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Citoyen-soldat 2.0

Publié le par Dimitry Queloz

WICHT, Bernard; BAERISWYL, Alain, Citoyen-soldat 2.0. Mode d’emploi, Paris, Astrée, 2017, 94 pages

 

Dans ce petit ouvrage de prospective, les auteurs développent le concept de citoyen-soldat 2.0. Selon eux, l’ère de la guerre interétatique est révolue depuis la chute du Mur de Berlin, le développement de la mondialisation et le recul des Etats-nations. Les guerres du futur suivront un nouveau paradigme, celui de la guerre civile moléculaire (voir à ce sujet nos deux articles – no 1 et no 2 – sur la conférence de Bernard Wicht de mars 2017 lors de l’assemblée générale de la Société jurassienne des officiers). Les récents conflits donnent une bonne idée des principales caractéristiques de ce modèle de guerre et des adversaires que les Etats-nations démocratiques occidentaux auront à affronter: forces transnationales, emploi du low tech/low cost, recrutement basé sur la religion et/ou l’idéologie, contrôle partiel des territoires et des populations en employant la terreur, financement via l’économie grise, voire criminelle…

 

Plutôt que de baser leur réflexion sur les facteurs matériels et technologiques, les auteurs s’intéressent aux forces morales. Dans une perspective wébérienne, ils mettent en relation l’organisation sociopolitique des Etats, leur organisation militaire et la motivation des groupes sociaux à se défendre. Dans le cadre actuel qui est celui de la mondialisation, les démocraties occidentales "ne représentent plus un niveau de décision effectif et pertinent". De plus, les élites politiques, sociales et culturelles qui sont à leur tête sont déconnectées de la réalité, incapables de désigner clairement l’ennemi à combattre et, pire encore, de distinguer ce dernier des citoyens-amis dont ils ont la charge. En marginalisant ceux-ci, en les désarmant et en les remplaçant par des soldats professionnels, ces élites mettent en péril la cohésion de la cité, son organisation et ses valeurs civiques, donc son existence. Les auteurs reprennent ici les théories du sociologue Alain Joxe pour qui "la citoyenneté n’est pas le fruit d’un contrat social de type rousseauiste (…) elle est le résultat d’un rapport de force par lequel le citoyen est parvenu à s’extraire de sa position de sujet pour revendiquer sa liberté en contrepartie de ses prestations fiscales et, surtout, militaires".

 

A cet affaiblissement de l’Etat-nation et à cette inadaptation de la démocratie occidentale s’ajoute l’inadaptation des forces armées et policières, dont la structure et l’organisation sont trop lourdes et trop centralisées, qui ne sont pas en mesure de faire face à la guerre civile moléculaire dans laquelle l’ennemi frappe au moyen d’attentats ou de raids urbains en utilisant le schéma imbrication-dilution-destruction.

 

Pour faire face à cette double situation de crise, les auteurs proposent le citoyen-soldat 2.0 en tant que réponse. Celui-ci s’inscrit dans le cadre de la société de l’information qui, contrairement à la société industrielle, privilégie les réseaux plutôt que les hiérarchies, développe ses propres récits à l’échelle du groupe, autonomise les individus en les transformant en acteurs, facilite la détection des problèmes et la vitesse de réaction pour y remédier. Capable d’intervenir immédiatement, localement et de manière décentralisée – les auteurs parlent de "riposte autonome", le citoyen-soldat 2.0, à l’instar du white hat du domaine informatique, permet de développer une deuxième ligne de défense, là où les forces militaires et policières ne sont pas toujours en mesure d’agir rapidement.

 

Le modèle du citoyen-soldat 2.0 est inspiré d’exemples historiques comme le Minuteman des Treize Colonies ou le membre du landsturm des communautés libres de l’Allemagne du Sud – dans un registre contemporain, les auteurs mentionnent l’exemple tchèque du LOS. Le citoyen-soldat 2.0, qui n’est pas directement rattaché à une unité militaire et se fond au sein de la population doit "re-créer le récit lui permettant de se réunir avec d’autres pour restaurer la cité autour d’une conception commune de la liberté. Sa démarche se fonde, d’abord, sur l’idée de souveraineté populaire (…) comme socle premier de toute participation politique et, ensuite, sur son droit naturel à la légitime défense". Pour pouvoir intervenir en tout temps et en tous lieux, il doit disposer d’un permis de port d’arme, ainsi que de la formation nécessaire pour remplir sa fonction de primo-intervenant. Les auteurs précisent que cette démarche ne résulte pas d’une approche "libertarienne", mais qu’elle s’inscrit au contraire dans une conception "républicaine au sens défini par Machiavel, c’est-à-dire la conception positive de la liberté comprise comme le droit de chaque citoyen de participer effectivement à la gestion des affaires communes et à la défense de la cité".

(© blogdéfense)

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