières et installé en 1902 à Pully, dans la propriété de Verte Rive construite par son beau-père, Guisan est profondément attaché au canton de Vaud et à la diversité de ses régions. Homme de la terre, tout comme le conseiller fédéral Rudolf Minger avec qui il collaborera à la fin des années 1930 et au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Guisan, après avoir obtenu son baccalauréat, devient paysan. Il témoignera une dernière fois de cet attachement à son canton deux ans avant sa mort en rédigeant l’avant-propos du livre de Jean Nicollier, Pays de Vaud. Une terre, plusieurs visages.

 

Dans "Le cavalier et le soldat", l’auteur retrace brièvement la carrière militaire de Guisan jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le futur général est alors commandant de corps et il a commandé les 1er et 2e corps d’armée. Il connaît donc les deux tiers de l’armée et les deux principales communautés linguistiques, avec leurs spécificités. De plus, Guisan parle le suisse-allemand, qu'il a appris lors de stages, ce qui lui permettra d’entrer facilement en contact avec la population et les soldats et sera une des raisons de son immense popularité auprès du peuple suisse.

 

Le cœur de l’ouvrage est constitué par le troisième chapitre intitulé "L’action et les mots d’un général". Comprenant 40 pages, il retrace l’action de Guisan au cours de la Seconde Guerre mondiale. On retiendra plus particulièrement l’insistance de l’auteur sur l’aspect psychologique de la défense et l’importance des forces morales que Guisan considère comme primordiaux comme le montrent nombre de ses écrits, de ses discours et de ses réalisations: "On doit, en grande partie, au général Guisan d’avoir évité durant la Seconde Guerre mondiale les fossés entre peuple et gouvernants, entre soldats et officiers, entre Suisse alémaniques et minorités latines."

 

Enfin, "De la Pontaise à Verte Rive" évoque les années d’après-guerre, la retraite de Guisan qui, contrairement à d’autres généraux très populaires, a refusé de jouer un rôle politique. Guisan a toutefois encore eu une certaine influence sur l’armée, notamment par le biais de son rapport sur le service actif qui a fait polémique et dont une étude fouillée reste à réaliser.

 

Trois chapitres – "Henri Guisan, "Romand du siècle"", "Un personnage historique" et "Questions-réponses actuelles" – abordent la question de la place de Guisan dans l’histoire. Adulé par la génération de la mobilisation, ce dernier est perçu comme un héros jusqu’à sa mort, comme en témoigne la présence de 300'000 personnes à ses funérailles. Cette image perdure jusqu’à nos jours dans la population puisqu’en 2011 les Romands ont désigné le général Guisan "Romand du siècle". Toutefois, depuis les années 1960, des critiques sont apparues avec la publication des ouvrages de John Kimche, Spying for Peace, General Guisan and Swiss Neutrality, et d’Alice Meyer, Anpassung oder Widerstand. Elles ont été reprises et développées ultérieurement par des historiens qui revendiquent le qualificatif de "critiques" et qui cherchent notamment à minimiser le rôle du général Guisan et de l’armée dans la défense de la Suisse et à montrer que seuls les facteurs économiques ont été déterminants dans le fait que celle-ci n’a pas été envahie. A ces détracteurs du général Guisan, l’auteur répond : "Dans toute analyse du rôle des différents acteurs durant cette période de l’histoire suisse, il faut prendre en compte les contraintes auxquelles ceux-ci furent exposés, ainsi que leur liberté d’action, tout en essayant de comprendre pourquoi ils ont finalement agi ainsi. Ceux qui jugent des comportements passés selon des valeurs morales actuelles ou des considérations politiques, voire idéologiques, doivent alors proposer des alternatives et démontrer leur réalisme dans une situation historique donnée. Jusqu’à présent, personne n’y est parvenu."

 

A noter encore que l’ouvrage contient un petit recueil d’une quinzaine de citations du général Guisan – les "phrases clés" – datant de la période 1939-1945.

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Reagan

Publié le par Dimitry Queloz

COSTE, Françoise, Reagan, Paris, Perrin, 2015, 624 pages

 

Cette biographie du président américain Ronald Reagan a été récompensée par le grand prix de la biographie politique 2015. Comme le souligne à juste titre le jury, "l’ouvrage impressionne par la densité des informations, le sens du portrait psychologique, la qualité de l’écriture et la manière dont (Françoise Coste) montre comment Ronald Reagan a su incarner la révolution libérale américaine des années 80".

 

L’auteur adopte une approche biographique classique. La vie de Reagan est présentée de manière chronologique, en 20 chapitres. Le premier est d’une importance capitale puisqu’il donne la clef de lecture de l’ouvrage et explique l’ensemble de la carrière du futur président. Françoise Coste insiste en effet d’entrée de jeu sur le cadre psychologique et l’influence spirituelle exercée par sa mère Nelle. La personnalité de Reagan se caractérise ainsi par un nombre restreint de principes et de croyances qui l’accompagneront tout au long de son parcours: optimisme, importance de la valeur "travail", vertu du sport, individualisme, déni de la réalité…

 

La conversion de Reagan au conservatisme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est également abordée de manière très détaillée. Jusqu’alors, il a toujours suivi son père, fidèle membre du parti démocrate qui a occupé diverses fonctions dans le cadre des programmes économiques et sociaux des années trente, dans ses votes en faveur de Roosevelt. Le changement idéologique est lié à divers facteurs, comme son retour difficile à la vie civile et à sa carrière de comédien, la constatation qu’il n’y a pas de renaissance morale de l’Amérique en dépit de la victoire, l’évolution de l’administration militaire dans laquelle il a servi au cours des hostilités. C’est alors que commence sa carrière de syndicaliste à Hollywood qui lui permet de découvrir ses qualités d’orateur, ainsi que l’existence du communisme sur le sol américain, notamment dans les milieux du cinéma – idéologie qu’il décide alors de combattre avec la dernière énergie.

 

Engagé par la General Electric pour animer une émission télévisée et servir d’ambassadeur interne de la firme, Reagan commence "l’apprentissage de la vie publique". Ses discours sont axés autour de trois grands thèmes: "la célébration de l’entreprise privée, la dénonciation de l’Etat et la haine du communisme". Cette activité lui sert de tremplin qui le propulse dans les hautes sphères du parti républicain. Il devient notamment un proche de Richard Nixon. Sa carrière politique commence alors par un coup de maître: Reagan devient gouverneur du plus puissant Etat des Etats-Unis, la Californie, qu’il dirige durant une décennie (1966-1976).

 

Les chapitres consacrés à la présidence de Reagan (1980-1988) sont particulièrement durs à son égard, même si Françoise Coste ne sombre pas dans la caricature et ne se contente pas des clichés auxquels il a souvent été réduit. Elle se montre également très critique envers le conservatisme républicain, soulignant ses défauts et ses contradictions.

 

Si l’auteur reconnaît des succès et des qualités à Reagan, notamment dans les domaines de la communication – ses discours sont souvent remarquables et font mouche – et dans ce que l’on peut nommer la politique politicienne, elle souligne les nombreux défauts du président certains sont fort inquiétants qu’elle qualifie de "roi fainéant". Reagan ne travaille, et ne peut travailler, que quelques heures par jour. Il ne s’investit que dans quelques domaines précis comme les baisses d’impôts, l’IDS (le projet de "guerre des étoiles") ou la lutte contre le communisme et l’URSS. Sa formation intellectuelle est rudimentaire même s’il a étudié à l’université. Il connaît mal ses dossiers, se contente d’asséner des exemples et des statistiques invérifiables ou de répéter le contenu des fiches que lui donnent ses collaborateurs. Il ne dirige pas les équipes qui l’entourent et les laisse agir sans les contrôler, ce qui conduit à des tensions entre les personnes et les services et, aussi, à des catastrophes comme la débâcle de l’affaire Iran-Contra.

 

Si l’ouvrage est remarquable sur de très nombreux points, il laisse toutefois un certain goût d’insatisfaction au lecteur car il n’explique pas pourquoi et comment Reagan a pu obtenir autant de succès dans les domaines de l’économie et de la politique étrangère, alors qu’il a si peu et si mal dirigé les Etats-Unis durant ses deux mandats présidentiels.

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L'Acte de Médiation

Publié le par Dimitry Queloz

ANDREY, Georges, TORNARE, Alain-Jacques, L’Acte de Médiation. Socle d’une nouvelle Suisse, Bière, Divonne-les-Bains, 2017, 104 pages

 

L’ouvrage contient deux des principales interventions présentées lors de la 9e journée d’études napoléoniennes organisée par le Souvenir napoléonien en 2016 à Morges. La première, écrite par Alain-Jacques Tornare, spécialiste de la période napoléonienne à laquelle il a consacré de nombreux travaux, présente la genèse de l’Acte de Médiation. La Médiation, qui peut être comparée avec la Consulta de Lyon qui conduira à la première unité italienne, s’inscrit dans le cadre du Consulat et de ses nombreuses réalisations sous la houlette de Napoléon Bonaparte.

 

Alain-Jacques Tornare montre les spécificités de la Médiation, ainsi que ses aspects positifs – parmi lesquels une période de dix ans de paix et de prospérité économique alors que l’Europe est ravagée par la guerre – qui seront à l’origine de la mise en place de la Suisse moderne et démocratique en 1848. Il souligne également l'attitude paradoxale des Radicaux au milieu du XIXe siècle. Alors qu'ils doivent beaucoup à la Médiation, ils préfèrent se référer à l’ancienne Confédération.

 

Après l’échec de la République helvétique, Bonaparte renonce à une organisation unitaire qui ne correspond pas aux traditions suisses. De plus, contrairement à ce qui est souvent prétendu, le Premier Consul n’impose pas le régime de la Médiation, mais le discute longuement entre novembre 1802 et février 1803 avec les délégués suisses qui ont leur mot à dire. Par ailleurs, Bonaparte laisse une large marge de manœuvre au nouveau régime dont les institutions comprennent une Diète fédérale disposant du pouvoir législatif, ainsi qu’un landamman.

 

La seconde partie de l’ouvrage est de Georges Andrey, professeur émérite de l’université de Fribourg. L’auteur montre comment fonctionnent les institutions de la période de la Médiation et répond à la question, plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, de savoir qui gouverne la Suisse. Pour lui, la réponse est quadruple. Dans une vision "classique" mais superficielle et pas toujours en accord avec les faits, il est possible d'affirmer tout d'abord: le Premier Consul, qui gouverne depuis Paris par l’intermédiaire d’un préfet, le landamman.

 

La deuxième réponse est "sociologique". Dans la Suisse de la Médiation, le pouvoir fédéral est relativement faible et les cantons sont souverains. Or, les constitutions de ces derniers instaurent un système politique basé sur le cens, ce qui fait dire à Georges Andrey que le régime de la Médiation est une ploutocratie. Le cens régit en effet les possibilités d’élire et d’être élu, mais aussi celles d’accéder aux fonctions publiques, le tout dans un système à plusieurs étages fort complexe, intégrant diverses modalités d’élections (tirage au sort, élection à vie…).

 

La troisième réponse est "idéologique". La Suisse est officiellement apolitique – "Nous ne sommes ni aristocrates, ni libéraux" selon la formule du premier landamman Louis d’Affry, pourtant "aristocrate libéral" –, les partis étant interdits et la presse étroitement contrôlée, comme elle l’est d’ailleurs aussi en France. Cette neutralité idéologique s’établit "au nom d’une conciliation générale censée mobiliser toutes les énergies du pays au service du nouveau régime".

 

La dernière réponse est "politique". Georges Andrey montre que, dans la réalité, le landamman n’est pas seul à détenir le pouvoir au niveau fédéral. Un "triumvirat informel" se met en place, qui comprend les trois plus importants landammans de la période, à savoir le Fribourgeois Louis d’Affry (1803, 1809), le Bernois Nicolas Rodolphe de Watteville (1804, 1810) et le Zurichois Hans von Rheinhard (1807, 1813). Tous trois s’entendent et coopèrent discrètement pour diriger au mieux la Suisse dans un contexte européen marqué par la toute-puissance napoléonienne et les guerres de l’Empire. Ce triumvirat est par ailleurs fort habilement secondé par le chancelier fédéral, en la personne du Vaudois Marc Mousson dont les compétences seront reconnues à l’échelle européenne.

 

En résumé, un très bel ouvrage, court, précis et détaillé, tout en étant très accessible, qui permet de (re)découvrir et mieux comprendre une période fondatrice et controversée de la Suisse moderne.

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Leclerc. Le croisé de la France libre

Publié le par Dimitry Queloz

NOTIN, Jean-Christophe, Leclerc. Le croisé de la France libre, Paris, Perrin, 2015, 224 pages
 

Auteur d’une biographie de Leclerc publiée en 2005 qui fait autorité, Jean-Christophe Notin avait toutes les qualités pour réaliser ce volume de la collection "Maîtres de guerre" des éditions Perrin. Fort bien écrit, agréable à lire et richement illustré, il représente une belle synthèse qui ravira celui qui veut découvrir la vie de Leclerc et son rôle militaire et politique au cours la Deuxième Guerre mondiale.

 

Né en 1902 dans une famille de la vieille noblesse picarde, Philippe de Hauteclocque est un pur produit de son milieu social, dont les deux fondements sont le service de Dieu et celui de la France. Il en a les valeurs, lisant l’Action française, en dépit de l’interdiction du Pape, et souhaitant une certaine forme de révolution nationale au cours de la Deuxième Guerre mondiale, même si sa position a évolué au cours des trois années passées en Afrique. L’auteur ne cache par ailleurs pas le caractère insupportable du personnage – apanage des grands hommes selon Churchill! –, qui apparaît presque à chaque page du livre, ainsi que ces zones d’ombre – voir notamment l’épisode de l’exécution sans jugement de douze prisonniers à Bad Reichenhall à la fin de la guerre, sans que l’on sache exactement quel rôle il a joué.

 

Notin retrace chronologiquement la carrière militaire intense et mouvementée du Picard, qui prend le pseudonyme de Leclerc au moment où il rejoint la France libre au lendemain de la débâcle de juin 1940. Après le ralliement du Cameroun, puis du Gabon, Leclerc est envoyé au Tchad où il prépare l’attaque contre Koufra qui a lieu en février 1941. Les moyens engagés sont faibles, la position sans réelle valeur stratégique – qualifiée de "tas de cailloux sans intérêt" par Larminat, elle est remise aux Britanniques peu de temps après. Pourtant, la propagande transforme ce maigre succès en une victoire de premier ordre. L’impact moral est important pour la France libre qui remporte une de ses premières victoires militaires. Surtout, il y a le serment qui fait entrer Leclerc et ses hommes dans la légende.

 

Après cette victoire, Leclerc poursuit son aventure africaine par une longue pause entrecoupée, au début de 1942, par quelques opérations dans le Fezzan. Le grand acteur militaire des FFL au cours de cette période est le général Koenig qui se couvre de gloire à Bir Hakeim. Au lendemain de l’opération Torch, Leclerc peut enfin lancer sa deuxième campagne du Fezzan puis participer à la reconquête de l’Afrique du Nord. Quatre mois durant lesquels il fait preuve de talents.

 

Au cours de l’été 1943, les troupes de Leclerc sont transformées en une "division politique". D’une part, elles sont totalement équipées, grâce à l’aide américaine, pour constituer une division blindée. La 2e DB est née. D’autre part, la nouvelle grande unité est prévue pour être engagée en France dans le cadre du débarquement prévu dans les mois futurs. Sa mission: la libération de Paris. C’est ainsi que la 2e DB participe au débarquement en Normandie, après moult péripéties. Leclerc doit se battre, notamment contre les Américains, pour entrer en premier dans la capitale.

 

La libération de l’Est de la France est tout aussi compliquée. En plus des divergences de vue avec les Américains, Leclerc doit faire face à la concurrence de De Lattre, qu’il déteste. Finalement, la 2e DB parvient à libérer Strasbourg, autre lieu hautement symbolique de la lutte contre l’Allemagne. Le serment de Koufra est accompli! Durant les derniers mois de la guerre, Leclerc et ses troupes sont engagés dans le Sud de l’Allemagne, avec, toujours, la crainte de ne jouer qu’un rôle secondaire. Finalement, la 2e DB ajoute un dernier exploit à la liste de ses hauts faits: si les Américains sont les premiers à entrer dans Berchtesgaden, les hommes de Leclerc les devancent au Berghof et au Nid d’Aigle.

 

Le dernier chapitre aborde de manière très brève la carrière de Leclerc après la capitulation allemande. Engagé en Extrême-Orient, il représente la France lors de la capitulation japonaise, puis commande le corps expéditionnaire chargé de reprendre l’Indochine. Pour l’auteur, les divergences entre Leclerc et l’amiral d’Argenlieu, nommé haut-commissaire, au cours de cette opération relèvent davantage de la forme que du fond.

 

Notin termine son ouvrage avec l’épisode tragique de la mort de Leclerc survenue le 28 novembre 1947 alors qu’il se rend en avion à Colomb-Béchar. Pour lui, la thèse de l’accident est certaine. L’appareil, un B-25 modifié pour le transport de passagers, connaît des problèmes de centrage qui le rendent très instable dans certaine situations de vol. A la suite d’une manœuvre trop brusque du pilote, il est tombé en vrille et s’est écrasé au sol.

 

L’ouvrage n’est cependant pas qu’une biographie de Leclerc. Le lecteur y trouvera également des éléments fort intéressants concernant l’armée française en général, notamment sur les relations entre les hommes de l’armée d’Afrique et ceux de la France libre. Les rivalités entre les deux camps ne sont pas seulement d’ordre personnel, elles sont aussi et surtout idéologiques. Elles perdureront deux décennies après la fin des hostilités, d’autant que nombre d’anciens de Vichy occupent les plus hautes fonctions au sein de l’armée d’après guerre. En 1943, l’amalgame entre, d’une part, les ex-troupes de Vichy ralliées difficilement et en raison des circonstances particulières de la fin de l’année 1942 et, d’autre part, les FFL de la première heure est donc difficile, comme en témoignent les expressions employées pour désigner certaines formations issues de l’autre camp. C’est ainsi que le 12e régiment de cuirassiers est taxé de "12e nazi" par les ex-FFL, tandis que les hommes de l’ancienne armée de Vichy parlent du 1er régiment de Spahis marocains en l’affublant du surnom de "royal voyou"!

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La Russie entre peurs et défis

Publié le par Dimitry Queloz

RADVANYI, Jean, LARUELLE, Marlène, La Russie entre peurs et défis, Paris, Armand Colin, 2016, 240 pages

 

Depuis la fin de l’Union soviétique, la Russie a connu de profonds changements. Comme le soulignent les auteurs dans leur conclusion, "les frontières, le régime politique, l’économie, la vision du monde, les valeurs culturelles ont été transformés brutalement". Ces transformations sont présentées et analysées de manière synthétique dans sept chapitres courts mais denses qui mettent en lumière les forces, mais surtout les faiblesses et les défis d’une Russie qui cherche, depuis l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine, à retrouver son rang de puissance mondiale.

 

L’ouvrage n’est pas seulement historique. Il intègre en effet les événements jusqu’en 2015, comme la crise ukrainienne et l’annexion de la Crimée, les sanctions occidentales qui ont suivi et la crise économique de cette année-là, très largement due à la baisse des prix du pétrole. Dans une actualité riche en rebondissements, on ne peut que regretter que les auteurs ne puissent nous livrer leurs analyses à propos de ses derniers développements, notamment en ce qui concerne l’intervention militaire en Syrie.

 

Le premier chapitre est consacré au territoire de la Russie. Celle-ci rencontre de grandes difficultés à en assurer la maîtrise en raison de sa colossale superficie. Le problème numéro un est démographique. La Russie a perdu plus de 6 millions d’habitants entre 1992 et 2009, tandis que la fécondité baissait de manière drastique. Si la situation s’améliore depuis 2010, le phénomène de baisse démographique constitue une tendance à moyen-long terme. De plus, certaines régions, déjà relativement moins peuplées, sont davantage touchées, comme la Sibérie et l’extrême orient, au point que l’on peut parler de désertification.

 

A propos du territoire, les auteurs soulignent encore que les frontières russes n’ont guère connu de stabilité au cours des siècles et que le pays est, traditionnellement et par essence, un pays impérialiste. Cette vision est encore largement cultivée chez certaines élites, d’autant que beaucoup regrettent les pertes territoriales des années 1990, ainsi que la fin de l’influence sur le glacis protecteur en Europe centrale. On comprend mieux la remise en cause, à deux reprises au cours de ces dernières années, de l’intangibilité des frontières garantie aux Etats de l’ex-URSS!

 

L’identité fait l’objet du deuxième chapitre. Tout comme l’URSS, la Russie est un Etat multiethnique, multiculturel et multireligieux. Sous le régime soviétique, ces aspects étaient cependant largement mis de côté en raison de l’universalisme de l’idéologie communiste et de son rejet de la religion. Après 1991, un débat identitaire est né qui oppose, d’une part, les partisans d’une nation basée sur une conception civique qui regroupe les "Russiens" et, d’autre part, les adeptes d’une conception ethnico-culturelle pour qui la nation s’articule autour du peuple russe. Cette deuxième conception a le vent en poupe depuis quelques années, comme le montrent l’importance accordée à l’Eglise orthodoxe, les discours nationalistes soulignant la dérussification du pays, le développement de la xénophobie...

 

Ce problème identitaire, qui fragilise la cohésion de la société russe, est aggravé par la fragmentation sociale, analysée dans le troisième chapitre. Les inégalités sociales sont nombreuses et vont en s’accentuant. Aux deux extrémités de la société se sont développées, d’une part, une minorité d’ultra-riches et, d’autre part, une population très pauvre. Entre les deux, une classe moyenne, représentant 25 à 40% de la population, peine à émerger. Ces inégalités sont renforcées par les disparités régionales. Moscou et sa région, qui représente 25% du PIB russe, ainsi que Saint-Pétersbourg, se détachent de plus en plus des autres régions, consommant la double fracture villes – campagnes et régions centrales – régions périphériques.

 

Le régime politique est analysé dans le chapitre 4, dont les grands déterminants sont mis en exergue par les auteurs: échec des réformes politiques et économiques de Boris Eltsine, velléités d’autonomie des régions et coup de force du parlement de 1993-1994, crises économiques, guerres de Tchétchénie, nostalgie d’un passé de puissance, poids de l’histoire… A partir de 2000, Poutine a réussi un véritable tour de force en restaurant une autorité politique largement soutenue par la population. S’il jouit, au lendemain de l’annexion de la Crimée, d’une popularité qui fait sans doute envie à plus d’un dirigeant occidental, son pouvoir reste fragile. Pour les auteurs, l’idéologie nationaliste et l’image personnelle de Poutine ne suffiront pas à maintenir cette popularité dans le long terme si les difficultés économiques persistent.

 

Après un cinquième chapitre sur l’économie – on retiendra les nombreuses particularités de l’économie russe: redressement au cours des années 2000 en raison du contrôle de certains secteurs stratégiques par l’Etat; importance du rôle joué par les matières premières et notamment les hydrocarbures; gestion mêlant libéralisme, contrôle étatique et corruption; nécessité de diversification; faiblesse de la productivité, blocages structurels, disparités régionales –, les auteurs consacrent les deux derniers chapitres aux questions géopolitiques et diplomatiques. Après une série d’échecs (CEI, stratégie de l’étranger proche, partenariat avec l’Europe), la Russie explore de nouvelles voies pour restaurer sa puissance, dans le cadre d’une politique offensive et volontariste. Le rapprochement économique et politique avec la Chine en est un bon exemple, mais il s’inscrit aussi dans une tradition séculaire de politique orientale. Toutefois, la Russie est consciente de la différence de puissance entre les deux partenaires. D’où la volonté de développer d’autres partenariats, avec l’Organisation de Coopération de Shanghai ou les BRICS. Le caractère intégral et novateur de cette politique est à souligné, avec l’emploi notamment d’un soft power utilisant les nouveaux médias et la diaspora russe.

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