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Articles avec #renseignement tag

Exposition sur les services secrets

Publié le par Dimitry Queloz

Le Château de Morges (en Suisse, près de Lausanne) présente actuellement une très intéressante exposition sur les services secrets, dont le commissaire est Monsieur Jacques Baud, spécialiste suisse bien connu du terrorisme et des services de renseignement.

Les textes de présentation des thèmes de l'exposition, à la fois courts, précis et compréhensibles pour les profanes, donnent de nombreuses informations sur les services secrets et leur fonctionnement (cycle du renseignement, différences entre services de renseignement et services secrets, entre code et chiffre, noms et fonctions des différents personnels…) ou sur certains épisodes historiques, dont beaucoup sont en relation directe avec la Suisse. Les objets présentés, plus de 500, sont également très intéressants. Nombre d’entre eux concernent bien évidemment l’écoute, l’enregistrement, les transmissions et la photographie. Ils permettent de saisir la révolution technique engendrée depuis quelques années par l’arrivée des nouvelles technologies de l’informatique. Nous retiendrons, parmi les plus curieux de ces objets, notamment un parachute pour pigeon voyageur, des émetteurs et des détecteurs camouflés en crottes de chien et de singe, un kit rectal d’évasion américain!

L’exposition se focalise plus particulièrement sur deux périodes: la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre froide. En ce qui concerne la première d’entre elles, l’exposition veut montrer le rôle fondamental joué par la Suisse dans la lutte clandestine contre l’Allemagne nazie et le soutien apporté aux Alliés dont les services spéciaux (OSS, SOE, SIS) étaient largement implantés dans notre pays. Parmi les nombreuses activités de ces services, mentionnons les vols des Lysander du Squadron 161 de la Royal Air Force pour venir chercher les chronomètres Breitling qui équipaient les avions anglais et américains. Ces précieux instruments de navigation étaient apportés par le directeur de la fabrique en personne, Willy Breitling, qui les remettait aux équipages des appareils qui se posaient sur des terrains improvisés dans les Franches-Montagnes.

Pour la Guerre froide, l’objet le plus intéressant est sans doute cette valise enterrée par le KGB dans la campagne fribourgeoise et contenant un émetteur destiné à un agent opérant en Suisse. Le lieu de cette planque n’avait pas été choisi au hasard. Dans cette région se trouvaient deux sites de première importance de la défense aérienne helvétique, la base aérienne de Payerne et celle de DCA Bloodhound de Torny-le-Grand, contre lesquels il était prévu de mener des opérations de sabotage. Ces actions s’inscrivaient dans un cadre opérationnel plus vaste puisqu’elles faisaient partie du plan de contournement des défenses antiaériennes de l’OTAN via le couloir neutre Autriche – Suisse. Il est donc très probable que d’autres émetteurs de ce genre soient encore cachés en Suisse, notamment dans la région zurichoise.

A voir jusqu’au 30 novembre 2013.

(© blogdefense.overblog.com)

(© blogdefense.overblog.com)

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Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération (3 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Surveillance des djihadistes « suisses »

En Europe, les problèmes de sécurité liés au djihadisme commencent à prendre des dimensions importantes, voire inquiétantes. Ils se manifestent sous la forme d’attentats, d’enlèvements et de prises d’otages, de participation à des conflits à l’étranger - il y aurait actuellement quelque 500 Européens en Syrie pour lutter contre le régime de Bachar el-Assad. La Suisse n’est pas épargnée par le phénomène même si elle est touchée dans une moindre mesure et le Rapport du Service de renseignement de la Confédération lui consacre un chapitre de 16 pages.

En matière de terrorisme djihadiste, le rapport met en évidence deux tendances opposées. D’une part, les fortes pressions exercées sur les noyaux durs d’Al-Qaïda – attaques des Etats-Unis et de leurs alliés contre les principaux dirigeants – font diminuer les risques d’attentats de grande envergure. D’autre part, le développement du nombre de petits groupes ou d’extrémistes isolés a pour conséquence la multiplication des actes de violence de plus faible ampleur. Depuis quelques années, on trouve, parmi les djihadistes appartenant à ces deux dernières catégories, de plus en plus d’individus nés en Occident ou y ayant vécu plus ou moins longtemps. Ceux-ci se radicalisent par le biais de contacts personnels ou via internet, selon des processus divers. Les djhadistes « suisses » suivent ce modèle général et ne représentent pas des cas particuliers par rapport à leurs homologues européens.

Une destination privilégiée : la Somalie

En Suisse, la législation est telle que le SRC ne peut surveiller les extrémistes islamistes qu’à partir du moment où ils ont été « clairement identifiés comme violents, c’est-à-dire des djihadistes ». Selon des chiffres cités par Le Matin, ceux-ci sont estimés à une vingtaine, dont un tiers de « guerriers confirmés ». Plusieurs se sont rendus en Afghanistan et au Pakistan pour participer à des combats. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Moez Garsallaoui, tué en octobre 2012 par un tir de drone américain dans la zone frontière entre les deux pays. Durant leur séjour en Suisse, Garsallaoui et sa femme ont géré un site internet djihadiste. Garsallaoui a été condamné mais s’est enfui. Il a ensuite acquis une certaine notoriété dans les milieux djihadistes européens. Quant à sa femme, elle a été ultérieurement condamnée en Belgique et purge actuellement une peine de prison dans ce pays.

La principale destination des djihadistes « suisses » est toutefois la Somalie. La prédilection pour ce pays s’explique probablement par l’existence de réseaux. En effet, si la radicalisation peut se faire par le biais d’internet par exemple, l’entrée dans une structure à l’étranger est plus difficile. Elle a souvent lieu grâce à des connaissances personnelles et des contacts qui offrent des opportunités, ce qui limite les possibilités d’engagement et crée des filières spécifiques. A noter que la première interdiction d’entrée en Suisse a été prononcée il y a une année contre un djihadiste « suisse » ayant eu des liens avec le groupe terroriste somalien Al-Shabaab.

Les dangers

Même si la Suisse n’est pas une cible privilégiée des djihadistes, les dangers ne sont pas inexistants. Ceux mentionnés dans le rapport sont les mêmes que ceux qui touchent les autres pays occidentaux. Les ressortissants suisses à l’étranger peuvent ainsi être victimes de violence, d’actes terroristes et, surtout, d’enlèvements (on en dénombre près d’une dizaine entre 2009 et 2012). De plus, la Suisse est intrinsèquement perçue comme un adversaire du simple fait de son appartenance au monde occidental. Certaines de ses décisions politiques relatives à des symboles forts de l’islam (minarets – rappelons que la Suisse a accepté une initiative populaire interdisant la construction de minaret –, voile pour les femmes notamment) pourraient par ailleurs conduire des extrémistes à la considérer comme un pays particulièrement hostile à leur religion et les pousser à déclencher des actions violentes. Enfin, il ne faut pas négliger le terrorisme intérieur. Certains islamistes radicalisés ou djihadistes de retour en Suisse pourraient très bien commettre des attentats en employant le savoir-faire acquis à l’étranger. (Fin)

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Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération (2)

Publié le par Dimitry Queloz

La Russie

Le Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération consacre le premier de ses chapitres sur les risques et les menaces à la Russie. Les auteurs partent de la constatation que la Russie, après une période de retrait consécutif à la chute du régime soviétique, est de retour sur la scène internationale, tant sur le plan économique que politique. Ce changement est le résultat de la méthode de gouvernance de Vladimir Poutine qui a débuté son troisième mandat présidentiel en mai 2012. D’une part, le pouvoir central s’est renforcé et stabilisé au cours de la dernière décennie. D’autre part, ce pouvoir contrôle désormais les immenses ressources de matières premières qui font de la Russie une « superpuissance énergétique » qui se classe parmi les dix premières puissances économiques mondiales. Ce contrôle ne permet pas seulement de donner les moyens financiers nécessaires à l’Etat – les rentrées fiscales liées au secteur énergétique représentent près de 50% des dépenses russes. Il permet aussi une pénétration politico-économique à l’étranger par le biais de sociétés telles que Gazprom et Rosneft.

Politique étrangère plus offensive

En ce qui concerne la politique étrangère, le rapport souligne une double volonté de la Russie. Tout d’abord, « défendre sa place parmi les grands de ce monde » en s’appuyant sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. La Russie cherche ainsi à retrouver la position internationale qu’elle occupait avant la chute du mur de Berlin. La position face aux Etats-Unis, principal adversaire, s’est durcie depuis le retour de Poutine à la présidence. Mais la Russie doit désormais aussi tenir compte des changements en cours à l’Est et au Sud de son territoire avec la montée en puissance de l’Inde et de la Chine, cette dernière exerçant déjà une pression économico-stratégique importante en Asie centrale. Ces deux Etats seront par ailleurs bientôt en mesure de projeter leur puissance militaire grâce au développement de leur flotte.

La deuxième ambition de la Russie consiste à « rétablir son influence dans l’espace post-soviétique » - pays occidentaux de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), Caucase et Asie centrale – en Europe de l’Est et dans les Balkans. Durant ces dernières années, la Russie est ainsi parvenue à stopper la progression et l’influence de l’Union européenne et de l’OTAN dans plusieurs de ces régions. Elle a même réussi à « inverser en sa faveur la dynamique » pro-occidentale en Ukraine. Le rapport note que, à terme, l’Ukraine et la Biélorussie, bien qu’Etats formellement souverains, risquent de se retrouver « à nouveau sous une forte influence économique, voire politique, russe avec des systèmes politiques et économiques proches de Moscou et fortement subventionnés par la Russie ».

Modernisation des armées

Dans le domaine militaire, le rapport note les réformes en cours, avec la mise en place de nouvelles structures de commandement, plus simples, l’adoption d’un nouveau modèle de défense et d’importants investissements – plus de 400 milliards d’euros sur dix ans – qui permettront de doter les forces aériennes de 1'600 nouveaux avions et hélicoptères et la marine de 80 nouveaux navires. Même si ces réformes ne seront sans doute pas toutes réalisées, l’armée russe sera largement renforcée et modernisée au début de la prochaine décennie.

Quels risques pour la Suisse ?

Le retour de la Russie sur la scène internationale, son ouverture au monde et le renforcement de son autorité gouvernementale présentent à la fois des chances – possibilités de coopérations politiques et économiques - et des risques. Pour la Suisse, ces derniers sont divers et difficilement prévisibles. Le rapport mentionne plusieurs scénarios dont les conséquences, avant tout économiques et sociales, ne sont que peu développées. En cas de tensions entre l’Union européenne/l’OTAN et la Russie, la Suisse, au cœur de l’Europe, pourrait également être touchée. Cela est d’autant plus vrai que l’économie suisse est fortement liée à l’économie européenne et que la Russie fournit en gaz et en pétrole nombre de pays du Vieux Continent, notamment l’Allemagne. De son côté, la Suisse est aussi dépendante des exportations d’hydrocarbures russes puisque 25% de son approvisionnement proviennent de Russie. Un autre élément doit également être pris en considération. Genève est une des principales places du commerce des matières premières au monde et la majorité des ventes de pétrole russe se fait en Suisse. Une interruption des exportations russes aurait donc des conséquences énergétiques, industrielles et économiques importantes pour notre pays. Enfin, le rapport mentionne l’ensemble des risques liés à la criminalité économique : manque de transparence des pouvoirs économiques et des transactions financières russes, émigration illégale et criminelle, espionnage économique notamment. (A suivre)

 

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Rapport 2013 du Service de renseignement de la Confédération (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Il y a une semaine, le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a publié son rapport de situation annuel. Ce document de 90 pages s'articule en sept grands chapitres présentant les principaux dangers et menaces auxquels la Suisse est, ou sera, confrontée, actuellement et dans un futur proche:

- La Russie

- L'extrémisme violent et le terrorisme pour motifs djihadistes

- L'extrémisme violent et le terrorisme pour motifs ethno-nationalistes

- L'extrémisme de droite, de gauche et de la cause animale

- Prolifération

- Service de renseignement prohibé

- Attaque contre les infrastructures suisses d'information

Cette structure, qui reprend largement celle du rapport de l'année dernière, permet une continuité dans la lecture et la compréhension des analyses. Notons toutefois une différence importante par rapport à 2012: le chapitre consacré au retour de la Russie, "thème central" du document de cette année.

Le rapport souligne qu'il n'existe pas de menace militaire immédiate risquant de mettre en péril l'existence du pays. Il précise toutefois qu'il ne faudrait pas prendre prétexte de cette situation pour diminuer les efforts en matière de défense classique, qui s'inscrivent dans la durée et ne peuvent s'improviser au dernier moment. A plus longue échéance, deux dangers sont cependant perçus: la réorganisation militaire de la Russie qui devrait être couronnée de succès à la fin de la décennie ainsi que la prolifération des armes de destruction massive et des vecteurs à longue portée. Mentionnons encore un point qui nous paraît important. En raison de la crise économique en Europe et de la baisse générale des dépenses militaires, les capacités de défense de nombre de nos voisins vont diminuer, notamment dans le domaine aérien, entraînant des lacunes capacitaires, affaiblissant "le cordon de sécurité militaire autour de la Suisse".

Un autre point important du rapport est l'insistance sur le fait que "l'environnement stratégique (est) en mutation". La crise européenne de la dette et les révolutions arabes ne sont pas encore terminées et toutes les conséquences ne peuvent être clairement identifiées pour le moment. L'incertitude sera sans doute de mise pour plusieurs années encore. En ce qui concerne la crise européenne, le document montre bien les risques qui pèsent, directement ou indirectement, sur la Suisse. Une nouvelle crise bancaire majeure - ou plus simplement l'aggravation ou la prolongation de la crise économique actuelle - aurait un impact aussi en Suisse sur le système bancaire, l'économie... De plus, l'avenir politique de l'Europe est incertain et la Suisse se trouvera certainement face à une Europe différente de l'actuelle - Europe "à deux voire trois vitesses" - d'ici quelques années. Enfin, mentionnons encore "les pressions croissantes" en matière économiques et fiscales exercées sur notre pays par des voisins en quête d'indispensables rentrées d'argent.

Quant aux conséquences des révolutions arabes, le rapport du SRC n'est pas très optimiste. Il souligne notamment le recul en matière de développement économiques et de sécurité dans les pays concernés, la circulation incontrôlée des armes, l'ouverture de nouveaux espaces pour les organisations terroristes et criminelles, les risques pour les ressortissants suisses présents dans ces régions, la perturbation des échanges commerciaux et de l'approvisionnement énergétique, les migrations. (A suivre)

 

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