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Le Conseil national accepte l'achat de 22 avions de combat Gripen

Publié le par Dimitry Queloz

Le Conseil national a accepté hier, par 114 voix contre 70, l'achat de 22 avions de combat Gripen E. De son côté, le Conseil des Etats se prononcera encore mercredi prochain sur l'aspect financier de la décision, ce qui devrait mettre un terme à la procédure d'acquisition parlementaire. Les débats, qui se sont déroulés sur les plans politique, économique, idéologique et, secondairement, technique, ont été fort mouvementés. Commencés en 2008 avec la présentation du programme d'armement contenant l'intention d'acheter un nouvel avion de combat destiné à remplacer les anciens F-5 E Tiger II arrivant en bout de course après plus de 30 ans de service,  ils se sont intensifiés à partir de novembre 2011, après que le fabricant d’avions suédois Saab eut remporté l’appel d’offre du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) au détriment de ses rivaux Dassault Aviation et Eurofighter.

Partisans et adversaires du Gripen se sont affrontés dans les médias, en commission et au Parlement et la procédure d’acquisition de l’appareil a connu moult rebondissements, tandis que les attaques contre l’appareil suédois étaient nombreuses. D’une part, le Parti socialiste et les Verts s’opposaient à tout achat de nouvel avion de combat, jugeant qu’il n’était pas nécessaire, dans le contexte géopolitique du moment, de remplacer les Tiger. D’autre part, à droite aussi les reproches fusaient de la part de divers milieux. Certains critiquaient la manière de gérer le dossier – d'aucuns affirmaient même que le Conseil fédéral écartait délibérément les concurrents du Gripen en raison des problèmes économiques et fiscaux avec les pays voisins – et la communication maladroite du DDPS. Il faut dire que ce dernier n’est pas exempt de tout reproche dans ce domaine. Il a en effet eu de la peine à justifier le choix d’un avion dont les performances avaient été jugées insuffisantes au cours des évaluations. Par ailleurs, les déclarations du chef du DDPS pouvaient laisser croire à un certain dilettantisme dans la gestion du dossier – rappelons qu’Ueli Maurer a avoué devant la presse qu’il n’avait pas lu dans le détail le contrat d’achat: "Ce sont 56 pages en anglais, avec beaucoup de considérations techniques, je fais confiance aux spécialistes de mon service." D’autres politiciens de droite, enfin, critiquaient le choix du Gripen et auraient préféré acheter le Rafale arrivé en tête de la procédure d’évaluation.

Au cours de l’année 2012 et, surtout, en 2013, le ciel s’est cependant lentement éclairci pour le chef du DDPS qui a su manœuvrer de manière habile et convaincre petit à petit une majorité de parlementaires de voter en faveur de l'acquisition du Gripen, redressant ainsi une situation qui paraissait à un certain moment largement compromise. En mars de cette année, le Conseil des Etats a accepté d’acheter les 22 avions de combat, même s'il en a refusé le financement dont le montant s’élève à 3,1 milliards de francs. Cette contradiction apparente s’explique par le fait qu’il aurait fallu la majorité qualifiée, en raison du "frein aux dépenses", pour faire passer la décision financière. De son côté, quelques semaines plus tard, le Conseil national se montrait d’accord d’entrer en matière, à condition d’obtenir certains éclaircissements, notamment en ce qui concernait les modalités de facturation (montant de l’acompte initial, pénalités en cas de non-respect des délais de livraison, garanties du montant de la facture en cas de renchérissement des coûts). En août, ayant obtenu partiellement satisfaction de la part du Conseil fédéral, la Commission de la politique de sécurité du Conseil national jouait la carte de la confiance et approuvait par 14 voix contre 9 et 2 abstentions l’achat des avions de combat, ouvrant ainsi la voie au vote d'hier du Conseil national.

La décision positive de ce dernier ne signifie cependant pas encore une victoire définitive pour le Conseil fédéral. Tout d'abord, comme nous l'avons dit, le Conseil des Etats doit encore se prononcer à ce sujet mercredi prochain. Ensuite, et surtout, le référendum promis par la gauche sera lancé et le peuple aura à se prononcer sur l’achat du Gripen, probablement au printemps 2014. Cette votation populaire rappelle celle de 1993 sur l’initiative du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) qui s’opposait à l’achat de 34 avions de combat F/A-18 Hornet. L'initiative avait finalement été rejetée par 57% des votants. Cette fois-ci, la campagne en faveur du Gripen sera sans doute plus difficile à gagner – les sondages indiquent que 63% des Suisses sont opposés à l'achat de l'appareil suédois. Le problème réside dans le cumul des opposants qui regroupent non seulement les milieux antimilitaristes traditionnels, mais aussi tous ceux pour qui le Gripen, en raison de ses insuffisances réelles ou supposées – nous reviendrons sur cette question dans un prochain article –, ne correspond pas aux besoins helvétiques. Le Conseil fédéral n'a, bien sûr, aucune chance de faire changer d'avis les premiers. Il devra donc concentrer ses efforts d'argumentation sur les seconds de manière à les convaincre de voter en faveur de l'acquisition du Gripen!

 

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Gripen F Demonstrator en vol au-dessus des Alpes (© DDPS)

Gripen F Demonstrator en vol au-dessus des Alpes (© DDPS)

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