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Articles avec #exposition tag

La peinture corps et âme

Publié le par Dimitry Queloz

Exposition George Desvallières au Petit Palais

George Desvallières est un peintre peu connu. Aussi, nous ne pouvons que féliciter le Petit Palais de lui consacrer une fort belle exposition – à voir jusqu’au 17 juillet prochain – dans le cadre de son cycle de manifestations destiné à faire (re)découvrir les maîtres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. L’exposition retrace chronologiquement la vie de Desvallières, avec ses grandes étapes artistiques et spirituelles, illustrées de très belles œuvres, peintures, dessins, vitraux, et de quelques objets personnels, notamment sa tenue d’officier des chasseurs alpins et divers de ses effets militaires. On notera aussi la présentation, via un dispositif vidéo, des grands décors religieux et commémoratifs réalisés par l’artiste à Paris ou à Douaumont où l’on peut admirer ses vitraux.

Le parcours de Desvallières et ses convictions paraîtront sans doute étranges au visiteur, tant la différence de mentalité entre les deux périodes est grande. En effet, les valeurs exprimées par Desvallières se situent aux antipodes de celles des artistes et des intellectuels contemporains imprégnés d’idéologie soixante-huitarde postmoderne. Les familiers de la Belle Epoque ne seront toutefois pas dépaysés en retrouvant chez Desvallières l’intérêt pour le classicisme antique, la foi catholique sincère et profonde à la suite d’une conversion, le patriotisme ardent, l’expérience tragique de la Première Guerre mondiale qui caractérisent nombre de ses contemporains.

L’exposition comprend cinq sections. La première est consacrée aux années de formation. Né en 1861, Desvallières beigne dans un environnement culturel et artistique exceptionnel, avec notamment un grand-père académicien, Ernest Legouvé. Il suit les cours du peintre Jules-Elie Delaunay, portraitiste talentueux, puis rencontre Gustave Moreau. Dès 1883, il se fait remarqué grâce à ses portraits. La deuxième section, intitulée Eloge du corps, s’intéresse à la période symboliste du peintre qui s’inspire de l’Antiquité et met en scène le corps, à une époque où la pratique du sport se développe sous l’influence des théories darwiniennes et hygiénistes, du classicisme antique et de la volonté de laver l’humiliation de la défaite de 1870. 1903 marque une rupture dans la carrière de Desvallières – la section consacrée à cette nouvelle période s’intitule Choses vues. D’une part, il rompt avec le symbolisme des années précédentes. Il se rend à Londres et se met à peindre la vie nocturne de la capitale anglaise avant de s’intéresser, une fois de retour en France, à celle de Montmartre. D’autre part, il se lance dans l’aventure du Salon d’automne dont la première édition se déroule au Petit Palais.

En 1904 a lieu, lors d’une visite de l’église Notre-Dame-des-Victoires à Paris, la conversion – qui donne son nom à la quatrième section – de Desvallières sous l’influence de Huysmans et de Léon Bloy qui "l’encouragent dans une recherche spirituelle en marge du courant de laïcisation qui touche la société civile". Désormais, le peintre représente de plus en plus de scènes religieuses auxquelles il mêle des épisodes de sa vie et des symboles patriotiques. Jeanne d’Arc, alors en pleine ferveur populaire – elle est béatifiée en 1909 avant d’être canonisée en 1920 –, synthétise cette triple dimension religieuse, familiale et patriotique. Desvallières, dont un enfant est miraculeusement guéri le jour de la fête de l’héroïne, la représente fréquemment dans ses œuvres.

La dernière section – Sacrifice, deuil, renouveau – traite de la longue période allant de la Première Guerre mondiale à la mort du peintre en 1950. En 1914, Desvallières s’engage chez les chasseurs alpins. Il dirige une compagnie, puis un bataillon sur le front des Vosges. Comme pour tous ses contemporains, la guerre est une épreuve terrible pour lui, avec notamment la mort de son fils Daniel en 1915. Sa foi en ressort cependant affermie et il fait le vœu de se consacrer exclusivement à la peinture de sujets religieux. "Souvent monumental, son œuvre participe dès lors à la ferveur commémorative d’une société massivement en deuil. L’artiste associe dans une même célébration picturale la Passion du Christ et le sacrifice du poilu."

Le lecteur pourra admirer une série d’œuvres de George Desvallières sur le site du Centenaire.

Apothéose du chasseur, 1922 (© blogdéfense)

Apothéose du chasseur, 1922 (© blogdéfense)

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Napoléon à Sainte-Hélène

Publié le par Dimitry Queloz

La conquête de la mémoire

Le Musée de l’armée vient d’inaugurer une très belle exposition consacrée à l’exil napoléonien de Sainte-Hélène. Réalisée à l’occasion de la restauration du mobilier original de la demeure de Longwood, l’exposition fait découvrir au visiteur de magnifiques pièces, comme cette "aigle blessée" – une aigle de drapeau percée par un projectile –; le fusil de chasse que Napoléon a offert au lieutenant Besson à Rochefort en remerciement de sa proposition d’évasion à bord de La Magdalena; le billard qui occupait la salle qui servait à l’Empereur de lieu de lecture, de réception et de discussion et où il a dicté une partie de ses "mémoires" à Las Cases; l’épée d’Austerlitz; plusieurs tenues de Napoléon – notamment celle, célèbre, de colonel des chasseurs à cheval de la garde qu’il avait l’habitude de porter sur les champs de bataille et qui a contribué à sa légende…

L’exposition comprend deux parties. La première traite de la deuxième abdication de l’Empereur à la suite de la défaite de Waterloo, de l’incertitude quant à son sort dans les jours qui suivent, de la reddition aux Anglais, de l’attente dans les ports du Sud de l’Angleterre – Torbay, Plymouth –, du voyage sur le Northumberland vers Sainte-Hélène, puis, enfin, du séjour dans l’île-prison de l’Atlantique Sud. Le lieu de l’exil n’est pas choisi au hasard. Sainte-Hélène est une des "îles les plus isolées du monde". On ne veut pas laisser à l’empereur déchu la possibilité d’un nouveau retour. A l’époque, Sainte-Hélène appartient à l’East India Company et constitue un relai sur la route des Indes. Le vainqueur de Napoléon à Waterloo y a séjourné lors de son retour vers l'Angleterre en 1805, alors qu’il était encore connu sous le nom d’Arthur Wellesley. Contrairement à Napoléon, le futur duc de Wellington trouve le lieu très hospitalier. Il écrit à son frère Richard: "L’intérieur de l’île est magnifique et le climat est apparemment un des plus salubres de tous les endroits où j’ai vécu."

La seconde partie, intitulée Sainte-Hélène, L’ultime combat, s’intéresse à la mémoire napoléonienne. Napoléon a toujours cherché à façonner la trace qu’il allait laisser dans l’histoire. Les moyens de propagande employés sont connus: bulletins de l’armée, peinture – avec notamment les œuvres de Jacques-Louis David –, monuments… Au moment de partir pour l’île d’Elbe, il déclare à ses grognards: "Je veux écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble!" A Sainte-Hélène, "l’histoire devient ainsi l’ultime champ de bataille. La mémoire, l’ultime combat". Napoléon rédige alors ses mémoires. Il les dicte à ses plus proches compagnons d’exil – Bertrand, Gourgaud, Las Cases –, relit les textes plusieurs fois, les corrige et, une fois satisfait, les fait recopier en vue de la publication par Saint-Denis, le fameux Mamelouk Ali. L’Empereur utilise également Las Cases à qui il raconte ses souvenirs au cours de longues conversations qui formeront la matière du texte du Mémorial de Sainte-Hélène publié en 1823.

L’exposition consacre une place importante à la mort de Napoléon et à l’expédition de 1840 chargée de transférer les cendres de l’Empereur à Paris, aux Invalides. Nombre de témoins de l’exil – Bertrand, Gourgaud, le fils de Las Cases, Ali – embarquent sur La Belle Poule repeinte en noire et équipée d’une chapelle ardente pour l’occasion. L’expédition est autant un acte mémoriel que politique et patriotique. Le prince de Joinville, fils cadet de Louis-Philippe, en assure le commandement. A Sainte-Hélène, l’ouverture de la tombe, puis des quatre cercueils concentriques permet de découvrir le corps parfaitement conservé de l’Empereur!

Napoléon a gagné sa dernière bataille, celle de la mémoire. Si Chateaubriand avait raison en disant de lui qu’il cherchait avant tout à créer sa propre grandeur, celle-ci rayonnait également sur ses compagnons d’armes et sa légende est, maintenant, éternelle. Balzac a été plus avisé que l’auteur des Mémoires d’outre-tombe en faisant dire au Colonel Chabert: "Notre soleil s’est couché. Nous avons tous froid maintenant."

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Volonté et confiance

Publié le par Dimitry Queloz

Volonté et confiance. Hier comme demain

Une manifestation de plus pour commémorer le 75e anniversaire du Rapport du Rütli, cet événement capital de l’histoire suisse de la Deuxième Guerre mondiale! Après le grand rassemblement organisé par la Société des officiers le 25 juillet sur la mythique prairie et l’ouvrage de Pierre Streit et Suzette Sandoz dont nous vous avons parlé il y a quelques semaines, le château de Morges a réalisé une exposition intitulée Volonté et confiance. Hier comme demain qui est complétée par un bel ouvrage de Jean-Jacques Langendorf, richement illustré et disponible en trois langues, français, allemand et italien.

L’exposition ne se contente pas d’évoquer le Rapport du 25 juillet 1940. Elle s’intéresse largement aux causes et au contexte, en suivant une approche chronologique. Le visiteur commence ainsi son parcours avec une partie consacrée à la Première Guerre mondiale, suivie d’une autre sur les années d’entre-deux-guerres, avant d’arriver à la Seconde Guerre mondiale proprement dite où il pourra notamment s’informer sur la mobilisation en Suisse, la Drôle de guerre, l’offensive allemande à l’Ouest…De petits textes bilingues, en français et en allemand, présentent de manière assez succincte – parfois trop – les différents thèmes.

Objets ayant appartenu au général Guisan. (© Château de Morges)

Objets ayant appartenu au général Guisan. (© Château de Morges)

Les objets et les documents de l’exposition sont variés et beaucoup sont d’un intérêt particulier. Ils éveillent la curiosité, comme cette chope à bière de la Bürgerbräukeller de Munich datant des années 1920, ou font naître l’émotion comme les nombreux objets ayant appartenu au général Guisan, parmi lesquels les plaques et le fanion fédéral de sa voiture, son livret de service, deux de ses armes de poing – un Parabellum modèle 1900 et un Browning modèle 1906. Les documents écrits sont de la même veine. Plusieurs proviennent des Archives fédérales, comme l’ordre d’armée distribué aux participants au Rapport et destiné à être lu à leurs subordonnés. La presse, qui occupe une place importante, permet de montrer toute la complexité de la période. Ainsi de cet article d’Antoine de Saint-Exupéry paru dans Paris-soir au lendemain des Accords de Munich montrant l’oscillation des sentiments par rapport à la situation internationale et dans lequel on peut lire: "Quand la paix nous semblait menacée, nous découvrions la honte de la guerre. Quand la guerre nous semblait épargnée, nous ressentions la honte de la Paix". Ou de cette une de Paris-Match du 21 mars 1940 consacrée à Joseph Darnand, héros de la Drôle de guerre pour ses coups-de-main dans les lignes allemandes et futur chef de la Milice… Notons encore la forte présence de livres, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire.

L’exposition comprend plusieurs fils rouges, le principal étant bien sûr celui retraçant la carrière et le rôle du général Guisan. L’extrême droite apparaît également à diverses reprises. On la trouve dans la partie consacrée aux années 1930, avec l’un de ses emblèmes romands, le Genevois Georges Oltramare, fondateur du Pilori et membre de l’Union nationale. Elle réapparaît ultérieurement, au moment de la défaite française, avec les propositions d’alignement sur l’ordre nouveau, notamment celle du Conseiller national vaudois Charles Gorgerat. On la retrouve enfin dans la dernière partie de l’exposition, avec la brève évocation de la polémique entourant le contenu du discours du Général du 25 juillet 1940 – un article du milieu des années 1980, basé sur les documents ayant servi à préparer le discours tenu au Rütli affirme que Guisan était alors favorable à l’instauration d’un régime politique plus autoritaire.

Le système militaire de milice, typiquement helvétique, est une autre thématique récurrente de l’exposition. Une scène de la vie familiale l’évoque en montrant un soldat debout dans son appartement, près de sa femme assise en train de coudre et de son enfant, habillé en marin, jouant avec des petits soldats suisses en plastic. Il est aussi évoqué via un regard extérieur, par le journal Paris-Match du 30 novembre 1939 qui publie un reportage sur la Suisse, son Général et son système politique.

Les combats aériens de mai-juin 1940. (© Château de Morges)

Les combats aériens de mai-juin 1940. (© Château de Morges)

Le Rapport du Rütli, cœur de l’exposition, est présenté sous ses divers aspects qui permettent d’en saisir toute l’importance. La menace allemande est montrée au travers des combats aériens germano-suisses de mai-juin 1940 et des plans d’invasion allemands de juin-juillet de la même année. La nouvelle stratégie du réduit, destinée à répondre à la nouvelle situation politico-militaire au lendemain de la défaite française, fait l’objet d’une présentation intéressante qui met en évidence ses origines, qui remontent au XIXe siècle – l’exposition présente les conceptions développées en matière de fortification nationale à cette époque par Hans Konrad Finsler, Guillaume-Henri Dufour et Emil Rothpletz –, et l’évolution de sa conception entre 1940 et 1941 – passage du "réduit-repli" au "réduit-d’emblée". L’évocation du rapport lui-même se fait par le biais d’une maquette du vapeur Stadt-Luzern III qui a transporté les officiers depuis Lucerne jusqu’au Rütli, de photos, de témoignage sur la journée du 25 juillet et le discours de Guisan… Point d’orgue de l’exposition et élément fondamental à en retenir, le texte d’introduction qui conclut à propos de ce dernier: "Le Rapport va exercer un effet positif vivifiant sur les officiers et la troupe car, désormais, la consigne est claire: résister sur de fortes positions. Ainsi, il marque un important tournant."

Belle et intéressante exposition, à voir jusqu’au 29 novembre prochain au château de Morges.

(© Château de Morges)

(© Château de Morges)

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14/18 La Suisse et la Grande Guerre

Publié le par Dimitry Queloz

Pour commémorer le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale, l’association La Suisse dans la Première Guerre mondiale a réalisé une exposition itinérante qui a déjà été présentée au Musée historique de Bâle et au Musée national suisse de Zurich où elle a connu un grand succès. On peut actuellement la visiter au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, seule étape romande de la tournée. Outre son caractère nomade, l’exposition présente la particularité d’être enrichie d’une partie spécifiquement neuchâteloise comprenant quatre volets réalisés pour l’occasion.

(© Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel)

(© Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel)

L’exposition itinérante

L’exposition itinérante "montre (les) quatre années de guerre à travers un parcours thématique riche et varié". La muséographie est moderne, avec des textes, des images, des objets, des bornes d’écoute... Cette variété et cette richesse conduisent malheureusement par moment à une certaine confusion, d’autant que le visiteur ne peut lire, regarder et écouter la totalité des documents présentés. Ainsi, la première partie sur la Belle Epoque – qui comprend une très intéressante carte évolutive des pays en guerre et des théâtres d’opérations, mais qui est présentée sans commentaire – propose une multitude de thèmes fort divers mais pas toujours très approfondis, allant des aspects mémoriels (Gilberte de Courgenay, Sentinelle des Rangiers) au suffrage féminin et à l’AVS en passant par la personne de Gustave Ador et l’adhésion de la Suisse à la Société des Nations (la réflexion sur le thème est encore prolongée par la question de l’adhésion à l’ONU).

Les aspects militaires de la guerre sont, hélas!, peu abordés. Mentionnons toutefois la partie "Mobilisation" qui donne quelques chiffres fort intéressants à propos de la mise sur pied des troupes et montre l’évolution du phénomène dans le temps. Au début de la guerre, l’ensemble de l’armée est mobilisée, soit plus de 200'000 hommes et 45'000 chevaux. Les effectifs diminuent ensuite pour des raisons économiques, du fait de la stabilisation des fronts et de la faiblesse de la menace. C’est ainsi que le nombre moyen d’hommes en service s’élève à environ 70'000 sur l’ensemble de la guerre. En novembre 1918, les chiffres atteignent des records, avec seulement 12'000 hommes mobilisés.

Moment de détente en compagnie d'un éléphant réquisitionné pour des soldats mobilisés à La Chaux-de-Fonds en 1914 (© Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds)

Moment de détente en compagnie d'un éléphant réquisitionné pour des soldats mobilisés à La Chaux-de-Fonds en 1914 (© Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds)

L’exposition se concentre sur les questions politiques, économiques et sociales – souvent dans une perspective de long terme – et les thèmes sont bien traités. L’un des plus classiques, celui du fossé entre Romands et Alémaniques est judicieusement mis en relation avec la propagande des Etats belligérants, qui cherchent à exploiter la situation, et les réactions suisses pour lutter contre ces deux dangers – le Conseil fédéral essaie de combattre la propagande, tandis que "des intellectuels s’engagent en faveur d’une position helvétique qui transcenderait les barrières linguistiques et les sympathies divergentes".

Le renforcement des pouvoirs du Conseil fédéral, qui a reçu sans base constitutionnelle les pleins pouvoirs au début du conflit, constitue un autre thème marquant de l’exposition. La Confédération intervient de plus en plus fortement, notamment dans l’économie. Pour gérer la production agricole et certains problèmes de ravitaillement, l’Union du fromage est créée. Celle-ci dispose du monopole de l’exportation du fromage et fixe les prix du lait. L’institution perdure, avec quelques changements seulement, jusqu’à la fin des années 1990! L’interventionnisme de la Confédération a cependant son revers de médaille. Il conduit à une explosion des dépenses fédérales qui sont multipliées par 2,5 et à l’introduction de l’impôt fédéral direct.

Les difficultés socio-économiques, qui culmineront avec la grève générale de novembre 1918, sont également bien traitées dans l’exposition. En dépit de l’interventionnisme étatique, qui connaît par ailleurs des limites, la Suisse rencontre des problèmes économiques et d’approvisionnement qu’aggravent les contrôles économiques mis en place par les belligérants via la Société suisse de surveillance économique (SSS) et l’Office fiduciaire suisse pour le contrôle du trafic des marchandises (STS). A la fin de la guerre, alors qu’un certain nombre d’industriels ayant travaillé pour l’effort de guerre suisse et des belligérants ont réussi à amasser des fortunes, une large frange de la population a sombré dans la pauvreté: 700'000 Suisses (20% de la population) dépendent de la distribution de rations de lait et de pain à prix réduit!

Les volets neuchâtelois

La partie spécifiquement neuchâteloise de l’exposition comporte quatre volets. Nettement moins denses en informations, ces volets viennent "alléger" la visite de l’exposition principale. Un premier sert d’introduction générale, avec la projection d’une cinquantaine de photographies qui évoquent les principaux événements ayant marqué le canton: mobilisation, visite du général Ulrich Wille en juin 1915 – Wille est notamment reçu à La Sagne dont il est originaire –, bombe allemande tombée à La Chaux-de-Fonds en octobre 1915, accueil d’internés et de réfugiés, occupation militaire de La Chaux-de-Fonds à la suite de la libération par des manifestants de Paul Graber condamné pour ses écrits pacifistes, armistice de novembre 1918, grève générale…

Le volet le plus intéressant, selon nous, est celui consacré à Guy de Pourtalès. Membre d’une famille aristocratique et cosmopolite neuchâteloise, Guy de Pourtalès est très lié à la France. Descendant de protestants cévenoles réfugiés à Neuchâtel et marié à une Française, il acquiert la nationalité française peu avant la guerre qu’il débute en tant que chauffeur d’officier à Chartres. Cependant, comme beaucoup de grandes familles neuchâteloises, celle des Pourtalès est très liée à l’Allemagne pour des raisons historiques et idéologiques – rappelons que Neuchâtel a été une propriété personnelle du roi de Prusse entre 1707 et 1848. Lui-même est né à Berlin, son père et ses deux frères sont officiers dans l’armée prussienne. Son éducation et ses relations privilégiées d’homme du Monde permettent à Guy de Pourtalès de devenir interprète dans une brigade d’artillerie britannique, puis chargé de la propagande en Suisse pour le compte du Quai d’Orsay via sa fonction d’administrateur de la Tribune de Genève, alors contrôlée par le Gouvernement français. Ses relations en Suisse et en Allemagne finissent toutefois par se retourner contre lui et il est mis à pied en 1917. Il finit la guerre comme officier informateur et accompagne les journalistes américains dans les régions libérées de la France et en Allemagne.

Affiche publicitaire pour un ouvrage de Guy de Pourtalès (© Fonds Guy de Pourtalès, CRLR)

Affiche publicitaire pour un ouvrage de Guy de Pourtalès (© Fonds Guy de Pourtalès, CRLR)

Signalons encore un autre volet neuchâtelois qui "interroge la réception de la Première Guerre mondiale dans la bande dessinée, en questionnant les relations entre violence extrême et transformation esthétique du 20e siècle". Le visiteur pourra admirer quelques belles planches, mais il restera malheureusement sur sa fin. Le sujet était trop vaste pour être traité dans un cadre aussi restreint. Il mériterait à lui seul une exposition.

En dépit des quelques défauts évoqués, l’exposition mérite largement d’être vue. Jusqu’au 18 octobre prochain.

Porcel et Zidrou, Les Folies Bergères, couverture (© Dargaud)

Porcel et Zidrou, Les Folies Bergères, couverture (© Dargaud)

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Musée national: Exposition 1515 Marignan

Publié le par Dimitry Queloz

A l’occasion du 500e anniversaire de la "bataille des géants", le Musée national de Zurich organise une exposition que l’on peut visiter jusqu’au 19 juillet prochain. Différents thèmes sont présentés au visiteur, dans une approche chronologique: Milan à l’époque des Sforza, développement du mercenariat helvétique, logistique et financement des armées, représentation iconographique de la bataille, neutralité… Parmi les qualités de l’exposition, mentionnons une mise en scène agréable et la présentation de fort belles pièces, notamment des armures et des vêtements; des livres ayant appartenu aux ducs de Milan et montrant à la fois leur richesse et leur intérêt pour les arts; un bouclier, un collier et un étendard tirés du butin des guerres de Bourgogne; divers cadeaux, parmi lesquels une bannière et une épée d’apparat consacrée – bien que cassée, celle-ci constitue sans doute le plus bel objet de l’exposition –, offerts aux Confédérés – qui deviennent alors "défenseurs de la liberté de l’Eglise" – par le Pape Jules II en 1512 au lendemain de la victoire de Pavie; des instruments de chirurgie d’époque…

Cependant, en dépit de ces qualités esthétiques et muséographiques, la visite ne nous a pas totalement satisfait et nous sommes resté sur notre faim. Outre une certaine confusion dans la présentation des thèmes qui ne sont plus nettement séparés, surtout dans la deuxième moitié de l’exposition, deux problèmes nous ont dérangé.

Une bataille éclipsée

Le premier reproche que l’on peut adresser à l’exposition est le fait qu’elle éclipse la bataille elle-même. Si le contexte est fort bien présenté sous ses aspects les plus divers, cette dernière l’est de manière très succincte, en quelques images et commentaires et au travers d’une évocation audiovisuelle des combats qui n’apporte pas grand-chose. On ne trouve que peu d’informations sur les différentes phases des combats, les effectifs, l’engagement chaotique des troupes confédérées en fin d’après-midi le 13 septembre, les difficultés propres à la configuration géographique du champ de bataille, le rôle de la cavalerie vénitienne, les limites des deux systèmes militaires qui s’affrontent et qui sont, tous deux, dépassés…

Quant aux raisons de la victoire française, il n’en est rien dit ou presque. On trouve juste la brève mention d’une bonne coordination de l’action de l’artillerie, de l’infanterie et de la cavalerie!

Une présentation ambiguë de la question de la neutralité

Comme nous l’évoquions dans un précédent article, la bataille de Marignan et sa commémoration sont au cœur d’un débat sur la neutralité de la Suisse. L’exposition adopte malheureusement une attitude très ambiguë par rapport à cette question. Cette absence de prise de position est regrettable de la part du Musée national qui dispose de moyens financiers et scientifiques importants et aurait été en mesure de présenter une analyse historique plus poussée du problème, quitte à décevoir certains partis politiques. Il aurait en effet été intéressant de se pencher sur l’expédition du printemps 1516 des cantons centraux aux côtés de l’empereur et sur celles, ultérieures, qui ont conduit notamment à l’annexion du Pays de Vaud; d’analyser le rôle joué par la pauvreté économique des cantons dans l’incapacité à développer un système militaire moderne; de déterminer en quoi les institutions fédérales ont contribué à l’absence d’une politique extérieure cohérente; de préciser comment la Réforme a accentué des divisions internes déjà importantes; de montrer l’évolution, du point de vue du droit international, de la conception de la neutralité au fil du temps, etc.

D’un côté, au début de la visite, l’exposition semble défendre la position idéologique de la droite populiste – sans toutefois se prononcer clairement – en présentant la bataille de Marignan comme une "défaite honorable" et en insistant sur les aspects positifs de ses conséquences. Un an après les événements, les Confédérés obtiennent ainsi une "paix avantageuse" et la bataille devient, au fil du temps, le "symbole d’une Suisse neutre et mesurée".

Dans la partie consacrée à la neutralité, la thèse présentée dans l’exposition est différente. Le début de la neutralité commence en 1815, avec le Congrès de Vienne et les traités de Paris, même si une "politique" de neutralité apparaît déjà au cours de la guerre de Trente Ans afin d’éviter un éclatement de la Confédération. Les différents tableaux sur la neutralité ne forment par ailleurs pas un ensemble cohérent. Ils abordent divers thèmes, comme les questions de neutralité au cours des deux guerres mondiales et aujourd’hui ou la Croix-Rouge.

Les deux événements les plus intéressants, l’affaire Wohlgemuth – le visiteur attentif notera une coquille: cette affaire a eu lieu en 1889 et non en 1899 comme indiqué – et la réalisation de la célèbre Retraite de Marignan par Ferdinand Hodler, ne sont pas traités avec toute la profondeur que l’on souhaiterait et ne sont pas non plus remis dans le contexte beaucoup plus vaste de l’ensemble des débats sur les conceptions de la neutralité vers les années 1890, débats qui, par ailleurs, font largement référence à la période de domination militaire de la Confédération, notamment les guerres d’Italie.

En dépit de ces défauts, l’exposition mérite d’être vue, surtout pour la qualité des pièces présentées. En revanche, pour une bonne compréhension de la bataille et de ses enjeux pour la Confédération des 13 cantons, nous recommandons de lire le récent ouvrage d’Amable Sablon du Corail que nous avons présenté il y a quelques semaines.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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