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L'argumentaire du Comité anti-Gripen: un écran de fumée (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Les référendaires affirment également que les capacités des forces aériennes suisses, avec leurs 32 F/A-18 récemment modernisés, sont actuellement largement suffisantes pour assurer les missions de police de l’air et qu’il n’est, par conséquent, pas nécessaire d’acheter un nouvel avion de combat pour remplacer les Tiger qui seront bientôt retirés du service. Remarquons au passage que les opposants au Gripen font, dans ce cadre, l’éloge du F/A-18 et de ses performances, alors qu’ils l’ont fortement critiqué au début des années 1990 et qu’ils ont lancé une initiative pour en empêcher l’achat!

L’argumentation des référendaires en matière de capacités repose essentiellement sur des comparaisons avec divers pays européens. Invoquant notamment que l’Allemagne n’aurait que 4 avions en permanence prêts à décoller pour assurer la police de l’air et que l’armée de l’air autrichienne, avec ses 12 appareils, parviendrait à remplir cette mission, les opposants au Gripen essayent de faire acroire que les forces aériennes helvétiques sont, en fin de compte, déjà suréquipées avec les moyens en service.

Il est vrai que dans de nombreux pays européens, les forces aériennes ont vu leurs effectifs se réduire de manière significative depuis la fin de la Guerre froide. Depuis quelques années cependant, ces réductions ne sont nullement le fait d’une amélioration de la situation géopolitique internationale, mais uniquement la conséquence de la crise économique, doublée parfois aussi de l’augmentation des coûts de développement de certains programmes d’armement. De plus, comparaison n’est pas forcément raison. La situation géopolitique de la Suisse n’est pas identique à celles d’autres Etats européens. D’une part, nombre d’organisations internationales ont leur siège en Suisse. Celle-ci doit donc être en mesure de leur garantir une sécurité maximale dans la troisième dimension. La place de la Suisse internationale est ici, clairement, en jeu. D’autre part, carrefour aérien de première importance au cœur de l’Europe, le ciel helvétique est parmi les plus fréquentés du continent. Les missions de contrôle et de surveillance du trafic aérien sont donc proportionnellement plus importantes pour la Suisse que pour d’autres Etats. Pour les deux raisons que nous venons de voir, cette charge s’accroitrait bien évidemment en cas de détérioration de la situation internationale.

Par ailleurs, l’exemple de la République tchèque montre bien que certaines comparaisons faites à la légère sont trompeuses. L’armée de l’air de ce pays, qui dispose de 14 chasseurs (12 Gripen C et 2 Gripen D biplaces), est en mesure de faire décoller des patrouilles pour assurer la police aérienne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cependant, selon l’aveu de son commandant, elle ne peut plus, en raison de ses effectifs réduits, assurer les autres missions dévolues habituellement aux forces aériennes. De plus, le temps de réaction des patrouilles est de 15 minutes. Pour la Suisse, un pareil délai d’engagement signifierait qu’il serait à peu près impossible d’intercepter un appareil suspect volant à 800 km/h puisqu’il aurait souvent le temps de traverser le territoire avant d’être rejoint par les chasseurs helvétiques!

En réalité, les moyens actuels des forces aériennes suisses ne sont pas suffisants pour assurer en même temps la police de l’air de manière efficace et permanente, ainsi que les différentes autres missions d’entraînement (combat aérien, reconnaissance, attaque au sol). Ils ne permettraient en fait même pas de faire face à une situation de crise de moyenne durée. En effet, les 32 F/A-18 ne pourraient garantir la police de l’air de façon permanente que durant deux semaines et demie. Cette période ne pourrait par ailleurs pas être réellement prolongée, contrairement à ce que prétendent les référendaires qui affirment qu’il suffirait de faire travailler davantage les personnels chargés de la maintenance des appareils pour obtenir une meilleure disponibilité! (A suivre)

Gripen F Demonstrator en vol à l'Axalp (© DDPS)

Gripen F Demonstrator en vol à l'Axalp (© DDPS)

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L’argumentaire du Comité anti-Gripen: Un écran de fumée (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le Comité anti-Gripen a réuni les signatures nécessaires à son référendum lancé en automne dernier. Le 14 janvier, il les a déposées à la Chancellerie fédérale et le peuple suisse se prononcera le 18 mai prochain. Les référendaires ont tiré la leçon du cuisant échec des opposants à l’armée de septembre dernier – rappelons que le peuple a rejeté leur initiative sur la suppression du service obligatoire à plus de 73%. Depuis le début de la récolte des signatures, ils ont en effet adopté une tactique de campagne visant à se présenter comme des partisans d’une armée rénovée et moderne, adaptée aux besoins de ce début du XXIe siècle, et non comme des opposants absolus à l’institution. C’est ainsi, par exemple, que le GSsA fait actuellement profil bas et que certains politiciens qui ont toujours voulu la suppression ou, à tout le moins, l’affaiblissement de l’armée se montrent sous un jour nouveau en mettant beaucoup d’eau dans le vin de leurs discours.

Cherchant à masquer leurs intentions réelles, les opposants à l’acquisition du nouvel avion de combat ont donc développé une argumentation reposant essentiellement sur quatre piliers: l’importance des coûts de l’achat; l’insuffisance des performances du Gripen; les capacités suffisantes des forces aériennes pour assurer la police de l’air; la coopération avec les Etats voisins.

Comme le prix d’achat des Gripen est inférieur à celui de ses concurrents rejetés, les référendaires ne peuvent critiquer le fait d’avoir choisi l’avion le plus cher. Ils ont donc recours à des arguments particulièrement spécieux dans le but de gonfler artificiellement les coûts d’acquisition. Jonglant avec les milliards et les principes budgétaires, ils ajoutent les coûts d’entretien, de maintenance et d’exploitation de l’appareil. C’est ainsi que, selon eux, la facture ne serait pas seulement de 3,1 milliards, mais de plus de 9!

Cette somme, impressionnante, relève de la pure fantaisie. D’une part, elle est largement surévaluée comme le montre un article du blog avia news pour qui le total est de 7,5 milliards. D’autre part, si l’on veut tenir compte de l’ensemble des coûts d’un système d’armement, il faut les répartir sur sa durée de vie totale. Dès lors, la dépense annuelle se monte à un peu plus de 300 millions, soit environ 6,4% du budget annuel de l’armée et 0,5% de celui de la Confédération. Voilà des chiffres infiniment plus modestes que la somme brute de plus de 9 milliards mentionnée par les référendaires!

Comme à l’accoutumé lorsqu’il s’agit de dépenses militaires, les opposants au Gripen affirment en outre que l’argent consacré à l’achat du nouvel avion pourrait être dépensé plus utilement dans d’autres domaines. Ils égrènent donc la traditionnelle liste des secteurs dont les budgets sont insuffisants (AVS, formation, transports, protection de l’environnement…) tout en omettant bien sûr de dire que la somme destinée à l’achat du Gripen sera prise sur le budget ordinaire du DDPS et qu’en cas d’acceptation du référendum elle restera à disposition de ce département.

Le deuxième volet de l’argumentation des référendaires touche aux performances du Gripen. D’une part, ils affirment que celles-ci sont insuffisantes en se basant sur les évaluations effectuées au début de la procédure d’acquisition. D’autre part, qualifiant l’appareil suédois d’"avion de papier", ils insistent sur le fait que son développement n’est pas terminé. Les performances réelles n’étant dès lors pas encore connues, ils soulignent les risques techniques et financiers du projet et agitent le spectre d’une nouvelle "affaire des Mirage".

Outre le problème de la contradiction – on ne peut en effet pas affirmer que les performances d’un avion sont à la fois insuffisantes et inconnues – l’argumentation est, dans ce domaine également, fallacieuse. La comparaison avec l’"affaire des Mirage" est extravagante tant les situations sont différentes. Quant aux risques techniques et financiers, ils sont actuellement résiduels. Le contrat contient en effet de solides garanties financières de l’Etat suédois. De plus, le développement des systèmes du Gripen est presque achevé. Le programme, qui comprenait cinq phases, arrive à son terme, de sorte que les équipements ont été testés avec succès sur un appareil de démonstration. La construction de trois Gripen E – la version achetée par la Suisse – de présérie a par ailleurs déjà commencé au milieu de 2013 et le premier d’entre eux devrait voler à la fin de cette année. Le Gripen n’est donc pas un "avion de papier" et la plupart de ses performances sont connues. (A suivre)

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"Au front et à l'arrière"

Publié le par Dimitry Queloz

La Première Guerre mondiale et ses champs de bataille militaires et sociétaux

En cette année 2014 de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, les manifestations ne manqueront pas. Ainsi, l’Association Suisse d’Histoire et de Sciences Militaires (ASHSM) et l’Académie militaire de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich organisent un colloque international sur le thème: "Au front et à l’arrière: La Première Guerre mondiale et ses champs de bataille militaires et sociétaux". Ce colloque, au cours duquel nous aurons le plaisir de présenter une communication sur la doctrine et les pratiques de l’armée française, se déroulera le vendredi 28 février et le samedi 1er mars prochain au bâtiment principal de l’Ecole polytechnique fédérale à Zurich.

L’approche choisie par les organisateurs du colloque est à la fois supranationale, avec notamment des communications sur les armées française, allemande et suisse, comparative et, surtout, multi-perspective. En ce qui concerne l’histoire militaire comprise dans son sens restreint, trois grands thèmes sont au programme: les changements dans la formation des forces armées, la motivation au combat des troupes, les défis tactiques et opératifs engendrés par la nouvelle forme de guerre - la guerre des tranchées - et les solutions adoptées pour y répondre.

Les problématiques ne se limitent toutefois pas au seul domaine de l’histoire militaire, mais concernent également l’histoire sociale et l’histoire culturelle. C’est ainsi que seront également traitées la question de la Première Guerre mondiale en tant que guerre totale et celle de son souvenir et de sa mémoire.

Organisation: Prof. Dr. Rudolf Jaun (Université de Zurich et ASHSM), Dr. Michael Olsansky (Académie militaire de l’EPF de Zurich et ASHSM).

Liste des intervenants: Béatrice Ziegler (Zurich), Sacha Zala (Genève), Georges-Henri Soutou (Paris), Adrian Wettstein (Zurich), Günther Kronenbitter (Augsburg), Ian Beckett (Canterbury), Nicolas Offenstadt (Paris), Markus Pöhlmann (Potsdam), Dimitry Queloz (Neuchâtel), Gerhard Gross (Potsdam), Stig Förster (Berne), Sönke Neitzel (Londres), Roger Chickering (Washington), Michael Epkenhans (Potsdam), Roman Rossfeld (Zurich), Gerd Krumeich (Düsseldorf), Martin Schmitz (Augsburg), Wim Klinkert (Amsterdam) et Michael Olsansky (Zurich).

Le colloque s’adresse à toutes les personnes intéressées par le sujet, même les non-spécialistes. La participation est gratuite pour les étudiants. Pour davantage de renseignements, consulter le site de l’ASHSM: www.militariahelvetica.ch/fr/ashsm.

(© ASHSM)

(© ASHSM)

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