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Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération (3 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Surveillance des djihadistes « suisses »

En Europe, les problèmes de sécurité liés au djihadisme commencent à prendre des dimensions importantes, voire inquiétantes. Ils se manifestent sous la forme d’attentats, d’enlèvements et de prises d’otages, de participation à des conflits à l’étranger - il y aurait actuellement quelque 500 Européens en Syrie pour lutter contre le régime de Bachar el-Assad. La Suisse n’est pas épargnée par le phénomène même si elle est touchée dans une moindre mesure et le Rapport du Service de renseignement de la Confédération lui consacre un chapitre de 16 pages.

En matière de terrorisme djihadiste, le rapport met en évidence deux tendances opposées. D’une part, les fortes pressions exercées sur les noyaux durs d’Al-Qaïda – attaques des Etats-Unis et de leurs alliés contre les principaux dirigeants – font diminuer les risques d’attentats de grande envergure. D’autre part, le développement du nombre de petits groupes ou d’extrémistes isolés a pour conséquence la multiplication des actes de violence de plus faible ampleur. Depuis quelques années, on trouve, parmi les djihadistes appartenant à ces deux dernières catégories, de plus en plus d’individus nés en Occident ou y ayant vécu plus ou moins longtemps. Ceux-ci se radicalisent par le biais de contacts personnels ou via internet, selon des processus divers. Les djhadistes « suisses » suivent ce modèle général et ne représentent pas des cas particuliers par rapport à leurs homologues européens.

Une destination privilégiée : la Somalie

En Suisse, la législation est telle que le SRC ne peut surveiller les extrémistes islamistes qu’à partir du moment où ils ont été « clairement identifiés comme violents, c’est-à-dire des djihadistes ». Selon des chiffres cités par Le Matin, ceux-ci sont estimés à une vingtaine, dont un tiers de « guerriers confirmés ». Plusieurs se sont rendus en Afghanistan et au Pakistan pour participer à des combats. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Moez Garsallaoui, tué en octobre 2012 par un tir de drone américain dans la zone frontière entre les deux pays. Durant leur séjour en Suisse, Garsallaoui et sa femme ont géré un site internet djihadiste. Garsallaoui a été condamné mais s’est enfui. Il a ensuite acquis une certaine notoriété dans les milieux djihadistes européens. Quant à sa femme, elle a été ultérieurement condamnée en Belgique et purge actuellement une peine de prison dans ce pays.

La principale destination des djihadistes « suisses » est toutefois la Somalie. La prédilection pour ce pays s’explique probablement par l’existence de réseaux. En effet, si la radicalisation peut se faire par le biais d’internet par exemple, l’entrée dans une structure à l’étranger est plus difficile. Elle a souvent lieu grâce à des connaissances personnelles et des contacts qui offrent des opportunités, ce qui limite les possibilités d’engagement et crée des filières spécifiques. A noter que la première interdiction d’entrée en Suisse a été prononcée il y a une année contre un djihadiste « suisse » ayant eu des liens avec le groupe terroriste somalien Al-Shabaab.

Les dangers

Même si la Suisse n’est pas une cible privilégiée des djihadistes, les dangers ne sont pas inexistants. Ceux mentionnés dans le rapport sont les mêmes que ceux qui touchent les autres pays occidentaux. Les ressortissants suisses à l’étranger peuvent ainsi être victimes de violence, d’actes terroristes et, surtout, d’enlèvements (on en dénombre près d’une dizaine entre 2009 et 2012). De plus, la Suisse est intrinsèquement perçue comme un adversaire du simple fait de son appartenance au monde occidental. Certaines de ses décisions politiques relatives à des symboles forts de l’islam (minarets – rappelons que la Suisse a accepté une initiative populaire interdisant la construction de minaret –, voile pour les femmes notamment) pourraient par ailleurs conduire des extrémistes à la considérer comme un pays particulièrement hostile à leur religion et les pousser à déclencher des actions violentes. Enfin, il ne faut pas négliger le terrorisme intérieur. Certains islamistes radicalisés ou djihadistes de retour en Suisse pourraient très bien commettre des attentats en employant le savoir-faire acquis à l’étranger. (Fin)

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