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Novare (1513). Dernière victoire des fantassins suisses

Publié le par Dimitry Queloz

BANGERTER, Olivier, Novare (1513). Dernière victoire des fantassins suisses, Paris, Economica, 2011, 144 pages

Cet ouvrage synthétique d’Olivier Bangerter, auteur d’une thèse sur la pensée militaire d’Ulrich Zwingli, s’intéresse à la bataille de Novare, dernière victoire des Suisses, dont l’importance et le souvenir ont été totalement éclipsés par la défaite, deux ans plus tard, de Marignan. En cette année du cinquième centenaire, qui se souvient encore de Novare, cet ultime grand succès de l’infanterie confédérée, aussi considérée comme la dernière bataille du Moyen Age?

Olivier Bangerter consacre le premier chapitre de son livre à "l’art de la guerre au début du 16e siècle". Après un aperçu des trois grands traités militaires de la période – ceux de Philip von Seldeneck, Bérault Stuart d’Aubigny et Philippe de Clèves –, il se penche sur l’organisation, l’équipement et la discipline des armées. L’époque se caractérise par de profondes mutations. L’infanterie redevient la reine du champ de bataille, tandis que la cavalerie lourde perd de sa toute-puissante et est concurrencée par la cavalerie légère. De plus, l’artillerie se développe et devient une véritable arme du champ de bataille. Le perfectionnement des arquebuses renforce également l’importance grandissante du feu face auquel se développe la fortification de campagne. Ces évolutions conduisent à la nécessité d’un véritable engagement "interarmes", rendant la conduite de la bataille plus difficile.

Au cours de la bataille de Novarre, deux systèmes s’affrontent, comme cela avait déjà été le cas – nous l’avons vu – à Morat en 1476. D’un côté, les Suisses, qui conservent une organisation et un équipement de type ancien. Ce sont surtout des fantassins armés de la pique et de la hallebarde – la proportion d’arquebuses est nettement inférieure à 10%, en baisse depuis les années 1420! La cavalerie et l’artillerie sont quasi-inexistantes. Cette organisation, qui donne l’avantage de la mobilité stratégique, oblige cependant les Confédérés à mener des campagnes rapides et à se limiter à une tactique basée sur le choc. De l’autre côté, l’armée française, dont les deux principaux atouts sont la cavalerie lourde et l’artillerie. L’infanterie est en revanche faible – les milices locales sont généralement de mauvaise qualité du fait de la prépondérance de la noblesse dans le domaine militaire –, ce qui oblige à engager des mercenaires, notamment des lansquenets, grands rivaux des Suisses.

L’auteur insiste sur la confusion de la bataille de Novare. Les sources présentent nombre de divergences et il est difficile de la décrire dans le détail. Il est toutefois possible de définir les raisons de la victoire confédérée, qui sont multiples. Tout d’abord, l’armée française est désorganisée du fait de sa retraite après avoir levé, la veille, le siège de la ville de Novare. L’action de ses différentes troupes manque de coordination, ce qui en diminue l’efficacité. Par ailleurs, à l’exception des lansquenets, l’infanterie française s’enfuit sans combattre. Ensuite, les Suisses bénéficient de la chance. Ce qui paraît à certains acteurs de la bataille – et à certains historiens aussi – être une manœuvre définie dans le cadre d’un plan précis – attaque frontale menée conjointement à une attaque de flanc – n’est vraisemblablement que le résultat des circonstances particulières du début de l’engagement. Enfin, les Confédérés se montrent remarquablement aptes à la manœuvre dans un terrain difficile. Ils peuvent notamment faire face à une charge de la cavalerie lourde française sur leur flanc.

A Novare, l’armée française n’a donc pas pu engager ses moyens dans toute leur efficacité, faute de renseignements précis et de coordination. Il en ira différemment deux ans plus tard à Marignan et l’infanterie confédérée devra s’incliner face à l’action combinée des différentes "armes", notamment la cavalerie lourde et l’artillerie. La victoire de Novare représente donc l’apogée du système militaire des Confédérés. Elle constitue cependant un trompe-l’œil car ce système est vieillissant, sur le point d’être supplanté par le développement des armées "modernes" combinant l’action de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie.

Un autre aspect intéressant du livre est la présentation, synthétique et tout à fait accessible au non-spécialiste de la période, de la situation internationale complexe de cet épisode des guerres d’Italie que l’auteur inscrit dans la lutte plus générale que se livrent, d’une part, la France, Venise et l’Ecosse et, d’autre part, l’Empire, l’Espagne, l’Angleterre, la Papauté et les Confédérés.

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Sac de voyage 29/10/2013 11:36

Merci pour une introduction et un teasing sur ce livre que je souhaitais lire depuis longtemps. Est il disponible sur Amazon ou sur la fnac.fr ?

Dimitry Queloz 29/10/2013 18:13

Bonjour. Oui, l'ouvrage est disponible sur Amazon. Vous pouvez le trouver en cliquant sur le titre au début de l'article.