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Géopolitique du Vatican

Publié le par Dimitry Queloz

NOÉ, Jean-Baptiste, Géopolitique du Vatican. La puissance de l’influence, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 2015, 254 pages

Au premier abord, il paraît curieux de publier un ouvrage de géopolitique sur le Vatican, le plus petit Etat du Monde, avec ses 0,44 km2, le moins peuplé – moins de 1'000 habitants – et celui dont l’armée est la plus faible, avec moins de 150 gardes suisses. Le très intéressant ouvrage de l’historien Jean-Baptiste Noé, dont nous ne pouvons présenter ici toute la richesse, montre le contraire. C’est que le Vatican est un des rares Etats, avec les Etats-Unis, la Russie, l’Angleterre ou la France, à avoir des intérêts à l’échelle mondiale. La communauté catholique est en effet présente sur les cinq continents, dans tous les pays. Cette présence a permis de constituer un vaste réseau planétaire s’appuyant sur les membres du clergé et une partie des fidèles, réseau qui sert à la fois de service de renseignement dont l’importance et la qualité doivent faire envie à nombre d’Etat et de canal de diffusion pour le message de l’Eglise. Le Vatican a par ailleurs constitué, depuis la fin du XIXe siècle, un réseau diplomatique particulièrement dense, non seulement auprès des Etats, mais aussi dans les organisations non-gouvernementales comme l’ONU. Notons au passage que beaucoup de papes ont occupé, au cours de leur carrière, des postes importants dans la diplomatie vaticane. Cette remarquable intégration est complétée par une utilisation grandissante des moyens de communication modernes et des réseaux sociaux, que ce soit à l’initiative et sous le contrôle directs du Vatican ou, à un niveau décentralisé et de manière autonome, par les différentes communautés de fidèles.

L’ouvrage comprend trois chapitres intitulés Les lieux du Vatican, Les préoccupations du Vatican et Les idées du Vatican. Les deux premiers sont les plus intéressants en ce qui concerne les questions de géopolitique. Le dernier n’est toutefois pas en dehors du sujet, car il permet de bien comprendre les conceptions religieuses, spirituelles et philosophiques du Vatican. Cette présentation s’avère très importante car, comme l’auteur le souligne très justement, la géopolitique n’est pas seulement une étude des relations internationales et de la diplomatie. Elle est aussi l’expression d’une Weltanschauung, d’une vision du Monde.

Traitant notamment de la formation territoriale et de l’évolution du Vatican, de son gouvernement – la Curie – et de sa diplomatie, les deux premiers chapitres permettent de comprendre, au-travers d’une synthèse historique, les éléments-clés du pouvoir et de l’influence actuelle du Vatican. Ils mettent en évidence la stabilité des grandes lignes politiques, idéologiques, morales et religieuses du Saint-Siège et, aussi, ce que nombre de politiciens et d’intellectuels de la mouvance soixante-huitarde se plaisent à nier depuis quelques années: les racines judéo-chrétiennes et la romanité de la civilisation occidentale, même si cette romanité a eu nettement moins d’influence dans les régions touchées par le protestantisme.

L’un des nombreux points forts de l’ouvrage est de montrer que l’influence morale et spirituelle du Vatican, et cela représente un paradoxe au premier abord, s’est agrandie avec la disparition des Etats pontificaux à la fin du XIXe siècle. En effet, depuis la création officielle du Vatican en 752 grâce à la volonté de Pépin le Bref jusqu’à l’annexion des Etats de l’Eglise et de Rome au moment de l’unité italienne, le Vatican pouvait toujours être soupçonné de vouloir défendre ses intérêts territoriaux, ce qui pouvait nuire à son message religieux et moral. Après les accords du Latran de 1929 qui donne au Saint-Siège la souveraineté pleine et entière sur la cité du Vatican, celui-ci devient un Etat à part, car largement indépendant d’intérêts territoriaux et économiques – recherche de marchés, accès aux ressources naturelles, contrôle des zones géopolitiques importantes, etc. "Cette indépendance assure sa force et son pouvoir, et lui permet de se consacrer pleinement à sa mission principale, qui est la défense de la liberté religieuse et le développement intégral de la personne."

Cet humanisme intégral constitue un des volets majeurs de la diplomatie pontificale. Le concept vise à développer l’homme dans sa totalité, c’est-à-dire dans ses dimensions matérielles, économiques, culturelles et spirituelles. A l’instar de son message religieux, le message philosophique du Vatican est universel et global. Comme il n’est pas au seul service d’un Etat en particulier et qu’il ne cherche pas à s’imposer, il est audible et acceptable par de nombreuses personnes et Etats, même non chrétiens.

(© blogdéfense)

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