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Conférence du chef du Service de Renseignement Militaire suisse (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

La transformation des actions militaires

Le Brigadier Gaudin a poursuivi sa conférence en parlant des profondes mutations subies par les actions militaires depuis la fin de la Guerre froide. Désormais, celles-ci ne sont plus que rarement le fait de grandes forces terrestres mécanisées. Toutefois, ces nouvelles formes d’engagement nécessitent encore l’emploi de moyens lourds, mais en plus petites quantités qu’auparavant et avec des doctrines d’engagement nouvelles. L’orateur a notamment mentionné l’exemple de l’intervention au Mali où les Français ont utilisé des canons de 155 mm.

Le chef du Renseignement militaire a ensuite distingué deux catégories d’opérations militaires, celles menées à l’extérieur et celles à l’intérieur du pays. Les premières comprennent des missions variables allant de l’aide humanitaire à l’engagement guerrier en passant par le maintien de la paix. Les engagements guerriers nécessitent des armées professionnelles, ainsi que des moyens technologiques et de projection considérables (satellites de renseignement et de communication, système AWACS, avions, hélicoptères et navires de transport, porte-avions, avions et hélicoptères de combat, munitions de précision…). Ils ont souvent lieu dans le cadre de coalitions et ont fréquemment pour adversaires des groupes de combattants disposant de moyens technologiques très inférieurs. Ceux-ci se cachent alors au milieu des populations et emploient des tactiques de guérilla et des armes rudimentaires, mais qui peuvent tout de même parfois être d’un calibre important.

Quant aux opérations intérieures, elles visent à soutenir l’action des moyens civils lorsque ceux-ci sont insuffisants pour faire face à un problème d’une ampleur particulière, comme lors de catastrophes naturelles ou technologiques. Le Brigadier Gaudin a cité l’exemple de Fukushima où les Japonais ont engagé 100'000 militaires durant plusieurs mois. Les forces armées peuvent aussi seconder la police lors d’émeutes, dans la lutte contre le terrorisme ou en cas de manifestations internationales d’envergure (jeux olympiques, conférences internationales…). Le rôle de l’armée dans les opérations de maintien de l’ordre risque de se développer avec l’emploi de moyens de plus en plus lourds de la part des délinquants. Ainsi, lors de saisies d’armes dans les banlieues marseillaises, les policiers trouvent désormais, outre des Kalachnikov, des mitrailleuses, des fusils de sniper, des obus de mortiers…

A propos des engagements militaires, le Brigadier Gaudin a conclu en parlant de la question des alliances en Europe. Il a tout d’abord souligné le fait qu’il n’y a pas de défense européenne, même s’il existe des coopérations, comme entre la France et la Grande-Bretagne (accords de Lancaster House) ou entre la France, l’Allemagne et la Pologne (Triangle de Weimar). La seule alliance en Europe est l’OTAN, largement dominée par les Etats-Unis. Ceux-ci assurent, à eux seuls, près des trois quarts des dépenses militaires et possèdent la plupart des moyens nécessaires à la projection des forces.

Les tendances actuelles en matière d’obligation de servir en Europe

La troisième et dernière partie de la conférence a été consacrée à l’obligation de servir. En Europe, la tendance est actuellement à la professionnalisation des armées. Cela s’explique par la volonté de créer des armées de projection destinées à intervenir en dehors du territoire européen. Ces armées sont plus petites numériquement, mieux équipées au point de vue technologique et mieux entrainées. En revanche, elles présentent des désavantages. Elles sont plus chères. De plus, en raison de leurs effectifs réduits, elles sont forcées d’externaliser certaines fonctions, ce qui fait le lit des sociétés de sécurité privées qui connaissent un important développement.

Cette tendance à la professionnalisation doit-elle influencer également l’organisation militaire de la Suisse? Le Brigadier Gaudin pense que non. Selon lui, les situations des différents pays européens ne sont pas forcément comparables. Il faut tenir compte des facteurs particuliers à chaque pays: géographie et histoire, éventuelles alliances, situation économique, cadre social… De plus, la professionnalisation des armées européennes ne se fait pas sans difficulté, notamment en ce qui concerne le personnel: problèmes qualitatif et quantitatif de recrutement, fidélisation des engagés face à la concurrence des employeurs privés, compatibilité entre vie professionnelle et vie familiale, reconversion des militaires en fin de carrière.

Le chef du Renseignement militaire a terminé sa très intéressante conférence en parlant de deux pays européens qui ont malgré tout conservé un système de conscription: l’Autriche – le peuple autrichien a été consulté à ce sujet au début de cette année et il a voté en faveur du maintien de l’obligation de servir à près de 60% des suffrages – et la Finlande. Ces deux pays partagent des points communs avec la Suisse, comme la neutralité ou le nombre d'habitants. (Fin)

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