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Un silence religieux

Publié le par Dimitry Queloz

BIRNBAUM, Jean, Un silence religieux. La gauche face au djihadisme, Paris, Seuil, 2016, 240 pages

 

Comme l’écrivait récemment Olivier Kempf à propos d’une biographie historique de Jésus, la "religion est communément comprise comme un facteur géopolitique". Surtout depuis quelques années avec la montée en puissance de l’islamisme. Pourtant, au lendemain des différents attentats qui ont ensanglanté la France et d’autres pays d’Europe, beaucoup parmi les élites de gauche ont développé un discours pour le moins surprenant: "Ces attentats n’ont rien à voir avec l’islam".

 

Jean Birnbaum s’interroge sur cette attitude, ce discours qui a rapidement imposé un véritable "interdit" dans la réflexion sur le phénomène djihadiste et sa compréhension. Comment peut-on rejeter tout lien entre les attentats et l’islam, alors que les différents terroristes n’ont cessé de proclamer qu’ils agissaient au nom de l’islam? Une première réponse, simple, est d’ordre politique. Les élites de gauche, au pouvoir ou non, veulent éviter les problèmes avec les communautés musulmanes installées en Occident. D’où le fameux "pas d’amalgame".

 

L’auteur va cependant plus loin dans la réflexion en s’intéressant à la place de la religion dans la pensée de gauche. Il montre que celle-ci met systématiquement de côté les phénomènes religieux. Dans le cas des attentats islamistes, les explications se sont en effet concentrées, selon la tradition marxiste, sur les questions sociales et économiques, mais, aussi, sur les aspects psychiatriques. Alors que nombre d’entre eux étaient issus de familles aisées ou de la classe moyenne et beaucoup parmi eux avaient fait des études, les terroristes étaient toujours présentés soit comme des gens de banlieue victimes de la non-intégration, des déshérités au parcours scolaire chaotique, soit comme des personnes ayant des problèmes mentaux. Cette interprétation a d’ailleurs conduit le gouvernement à mener une politique de déradicalisation qui a été un véritable échec.

 

Ce phénomène d’incompréhension et de négation du religieux est récurrent dans le discours de la gauche. Pour l’auteur, ce n’est en effet pas la première fois que les élites de ce bord politique séparent complètement les événements de leurs liens avec la religion. Ainsi de la guerre d’Algérie durant laquelle elles ont, à de rares exceptions près comme l’historien Pierre Vidal-Naquet, été incapables de saisir l’importance de l’islam dans le nationalisme algérien, en dépit des nombreux indices visibles, ou de la révolution iranienne de 1979, pour laquelle Michel Foucauld a été une exception.

 

Cette incapacité de la gauche à saisir la réalité du phénomène djihadiste et à le comprendre a, selon Birnbaum, diverses origines. D’une part, les élites de gauche se montrent bienveillantes pour le djihadisme car elles le mettent en parallèle avec ce que l’on peut appeler les "engagements brigadistes" durant la guerre d’Espagne ou les révolutions en Amérique du Sud. Tout comme le militant d’extrême gauche partait naguère combattre le fascisme, le djihadiste actuel va lutter contre l’impérialisme capitaliste! D’autre part, les élites de gauche sont également les héritières des Lumières. Ces dernières ont rejeté Dieu en dehors du Monde et opposé "la croyance zélée au savoir rationnel". Il n’y a donc pas de place pour une religion sincère et profonde dans la vie d’un homme instruit!

 

Toutefois, pour l’auteur, la cause principale de cette incompréhension provient de l’idéologie marxiste, qui entretient un rapport ambigu avec la religion. Selon la fameuse expression, cette dernière est l’"opium du peuple". Dieu n’existant pas, la religion ne serait qu’une drogue aidant les opprimés "à supporter l’exploitation dont ils sont victimes. Que le mal soit guéri, et le remède devient inutile. Que les travailleurs se libèrent de la domination bourgeoise, et ils n’auront plus besoin de se réfugier dans les nuées de la spiritualité".

 

Cependant, la position de Marx par rapport à la religion est plus complexe et elle comprend un second aspect. La religion est en effet aussi une "protestation" contre la détresse humaine. Elle n’est donc pas toujours une idéologie au service des pouvoirs en place, elle est aussi capable de jouer un rôle révolutionnaire – Engels, par exemple, a comparé le christianisme primitif avec le socialisme. En ce sens, elle peut donc être une alliée de la gauche et de ses idéaux révolutionnaires. L’ouvrage du théoricien britannique Chris Harman, Le Prophète et le Prolétariat (1994) est à cet égard emblématique puisqu’il préconise de s’allier avec les islamistes pour lutter contre celle qui reste l’ennemie principale, la société bourgeoise et capitaliste. Bien sûr, Harman reconnaît qu’il y a un risque dans cette attitude, celui de se faire battre au final par cet allié de circonstance avec lequel on ne partage idéologiquement pas grand-chose et dont les buts à long terme sont radicalement différents. Cependant, convaincu que la gauche incarne le sens de l’histoire et qu’elle détient le seul réel universalisme, Harman se montre plutôt serein face à ce danger potentiel. Pour lui, la religion n’ayant aucun fondement sérieux, les islamistes ouvriront tôt ou tard les yeux, perdront leur prétendue foi et se rangeront aux côtés des forces de gauche si elles savent prendre quelques précautions pour éviter d’être débordées.

 

Terminons cette brève présentation d’un ouvrage très intéressant qui permet de mieux comprendre les ressorts qui ont conduit au développement de l’islamo-gauchisme en soulignant un de ses points forts, dont certains feraient bien de retenir la leçon. Les nombreux exemples d’alliance entre gauche et islamisme montrent que Harman s’est bel et bien trompé. Les islamistes ont généralement réussi à écarter leurs alliés d’un moment et à les supplanter. On ne soupe pas impunément avec le Diable, même si on pense avoir une très longue cuillère!

(© blogdéfense)

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Retour sur l'engagement du Kuznetsov en Syrie (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Des capacités maritimes indéniables

 

Au cours de son déploiement au large de la Syrie, la marine russe a prouvé qu’elle disposait de réelles capacités d’engagement, même si elles ne doivent pas être surestimées. Ses navires étaient globalement bien entretenus et ses équipages ont montré un certain savoir-faire. Un observateur a ainsi confié au site Mer et marine qu’il ne fallait pas "sous-estimer les Russes", qu’ils faisaient preuve de créativité et qu’ils étaient "de vrais marins et de vrais soldats". Ils ont su faire preuve de discrétion sur le plan électromagnétique et positionner leurs bâtiments de manière à couvrir judicieusement l’espace aéromaritime.

 

La marine russe s’est révélée capable de déployer un important groupe aéronaval loin de ses bases durant plusieurs mois, tout en menant un certain nombre de missions de guerre, parmi lesquels des bombardements aériens contre des objectifs au sol et des tirs de missiles de croisière. Ces derniers ont été effectués dès le début de l’engagement par la frégate Amiral Grigorovich, confirmant les capacités russes dans ce domaine. Pour rappel, la marine russe avait déjà engagé de telles armes, à la surprise des observateurs occidentaux, depuis des frégates et des sous-marins dans les premiers temps de son intervention en Syrie en automne 2015.

 

De plus, comme l’a souligné Alexandre Vautravers dans le dernier numéro de la Revue militaire suisse, la marine russe a été capable de coordonner l’action d’au moins trois groupes navals et de nombreux avions, en dépit d’une provenance éloignée et de conditions parfois difficiles, notamment en ce qui concerne le ravitaillement des navires – la flotte russe n’a ainsi pas été autorisée à se ravitailler en carburant dans les ports espagnols à la suite des pressions américaines. Cela montre une grande maîtrise des moyens de communication.

Le déploiement du Kuznetsov et son suivi par la Royal Navy selon le Dailymail. (© Dailymail)

Le déploiement du Kuznetsov et son suivi par la Royal Navy selon le Dailymail. (© Dailymail)

Des capacités aériennes limitées

 

Si la marine russe a montré, dans son ensemble, de réelles capacités opérationnelles, le porte-avions Kuznetsov a, quant à lui, connu d’importantes difficultés dans son engagement. D’après le Kremlin, ses appareils auraient effectué 420 sorties et détruit 1'252 cibles. Ces chiffres sont, bien sûr, difficilement vérifiables. De plus, il faudrait savoir comment ils se répartissent au cours de la période d'engagement pour en tirer de réels enseignements, d’autant qu’il existe des inconnues en ce qui concerne le temps réel durant lequel le bâtiment a été opérationnel. Si on calcule une moyenne quotidienne sur l’ensemble des deux mois, on arrive à sept sorties par jours pour une douzaine d’avions. Cette moyenne peut paraître faible, mais on peut la comparer avec celle de l’engagement du Charles-de-Gaulle au cours de l’opération Harmattan. Avec 16 avions embarqués, le porte-avions français a mené 1'350 sorties en 120 jours, soit une moyenne quotidienne de 11,25 sorties. Les capacités des deux porte-avions seraient donc en apparence similaires, mais il existe trop d’inconnues et des différences notoires – capacités de frappe supérieure des Rafale, engagement d’une durée double pour le Charles-de-Gaulle… – pour tirer des conclusions pertinentes. En revanche, ce qui est certain c’est que, d’une manière générale, le rôle joué par les appareils du Kuznetsov dans la guerre en Syrie a été moindre. Ils ont en effet effectué un peu plus de 2% des quelque 19'000 sorties de l’aviation russe depuis le début de son engagement.

 

Les limites capacitaires du Kuznetsov ont été étalées au grand jour à la suite de deux accidents survenus à la mi-novembre et au début décembre. Au cours du premier, un MiG-29K est tombé en panne de carburant et s’est abîmé en mer car il ne pouvait plus atterrir en raison d’un problème dans le dispositif d’appontage du porte-avions. Lors du deuxième accident, c’est un Su-33 qui a été perdu à la suite d’une erreur d’appontage. D’après Mer et Marine, qui reprend une déclaration du ministère de la Défense russe, le brin d’arrêt s’est rompu au moment où la crosse de l’appareil l’a accroché et le pilote n’a pas réussi à remettre les gaz. Notons que ce n’est pas la première fois qu’un accident de ce genre se produit sur le Kuznetsov. Un avion avait déjà été perdu en 2005 dans des circonstances similaires.

 

Ces accidents à répétition montrent que les Russes ne maîtrisent pas totalement, techniquement et opérationnellement, le système de récupération des avions du Kuznetsov. Celui-ci a sans doute été révisé avant le déploiement et il n’est pas normal qu’il ait connu une panne aussi peu de temps après et qu’un brin d’arrêt se soit rompu trois semaines plus tard, d’autant que le nombre de sorties a été plutôt faible. A titre de comparaison, l’US Navy change les câbles de ses porte-avions après 2'000 appontages!

 

Les raisons de ces problèmes peuvent être multiples. Cela peut être dû au manque d’entraînement des pilotes, notamment sur MiG-29, ou à une erreur de pilotage. Certains analystes ont cependant également évoqué les erreurs de conception du Kuznetsov. Les brins d’arrêt sont mal répartis sur le pont oblique qui est par ailleurs relativement court. Les pilotes seraient donc peut-être obligés d’atterrir avec une vitesse élevée pour pouvoir redécoller en cas de nécessité, entraînant des tensions très fortes sur les câbles qui peuvent conduire à des dommages, voire des ruptures. Une autre cause, qui pourrait s’additionner au problème que nous venons d’évoquer, découlerait des insuffisances de propulsion du Kuznetsov. Celui-ci ne serait pas toujours en mesure d’atteindre sa vitesse maximale. Comme, lors d’un appontage, la vitesse du navire vient se soustraire à la vitesse de l’avion, ce dernier aurait toujours une vitesse relative élevée qui contribuerait à une usure prématurée des câbles.

 

En raison des problèmes du système de récupération des avions, le Kuznetsov a débarqué une partie de son groupe aérien pour le faire opérer à partir de la base de Humaymim en Syrie. Ce fait a été rendu public par le magazine Jane’s qui a analysé une photo satellite montrant 8 SU-33 et un MiG-29K sur la base le 20 novembre. De son côté, la Russie a cherché à cacher les difficultés rencontrées. D’une part, le ministère de la Défense a diffusé, au lendemain du premier accident, des vidéos des opérations aériennes depuis le Kuznetsov pour montrer que les problèmes de brins d’arrêt étaient résolus. D’autre part, et en dépit du débarquement d’une partie de son groupe aérien, le Kuznetsov a été maintenu au large de la Syrie jusqu’au début janvier. Comme le mentionne le Fauteuil de Colbert, le débarquement d’une partie des appareils était peut-être le signe que le navire n’était plus opérationnel. Un retrait rapide du bâtiment pour effectuer les réparations nécessaires aurait été logique, mais aurait constitué un aveu d’échec qui aurait été désastreux tant au niveau de la diplomatie que de la propagande.

Photo satellite montrant 8 Su-33 de la marine russe sur la base aérienne de Humaymim en Syrie. (© Jane's)

Photo satellite montrant 8 Su-33 de la marine russe sur la base aérienne de Humaymim en Syrie. (© Jane's)

Conclusion

 

Le premier engagement du Kuznetsov a donné des résultats mitigés. La marine russe a montré qu’elle ne maîtrisait pas le nouveau concept d’emploi de son porte-avions, qui comprend, en plus des missions traditionnelles de défense aérienne, de lutte antinavires et anti-sous-marine, la projection de puissance vers la terre. Un tel savoir-faire est difficile à acquérir et il faut des années d’entraînement pour y parvenir. Comme le souligne Mer et marine, l’engagement du Kuznetsov a surtout été l’occasion d’une montée en puissance des capacités du bâtiment. La marine russe a certainement beaucoup appris techniquement et opérationnellement. Les enseignements tirés seront sans aucun doute utiles pour la prochaine refonte du navire et pour la construction d’un futur porte-avions. (Fin)

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Retour sur l'engagement du Kuznetsov en Syrie (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Durant près de trois mois, la flotte russe a déployé un puissant groupe aéronaval articulé autour de son unique porte-avions, le Kuznetsov. Parti de Severomorsk, près de Mourmansk, le 15 octobre 2016, ce dernier est arrivé en Méditerranée orientale au début novembre. Il a opéré au large des côtés syriennes jusqu’au début janvier 2017, avant de regagner son port d’attache, le Kremlin ayant décidé de réduire sa présence militaire dans la région. Si le voyage aller a été particulièrement suivi par la presse qui a publié de nombreux articles richement illustrés, le retour a été l’objet de moins d’attention. En revanche, de nombreux sites et revues spécialisés se sont penchés sur ce déploiement très attendu et ont présenté leur analyse tant en ce qui concerne les aspects politiques que les aspects opérationnels.

 

Le Kuznetsov

 

Mis sur cale en 1982 au temps de l’URSS, le Kuznetsov, qui a changé plusieurs fois de nom, est entré en service en 1991. Long de 304 mètres et d’un tonnage de près de 60'000 tonnes en charge, il est doté d’un piste oblique avec quatre brins d’arrêt et, ne disposant pas de catapulte, d’un tremplin (ski jump). Comme tous les porte-avions en configuration STOBAR, la charge embarquée par les avions, carburant et armement, est limitée. Notons encore que le Kuznetsov n’a pas perdu toutes les caractéristiques des premiers croiseurs porte-aéronefs soviétiques. Il est en effet équipé de 12 missiles de croisière antinavires Granit, mais, contrairement aux navires de la classe Kiev, ceux-ci sont logés dans des silos verticaux intégrés dans la structure du navire. Une telle disposition permet de libérer toute la plage avant. La surface du pont d’envol en est agrandie d'autant, ce qui augmente les possibilités d’engagement des aéronefs embarqués.

 

Si le Kuznetsov n’est pas hors d’âge, sa technologie est ancienne. De plus, il a connu de fréquents problèmes, notamment de propulsion,au cours de ses déploiements précédents. Il est d’ailleurs toujours accompagné d’un remorqueur de haute mer pour le secourir en cas d’avarie, comme cela a été le cas en 2012 dans le golfe de Gascogne.

 

En ce qui concerne les effectifs du groupe aérien du Kuznetsov, les chiffres sont très variables. On trouve en effet des capacités d’embarquement de 40 à 50 aéronefs, parfois même au-delà. Durant son récent déploiement en Syrie, le nombre d’appareils opérés a été plus modeste puisque seulement environ 25 avions et hélicoptères ont été engagés. Les différentes photographies ont permis d’identifier, notamment d’après les numéros des appareils, 8 Su-33, 4 MiG-29K, 4 Ka-27, 2 Ka-29TB, 2 Ka-31 et 1 Ka-52, soit un total de 21. Celui-ci représente un minimum et plusieurs études donnent des chiffres un peu plus élevés, de l’ordre de 25 à 30 aéronefs.

 

A propos des avions de combat embarqués, nous pouvons dire que le Su-33 est un appareil vieillissant. Développé à la fin des années 1980, il a cependant connu une série d’améliorations une dizaine d’années plus tard. Quant au MiG-29, il est entré en service en 1983 dans sa version terrestre. Sa version embarquée est toutefois récente. Elle manque encore de fiabilité, comme le montrent les appareils indiens qui ont un faible taux de disponibilité, notamment en raison de problème d’avionique et de motorisation.

 

Le Kuznetsov a connu son premier déploiement en Méditerranée entre décembre 1995 et mars 1996. Les dix années suivantes, le bâtiment n’a plus franchi le détroit de Gibraltar. Depuis 2007, la marine russe déploie à nouveau son porte-avions, et ce de manière régulière en période hivernale. Un groupe aéronaval a en effet opéré en Méditerranée de décembre 2007 à février 2008, de décembre 2008 à mars 2009, de décembre 2011 à février 2012 et de décembre 2013 à mai 2014. En 2015, il n’y a pas eu de déploiement, probablement en raison du manque d’entraînement des pilotes sur MiG-29.

 

Le récent déploiement du groupe aéronaval russe en Méditerranée présente un caractère particulier, dans le sens où il ne s’agissait pas d’un exercice, mais bel et bien d’un engagement réel. De plus, le Kuznetsov a été employé dans une autre mission que celle prévue habituellement. Le bâtiment ne devait en effet pas simplement assurer une bulle de protection aérienne. Il devait aussi remplir des missions de projection de puissance vers la terre.

Le Kuznetsov, escorté de près par la frégate HMS Richmond lors de son passage en mer du Nord.

Le Kuznetsov, escorté de près par la frégate HMS Richmond lors de son passage en mer du Nord.

Le groupe aéronaval

 

Le groupe aéronaval déployé par la marine russe au large de la Syrie était particulièrement puissant. Outre le Kuznetsov, une bonne vingtaine de navires, provenant de la flotte du Nord et de la flotte de la mer Noire – celle-ci déploie en permanence des navires en Méditerranée orientale depuis 2012 –, ont été engagés. La composition de l’escorte et ses effectifs ont évolué au cours du déploiement, nombre de navires n’étant engagés que durant une durée limité. La protection du Kuznetsov a été assurée par les six navires de surface suivants:

 

- Le croiseur nucléaire lance-missiles Petr Velikiy (Pierre le Grand);

- Deux destroyers de la classe Udaloy: le Vice-amiral Kulakov et le Severomorsk;

- Le destroyer Smetliviy;

- Les frégates Amiral Grigorovich et Pytliviy.

 

Par ailleurs, au moins six sous-marins, engagés par paires, ont été identifiés. Le soutien a été assuré par quatre ravitailleurs, dont le Sergei Osipov, tandis que quatre remorqueurs de haute mer ont accompagné le groupe aéronaval. Enfin, la marine russe a également déployé des navires de renseignement ainsi que des avions de patrouille maritime. (A suivre)

Le croiseur Petr Velikiy photographié par un Lokheed P3 Orion au large des côtés norvégiennes.

Le croiseur Petr Velikiy photographié par un Lokheed P3 Orion au large des côtés norvégiennes.

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Les blogs de défense en France

Publié le par Dimitry Queloz

Le lieutenant-colonel Arnaud Planiol, Directeur par intérim du domaine "Défense et société" à l'Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM) vient de publier une étude sur les blogs de défense en France.

Cette étude est disponible sur le site de l'IRSEM à l'adresse suivante: http://www.defense.gouv.fr/irsem/publications/etudes/etudes-de-l-irsem

Bonne lecture!

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Leclerc. Le croisé de la France libre

Publié le par Dimitry Queloz

NOTIN, Jean-Christophe, Leclerc. Le croisé de la France libre, Paris, Perrin, 2015, 224 pages
 

Auteur d’une biographie de Leclerc publiée en 2005 qui fait autorité, Jean-Christophe Notin avait toutes les qualités pour réaliser ce volume de la collection "Maîtres de guerre" des éditions Perrin. Fort bien écrit, agréable à lire et richement illustré, il représente une belle synthèse qui ravira celui qui veut découvrir la vie de Leclerc et son rôle militaire et politique au cours la Deuxième Guerre mondiale.

 

Né en 1902 dans une famille de la vieille noblesse picarde, Philippe de Hauteclocque est un pur produit de son milieu social, dont les deux fondements sont le service de Dieu et celui de la France. Il en a les valeurs, lisant l’Action française, en dépit de l’interdiction du Pape, et souhaitant une certaine forme de révolution nationale au cours de la Deuxième Guerre mondiale, même si sa position a évolué au cours des trois années passées en Afrique. L’auteur ne cache par ailleurs pas le caractère insupportable du personnage – apanage des grands hommes selon Churchill! –, qui apparaît presque à chaque page du livre, ainsi que ces zones d’ombre – voir notamment l’épisode de l’exécution sans jugement de douze prisonniers à Bad Reichenhall à la fin de la guerre, sans que l’on sache exactement quel rôle il a joué.

 

Notin retrace chronologiquement la carrière militaire intense et mouvementée du Picard, qui prend le pseudonyme de Leclerc au moment où il rejoint la France libre au lendemain de la débâcle de juin 1940. Après le ralliement du Cameroun, puis du Gabon, Leclerc est envoyé au Tchad où il prépare l’attaque contre Koufra qui a lieu en février 1941. Les moyens engagés sont faibles, la position sans réelle valeur stratégique – qualifiée de "tas de cailloux sans intérêt" par Larminat, elle est remise aux Britanniques peu de temps après. Pourtant, la propagande transforme ce maigre succès en une victoire de premier ordre. L’impact moral est important pour la France libre qui remporte une de ses premières victoires militaires. Surtout, il y a le serment qui fait entrer Leclerc et ses hommes dans la légende.

 

Après cette victoire, Leclerc poursuit son aventure africaine par une longue pause entrecoupée, au début de 1942, par quelques opérations dans le Fezzan. Le grand acteur militaire des FFL au cours de cette période est le général Koenig qui se couvre de gloire à Bir Hakeim. Au lendemain de l’opération Torch, Leclerc peut enfin lancer sa deuxième campagne du Fezzan puis participer à la reconquête de l’Afrique du Nord. Quatre mois durant lesquels il fait preuve de talents.

 

Au cours de l’été 1943, les troupes de Leclerc sont transformées en une "division politique". D’une part, elles sont totalement équipées, grâce à l’aide américaine, pour constituer une division blindée. La 2e DB est née. D’autre part, la nouvelle grande unité est prévue pour être engagée en France dans le cadre du débarquement prévu dans les mois futurs. Sa mission: la libération de Paris. C’est ainsi que la 2e DB participe au débarquement en Normandie, après moult péripéties. Leclerc doit se battre, notamment contre les Américains, pour entrer en premier dans la capitale.

 

La libération de l’Est de la France est tout aussi compliquée. En plus des divergences de vue avec les Américains, Leclerc doit faire face à la concurrence de De Lattre, qu’il déteste. Finalement, la 2e DB parvient à libérer Strasbourg, autre lieu hautement symbolique de la lutte contre l’Allemagne. Le serment de Koufra est accompli! Durant les derniers mois de la guerre, Leclerc et ses troupes sont engagés dans le Sud de l’Allemagne, avec, toujours, la crainte de ne jouer qu’un rôle secondaire. Finalement, la 2e DB ajoute un dernier exploit à la liste de ses hauts faits: si les Américains sont les premiers à entrer dans Berchtesgaden, les hommes de Leclerc les devancent au Berghof et au Nid d’Aigle.

 

Le dernier chapitre aborde de manière très brève la carrière de Leclerc après la capitulation allemande. Engagé en Extrême-Orient, il représente la France lors de la capitulation japonaise, puis commande le corps expéditionnaire chargé de reprendre l’Indochine. Pour l’auteur, les divergences entre Leclerc et l’amiral d’Argenlieu, nommé haut-commissaire, au cours de cette opération relèvent davantage de la forme que du fond.

 

Notin termine son ouvrage avec l’épisode tragique de la mort de Leclerc survenue le 28 novembre 1947 alors qu’il se rend en avion à Colomb-Béchar. Pour lui, la thèse de l’accident est certaine. L’appareil, un B-25 modifié pour le transport de passagers, connaît des problèmes de centrage qui le rendent très instable dans certaine situations de vol. A la suite d’une manœuvre trop brusque du pilote, il est tombé en vrille et s’est écrasé au sol.

 

L’ouvrage n’est cependant pas qu’une biographie de Leclerc. Le lecteur y trouvera également des éléments fort intéressants concernant l’armée française en général, notamment sur les relations entre les hommes de l’armée d’Afrique et ceux de la France libre. Les rivalités entre les deux camps ne sont pas seulement d’ordre personnel, elles sont aussi et surtout idéologiques. Elles perdureront deux décennies après la fin des hostilités, d’autant que nombre d’anciens de Vichy occupent les plus hautes fonctions au sein de l’armée d’après guerre. En 1943, l’amalgame entre, d’une part, les ex-troupes de Vichy ralliées difficilement et en raison des circonstances particulières de la fin de l’année 1942 et, d’autre part, les FFL de la première heure est donc difficile, comme en témoignent les expressions employées pour désigner certaines formations issues de l’autre camp. C’est ainsi que le 12e régiment de cuirassiers est taxé de "12e nazi" par les ex-FFL, tandis que les hommes de l’ancienne armée de Vichy parlent du 1er régiment de Spahis marocains en l’affublant du surnom de "royal voyou"!

(© blogdéfense)

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