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Articles avec #suisse tag

Obligation de servir (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Dans un article du journal Le Temps du 10 décembre 2012, le politicien et historien Josef Lang, adversaire bien connu de l'armée, présentait sa vision, partiale et orientée, de l’histoire de la milice et de l'obligation de servir en Suisse. Cet article s'inscrit dans le cadre de la campagne sur la votation populaire relative à cette question, votation qui devrait avoir lieu à la fin de cette année ou au début de la prochaine. Monsieur Pierre Streit a montré les erreurs et les partis pris de ce texte dans un article très intéressant et documenté paru un mois plus tard sur le site lesobservateurs.ch. Aussi, nous ne reprendrons pas point par point l'argumentation de Monsieur Lang pour en montrer à nouveau toutes les faiblesses. Nous nous proposons plutôt de présenter au lecteur un historique synthétique de l'obligation de servir en Suisse.

 

Le service militaire en Suisse avant 1848

Dès le Moyen Age et jusqu'à la fin de l'Ancien Régime en 1798, l'organisation militaire de la Suisse relève exclusivement des cantons, en dépit de quelques tentatives visant à mettre sur pied des contingents communs pour la défense de la Confédération. Les cantons organisent leurs troupes sur un double principe, celui de la milice et celui de l'obligation de servir. D'une manière générale, tous les hommes valides entre 16 et 60 ans sont concernés par le service militaire.

Après la période révolutionnaire durant laquelle le principe de l'obligation de servir perdure à travers le service militaire national, la Suisse retrouve son ancienne forme institutionnelle, la Confédération d’Etats, avec l’adoption du Pacte fédéral de 1815. Ce Pacte contient plusieurs articles généraux relatifs à l’organisation de l’armée fédérale chargée de défendre la neutralité. L'armée se compose des troupes des cantons. Elle est recrutée à raison de 2 hommes pour 100 habitants et chaque canton se verra fixer ultérieurement un contingent à fournir. En 1817, un règlement militaire organise l'armée en deux classes, l’élite et la réserve, comprenant chacune près de 34'000 hommes, soit un total de 67'550 hommes. Les troupes cantonales qui ne rentrent pas dans cette élite et cette réserve forment la landwehr.

Cette organisation de 1817 présente nombre de défauts: manque d’uniformité dans les équipements du fait du fédéralisme, lenteur de certains cantons à appliquer les nouvelles décisions, problèmes d’effectifs du fait du service étranger et de l’absence d’instruction de certains militaires. Ces défauts sont connus à l’époque et les autorités, soucieuses d'améliorer une situation peu satisfaisante, cherchent à modifier l'organisation militaire en vigueur. Divers projets de réforme sont ainsi proposés dans les années 1830, dont les deux principaux sont rejetés (projet de révision du Pacte de 1815 en 1833, projet de règlement militaire en 1838). (A suivre)

 

Articles en relation:

Votation du 22 septembre sur l'obligation de servir

Obligation de servir (2)

Obligation de servir (3)

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La Suisse peut-elle se défendre toute seule ?

Publié le par Dimitry Queloz

DE WECK, Hervé, La Suisse peut-elle se défendre toute seule ?, Bière, Cabédita, 2011, 160 pages

Dans cet ouvrage, Hervé de Weck se demande si la Suisse est en mesure d'assurer sa défense toute seule. Il s'interroge également sur la neutralité : celle-ci est-elle compatible avec des collaborations militaires avec un Etat tiers ? Pour répondre à ces deux questions, il adopte une approche historique, avant de faire un état de la situation actuelle et de la crise que traverse l’armée. Il montre ainsi que, depuis la fin du Moyen-âge, la Suisse a toujours dépendu de l'étranger pour assurer sa défense. Petit pays face à des puissances plus grandes, la Suisse a généralement recherché la coopération avec l'étranger pour palier sa faiblesse militaire.

Entre 1515 et la Révolution française, la défense de l'Ancienne Confédération repose essentiellement sur trois piliers : la neutralité, les alliances avec l'extérieur, surtout la France, le service étranger. Les relations politico-militaires avec les puissances voisines compensent la faiblesse du système militaire helvétique, faiblesse qui éclate au grand jour au moment de l'invasion française de 1798. A la fin du XIXe siècle, alors que la neutralité helvétique est reconnue par les traités de 1815, la Suisse se retrouve entourée par de puissants Etats. Dans le cadre des tensions qui conduiront à la Première Guerre mondiale, elle est l'objet de menaces et de séductions. La neutralité traditionnelle est remise en cause par certains politiciens et militaires. La question d'une collaboration militaire se pose et diverses conversations ont lieu avec la France, l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Les contacts avec les Français reprennent au cours de la Première Guerre mondiale débouchant sur le plan français " H ". Dans les années 1930, des contacts personnels ont lieu avec des officiers de l'armée française. Au début de la guerre, le général Guisan poussent très loin, à l’insu du Gouvernement et de l’Etat-major de l’Armée, la coopération avec la France. Après la défaite de juin 1940, la Suisse doit se défendre avec ses seuls moyens et elle adopte la stratégie du Réduit. La période de la Guerre froide se caractérise par la prudence. Des contacts ont lieu, notamment avec les Britanniques dans les années cinquante, mais aucune planification n'est élaborée. La Suisse se dote d'une armée nombreuse et relativement bien équipée permettant une défense autonome, même si elle collabore avec l'étranger pour l'acquisition d'armement et la défense aérienne. Après la chute du mur de Berlin, la collaboration avec l'étranger entre dans la doctrine, avec l'adoption du principe de la " sécurité par la coopération ". De nouvelles menaces apparaissent ou prennent de l'importance : terrorisme, catastrophes naturelles ou dues à l’homme, migrations, armes balistiques à longue portée, cybercriminalité… De plus, l'armée doit faire face à une diminution considérable de ses moyens. Après deux réformes successives, les effectifs se limitent à 120'000 hommes actifs et le matériel manque en raison de crédits insuffisants, ce qui pousse encore à davantage de coopération.

Avec la thèse de son ouvrage, Hervé de Weck se positionne d’une manière particulière qui mécontentera certainement les deux extrémités de l'éventail politique. Une certaine droite n'y retrouvera pas les fondements mythologiques de son idéologie, à savoir une Suisse autarcique et repliée sur elle-même. Quant à la gauche, si elle pourra se réjouir de la nécessité pour la Suisse de coopérer avec l'étranger, elle aura du mal à accepter celle de maintenir un niveau de dépenses élevés. Ce dernier élément est en effet fondamental, car la coopération implique d'avoir quelque chose à mettre en commun, à partager. Ce ne doit pas être, comme certains le pensent, un oreiller de paresse ou un prétexte pour affaiblir l'armée.

 

(© Hervé de Weck)

(© Hervé de Weck)

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