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Rapport sur la politique de sécurité 2016 (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Menaces et dangers

Dans son analyse de la situation actuelle, le Conseil fédéral met en évidence cinq grandes "tendances générales" qui s’inscrivent dans la durée et qui devraient conditionner la situation géopolitique internationale durant les dix prochaines années:

- Passage à un ordre mondial multipolaire;

- Développement de la prospérité et de la technologie;

- Intensification des mouvements migratoires;

- Persistance des crises, des bouleversements et de l’instabilité;

- Nouveau visage des conflits.

Après avoir présenté les "conséquences pour la Suisse", le document se concentre sur la description des menaces et des dangers – le rapport distingue entre "menace" qui "implique une volonté de nuire à la Suisse ou à ses intérêts" et "danger" qui n’implique pas une telle volonté comme c’est le cas, par exemple, avec les dangers naturels ou techniques. Ces menaces et dangers ont évolué depuis le rapport de 2010: "[…] on constate que des événements déterminants se sont produits principalement en lien avec des conflits armés (Ukraine, Yémen, Syrie, Irak), avec le terrorisme (émergence de ce qu’on appelle l’"Etat islamique" et de Boko Haram), avec l’espionnage (affaire de la NSA) et avec des catastrophes d’origine technique (Fukushima). Le changement au niveau de la criminalité, de l’extrémisme violent et du danger lié aux problèmes d’approvisionnement et aux dangers naturels a été moins marqué. Les cyberattaques et la cybercriminalité (perpétrées par des acteurs étatiques et non étatiques) ont également augmenté."

Les menaces et les dangers sont ensuite décrits avec "une attention toute particulière" et le Conseil fédéral a voulu en établir une liste exhaustive:

- Acquisition illégale et manipulation d’information;

- Terrorisme et extrémisme violent;

- Attaque armée;

- Criminalité;

- Difficultés d’approvisionnement;

- Catastrophes et situations d’urgence. (A suivre)

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Rapport sur la politique de sécurité 2016 (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le 11 novembre dernier, soit deux jours avant les attentats de Paris, le Conseil fédéral a présenté son projet de Rapport sur la politique de sécurité 2016. Le document aurait dû être publié il y a une année déjà. La publication a toutefois été retardée du fait de la crise ukrainienne et du développement de l’Etat islamique, deux événements imprévus qui ont obligé à une réévaluation de la situation. Le texte est en cours de consultation et, une fois la procédure achevée au début mars 2016, il sera approuvé par le Conseil fédéral, vraisemblablement au printemps prochain déjà, avant d’être soumis au Parlement.

Le rapport est articulé en trois parties principales. La première présente le contexte géopolitique et sécuritaire actuel, avec une analyse des tendances globales, des menaces et des dangers. La deuxième aborde la stratégie de la Suisse en matière de politique de sécurité qui repose sur trois piliers: autonomie, coopération et engagement. Enfin, la dernière est consacrée à la conduite de la politique de sécurité au niveau de la Confédération et des cantons qui s’exerce notamment dans le cadre du Réseau national de sécurité.

Evolution de la situation internationale et adaptation de la politique de sécurité

Les rapports sur la politique de sécurité du Conseil fédéral "ont pour but d’analyser le contexte [du moment] pour permettre de déterminer si, et dans quelle mesure, il y a lieu d’adapter la politique de sécurité et ses instruments, afin que la Suisse puisse réagir rapidement et adéquatement à l’évolution des menaces et des dangers". Durant la Guerre froide, les rapports ont été peu nombreux. Ainsi, entre 1973 et 1990, le seul rapport intermédiaire de 1979 a été nécessaire. Depuis 1990, le rythme de publication va en s’accélérant. Un premier document est paru en 2000, un second en 2010. Les changements et les évolutions en matière de situation internationale ont conduit à mener une nouvelle analyse quelques années seulement après l’acceptation de ce dernier, ce qui a conduit au rapport 2016.

Le rapport 2016 égrène une liste fort longue de ces changements, qui ne se veut pas exhaustive: "les bouleversements et les conflits survenus en Afrique du Nord et au Proche-Orient, l’intensification des mouvements migratoires qui les accompagnent, l’essor de l’organisation terroriste "Etat islamique" et le renforcement de l’attrait pour le djihad dans les Etats occidentaux, l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie, les combats dans l’est de l’Ukraine et la dégradation rapide des relations entre la Russie et l’Occident, la multiplication des cyberattaques, le pouvoir accru de la propagande à l’ère des caméras omniprésentes, des images traitées numériquement et d’Internet, la collecte massive de données par voie électronique et la catastrophe nucléaire de Fukushima". Le texte insiste cependant sur le fait qu’en dépit de ces nombreux changements, la situation actuelle n’est pas totalement différente de celle de 2010.

Le rapport montre également à quel point la politique de sécurité et ses instruments évoluent et s’adaptent de manière à répondre d’une façon plus appropriée aux changements de la situation internationale. Parmi les plus importants de ses changements législatifs, citons le projet DEVA pour l’armée et celui de loi sur le renseignement. Ces deux projets rencontrent actuellement des oppositions au niveau politique. Le premier est bloqué par le Parlement qui devrait cependant bientôt prendre une décision quant à sa réalisation. En ce qui concerne la loi sur le renseignement, elle est combattue par la voie du référendum. D’autres évolutions, relatives à la pratique, sont également soulignées par le rapport. La collaboration entre la Confédération et les cantons a été améliorée. Par ailleurs, l’OSCE et son rôle de dialogue et de négociation entre l’Est et l’Ouest ont été remis sur le devant de la scène lors de la présidence suisse de 2014. (A suivre)

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Morgarten

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, MEUWLY, Olivier, Morgarten. Entre mythe et histoire, 1315-2015, Bière, Cabédita, 2015, 112 pages

En Suisse, l’année 2015 est une année de commémorations. Après Marignan, le rapport du Rütli et la fin du service actif de la Deuxième Guerre mondiale, la mi-novembre marque le 700e anniversaire de la bataille de Morgarten. Celui-ci n’a pas échappé non plus à la polémique. Sous prétexte de diverses incertitudes, notamment quant au lieu et au déroulement précis des événements, des historiens et des politiciens de gauche, adeptes de la déconstruction historique, ont remis en cause l’interprétation classique de cette bataille. Morgarten ne serait, selon eux, qu’un incident mineur grossièrement exagéré, voire un mythe inventé ultérieurement pour des raisons patriotiques.

Ce genre d’affirmation prête cependant le flanc à la critique. En effet, comment expliquer dans ce cas qu’un moine pragois, Peter de Zittau, ait mentionné dans sa chronique la bataille de Morgarten en 1316 déjà, soit au lendemain des événements, en donnant nombre de détails, comme le cadre politique dans lequel s’inscrit cette bataille – la lutte entre Louis de Bavière et Frédéric de Habsbourg pour l’accession au trône impérial –, les noms des vainqueurs – les habitants de Schwytz et d’Uri –, le rôle joué par la configuration géographique – le lac – dans la bataille? De plus, de récentes fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour divers objets attestant du passage d’une armée au début du XIIIe siècle dans la région. Contrairement à ce que veulent donc bien dire les historiens inspirés par le principe de déconstruction historique, on s’est bel et bien battu à Morgarten le 15 novembre 1315!

En attendant la parution prochaine des travaux sur le sujet du professeur Jean-Daniel Morerod, spécialiste d’histoire médiévale et peu suspect de sympathie partisane pour l’un ou l’autre camp idéologique, voici un ouvrage publié par les éditions Cabédita. La première partie de l’œuvre est écrite par Pierre Streit. En une soixantaine de pages et trois chapitres, ce dernier présente les contextes de l’événement – notamment les contextes politiques régional et international, la géographie particulière des lieux –, la bataille elle-même – avec une synthèse concernant les sources – et les aspects mémoriels qui lui sont liés.

Dans la postface, Olivier Meuwly, historien bien connu du radicalisme suisse, s’intéresse au concept de mythe historique – il souligne la polysémie du mot – et en présente une analyse centrée sur l’histoire suisse. Pour l'auteur, l’histoire est un "élément constitutif du politique". Les historiens interprètent toujours le passé en fonction de leurs tendances idéologiques et de leurs buts politiques. Ce faisant, ils créent des mythes. Les historiens de gauche actuels n’échappent pas à ce travers, bien qu’ils le dénoncent avec insistance chez leurs confrères des autres bords politiques, et ce en dépit du sérieux scientifique avec lequel ils se targuent d'avoir travaillé.

Ainsi, dès le XVe siècle, et surtout au XVIe, "la Suisse invente ses mythes (fondateurs)", dans une période troublée par la violente rupture de la Réforme. Ceux-ci sont réinterprétés, à leur manière, au cours des siècles suivants, par les Lumières, les romantiques, les radicaux. Ces derniers, à la fin du XIXe siècle, alors qu'ils mettent en place les nouvelles institutions politiques de la Suisse moderne, ressentent, notamment face au développement du socialisme, "le besoin de s’ancrer dans un passé plus ancien (…) de penser la Suisse dans sa continuité" et de favoriser la réconciliation avec la Suisse conservatrice vaincue en 1847. Dès lors, "les deux Suisses, celle des Waldstaetten, catholique, et celle des radicaux (protestante) se retrouvaient sous la protection de la Suisse" mythique des origines. A partir des années 1960, les historiens de gauche, influencés par le marxisme, contestataires, souvent farouchement opposés à la société bourgeoise des radicaux, cherchent systématiquement à déconstruire les mythes existants ou ce qu’ils considèrent comme tel. Ce faisant, ils construisent des contre-mythes – donc de nouveaux mythes – dont nombre sont tout autant marqués idéologiquement que les anciens mythes qu’ils cherchent à remplacer.

(© Cabédita)

(© Cabédita)

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